De la sagesse/Livre I/Chapitre XLVII

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legislateurs, prescheurs, instructeurs.

c’est une des vanitez de l’homme de prescrire des loix et des reigles qui excedent l’usage et la forme humaine : c’est la coustume des prescheurs et legislateurs de proposer les images de vie, que ny le proposant ny les auditeurs n’ont esperance aucune, ny bien souvent, qui plus est, la volonté de suyvre. L’homme s’oblige à estre necessairement en faute, et se taille, à son escient, de la besongne plus qu’il ne sçauroit faire : il n’y a si homme de bien, que s’il est examiné selon les loix et debvoirs en ses actions et pensées, qui ne soit capable de mort cent fois. La sagesse humaine n’arrive jamais au debvoir qu’elle-mesme se prescript : outre l’injustice qui est en cecy, c’est exposer en mocquerie et risée toutes choses : il faudroit qu’il y eust plus de proportion entre le commandement et l’obeyssance, le debvoir et le pouvoir. Et ces faiseurs de reigles sont les premiers mocqueurs ; car ils ne font rien, et souvent tout au rebours de ce qu’ils conseillent, les prescheurs, legislateurs, juges, medecins : le monde vit ainsi ; l’on instruict et l’on enjoinct de suyvre les reigles et preceptes ; et les hommes en tiennent un autre, non par desreiglement de vie et mœurs seulement, mais souvent par opinion et par jugement contraire. Autre chose est de parler en chaire et en chambre, donner leçon au peuple, et la donner à soy-mesme ; ce qui est bon et de mise à soy, seroit scandaleux et abominable au commun. Mais Seneque respond à cela : (…).

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