De profundis (Béranger 2)
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- « Quitter Paris, quitter le monde,
- « C’est mourir », m’a-t-on dit cent fois.
- Or, dans ma retraite profonde,
- Je suis mort, du moins je le crois. (Bis.)
- « Quitter Paris, quitter le monde,
D’un trépassé prenant le caractère,
Je tiens mon gîte aux indiscrets muré.
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Me voilà donc comme à cent pieds sous terre. |
Bis. |
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- Je vis en mort tranquille et sage
- Dans ce coin qui me va si bien ;
- Espérant, moi qui sais l’usage,
- Que l’oubli sera mon gardien.
- Je vis en mort tranquille et sage
Mais que de moi l’amitié se souvienne
Pour chaque nœud qu’avec vous j’ai serré.
À mon tombeau que souvent elle vienne.
De profundis ! car je suis enterré.
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- Je conçois qu’on s’immortalise ;
- Pourtant cela devient banal ;
- Et lettre d’ami, quoi qu’on dise,
- Vaut mieux qu’article de journal.
- Je conçois qu’on s’immortalise ;
Laissons la gloire apposer son paraphe
Sur maint brevet par des sots délivré ;
Mes vieux amis, faites mon épitaphe.
De profundis ! car je suis enterré.
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- Les morts ne se dérangent guères ;
- Venez donc sans deuil ni souci,
- Narguant les larmoyeurs vulgaires,
- Boire au défunt qui gît ici.
- Les morts ne se dérangent guères ;
Plus ne m’arrive un soupir de colombe ;
Plus un seul vers par Lisette inspiré.
L’amitié seule a des fleurs pour ma tombe.
De profundis ! car je suis enterré.
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- Pourtant, lorsqu’ici je m’enterre,
- Ne me croyez pas devenu
- Fou misanthrope ou sage austère,
- Contre son siècle prévenu.
- Pourtant, lorsqu’ici je m’enterre,
Avec le temps si mon esprit plus sombre
Voyait en noir, sous un ciel azuré,
Soyez, amis, indulgents pour mon ombre.
De profundis ! car je suis enterré.
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- De profundis ! criait Lazare,
- Rêveur dans la tombe endormi,
- Lorsque armé d’un pouvoir trop rare,
- Jésus réveilla son ami.
- De profundis ! criait Lazare,
Au bout de l’an où tous je vous convie
Pour un service à bas bruit célébré,
Comme à Lazare, ah ! rendez-moi la vie.
De profundis ! car je suis enterré.
Bis.