De la génération et de la corruption/Livre 2/Chapitre 1

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§ 1. [329a.26] On vient de parler du mélange, du contact, de l’action et de la passion, et l’on a expliqué comment ces phénomènes se passent dans les choses qui subissent des changements naturels. On a traité, en outre, de la production et de la destruction absolues des choses ; et l’on a expliqué de quelle manière, dans quels cas, et pourquoi elles ont lieu. On a également étudié [30] l’altération, et l’état de l’être altéré. Enfin, on a fait voir les différences de chacun de ces phénomènes. Maintenant, il nous reste à étudier ce qu’on appelle les éléments des corps ; car la production et la destruction, dans toutes les substances que compose la nature, ne peuvent se manifester sans les corps que perçoivent nos sens.

§ 2. Parmi les philosophes, les uns prétendent que tous les éléments sont formés d’une seule et unique matière, et ils supposent que c’est l’air, ou le feu, ou quelque corps intermédiaire, faisant, de cette matière, un corps substantiel et tout à fait distinct et séparé. [329b] D’autres croient qu’il y a plus d’un seul élément, et ils admettent alors simultanément, ceux- ci le feu et la terre, et ceux-là, l’air en troisième lieu, avec ces deux premiers éléments. D’autres enfin, comme Empédocle, ajoutent l’eau pour quatrième élément. Dans ces divers systèmes, c’est par la réunion, la séparation, ou l’altération de ces éléments, que sont causées la production et la destruction des choses.

§ 3. [5] Accordons sans la moindre difficulté, que ces primitifs des choses peuvent très convenablement être appelés des principes et des éléments, et que c’est de leur changement, par une division ou une combinaison réciproque, ou bien de telle autre espèce de changement éprouvé par eux, que viennent la production et la destruction des choses. Mais en admettant qu’il y a une seule et même matière en dehors de tous les éléments, et en la faisant séparée et [10] corporelle, on se trompe ; car il est impossible, que ce corps, s’il est perceptible à nos sens, puisse exister sans présenter quelques contraires ; et il faut nécessairement que cet infini, que quelques philosophes prennent pour leur principe, soit léger ou pesant, froid ou chaud.

§ 4. Mais la manière dont on a parlé de ce principe, dans le Timée, n’a aucune précision ; car on n’a pas dit assez clairement, si ce réceptacle de toutes choses est distinct et séparé des éléments. [15] Ce qui est certain, c’est que Timée n’a recours pour aucun d’eux à ce principe, bien qu’il ait dit cependant que c’est le sujet antérieur de tout ce qu’on appelle des éléments, ainsi que l’or est préalablement le sujet des ouvrages d’or. Cependant cette explication n’est pas très bonne, sous la forme où on nous la donne ; elle s’applique bien aux cas où il y a simple altération ; mais pour les cas où il y a production et destruction, il serait impossible de dénommer les choses par celles d’où elles sont venues. [20] Timée a bien raison de dire qu’il est beaucoup plus vrai de soutenir que chaque ouvrage d’or est de l’or ; mais, quoique les éléments des choses soient solides, il en pousse l’analyse jusqu’aux surfaces. Or il est bien impossible que des surfaces soient la matière primitive dont on nous parle.

§ 5. Nous aussi, nous reconnaissons bien qu’il y a une certaine matière [25] des corps que nos sens perçoivent ; mais cette matière, d’où viennent ce qu’on appelle les éléments, n’est jamais isolée, et elle se présente toujours avec des contraires. Du reste, on a traité ce sujet ailleurs avec plus d’étendue et d’exactitude.

§ 6. Néanmoins, comme les corps primitifs peuvent aussi, de cette façon, venir de la matière, il faut parler de [30] ces corps, en admettant que la matière est bien le principe, et le premier principe des choses, mais qu’elle en est inséparable, et qu’elle est le sujet des contraires. Ainsi, le chaud, par exemple, n’est pas la matière du froid, pas plus que le froid n’est la matière du chaud ; mais la matière est le sujet de tous les deux.

§ 7. Ainsi d’abord, le corps qui est perceptible en puissance à notre sensibilité, voilà le principe ; puis ensuite viennent [35] les contraires, comme, par exemple, la chaleur et le froid, et en troisième lieu, le feu et l’eau et les autres éléments semblables. Tous ces corps se changent bien les uns dans les autres ; mais ce n’est pas de la manière dont le disent Empédocle et d’autres philosophes ; [330a] car, d’après leurs théories, il n’y aurait plus même d’altération. Ce ne sont que les oppositions des contraires qui ne changent pas les unes dans les autres. Du reste, comme ce sont là les principes des corps, il n’en faut pas moins étudier leurs qualités et leur nombre ; car les autres philosophes s’en servent bien dans leurs systèmes, après les avoir admis par hypothèse ; mais ils ne disent pas pourquoi ces contraires ont telle nature et sont dans le nombre où nous les voyons.

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