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De quelques dispositions plus particulieres pour communier avec fruit. Si l’on doit s’approcher de l’eucharistie sans aucune crainte, dans quelque froideur, indevotion, inapplication aux choses de Dieu, privation de grace, plenitude de l’amour de soy-mesme, et prodigieux attachement au monde que l’on se trouve, comme cét auteur enseigne. Et si le delay ne peut point servir à communier avec plus de reverence, et meilleure disposition. Response. La longueur de la response à l’article precedent, qui contient toute la seconde partie de cét ouvrage, me donnera sujet pour n’estre pas ennuyeux, d’abbreger la refutation du reste de vostre escrit. Et je le feray d’autant plûtost, que les principaux fondemens en ayans esté renversez en divers endroits, tout le reste peut de soy-mesme tomber par terre. C’est pourquoy, pour ce qui regarde cét article, je vous dis en peu de mots, que vous continuez à abuser du nom des saints, pour establir vos mauvaises regles ; et que si la proposition que vous avancez a quelque chose de semblable dans l’écorce de la lettre à quelques-unes de leurs paroles, le sens que vous leur donnez, et les consequences que vous en tirez sont autant esloignées de leur doctrine, que l’erreur l’est de la verité. Car il paroist par l’esprit general de vostre escrit, et par la liaison de vos maximes ensemble, que vous n’avez point d’autre dessein que d’oster aux ames toutes les pensées qui les pourroient porter à se retirer de l’eucharistie par respect, et de leur persuader que quelque indevotion qu’elles ressentent, quelque distraction en leur esprit, quelque froideur en leur volonté, quelque rebellion en leur sens, quoy qu’elles se reconnoissent dans l’aversion, et dans le dégoust pour toutes les choses de Dieu, et dans l’ardeur et l’enyvrement pour toutes celles du monde, quoy que dénuées de graces, et de ferveur de charité, et remplies d’amour d’elles-mesmes, et de passions dereglées, pourveu qu’il n’y ait point de peché mortel (ce sont vos paroles qui marquent vostre dessein) c’est à dire, selon que vous l’avez enseigné dans vostre article precedent, pourveu qu’elles s’en soient confessées, quoy qu’elles en ayent commis une infinité, et qu’elles en commettent tres-souvent, elles doivent s’approcher des saints autels que l’eglise appelle terribles, sans crainte aucune.
voila la doctrine que vous desirez faire passer pour la doctrine des saints. à quoy je n’ay qu’à vous opposer ces paroles de Saint Chrysostome. (...). Et quant aux saints, par l’autorité desquels vous pretendez appuier de si dangereuses maximes, il est clair, que lors qu’ils exhortent de communier, quoy que l’on ne ressente pas l’ardeur de la devotion que l’on desireroit, ils n’ont jamais entendu parler, que des manquemens de devotion sensible, des secheresses, et des sterilitez, qui arrivent aux plus gens de bien, lors que Dieu retire d’eux pour quelque temps les consolations de sa grace, pour les humilier, ou les éprouver, comme Monsieur De Geneve l’explique excellemment dans son introduction. (...). Voyla l’estat dans lequel les saints veulent bien que l’on communie lors que le cœur est veritablement à Dieu ; ce qui se doit juger par les actions, et par les œuvres, qui sont les fruits du cœur ; quoy qu’il soit dans quelque tiedeur à cause des secheresses qui luy arrivent, qui l’empeschent d’avoir tous les sentimens de devotion qu’il desireroit. C’est ce que les propres auteurs que vous citez vous eussent appris, si vous les eussiez leus avec l’attention que meritent les choses de Dieu. Gerson, ou plustost l’abbé Gersen, auteur de l’imitation de la vie de Jesus-Christ, qu’il n’addresse qu’à ses religieux dégagez de toutes les folies du monde, et non point à ceux qui passent leur vie dans les desordres, et dans la corruption du siecle, introduit Jesus-Christ parlant au disciple en cette sorte, sur la preparation que l’on doit apporter à la sainte communion. (...). Qui ne voit qu’il ne parle que des secheresses qui arrivent aux gens de bien, lors que Dieu retire d’eux le sentiment de la devotion, qui ne laisse pas de demeurer cachée dans le fonds de l’ame ; et neantmoins il ne veut pas, que l’on communie estant tout à fait en cét estat, mais que l’on persevere en oraison, que l’on gemisse, que l’on frappe à la porte, et que l’on ne cesse point, jusques à ce que l’on ait comme forcé Dieu de nous envoyer quelques rayons de sa grace, et quelques marques de sa visite. Et en un autre chapitre expliquant plus particulierement de quelle sorte on doit acquerir la grace de la devotion, (...). Apprenez de ces paroles, combien c’est une chose ridicule de conserver dans son cœur tous les desseins de satisfaire à son ambition, et à ses plaisirs, d’estre remply de l’amour de soy-mesme, et attaché prodigieusement au monde, et de s’imaginer, que pourveu qu’on soit une demy-heure à genoux en taschant de penser à Dieu, l’on fait tout ce que l’on peut pour s’exciter à devotion, et qu’ainsi l’on fait fort bien de communier, quoy qu’on n’en ressente point. Quant à Saint Bonaventure, le seul tiltre du chapitre, d’où les paroles que vous en citez sont tirées, vous devoit apprendre, combien ce que je vous ay desja dit est veritable, que ce passage ne se doit entendre que des tiedeurs, et des secheresses, qui arrivent aux personnes de pieté. Car ce que vous alleguez, ne se trouve qu’au second livre de l’avancement des religieux, chapitre 77 qui a pour tiltre, des tentations qui arrivent aux personnes devotes, où apres avoir expliqué ces mesmes secheresses, et ces mesmes sterilitez, dont Monsieur De Geneve parle, et en avoir découvert les causes, parlant en suitte des dispositions pour communier, il dit, (...). Ces derniers mots ne monstrent-ils pas clairement, qu’il n’entend parler que de ces tiedeurs qui arrivent aux personnes de vertu et de pieté, qu’il avoit expliquées auparavant, et non pas de ces froideurs et de ces indevotions qui procedent du déreglement de la vie, du desordre des passions, de l’attachement au monde, de la plenitude de l’amour propre, ou mesme de la negligence seule, et de la paresse, de l’inadvertance, des distractions d’une vie relaschée, et d’une accoustumance mauvaise , comme il parle ailleurs. Si vous tesmoignez en douter, apprenez-le de ses paroles mesmes dans son abbregé de la theologie. (...). Et si vous n’estes satisfait de ces paroles, adjoustez-y ce qu’il dit au livre de la preparation de la messe. (...). Et vous, par un nouvel art inconnu à tous les philosophes du monde, vous trouvez qu’un homme asseure une chose lors qu’il la nie formellement, et qu’ainsi vous avez droit de dire, selon la doctrine de ce mesme saint, (...). Par ce mesme artifice vous vous persuaderez quand il vous plaira, que tout ce que j’escris icy n’est que la confirmation de vostre doctrine : si ce n’est que l’on y trouve cette difference, que vous pourrez lire apparemment cét escrit, et que certainement vous n’avez pas leu Saint Bonaventure.