De la fréquente Communion.../Partie 3, Chapitre 9

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Chapitre 9


de la devotion qui est necessaire pour communier avec fruit.

si vous aviez bien compris ce que c’est que devotion, vous auriez sans doute beaucoup plûtost dit, que tres-souvent on se persuade d’avoir de la devotion, n’en ayant point, que non pas (ce que vous asseurez icy pour flatter les ames) qu’on croit souvent n’avoir point de devotion, encore que l’on en ait. Mais pour n’entrer point dans un discours qui seroit trop long, pensez-vous que cette volonté effective de plaire à Dieu, en laquelle vous dites que la devotion consiste, se trouve en tant de personnes ? Pensez-vous qu’elle se trouve en tous ceux qui croyent l’avoir ? Pensez-vous que toutes ces actes que l’on forme en son esprit, qui ne sont pour l’ordinaire que de simples pensées de l’esprit, et non point des affections du cœur, soient autant de volontez effectives de plaire à Dieu ? Les volontez effectives ne se reconnoissent que par les effets, et ces effets ne sont pas des paroles, mais des œuvres, et ces œuvres ne sont pas seulement de se confesser, et communier souvent, enquoy la plus-part des hommes veulent mettre aujourdhuy toute la devotion, mais d’accomplir fidellement la volonté du pere eternel. (...). Voila ce que c’est que d’estre devot : voila ce que c’est que d’avoir une volonté effective de plaire à Dieu. Si ce n’est qu’aux ames qui se trouvent en cét estat que vous conseillez de communier souvent, nous sommes d’accord. Mais si vous vous imaginez que sans regler sa vie selon les enseignemens de l’evangile, sans témoigner par ses actions que l’on est veritablement disciple de Jesus-Christ, sans marcher dans la voye estroite, sans se dégager de la corruption du monde, l’on ne laisse pas d’estre devot, et dans la volonté effective de plaire à Dieu, toutes les fois que l’on le dit à son confesseur ; c’est ce qui m’est aussi peu possible de croire, que de ne pas croire à la parole de Dieu, qui m’enseigne si formellement le contraire, non point en un endroit ou deux, quoy que ce ne fust que trop pour opposer à toutes les inventions des hommes, mais dans tout le corps des escritures divines. (...). Puis donc que c’est en mesme temps, et la preparation et l’effet de l’eucharistie, que de demeurer en Jesus-Christ, comme nous avons desja dit, la meilleure regle, et la plus asseurée, pour reconnoistre ceux qui meritent de communier souvent, c’est de ne pas tant regarder à ce qu’ils disent, qu’à ce qu’ils font, et de quelle sorte ils marchent sur les pas du sauveur du monde. Car pour comprendre facilement l’obligation que nous avons tous, d’imiter la vie de nostre seigneur, selon que l’evangile nous la descrit, il ne faut que considerer que nous sommes tous religieux de la religion generalle que Jesus-Christ a instituée, et obligez à l’observation de sa regle, laquelle à la façon de tous les instituteurs des religions particulieres, qui l’ont appris de luy et de son esprit, il a voulu prattiquer luy-mesme avant que de la faire escrire, et engager par son exemple, avant toute autre persuasion ceux qui la voudroient embrasser. C’est pour cette raison, que le sauveur du monde a voulu mener une vie commune, et vivre comme homme parmy les hommes, et non point comme Saint Jean, qui a vescu en ange dans le desert, et en penitent hors le desert ; afin que sa vie estant plus semblable à celle des autres hommes, elle fust plus propre à servir de modelle à la vie de tous les chrestiens, de quelque condition et profession qu’ils fussent. Et cependant nous voyons aujourd’huy, que la plus grande partie des chrestiens qui se sont engagez à la religion, et à la regle de Jesus-Christ, se persuadent que c’est assez d’en porter les marques exterieures, sans prendre aucune peine de marcher sur ses traces, d’imiter sa vie, et d’observer sa regle, qui est toute dans la charité, dans le mespris, et dans la haine du monde, et dans l’esloignement de toutes les choses qui nous peuvent porter à offenser Dieu. Enquoy ils sont semblables à ceux d’entre les religieux qui ont degeneré de leur regle, et qui menent une vie contraire à celle de leur premiere institution. Toute la difference qu’il y a, c’est que les hommes tant soit peu raisonnables trouvent bon, que l’on reforme les religions particulieres, et que l’on les ramene à l’observance de leur regle, et à l’imitation de la vie de leurs premiers instituteurs, quelque universel, et quelque inveteré que puisse estre le relaschement contraire. Mais il n’y a presque personne qui veüille souffrir aujourd’huy, qu’on ramene les religieux de la religion generalle de Jesus-Christ à une serieuse observation de la regle qu’ils ont voüée, c’est à dire, de l’evangile ; qu’on les oblige de se conformer à la vie de leur divin instituteur, et de marcher comme il a marché. Ils s’en croyent dispensez par la coustume. Ils se persuadent, que le temps a prescrit contre les loix de Dieu. Ils se contentent de voir qu’on vit de la sorte : ils ne s’enquierent point si l’on doit vivre autrement. Tous prests mesme d’accuser d’orgueil et de singularité, ceux qui s’efforcent plus qu’ils ne font à se conformer aux enseignemens de l’evangile, à marcher dans la voye estroite du ciel, et à ne pas suivre aveuglément tous les déreglemens, et tous les desordres, qui semblent autorisez par le long usage. Les vices grossiers ne passent pas encore pour legitimes, mais au moins pour tres-pardonnables : ceux qui en sont exempts passent pour saints, quelques vices de l’esprit qui les possedent, quelque vanité qui les enfle, quelque ambition qui les brusle, quelque avarice qui les ronge, quelques haines et quelques envies qui les deschirent. On ne juge plus de la devotion que par les frequentes communions : et on juge dignes de communier souvent, tous ceux qui confessent souvent leurs crimes, quoy qu’ils ne les quittent jamais. C’est assez qu’ils le fassent en intention de s’en détacher , et on croit que ces personnes ensevelies dans les vices, ont des volontez effectives de plaire à Dieu, toutes les fois qu’elles le disent à leur confesseur, quoy que l’on n’en voye jamais aucun effét. Saint Ambroise dit excellemment, (...). Mais aujourdhuy l’on veut allier deux nourritures si contraires. Ceux qui mangent tous les jours la chair du serpent et du dragon, mangent tous les huit jours la chair de Jesus-Christ aussi hardiment que les saints. Je dis plus. N’est-ce pas une chose horrible que nous poussions à se nourrir de Jesus-Christ, ceux que selon le langage de l’escriture, et des peres, nous devons tenir pour antechrists. (...).

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