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LIVRE 1 CHAPITRE 52
comparaison de la vie rustique, et des villes.
ceste comparaison n’est fort mal aisée à faire à l’amateur de sagesse ; car tous les biens et advantages sont presque d’un costé spirituels et corporels, liberté, sagesse, innocence, santé, plaisir. Aux champs, l’esprit est bien plus libre et à soy : ez villes, les personnes, les affaires siennes et d’autruy, les querelles, visites, devis, entretiens, combien desrobent-ils de temps ! amici fures temporis. combien de troubles apportent-ils, de destournemens, de desbauches ! Les villes sont prisons mesmes aux esprits, comme les caiges aux oyseaux et aux bestes. Ce feu celeste qui est en nous ne veust poinct estre enfermé ; il ayme l’air, les champs : dont Columelle dict que la vie champestre est parente de la sagesse, consanguinea,
laquelle ne peust estre sans les belles et libres pensées et meditations. Or est-il difficile de les avoir et nourrir parmy le tracas et tabut des villes. Puis la vie rustique est bien plus nette, innocente et simple : ez villes, les vices sont en foule et ne se sentent poinct ; ils passent et se fourrent par-tout pesle mesle : l’usage, le regard, le rencontre si frequent et contagieux, en est cause. Pour le plaisir et santé, tout le ciel estendu apparoist ; le soleil, l’air, les eaues, et tous les elemens sont libres ; exposez et ouverts de toutes parts, nous soubsrient : la terre se monstre tout à descouvert, ses fruicts sont devant nos yeux : tout cela n’est poinct ez villes, en la presse des maisons, tellement que vivre aux villes c’est estre au monde banni et forclos du monde. Dadvantage la vie champestre est toute en exercice, en action, qui aiguise l’appetit, entretient la santé, endurcist et fortifie le corps. Ce qui est à la recommandation des villes, est l’utilité, ou privée, c’est la part des marchands et artisans ; ou publicque, au maniement de laquelle sont appellez peu de gens, et anciennement on les tiroit de la vie rustique, et y retournoient ayans achevé leur charge.