De la sagesse/Livre I/Chapitre XXXII

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cruauté.

c’est un vilain et detestable vice que la cruauté, et contre nature, dont aussi est-il appellé inhumanité. La cruauté vient de foiblesse et lascheté, et est fille de couardise ; la vaillance s’exerce seulement contre la resistance, et s’arreste voyant l’ennemy à sa mercy : (…). La lascheté ne pouvant estre de ce roolle, pour dire qu’elle en est, prend pour sa part le sang et le massacre : les meurtres des victoires s’exercent ordinairement par le peuple et officiers du bagage. Les cruels, aspres et malicieux, sont lasches et poultrons : les tyrans sont sanguinaires, pource qu’ils craignent, et ne peuvent s’asseurer qu’en exterminant ceux qui les peuvent offenser, dont ils s’attaquent à tous jusques aux femmes ; car ils craignent tous. (…). Les chiens couards mordent et deschirent dans la maison les peaux des bestes sauvages, qu’ils n’ont osé attaquer aux champs. Qui rend les guerres civiles et populaires si cruelles, sinon que c’est la canaille et lie du peuple qui les meine ? L’empereur Maurice, adverty qu’un soldat Phocas le debvoit tuer, s’enquist qui il estoit, et de quel naturel ; et luy ayant esté dict par son gendre Philippes qu’il estoit lasche et couard, il conclud qu’il estoit meurtrier et cruel. Elle vient aussi de malignité interne d’ame, qui se paist et delecte au mal d’autruy ; monstres, comme Caligula.

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