De la sagesse/Livre I/Chapitre LI

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LIVRE 1 CHAPITRE 51


comparaison de la vie meinée en commun, et meinée en proprieté.

aucuns ont pensé que la vie meinée en commun, en laquelle il n’y a poinct de mien et tien, mais où toutes choses sont en communauté, tend plus à perfection, et tient plus de charité et concorde. Mais ceste opinion ne peust estre en tous sens vraye, comme aussi la practique le monstre bien : car non seulement il n’y a poinct d’affection cordiale à ce qui est commun à tous, et, comme dict le proverbe, l’asne du commun est tousiours mal basté ; mais encore la communauté tire après soy tousiours des querelles, des murmures et des haynes, comme il s’est veu tousiours, voire dedans l’eglise primitifve. La nature d’amour est telle que des gros fleuves, qui portent les grandes charges ; s’ils sont divisez, n’en portent poinct, aussi estant divisée à toutes personnes et toutes choses, perd sa force et vigueur. Mais il y a degrez de communauté : vivre, c’est-à-dire manger et boire ensemble, est très bon, comme il estoit aux meilleures et plus anciennes republiques de Lacaedemone et de Crete ; car, outre que la modestie et discipline est mieux retenue, il y a une très utile communication : mais penser avoir tout commun comme vouloit Platon un coup, car après il se r’advisa, c’est pervertir tout.

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