De la sagesse/Livre I/Chapitre X

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LIVRE 1 CHAPITRE 9 De la sagesse, trois livres LIVRE 1 CHAPITRE 11


LIVRE 1 CHAPITRE 10


du corps humain en general.

ayant à parler de toutes les pieces de l’homme, faut commencer par le corps comme par le plus facile et apparent, et qu’il est aussi l’aisné de l’ame, comme le domicile doibt estre faict et dressé avant qu’y demeurer, et l’attelier avant que l’ouvrier y entre pour y ouvrer. Le corps humain est formé avec le temps, et de tel ordre, que premierement sont basties les trois plus nobles et heroïques parties, le foye, le cœur, le cerveau, distantes en long, et se tenans par joinctures deliées, qui puis se remplissent tout à la façon d’un formy, où y a trois parties plus grosses et enflées, joinctes par entre-deux deliées. Selon ces trois parties principales viennent à considerer trois estages en l’homme (image raccourcie du monde) qui respondent aux trois estages et regions de l’univers. La basse du foye, racine des veines, officine des esprits naturels, et le lieu de l’ame concupiscible, en laquelle sont contenus le ventricule, ou l’estomach, les boyaux, les reins, la ratte, et toutes les parties genitales, respond à la region elementaire, où se font toutes les generations et corruptions. Celle du milieu, où maistrise le cœur, la tige des arteres et des esprits vitaux, et le siege de l’ame irascible, separée de celle d’en-bas par la toile tenduë du diaphragme, et de celle d’en-haut par le destroict de la gorge, en laquelle sont aussi les poulmons, respond à la region aetherée. Celle d’en-haut, où loge le cerveau spongieux, source des nerfs et esprits animaux, du mouvement et sentiment, et le throsne de l’ame raisonnable, (…), respond à la region celeste et intellectuelle. L’homme en son corps a plusieurs choses qui luy sont peculieres privativement aux bestes : 1 stature droicte, 2 forme belle, 3 visage proprement dict, 4 nudité naturelle, 5 mouvement tant divers des membres, 6 soupplesse et mobilité de la main ouvriere de tant de choses, c’est un miracle, 7 grosseur et abondance de cerveau, 8 le genouil, qui est en l’homme seul au devant, 9 si grande longueur du pied au devant, et qui est si court au derriere, 10 saignée du nais, chose estrange, veu qu’il a la teste droicte, et les bestes baissée, 11 rougir à la honte, 12 pallir à la crainte, 13 les causes ou raisons de toutes ces singularitez sont belles, mais ne sont de ce nostre pris faict. Les biens du corps sont la santé, la beauté, l’alegresse, la force, la vigueur, l’addresse et disposition ; mais la santé passe tout. Les principales et plus nobles pieces des externes sont les sens corporels ; et des internes, le cerveau, le cœur, le foye, et puis les genitoires, et les poulmons. L’excellence du corps est generallement en la forme, droicture et port d’iceluy : specialement et particulierement en la face et aux mains, qui sont les deux parties que nous laissons par honneur nues. Certes les sages mesmes stoïques ont tant faict de cas de la forme humaine, qu’ils ont dict vouloir mieux estre fol en la forme humaine, que sage en la forme brutale, preferans la forme corporelle à la sagesse. Le corps de l’homme touche fort peu la terre ; il est droict tendu au ciel, où il regarde, se void et se cognoist, comme en son miroir : les plantes tout au rebours ont la teste et racine toute dedans la terre ; les bestes comme au milieu l’ont entre deux, mais plus et moins. La cause de ceste droicture n’est pas proprement l’ame raisonnable, comme il se void aux courbez, bossus, boiteux ; non la ligne droicte de l’espine du dos, qui est aussi aux serpens ; non la chaleur naturelle ou vitale, qui est pareille ou plus grande en certaines bestes, combien que tout cela y peust servir de quelque chose : ceste droicture convient à l’homme, et comme homme, et comme roy d’icy bas. Aux petites et particulieres royautez y a une marque et majesté, comme il se void au dauphin couronné, au serpent basilizé, au lyon avec son collier, sa couleur de poil, et ses yeux, en l’aigle, au roy des abeilles. Mais l’homme, roy universel d’icy bas, marche la teste droicte, comme un maistre en sa maison, regente tout, et en vient à bout par amour ou par force, domptant ou apprivoisant. Comme il y en a qui ont des contenances, gestes et mouvemens artificiels et affectez, aussi y en a qui en ont de si naturels et si propres, qu’ils ne les sentent ny ne les recognoissent point, comme pencher la teste, rincer le nais. Mais tous en avons, qui ne partent poinct de nostre discours, ains d’une pure naturelle et prompte impulsion, comme mettre la main au devant en nos cheutes.

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