De la sagesse, trois livres - LIVRE 1 CHAPITRE 41

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LIVRE 1 CHAPITRE 41


des estats et degrez des hommes en particulier, suyvant ceste precedente table.

advertissement. Icy est parlé en particulier des pieces de ceste table et distinction de puissances et subjections (commençant par les privées et domestiques), c' est-à-dire de chasque estat et profession des hommes, pour les cognoistre : c' est icy le livre de la cognoissance de l' homme ; car les debvoirs d' un chascun seront au troisiesme livre en la vertu de justice, où de mesme ordre tous ces estats et chapitres se reprendront. Or, avant y entrer, faut sommairement parler du commander et obeyr, deux fondemens et causes principales de ces diversités d' estats et charges. du commander et obeyr.

ce sont, comme a esté dict, deux fondemens de toute societé humaine, et de la diversité des estats et professions. Ces deux sont relatifs, se regardent, requierent, engendrent, et conservent mutuellement l' un l' autre, et sont pareillement requis en toute assemblée et communauté, mais qui sont obligez à une naturelle envie, contestation et mesdisance ou plaincte perpetuelle. La populaire rend le souverain de pire condition qu' un charretier ; la monarchique le met au dessus de Dieu. Au commander est la dignité, la difficulté (ces deux vont ordinairement ensemble), la bonté, la suffisance, toutes qualitez de grandeur. Le commander, c' est-à-dire la suffisance, le courage, l' authorité, est du ciel et de Dieu : (...) : dont dict Platon que Dieu n' establist poinct des hommes, c' est-à-dire de la commune sorte et suffisance, et purement humaine, par dessus les autres ; mais ceux qui, d' une touche divine, et par quelque singuliere vertu et don du ciel, surpassent les autres, dont ils sont appellez heroes . En l' obeyr est l' utilité, l' aisance, la necessité ; tellement que, pour la conservation du public, il est encore plus requis que le bien commander ; et est beaucoup plus dangereux le desny d' obeyr, ou le mal obeyr, que le mal commander. Tout ainsi qu' au mariage, bien que le mary et la femme soyent egalement obligez à la loyauté et fidelité, et l' ayent tous deux promis par mesmes mots, mesmes ceremonies et solemnitez, si est-ce que les inconveniens sortent, sans comparaison, plus grands de la faute et adultere de la femme que du mary : aussi bien que le commander et obeyr soyent pareillement requis en tout estat et compagnie, si est-ce que les inconveniens sont bien plus dangereux de la desobeyssance des subjects que de la faute des commandans. Plusieurs estats ont longuement roulé et assez heureusement duré soubs de très meschans princes et magistrats, les subjects s' y accommodans et obeyssans ; dont un sage interrogé pourquoy la republique de Sparte estoit si florissante, si c' estoit pource que les roys commandoient bien ; mais plustost, dict-il, pource que les citoyens obeyssent bien. Mais si les subjects refusent d' obeyr et secouent le joug, il faut que l' estat donne du nais à terre.