De la sagesse/Livre I/Chapitre II

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LIVRE 1 CHAPITRE 2


Premiere consideration de l’homme, en soy et en gros. generalle peincture de l’homme.

toutes les peinctures et descriptions que les sages et ceux qui ont fort estudié en ceste science humaine ont donné de l’homme, semblent toutes s’accorder et revenir à marquer en l’homme quatre choses, vanité, foiblesse, inconstance, misere, l’appellant despouille du temps, jouet de la fortune, image d’inconstance, exemple et monstre de foiblesse, trebuchet d’envie et de misere, songe, fantosme, cendre, vapeur, rosée de matin, fleur incontinent espanouye et fanée, vent, foin, vessie, ombre, fueilles d’arbres emportées par le vent, orde semence en son commencement, esponge d’ordures, et sac de miseres en son milieu, puantise et viande de vers en sa fin, bref la plus calamiteuse et miserable chose du monde. Job, un des plus suffisans en ceste matiere, tant en theorique qu’en practique, l’a fort au long depeinct, et après luy Salomon, en leurs livres. Pline, pour estre court, semble l’avoir bien proprement representé, le disant estre le plus miserable et ensemble le plus orgueilleux de tout ce qui est au monde, (…) par le premier mot (de miserable) il comprend toutes ces precedentes peinctures, et tout ce que les autres ont dict : mais en l’autre (le plus orgueilleux) il touche un autre grand chef bien important, et semble en ces deux mots avoir tout dict. Ce sont deux choses qui semblent bien se heurter et s’empescher que misere et orgueil, vanité et presomption : voilà une estrange et monstreuse cousture que l’homme. D’autant que l’homme est composé de deux pieces fort diverses, esprit et corps, il est malaisé de le bien descrire entier et en bloc. Aucuns rapportent au corps tout ce que l’on peust dire de mauvais de l’homme ; le font excellent et l’eslevent par dessus tout pour le regard de l’esprit : mais au contraire tout ce qu’il y a de mal, non-seulement en l’homme, mais au monde, est forgé et produict par l’esprit : et y a bien plus de vanité, inconstance, misere, presomption en l’esprit, qu’au corps ; auquel peu de chose est reprochable au prix de l’esprit : dont Democrite appelle cet esprit un monde caché de miseres ; et Plutarque le prouve bien par un livre exprès, et de ce subject. Or ceste premiere generale consideration de l’homme, qui est en soy et en gros, sera en ces cinq poincts ; vanité, foiblesse, inconstance, misere, presomption, qui sont ses plus naturelles et universelles qualitez : mais les deux dernieres le touchent plus au vif. Au reste il y a des choses communes à plusieurs de ces cinq, que l’on ne sçait bien à laquelle l’attribuer plustost, et specialement la foiblesse et la misere.

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