De la sagesse/Livre I/Chapitre XXV

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desirs, cupiditez.

il ne naist et ne s’eleve poinct tant de flots et d’ondes en la mer, comme de desirs au cœur de l’homme ; c’est un abysme ; il est infiny, divers, inconstant, confus et irresolu, souvent horrible et detestable, mais ordinairement vain et ridicule en ses desirs. Mais, avant toute œuvre, ils sont bien à distinguer. Les uns sont naturels, ceux-cy sont justes et legitimes, sont mesmes aux bestes, sont limitez et courts, l’on en voit le bout ; selon eux, personne n’est indigent : de ceux-cy sera parlé cy-après au long ; car ce ne sont, à vray dire, passions. Les autres sont outre nature, procedans de nostre opinion et fantasie, artificiels, superflus, que nous pouvons, pour les distinguer par nom des autres, appeller cupiditez. Ceux-cy sont purement humains, les bestes ne sçavent que c’est, l’homme seul est desreiglé en ses appetits ; ceux-cy n’ont poinct de bout, sont sans fin, ce n’est que confusion : (…). Dont, selon eux, personne ne peust estre riche et content. C’est d’eux proprement ce que nous avons dict au commencement de ce chapitre, et que nous entendons icy en ceste matiere des passions. C’est pour ceux-cy que l’on sue et travaille, (…), que l’on voyage par mer et par terre, que l’on guerroye, que l’on se tue, l’on se noye, l’on se trahist, l’on se perd ; dont a esté très bien dict, que cupidité estoit racine de tous maux. Or il advient souvent (juste punition) que, cherchant d’assouvir ses cupiditez et se saouler des biens et plaisirs de la fortune, l’on perd et l’on se prive de ceux de la nature ; dont disoit Diogenes à Alexandre, après avoir refusé son argent, que pour tout bien il se retirast de son soleil.

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