De la sagesse/Livre I/Chapitre V

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LIVRE 1 CHAPITRE 5


Iii inconstance.

l’homme est un subject merveilleusement divers et ondoyant, sur lequel il est très mal-aisé d’y asseoir jugement asseuré, jugement, dis-je, universel et entier, à cause de la grande contrarieté et dissonance des pieces de nostre vie. La pluspart de nos actions ne sont que saillies et bouttées poussées par quelques occasions : ce ne sont que pieces rapportées. L’irresolution d’une part, puis l’inconstance et l’instabilité, est le plus commun et apparent vice de la nature humaine. Certes nos actions se contredisent souvent de si estrange façon, qu’il semble impossible qu’elles soient parties de mesme boutique. Nous allons après les inclinations de nostre appetit, et selon que le vent des occasions nous emporte, non selon la raison : etc. Aussi nos esprits et nos humeurs se meuvent avec les mouvemens du temps. (…) la vie est un mouvement inegal, irregulier, multiforme. Enfin nous nous remuons et troublons nous-mesmes par l’instabilité de nostre posture. (…). L’homme est l’animal de tous le plus difficile à sonder et cognoistre, car c’est le plus double et contrefaict, le plus couvert et artificiel ; et y a chez luy tant de cabinets et d’arriere-boutiques, dont il sort tantost homme, tantost satyre ; tant de souspirails, dont il souffle tantost le chaud, tantost le froid, et d’où il sort tant de fumée. Tout son bransler et mouvoir n’est qu’un cours perpetuel d’erreurs : le matin naistre, le soir mourir ; tantost aux ceps, tantost en liberté ; tantost un dieu, tantost une mouche. Il rit et pleure d’une mesme chose. Il est content et mal content. Il veut et ne veut, et ne sçait enfin ce qu’il veut.