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LIVRE 1 CHAPITRE 40
troisiesme distinction et difference des hommes accidentale, de leurs degrez, estats et charges.
ceste distinction accidentale, qui regarde les estats et charges, est fondée sur deux principes et fondemens de la societé humaine, qui sont commander et obeyr, puissance et subjection, superiorité et inferiorité : (…). Cette distinction se verra premierement mieux en gros en ceste table. (…). Ceste puissance publicque, soit souveraine, soit subalterne, reçoit des subdivisions qu’il faut sçavoir. La souveraine, qui est triple, comme dict est, pour le regard de la maniere du gouvernement, est encore triple, c’est-à-dire chascune de ces trois est conduicte en trois façons, dont est dicte royale, ou seigneuriale, ou tyrannique. Royale, en laquelle le souverain (soit-il un, ou plusieurs, ou tous), obeyssant aux loix de nature, garde la liberté naturelle et la proprieté des biens aux subjects. (…). Seigneuriale, où le souverain est seigneur des personnes et des biens par le droict des armes, gouvernant ses subjects comme esclaves. Tyrannique, où le souverain, mesprisant toutes les loix de nature, abuse des personnes et des biens de ses subjects, differant du seigneur, comme le voleur de l’ennemy de guerre. Des trois estats souverains le monarchique, et des trois gouvernemens le seigneurial, sont les plus anciens, grands, durables, augustes, comme anciennement Assyrie, Perse, Aegypte, et maintenant Aethiopie, la plus ancienne qui soit ; Moscovie, Tartarie, Turquie, le Peru. Mais le meilleur et plus naturel estat et gouvernement est la monarchie royale : les aristocraties fameuses sont jadis lacedemone et maintenant Venise ; les démocraties, Rome, Athenes, Carthage, royales en leur gouvernement. La puissance publique subalterne, qui est aux seigneurs particuliers, est de plusieurs sortes et degrez, principalement cinq : sçavoir, seigneurs tributaires, qui doibvent tribut seulement ; feudataires, vassaux simples, qui doibvent foy et hommage pour le fief : ces trois peuvent estre souverains. Vassaux liges, qui, outre la foy et hommage, doibvent encore service personnel, dont ils ne peuvent estre vrayement souverains. Subjects naturels, soit vassaux ou censiers, ou autrement, lesquels doibvent subjection et obeyssance, et ne se peuvent exempter de la puissance de leur souverain, et sont seigneurs. La puissance publique subalterne, qui est aux officiers de la souveraineté, est de plusieurs sortes, et, pour le regard de l’honneur et de la puissance, reviennent à cinq degrez. Premier et plus bas des infames, qui doibvent demeurer hors la ville, executeurs derniers de la justice. 2 de ceux qui n’ont ny honneur ny infamie, sergeans, trompettes. 3 qui ont honneur sans cognoissance et puissance, notaires, recepveurs, secretaires. 4 qui ont avec honneur, puissance et cognoissance, mais sans jurisdiction, les gens du roy. 5 qui ont jurisdiction, et par ainsi tout le reste ; et ceux-cy s’appellent proprement magistrats ; desquels y a plusieurs distinctions, et principalement ces cinq, qui sont toutes doubles. 1 en majeurs, senateurs ; mineurs, juges. 2 en politiques, militaires. 3 en civils, criminels. 4 en titulaires en office formé, commissaires. 5 en perpetuels, comme doibvent estre les moindres, et en nombre ; temporels et muables, comme doibvent estre les grands.