Des bouveries

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

Des bouveries
1870 (pp. 2-44).
ÉCOLE IMPÉRIALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE


────────


DES


BOUVERIES


« Le santé du bétail est la fortune de l’éleveur. »
Gayot


PAR


Henri Bascoul


Médecin-Vétérinaire

Né à Lacaude (Tarn)


────────



THÈSE POUR LE DIPLOME DE MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


Année 1870


────────


TOULOUSE


IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC


Rue des gestes, 6


────────


1870


À MON PÈRE, À MA MÈRE,


Amour filial et reconnaissance.


―――――


À MES FRÈRES


Gage d’affection.


―――――


À MES PROFESSEURS


―――――


À MES AMIS


H.B.




À Mademoiselle A. FIEU,


Faible témoignage de ma gratitude.


ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES


―――――――


Inspecteur général.

M. H. BOULEY O ❄, Membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.


séparateur


ÉCOLE DE TOULOUSE
――――


Directeur.
M. LAVOCAT ❄, Membre de l’Académie des Sciences de Toulouse, etc.
Professeurs.
MM. LAVOCAT ❄ \left\{\begin{matrix}\;\\\;\end{matrix}\right. Physiologie et tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄ \left\{\begin{matrix}\;\\ \;\\ \;\\ \;\end{matrix}\right. Pathologie médicale et maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE \left\{\begin{matrix}\;\\ \;\\ \;\\ \;\end{matrix}\right. Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON \left\{\begin{matrix}\;\\ \;\\ \;\end{matrix}\right. Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES \left\{\begin{matrix}\;\\ \;\\ \;\\ \;\end{matrix}\right. Pathologie et Thérapeutique générale.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
ARLOING \left\{\begin{matrix}\;\\ \;\\ \;\\ \;\end{matrix}\right. Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.
Chefs de Service.
MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD Physique, Chimie et Pharmacie.
N Clinique et Chirurgie.
JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, \left. \begin{matrix}\  \\ \ \\ \  \\  \ \\ \  \end{matrix} \right\} Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
MAURI, \left. \begin{matrix}\  \\ \  \end{matrix} \right\} Chefs de Service.
BIDAUD,


――✾oo✾――


PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
――


THÉORIE \left\{ \begin{matrix}\  \\ \  \\ \  \\ \ \\ \  \\ \  \\ \  \\ \  \\ \  \\ \  \\ \  \\ \  \end{matrix} \right. Épreuves
écrites
\left\{ \begin{matrix}\  \\ \  \\ \  \\ \ \\ \  \end{matrix} \right. Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
\left\{ \begin{matrix}\  \\ \  \\ \  \\ \ \\ \  \\ \  \\ \  \end{matrix} \right. Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE \left\{ \begin{matrix}\  \\ \  \\ \  \\ \ \\ \  \\ \  \end{matrix} \right. Épreuves
pratiques
\left\{ \begin{matrix}\  \\ \  \\ \  \\ \ \\ \  \\ \  \end{matrix} \right. Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
INTRODUCTION


Seuls, les animaux sauvages peuvent se passer d’habitations, car la nature pourvoit à leurs besoins, soit en augmentant le pelage, soit en leur donnant l’instinct et les moyens de quitter le pays ou la région que les vicissitudes atmosphériques vont leur rendre momentanément inhabitable Ils émigrent vers des parages plus hospitaliers, s’y installent, et les abandonneront plus tard, si les conditions nécessaires à leur existence viennent à faire défaut.

Il en est tout autrement des animaux domestiques. Contraints d’habiter, toute l’année, les lieux où le hasard les a placés, ils ne pourraient éviter les intempéries des saisons et auraient trop à souffrir des écarts météorologiques, sans le secours des habitations que l’intérêt du maître leur prépare et leur entretien. Si les animaux ne sont pas logés ou parqués, ils ne peuvent être facilement utilisés, l’agriculture perd la principale source des engrais, et on ne peut développer en eux les diverses aptitudes desquelles on tire, de nos jours, un si grand profit.

Mais il ne suffit pas d’avoir des logements ; il faut encore qu’ils présentent certaines conditions indispensables pour remplir d’une façon avantageuse et économique le but auquel on les destine. Et malgré les progrès de la science, malgré les efforts de tant d’hommes éminents qui ont fait de l’hygiène leur étude spéciale, la routine et l’ignorance, ennemies de toute innovation, dictent encore de nos jours les seules lois qui président à la construction de la plupart des étables. Aujourd’hui, comme autrefois, l’espace y est en général trop restreint ; si l’aérage n’est pas oublié, il est mal compris et surtout mal entretenu, aussi voit-on souvent ces abris, qui avant tout devraient être salubres, transformés en étuves infectes et malsaines. Ces locaux altèrent peu à peu la constitution de leurs habitants, qui deviennent plus impressionnables à l’action des causes morbifiques, et lorsqu’ils sont atteints, leurs maladies revêtent presque toujours les caractères redoutables des affections typhoïdes.

Tous ces inconvénients, toutes ces imperfections forment sans contredit l’apanage des habitations destinées aux grands ruminants. C’est à elles que s’appliquent les considérations qui précédent, et je les aurai exclusivement en vue dans ce qui va suivre.


――――
DES BOUVERIES


« La santé du bétail est la fortune de l’éleveur. »

GAYOT.


On appelle Bouveries, les locaux destinés aux grands Ruminants des deux sexes utilisés pour le travail et la reproduction ; et Vacheries, ceux qui ne logent que les femelles spécialement entretenues en vue de la production du lait. Le mot Étable, qui d’après son étymologie s’applique exactement aux habitations de tous les animaux domestiques, mais dont l’usage a restreint la signification, embrasse collectivement les bouveries et les vacheries. Dans ce qui suit, les expressions bouveries et étables sont considérées comme synonymes et employées indifféremment l’une pour l’autre ; le mot vacherie conserve seul sa véritable signification.


Emplacement.


Lorsqu’on veut élever une bouverie d’après les règles de l’hygiène, il importe de tenir compte de la météorologie locale ou de l’orientement, de la disposition des autres bâtiments de la ferme, enfin des voisinages nuisibles qu’on doit s’attacher à éviter. Ces points ne sont ni méconnus ni négligés par le propriétaire qui prend à cœur la santé des hommes et des animaux, la commodité et la facilité du service.

À chacune des expositions correspondant aux quatre points cardinaux, incombent, dans notre climat, des avantages et des inconvénients. Celle du Nord et même celle de l’Est entraînent le froid ; celle de l’Ouest, l’humidité ; enfin, celle du Sud donne la chaleur. L’humidité est nulle part favorable ; l’exposition au couchant doit donc être évitée. Restent les trois autres, pour le choix desquelles on se décide d’après les conditions de la localité. Dans les pays chauds, où il n’y a presque pas de mauvaise saison, on peut donner l’exposition septentrionale ; mais, si rien ne l’empêche, on exposera à l’Est, car c’est de là que viennent l’air le plus pur et la température la plus convenable. Avec le pays les conditions changent, et l’exposition Sud aura la préférence dans les régions froides, où l’hiver est aussi long que rigoureux ; la chaleur qu’elle entraîne peut neutraliser, dans une certaine mesure, les inconvénients inhérents au climat. Sur le sol de la France où règne, en général, une température assez douce, on doit exposer autant que possible les étables au levant ; on favorise ainsi la complète aération des locaux, sauf à établir des abris pour combattre le froid que cette exposition entraîne.

Les vents et l’influence qu’ils exercent doivent être étudiés quand on s’occupe de la distribution des bâtiments ruraux. Lorsque les vents de l’Est soufflent, la fumée et les vapeurs tendent à s’élever et à se perdre dans l’espace ; tandis que pendant le règne de ceux de l’Ouest, le temps est plus humide, le baromètre est bas et les corps dont l’air est chargé sont entraînés horizontalement. En ajoutant que dans nos contrées ces derniers sont les plus fréquents, on aura assez de motifs pour conseiller de construire les étables à l’Est de l’habitation des hommes, de la laiterie et autres bâtiments qui demandent un air pur. On les placera, au contraire, à l’Ouest de la fosse à purin, du fumier, des égouts et autres établissements dont les émanations altèrent l’atmosphère.

Les magasins à fourrages, les meules de paille, etc., seront rapprochés des bouveries si on tient à faciliter le service et à rendre moins pénible la tâche des personnes chargées des soins du bétail. En outre, on place les étables assez près de l’habitation du fermier pour que celui-ci puisse aisément exercer une surveillance active et de tous les instants sur les bêtes et parer à toutes les éventualités. Par contre, si dans l’exploitation il y a plusieurs espèces d’animaux, leurs logements réciproques seront assez éloignés les uns des autres. On évite ainsi les accidents, souvent graves, qui résultent de la présence simultanée, qu’on ne peut toujours empêcher, des divers animaux dans la même partie des cours.

Les étables doivent être à proximité des pâturages. Si elles en sont éloignées, les bœufs se fatiguent inutilement pour s’y rendre, et dans certains cas, c’est à peine si la nourriture qu’ils vont y chercher compense les pertes en temps et en fumier occasionnées par la route. Les mêmes inconvénients résultent de l’éloignement des terres d’exploitation parfois inévitable à cause du morcellement du sol. Dans tous ces cas, on devrait établir des abris sur les pâturages, les terres arables trop distantes des bouveries ; les dépenses du propriétaire seraient largement couvertes par la bonne santé, l’embonpoint et la plus value des produits de ses bestiaux.

Les frais de construction d’une conduite d’eau pourraient aussi être compensés par les avantages qui résulteraient d’un abreuvoir attenant aux étables ; le bétail sortant, en hiver, d’un lieu chaud et humide pour aller boire, n’aurait pas le temps de se refroidir, et de nombreuses maladies dues aux arrêts de transpiration seraient ainsi évitées.

Restent les voisinages malfaisants dont il faut se garder ; voyons en quelques mots ce qui concerne les principaux. En première ligne se trouvent les marais, c’est-à-dire ces terrains bourbeux couverts d’eau stagnante, peuplés d’une quantité prodigieuse d’animaux, et où pousse une végétation d’autant plus riche que le climat est plus chaud. Sous l’influence des fortes chaleurs, les bords, sinon toute la superficie des marécages, se dessèchent et laissent exposées à l’air des matières végéto-animales qui engendrent, en se putréfiant, des émanations malsaines, dites effluves, inconnues dans leur nature, mais qu’on a pu apprécier par les désastreuses épizooties dont elles sont la cause.

Les rivières et autres cours d’eau saturent d’humidité l’atmosphère des lieux environnants ; de plus, s’ils sont sujets à des débordements, leur proximité est aussi dangereuse que celle des marécages dont ils produisent les effets. Les bords du Nil, périodiquement submergés et ravagés par la peste, fournissent un exemple des fâcheux inconvénients de ces entourages.

On peut en dire autant des clos d’équarrissages et autres endroits choisis pour réceptacle des restes des animaux et d’où se dégagent des gaz malfaisants et des miasmes putrides non moins dangereux que les effluves.

Il n’est pas toujours possible d’éloigner autant qu’on le voudrait les étables de ces voisinages ; il reste alors à se prémunir contre leur désastreuse influence. On y arrive quelquefois par des moyens assez simples sur lesquels l’observation de tous les jours permet de compter : des rideaux d’arbres, des collines, des constructions même, arrêtent souvent les effluves ou les miasmes, et empêchent qu’emportés par les vents ils ne se répandent au loin.


Construction.


La construction des bouveries doit être économique tout en réunissant cependant la solidité aux qualités que réclame l’hygiène. Il ne faut pas oublier que le but des habitations est de soustraire les animaux aux intempéries ; à cet effet, les parois ou les murs doivent être imperméables aux agents atmosphériques, mieux vaudrait laisser les animaux sans abris que de les loger dans des locaux où les vents, la pluie, la neige, etc., auraient un libre accès.

La matière première utilisée pour élever les murs varie avec le pays et les ressources du propriétaire. C’est ainsi que de simples branchages, les nattes de paille, les planches, le pisé (terre tassée), le briquetage, les cailloux, les pierres, sont tour-à-tour employés et préférés les uns aux autres. On voit dans une même contrée des étables construites avec des planches, à côté d’autres dont les murs en pisé, en briques ou en pierres procurent un abri, sinon plus économique, tout au moins plus solide. Dans celles-ci, on est mieux en mesure de régler la température intérieure et de favoriser, chez les animaux, telle aptitude avantageuse au propriétaire. Le climat peut faire donner la préférence au pisé ou aux briques plutôt qu’aux nattes de paille et aux branches ; aux cailloux ou aux pierres plus tôt qu’aux planches. Dans les régions chaudes, où les grands écarts de température sont presque inconnus, les substances peu résistantes pourront suffire ; tandis que si les vicissitudes atmosphériques sont fréquentes et redoutables, les constructions en pisé, en briques, en cailloux, etc., seront à la fois et plus durables et mieux appropriées à leur but. Quant au choix à faire entre ces dernières substances, on ne peut s’empêcher de recommander les pierres : les murs qu’on en construit sont imperméables et plus solides ; ils exigent néanmoins quelques précautions afin de garantir les animaux de la trop grande fraîcheur de leur contact.

Le pisé, si on n’a pas à craindre les crevasses des murs par suite des fortes gelées succédant aux pluies torrentielles, n’est pas à dédaigner et peut être employé. À plus forte raison construira-t-on avec des briques, des cailloux, si ces substances sont moins coûteuses et plus à portée que les autres matériaux. Dans quelques pays pauvres, on se contente d’élever de simples cloisons entre lesquelles on interpose de la mousse tassée, de la terre fine, ou autres agents mauvais conducteurs du calorique.

Quelle que soit la matière employée, il faut éviter que les murs soient froids et humides, ou tout au moins qu’ils fassent ressentir leur fâcheuse influence aux habitants de la bouverie. Pour atteindre ce but, on laisse inoccupées les places rapprochées des murailles, ou bien on garnit la base de ces dernières avec des planches, des nattes de paille, etc.; de la sorte on écarte des rhumatismes et autres douleurs dont la cause passe bien souvent inaperçue.

Quelques-uns des matériaux indiqués pour les murs, sont aussi employés pour les toitures des bouveries. Dans le Nord, on se sert quelquefois de toiles goudronnées et sablées, ou bien de simples cartons enduits d’une couche imperméable ; mais leur grande combustibilité doit les faire écarter.

Le chaume, autrefois d’un usage si fréquent, est encore employé dans quelques contrées, notamment en Bretagne, pour recouvrir les logements des animaux. Il permet, si on a le soin de mettre de la bonne paille, de faire des toits très économiques en même temps qu’imperméables. On leur donne une très forte pente afin que la pluie puisse s’égoutter facilement et pour empêcher un trop long séjour de la neige ; les couches supérieures seraient vite altérées si on ne prenait cette précaution.

Les tuiles et les ardoises sont préférables à tout ce qui précède, et recouvrent presque exclusivement les étables de nos contrées. On leur reproche bien de laisser passer le froid en hiver et la chaleur en été ; mais avec peu de soins, on remédie à cet inconvénient que compensent largement les conditions de durée et de solidité.

Les étables, d’ailleurs, sont situées le plus souvent sous l’habitation du fermier, sous le fenil ou tout autre magasin, et par conséquent à l’abri des avantages et des inconvénients des toits bien ou mal construits. Un simple plancher les sépare alors des étages supérieurs, plus rarement un plafond ou une voute établit la délimitation.

Le plafonnage est ce qui convient le mieux et on doit regretter que son prix en restreigne l’emploi ; je ne citerai que pour mémoire les voûtes en pierre, travail hors de proportion avec le genre de construction qui m’occupe ; de plus, très chaudes en hiver, elles sont froides en été pour les animaux qui, comme le bœuf, ont besoin d’une température à peu près constante.

Plus communs que les plafonds et les voûtes, les planchers, tels qu’ils existent communément, ont de nombreux inconvénients. Séparent-ils l’habitation du fermier des étables ? ils sont préjudiciables aux personnes attachées à l’exploitation comme aux animaux ; en effet, ces planchers, ordinairement très mal exécutés, présentent des fentes, des espaces vides, parfois même il est laissé tout exprès une ouverture pour faire passer les balayures. À leur faveur, la poussière, les ordures du ménage tombent directement dans l’étable, dans les crèches, les râteliers, salissent les aliments et dégoûtent les animaux de leur nourriture ; en outre la peau, soumise à leur contact irritant, devient le siège de maladies d’autant plus graves que la cause qui les a produites agit en permanence. D’un autre côté, l’étage supérieur n’a pas moins à souffrir des inconvénients d’un plancher construit avec autant de négligence. Les émanations malsaines de l’étable y trouvent une route facile et deviennent pour les personnes une cause active d’insalubrité.

Si c’est le fenil qui est placé au dessus de la bouverie, les planchers reçoivent bien moins de soins encore ; on en voit qui ne sont constitués que par des perches de rebut placées ça et là sur les poutres, laissant entre elles de grands interstices que bouchent les fourrages. On comprend tout ce qu’a de défectueux une pareille disposition, elle expose le foin à des émanations qui l’altèrent et le déprécient, et elle permet aux graines de se mélanger avec le fumier, et plus tard d’infester les champs où on le transportera.

Lors même que l’exécution ne laisse rien à désirer, les planchers ont le désavantage d’être peu faciles à nettoyer en même temps que perméables à l’humidité, et de pouvoir servir de réceptacle aux virus qui s’y conservent parfois très longtemps.

Le propriétaire intelligent doit, pour parer aux inconvénients signalés, établir des planchers unis et rendus imperméables, soit par un carrelage ou tout autre moyen moins coûteux, ou planchéier d’après le procédé économique décrit par M. Joigneaux dans la Feuille du Cultivateur.

« Vous prenez, dit l’auteur, des perches ou des rondins d’un petit diamètre, afin de ne pas surcharger inutilement les poutrelles des étables ; vous les sciez sur une longueur de un mètre et demi à 2 mètres au plus, de façon que les deux extrémités portent sur le milieu de deux poutrelles, après la pose. Cela fait, vous préparez un mortier avec de la terre argileuse, de l’eau et du foin haché ; puis vous étendez une couche mince de paille d’avoine sur une table ; vous recouvrez cette couche de paille d’une couche de mortier de 2 à 2 centimètres et demi d’épaisseur ; vous placez le rondin ou le morceau de perche sur ce mortier et en travers de la paille, et vous roulez de manière à envelopper le bois avec la boue et la paille. Il ne reste plus qu’à disposer et à serrer les rondins l’un contre l’autre sur les poutrelles et à recouvrir le tout de mortier, comme s’il s’agissait de préparer une aire de grange. On peut également plafonner le dessous de la même façon. » Il serait à désirer que la pratique s’empare de ce système peu coûteux et solide.


Ouvertures.


Les ouvertures ont pour but de livrer passage aux hommes et aux animaux, de laisser pénétrer l’air et la lumière, et de permettre de régler la température du local. C’est là le rôle dévolu aux portes et aux fenêtres, auxquelles on adjoint quelquefois d’autres baies destinées à rendre l’aération plus commode et plus efficace : telles sont les barbacanes et les cheminées d’appel. Les premières sont de nécessité absolue ; les autres ne sont pas toujours indispensables, mais elles sont souvent utiles pour faciliter le renouvellement de l’air et équilibrer la température intérieure, sans exposer les bœufs à des courants nuisibles. Pour atteindre leur but, les ouvertures doivent réunir certaines conditions qu’il est bon de signaler.

Les portes seront percées dans la façade la mieux abritée, car devant être ouvertes plusieurs fois dans la journée à cause du service, elles seraient nuisibles si à leur faveur les vents, la pluie et la neige pouvaient pénétrer dans l’étable ; la santé des animaux en souffrirait. Si l’exposition Est n’a pas d’inconvénients marqués, on lui donnera la préférence. En outre, il faudra les disposer de façon que le service soit facilité et que la sortie comme la rentrée des animaux puisse se faire sans encombre et sans embarras.

Le seuil doit être au-dessus du niveau du sol environnant, afin que les eaux des pluies ou de la fente des neiges ne puissent pénétrer à l’intérieur. Les huisseries, qui sont en bois ou en pierres de taille, auront les angles arrondis ou rendus inoffensifs par un cylindre en bois de 12 à 15 centimètres de diamètre, tournant sur un pivot. On évite ainsi que les animaux, pressés et rentrant en foule, ne soient blessés par les saillies des montants, ce qui est surtout préjudiciable aux femelles pleines, chez lesquelles les moindres compressions ou heurts suffisent quelquefois pour provoquer l’avortement.

Les dimensions à donner aux portes sont assez difficiles à préciser ; la largeur sera suffisante pour permettre à deux bœufs réunis par le joug de passer facilement. Quant à la hauteur, on la proportionne à la largeur dont elle excède la mesure.

Enfin la fermeture peut être pleine, non brisée, à deux battants, ou mieux à deux ventaux. Ce dernier mode est préférable, car il permet d’employer l’ouverture à l’aération, et on n’a qu’à laisser le ventail supérieur ouvert pour avoir une fenêtre.

Les portes servent bien effectivement à l’aération, puisqu’elles donnent passage à de fortes colonnes d’air qui déplacent une certaine masse de l’atmosphère intérieure ; mais leur action n’est que momentanée, irrégulière. Trop vive et trop brusque quand on ouvre, elle est nulle et tout-à-fait impossible lorsqu’elles sont closes, et il y aurait de graves inconvénients, de nature très différente, à les laisser ouvertes. Il faut donc d’autres baies pour faciliter l’entrée graduelle de l’air extérieur, de là l’utilité des fenêtres.

Les fenêtres font défaut dans le plus grand nombre des étables, ou bien en nombre insuffisant, trop étroites, basses ou mal disposées, elles sont plus nuisibles qu’utiles et ne laissent passer convenablement ni l’air ni la lumière. Au lieu de les multiplier, on s’attache à en restreindre le nombre et les dimensions, et si tant de bouveries sont malsaines, c’est dans cette fâcheuse disposition qu’il faut en rechercher la cause.

Dans la majorité des cas, les fenêtres se trouvent du côté opposé à la porte ; il serait à désirer que chaque mur en eût sa part, ce qui permettrait, jusqu’à un certain point, de parer aux inconvénients de l’orientation parfois difficile à bien établir dans la pratique, et on pourrait ainsi, presque à volonté, se garantir du chaud ou du froid. De plus, lorsqu’on distribue ces ouvertures, il faut tenir compte des abris qui se trouvent quelquefois autour de l’étable. Est-elle derrière un mur qui arrête les vents septentrionaux, ou sur un terrain en pente exposé au Sud ? les fenêtres tournées au Midi donnent trop de chaleur et sont presque toujours nuisibles. Le contraire aurait lieu si l’exposition était au Nord.

La place déterminée, il reste à fixer la hauteur à laquelle on doit les établir, les dimensions et la forme qui leur conviennent. Il faut les placer assez haut pour que l’air et la lumière n’arrivent pas directement sur les animaux ; les yeux des bœufs qui sont en face des fenêtres par où pénètre une vive lumière, sont surexcités et de graves ophthalmies peuvent en être la conséquence. Tandis que si ces ouvertures sont rapprochées du plancher, la lumière est diffuse et l’air n’arrive à la hauteur des animaux qu’après avoir traversé les couches les plus chaudes de l’atmosphère intérieure et leur avoir emprunté assez de chaleur pour ne plus être nuisible en arrivant dans les couches moyennes ou inférieures de l’habitation.

Les fenêtres de 70 à 80 centimètres de côté sont les plus avantageuses, sauf à en faire un plus grand nombre si la bouverie est grande.

La forme varie beaucoup : on en voit de demi-rondes, de carrées, etc. ; les rectangulaires sont préférables. On leur donne plus de largeur que de hauteur, ce qui permet de les percer plus près du plancher. Elles sont garnies d’un châssis en fer ou plus communément en bois, et s’ouvrent en tabatière par la partie supérieure, pour que les colonnes d’air ne descendent pas trop directement sur les animaux. En été, on peut laisser tomber le châssis ; des stores en jonc ou de légers paillassons garnissent alors l’ouverture, modèrent l’action de la lumière et empêchent les mouches et autres insectes de pénétrer à l’intérieur.

Lorsque les bouveries logent beaucoup d’animaux, les portes et les fenêtres ne suffisent plus pour entretenir l’aération et maintenir une température à peu près constante. Pour suppléer alors à leur insuffisance, on établit les barbacanes et les ventilateurs.

Les barbacanes sont des ouvertures de forme rectangulaire placées au niveau du sol, quelquefois à 10 ou 15 centimètres de ce dernier, et distribuées dans les points où l’action des portes et des fenêtres n’est pas suffisante pour le renouvellement de l’air. On leur donne généralement 0m10 de large sur 0m25 de hauteur. Une botte de paille, une planche, ou mieux une plaque en tole, les ferme en dedans lors des grands froids ou quand il y a lieu d’annuler leur usage. Il faut avoir le soin, lorsqu’on les établit, de les disposer de façon qu’elles ne débouchent pas directement sur les animaux attachés. On obvie à cet inconvénient, qu’on leur reproche avec raison, en plaçant une planche inclinée vers le haut et fixée à la muraille au devant des orifices.

Les ventilateurs ou cheminées d’appel sont de longs tuyaux évasés en entonnoir à la partie inférieure et destinés à conduire au dehors de l’habitation l’air chaud et vicié par les diverses émanations. S’étendant du plafond au toit de l’étable, les ventilateurs établissent un tirage de bas en haut au moyen duquel l’aération est active et complète, sans être cependant préjudiciable aux habitants du logis. La forme en était très simple lorsqu’on commença à les préconiser ; ils consistaient en deux ouvertures, l’une au plafond, l’autre à la toiture, réunies par un conduit en planches ; mais bientôt on reconnut qu’ainsi construits, ils présentaient de nombreux inconvénients. L’orifice supérieur largement ouvert permettait aux vents, à la pluie, à la neige, etc., de pénétrer à l’intérieur. Aujourd’hui on réduit le diamètre supérieur de la cheminée, et pour rendre moins facile la pénétration des agents extérieurs, l’orifice de sortie est surmonté d’une petite construction à jour, recouverte d’un toit léger et dont les quatre faces sont garnies de persiennes. Ce procédé est plus avantageux que le premier ; mais quand il fait très froid, il s’établit dans ces cheminées un courant de haut en bas faisant obstacle à la sortie de l’air vicié et des vapeurs, dont une partie se condense sur les parois du ventilateur et retombe dans l’étable.

Dans le mode perfectionné, l’orifice inférieur est 2 ou 3 fois plus grand que le supérieur, auquel on adapte un ajutage dans le but d’augmenter la vitesse de l’air sortant. La petite construction à jour est remplacée par un chapeau de forme variable dont les bords, d’un diamètre plus grand que celui du tuyau, descendent un peu au-dessous de l’orifice de sortie, empêchent les eaux pluviales de pénétrer à l’intérieur et évitent que les vents nuisent au tirage. Les deux orifices sont mis en communication par un tuyau en bois ou en zinc dont la section varie : carrée ou prismatique pour ceux qui sont en bois, elle est circulaire lorsqu’on a employé un métal. Enfin, dans l’intérieur des conduits existent des soupapes dites modérateurs qui permettent de régler le tirage suivant l’exigence des cas.

Si le plafond est en voûte, une seule cheminée au point le plus élevé peut suffire : mais il en faut plusieurs s’il est horizontal. Du reste, le nombre de ces ouvertures doit être subordonné à la grandeur des locaux, et leur place varie avec la disposition des portes, des fenêtres et des barbacanes. C’est au constructeur de les disposer d’une manière convenable et d’éviter surtout que les animaux se trouvent directement entre les barbacanes et les ventilateurs.

Si toutes les ouvertures sont disposées d’après les règles ci-dessus, un courant ascensionnel s’établit dans l’intérieur des habitations ; l’air frais introduit par les portes, les fenêtres et les barbacanes, s’échauffe par son contact avec les animaux, en même temps qu’il est altéré par leurs divers produits d’excrétion et d’exhalaison. Devenant moins dense, il s’élève peu à peu vers les régions supérieures, d’où il est conduit au dehors par les ventilateurs dans lesquels le courant, ainsi que le démontre la pratique, est d’autant plus rapide que le diamètre de l’orifice supérieur est plus petit par rapport à l’inférieur.

Tel est, en peu de mots, le mécanisme important de l’aération, méconnu encore de nos jours dans les campagnes, où on devrait le vulgariser.


Aire des Bouveries.


L’aire ou sol des bouveries est généralement loin de présenter les conditions nécessaires à la salubrité des habitations, et d’être uni et facile à nettoyer ; il pêche souvent par un de ces points que la pratique ne devrait pas cependant perdre de vue. D’abord, il faut qu’il soit salubre, et, ni les terrains où ont été enfouis des cadavres ou autres débris organiques, ni ceux qui sont naturellement humides, ne jouissent de cette propriété ; ils peuvent être cause d’affections redoutables.

De plus, le niveau de l’aire doit se trouver au-dessus du sol extérieur ; le bœuf doit monter et non descendre lorsqu’il pénètre dans son habitation. Lorsque les étables sont enfoncées, l’aération n’est plus aussi facile, les urines et autres déjections ne pouvant s’écouler au dehors, s’infiltrent dans la terre et deviennent la source d’émanations malfaisantes, sans compter que les eaux météoriques peuvent y pénétrer. Il n’est pas rare de voir des étables dont le côté d’entrée est assez bien disposé, tandis que sur un autre point elles sont terrassées, adossées à un tertre ou à une colline. On comprend la défectuosité d’une pareille construction, où la disposition des ouvertures est gênée et dont les murs froids et humides sont pour les bœufs des causes de rhumatismes.

Le remède à la plupart de ces défauts est simple et peu coûteux : il suffit de déblayer les murs terrassés et de les entourer d’un fossé ; d’exhausser les aires enfoncées avec des matériaux salubres ; enfin, de dessécher les terrains humides par des drains ou par leur mélange avec des matières appropriées à la circonstance.

Là où les animaux vivent attachés à la mangeoire, il est nécessaire d’incliner l’aire dans le sens de la longueur du bœuf, afin que les urines tendent toujours à s’écouler en arrière. La pente à donner doit être uniforme et à quelques centimètres en arrière des animaux, elle aboutira à une rigole ménagée à dessein et destinée à conduire les urines au dehors. Une inclinaison de 0m015 par mètre est suffisante pour arriver au but qu’on se propose ; si elle dépassait cette mesure, elle serait nuisible et aurait l’inconvénient de fausser les aplombs et de ruiner les membres postérieurs chez les bœufs, et de pouvoir provoquer, en outre, l’avortement et le renversement de la matrice chez les vaches pleines.

La rigole de déversement doit se trouver dans toutes les étables bien tenues ; son utilité vient de ce que les grands ruminants, nourris une grande partie de l’année avec des fourrages verts et aqueux, rendent, et surtout les vaches, une grande quantité d’urine qui inonderait l’étable si elle n’était retenue et conduite au dehors par la rigole. On donne communément à celle-ci quelques centimètres de profondeur sur 15 ou 20 de large ; une pente dans le sens de sa longueur et égale à celle déjà mentionnée, lui est nécessaire, surtout si les animaux sont en nombre.

Indépendamment de ce qui précède, l’aire de l’étable doit être unie, résistante et imperméable ; c’est pour réaliser ces diverses conditions qu’on pratique le pavage. Celui-ci peut se faire avec diverses matières plus avantageuses les unes que les autres ; il serait trop long de les passer toutes en revue, les principales seules méritent l’attention.

Les cailloux à grosse tête, si souvent employés, ont l’inconvénient de laisser des vides où les déjections s’accumulent et se décomposent plus tard. On leur reproche également de former des sols difficiles à nettoyer, irréguliers, et d’exiger d’épaisses litières pour préserver les animaux des saillies qu’ils présentent. Le pavage avec des petits cailloux, et surtout le pavé à l’alsacienne, sont sous tous les rapports préférables, vu qu’ils laissent moins de vides et que la surface est plus unie.

Les briques disposées de champ ont la supériorité sur les précédents matériaux ; mais leur prix élevé les fait trop souvent écarter. L’asphalte est quelquefois utilisé pour les vacheries ; il constitue un sol excellent, mais non exempt de reproches ; car mouillé il devient glissant, la chaleur le ramollit, et finalement il présente des excavations. Le béton n’est pas assez employé, il coûte peu et rend de bons services.

Dans les pays où le bois est à bas prix, un plancher remplace le pavage. On se sert à cet effet de madriers, de plateaux ou de liteaux placés de champ ; mais le bois se laisse pénétrer par l’humidité et les déjections, et devient par suite insalubre si on n’a la précaution de le renouveler assez fréquemment. Dans le but d’économiser la litière, on a construit en Angleterre, il y a quelques années, des planchers à claire-voie. Ils consistent en des espèces de grils, placés sous la partie postérieure de l’animal, et reposant sur des petits murs qui forment les côtés d’une fosse où tombent et s’accumulent toutes les déjections. Ce système, peu favorable à la santé des animaux, n’a guère été adopté.

Ordinairement, au lieu de paver les étables, on se contente de battre la terre plus ou moins mêlée d’argile et de chaux, afin de lui donner une certaine solidité et de lui permettre de résister à la fois à l’action dissolvante des urines et au piétinement des animaux. Ce procédé, tout à-fait primitif, est très économique ; mais à la longue, le sol se laisse pénétrer par les urines et autres matières organiques qui engendrent, en se décomposant, des principes miasmatiques. Pour éviter cet inconvénient, on doit renouveler souvent la couche superficielle ; on obtient ainsi, tout en conservant la salubrité à l’étable, de bons engrais qui compensent largement les travaux nécessités pour l’extraction.

Il arrive parfois que dans le but de faire du bon fumier et d’en augmenter la quantité, on fait subir quelques modifications à l’aire des bouveries. On sacrifie alors l’hygiène à l’agriculture et on dispose le sol de façon à pouvoir laisser longtemps le fumier sous les pieds des bœufs, où ses qualités fertilisantes augmentent. C’est pour cette raison que dans quelques contrées la partie postérieure du lit des animaux est un peu plus inclinée que ne le voudrait une bonne hygiène ; mais en mettant une forte litière, on obvie aux inconvénients qui résultent de l’excès de pente. En Belgique, où on apprécie le fumier à toute sa valeur, on le laisse dans l’étable, non pas sous les animaux, mais en tas élevés derrière la place qu’ils occupent. Il serait à désirer qu’une cloison existât entre les tas et les bœufs, pour que ceux-ci fussent à l’abri des effluves de leurs déjections.

Enfin, il y a des bouveries encore autrement disposées et dont l’aire est divisée en deux, dans le sens des rangs des animaux, par une grande rigole. Le fond de celle-ci n’est qu’à quelques centimètres au-dessous du niveau du couloir de service, tandis qu’il est à 20, 25, 30 centimètres au-dessous de la partie réservée aux bœufs. La distance qui sépare la mangeoire de la rigole est égale à la longueur d’un bœuf, de sorte que les excréments tombent directement dans celle-ci, où on les laisse séjourner.

À la faveur de cette disposition, les animaux paraissent avoir une plus grande taille et, de plus, leur lit est sec, vu que dans ce pays on n’entretient guère que des femelles ; mais ces avantages sont loin de compenser les nombreux défauts de ce procédé. D’abord, ces étables seraient impropres à loger des ruminants mâles ; car, toute pente faisant défaut, les urines ne pourraient gagner la rigole ; en outre, les animaux une fois à leur place sont dans l’impossibilité de reculer sans tomber dans la rigole et s’exposer par suite à des efforts, des luxations et même des fractures dont la gravité nécessite parfois l’abattage. Enfin, au retour des champs ou des pâturages, les vaches pleines prennent pour franchir la rigole une position défectueuse, nouvelle cause d’avortements et de renversements de matrice, déjà si fréquents. Pour ces motifs, on devrait, ce me semble, modifier les étables ainsi disposées.


AÉRATION.


Il est une fonction indispensable à la vie sans l’accomplissement constant de laquelle les animaux ne peuvent exister, c’est la respiration. Régulatrice de tous les appareils de l’économie, y compris celui de la digestion, elle ne peut être suspendue, même pendant un temps relativement très court, sans porter une atteinte grave, profonde, irréparable à l’organisme. Il est donc de toute utilité de fournir aux animaux l’agent essentiel à cette fonction si importante, c’est-à-dire l’air.

L’air respirable est un mélange de deux gaz appelés oxygène et azote, auxquels s’ajoutent quelques centièmes d’acide carbonique, de vapeurs d’eau et d’autres corps que l’intelligence du sujet n’exige pas d’énumérer. Au total, l’oxygène et l’azote forment les 98 ou 99 centièmes de la masse atmosphérique, où ils sont dans les proportions fixes, déterminées, savoir : pour un volume de 100 parties, 21 d’oxygène et 79 d’azote à peu près. Une plus grande quantité de l’un ou de l’autre de ces constituants, c’est là ce qu’il faut qu’on sache bien, donne un mélange impropre à l’entretien de la vie dans les conditions de la santé pleine et entière. Dans le phénomène de la respiration, l’air agit principalement par son oxygène qu’aucun autre gaz ne peut remplacer ; l’azote est là comme modérateur. Ce qui le prouve, c’est que dans l’air expiré la quantité de celui-ci n’a presque pas changé, tandis que la proportion d’oxygène a diminué d’environ un cinquième, qu’une quantité équivalente de vapeur d’eau et d’acide carbonique a remplacé. Or, ce dernier, à la dose de 3 à 4 centièmes, est déjà nuisible ; donc l’air qui a servi à la respiration est impropre au même usage, puisque la proportion des deux principaux composants a été changée et qu’il y a eu addition d’un gaz nuisible.

Mais dans l’intérieur des locaux habités par les animaux, l’acide carbonique n’est pas seul à altérer l’air ; les diverses émanations qui s’échappent du corps ou qui proviennent de la fermentation des matières excrémentielles lui prêtent leur concours, De ce nombre sont : la vapeur d’eau provenant de la respiration, de la sueur on de l’évaporation des liquides répandus sur le sol ; l’azote, l’hydrogène carboné et sulfuré, l’ammoniaque et autres agents dus à la décomposition putride des résidus de la digestion ou de matières semblables dont l’aire s’est à la longue imprégnée. Il résulte du mélange de ces divers produits une atmosphère qui ne peut qu’être nuisible, car non-seulement elle n’a pas les proportions voulues d’oxygène, mais à la place de ce dernier elle contient des gaz malfaisants ou délétères.

Sous l’influence de l’air chargé de ces émanations, la respiration est gênée ; ce que les physiologistes nomment hématose, c’est-à-dire la conversion par l’oxygène inspiré, du sang noir, riche en produits de la digestion, en sang artériel, se fait très imparfaitement. Les animaux manquent bientôt d’appétit, ils digèrent mal ; toutes leurs actions accusent la souffrance ; ils maigrissent promptement et finissent d’ordinaire par succomber à des affections miasmatiques.

Tel est le milieu où vivent la plupart des ruminants dans ces étables mal disposées, enfoncées, basses, étroites, sans ouvertures, et où l’air contenu est altéré à la fois par les produits de la respiration et par ceux de la décomposition des matières excrémentielles, d’autant plus rapidement que la température y est plus élevée. En pénétrant dans ces locaux, on éprouve cette impression désagréable qui caractérise une atmosphère trop concentrée, impression assez difficile à définir, mais que chacun a pu constater en entrant dans des salles incomplètement aérées et où sont réunies un grand nombre de personnes. À cette impression, qui sans nous faire éprouver des douleurs particulières nous fait désirer le grand air, se joint une odeur désagréable provenant de la décomposition de substances azotées. L’humidité abonde au point de laisser déposer la vapeur d’eau en gouttelettes sur les aspérités des murs.

Enfin, on peut se persuader par un moyen tout-à-fait simple, que l’oxygène est en faible quantité dans cet air infect ; il suffit pour cela de pénétrer dans l’étable avec une lampe allumée : aussitôt on voit la flamme pâlir et perdre sa vivacité, ce qui indique que la proportion d’oxygène, gaz comburant par excellence, se trouve diminuée au profit d’un excès d’acide carbonique, agent incombustible.

Il est vrai que dans ces logements les effets attribués plus haut à toute atmosphère impure ne se manifestent pas toujours aussi promptement que le démontre la théorie. La raison en est toute simple : c’est que la porte, ouverte plusieurs fois par jour à cause du service, produit une aération incomplète qui retarde les accidents énumérés sans les conjurer entièrement, puisqu’ils apparaissent plus tard sous forme de charbon ou autres affections toujours désastreuses pour la ferme. Si tant de bœufs meurent phthisiques, ils le doivent, dans bien des cas, à l’atmosphère de leurs habitations.

Cherchons maintenant quelle est la quantité d’air nécessaire à un bœuf pendant un temps déterminé, une journée, par exemple. D’après M. Boussingault, un bœuf absorbe en une heure 176 litres d’oxygène. Mais ce gaz ne constituant à peu près qu’un cinquième de l’air et les animaux n’absorbant environ qu’un cinquième de l’oxygène renfermé dans l’air inspiré, il en résulte qu’un bœuf introduit dans son poumon 176 × 5 × 5 = 4,400 litres, soit 105.600 litres, ou 105 mètres cubes d’air dans une journée. Il faut considérer, d’ailleurs, que les produits gazeux de la respiration altèrent l’air ambiant. L’expérience a démontré que dès qu’un cinquième d’une masse d’air a déjà servi à l’entretien de l’hématose, la quantité restante est impropre à entretenir les fonctions vitales ; donc, un bœuf aurait besoin d’un espace renfermant 105 × 5 = 525 mètres cubes d’air, si cet espace était hermétiquement fermé.

Il suit de tout ce qui précède qu’il est presque impossible de donner aux animaux des locaux contenant les grandes quantités d’air dont ils ont besoin, et qu’on est dans la nécessité, si on tient à leur conserver la santé, de suppléer à l’ exiguïté des étables par l’aération ou, ce qui revient au même, d’établir des ouvertures en nombre suffisant pour le renouvellement de l’air.

Mais l’intensité de ce renouvellement doit varier avec la nourriture, la destination des animaux et avec la disposition du local. Les bœufs nourris avec des fourrages secs, riches en carbonne, en hydrogène, emploient pour brûler ces principes de plus fortes quantités d’oxygène que ceux dont le régime consiste en des substances aqueuses, herbes ou racines, où ces corps sont en plus faible proportion en même temps que moins condensés. Les carnivores qui consomment beaucoup de corps gras usent plus d’air, c’est-à-dire d’oxygène que les herbivores. L’aération doit donc être en rapport avec les aliments.

La destination et les produits qu’on attend des animaux, influent aussi sur la quantité d’air à donner. Le bœuf de travail exige une aération complète, car ce n’est qu’en respirant un air pur que ses muscles peuvent se développer et acquérir la force dont ils ont besoin. Un même milieu est réclamé par les élèves, afin de leur donner une constitution forte et résistante, et de favoriser en eux le développement des masses charnues, sans lesquelles ils ne seraient plus tard de bons animaux de travail ou de boucherie.

La pratique démontre tous les jours, que l’engraissement est plus rapide et la production du lait augmentée dans une étable un peu chaude et humide, et où l’aération est peu intense. Mais s’il est avantageux pour ces animaux que l’air de leurs étables contienne plus d’humidité que celui du dehors et peut-être un peu moins d’oxygène, il ne doit jamais renfermer des corps fétides ni un excès trop considérable d’azote ou d’acide carbonique,

En ce point l’observation semble, tout d’abord, en désaccord avec la théorie ; au fond, il n’en est rien, une simple explication suffira pour le faire comprendre. L’air chaud et humide prédispose au tempérament lymphatique ; sous son influence, les animaux deviennent mous, leur corps se gorge de liquides et les tissus sont flasques. Étant dans un milieu où la température est presque en harmonie avec celle du corps, les pertes de chaleur sont nulles, et par suite les produits carbonés de la digestion, au lieu d’être brûlés pour fournir une chaleur qui n’est pas dépensée, se déposent dans ces tissus mous, aptes à les recevoir, sous forme de graisse. Mais il n’en est pas moins vrai que l’engraissement est une maladie qui conduirait à la mort si elle ne se terminait à la boucherie ; car, sous l’influence des causes qui poussent à l’engrais, les fonctions de l’économie ne sont plus balancées les unes par les autres ; l’oxygène manquant, le sang s’appauvrit, l’anémie suit de près, et le trépas finirait par arriver si l’abattoir ne le devançait. Il en est de même pour les vaches laitières, chez lesquelles les éléments absorbés, au lieu de se déposer dans les tissus sous forme de graisse, se convertissent en lait, vu que cette fonction domine toutes les autres. Du reste, leur vie est en général courte, et elles succombent au bout de peu de temps épuisées, disent les étrangers à la science, phthisiques, ajoutent ceux qui se rendent compte du fait.

Enfin, si en vue d’augmenter ses qualités on laisse s’accumuler le fumier dans l’étable, l’aération n’en devra être que plus active, puisque l’air contenu tend à être altéré à la fois par les exhalaisons du corps et les émanations des résidus de la digestion.


Intérieur de la Bouverie.


L’intérieur de toute habitation peut être divisé en deux parties : une réservée aux animaux, l’autre affectée au service. La première est la plus importante et mérite la préférence dans la description.

Les bœufs, dans une étable ; se trouvent sur une ou deux lignes dites rangs, d’où les qualificatifs de simple ou de double ajoutés au mot Bouverie. Dans les bouveries simples ou à un rang, les bœufs sont placés la tête au mur dans le sens de la longueur ou de la largeur du bâtiment. Les étables doubles peuvent être disposées de deux manières. Tantôt les bêtes, opposées croupe à croupe, sont comme ci-dessus la tête au mur, et les deux rangs ne sont séparés que par un couloir central ; d’autrefois, les bœufs, placés tête à tête, occupent le milieu de l’enceinte et les rangs sont séparés par un mur portant les râteliers ou mieux par un corridor de service.

Quel que soit le mode adopté, on doit ménager à chaque ruminant un espace en rapport avec ses besoins et l’exigence du service. Généralement cet espace est trop restreint, et sous le prétexte fictif de préserver les animaux du froid, on les entasse, de sorte que non-seulement ils étouffent, faute d’air respirable, mais encore ils n’ont pas la place nécessaire à leurs besoins. Ainsi serrés, les animaux sont mal à leur aise, contraints ; ils ne peuvent se coucher sans déranger leurs compagnons, et on les expose de plus à se blesser mutuellement avec les cornes ou avec les pieds. Les gens de service souffrent eux aussi de cette parcimonie, leur travail est plus long et moins facile, sans compter les accidents, coups de cornes ou autres, dont ils peuvent être atteints. Enfin, la nourriture distribuée avec gêne profite peu ; la rumination languit et les produits, moins abondants, font payer cher au propriétaire la fausse économie de construction.

Les dimensions à donner à chaque lit varient avec la race, la taille, le sexe, etc., et ne peuvent guère être déterminées à l’avance. Une moyenne de 1 mètre à 1m30 de large et de 2m20 à 2m60 de long, paraît suffisante à M. Magne. Ordinairement, on laisse plus d’espace aux bœufs qu’aux vaches et on fait le lit plus grand aux bêtes d’engrais et aux vaches laitières. Celles qui sont destinées au travail sont communément logées plus à l’étroit ; cependant, si le propriétaire à tout intérêt à donner de l’espace aux bêtes de rente afin que les aliments profitent mieux et donnent plus de graisse ou plus de lait, il ne doit pas oublier que le travail amène la fatigue et que la fatigue demande le repos et non la gêne.

Quoiqu’il en soit, les grands ruminants vivant presque toujours en commun, doivent être attachés. Une corde, plus souvent une chaîne fixée à la mangeoire ou au mur qui sépare celle-ci des animaux, est destinée à cet usage. Au lieu d’être scellée dans le mur, la chaîne glisse quelquefois dans un anneau fixé à demeure à la muraille et peut être enlevée à volonté. Dans quelques contrées, on ajoute à l’extrémité du lien une pièce en bois recourbée en U qui embrasse l’encolure et est fermée supérieurement par une clef rectiligne également en bois. Cette pièce ne présente peut-être pas la solidité désirable : ce collier peut se casser ou s’ouvrir sous les efforts que fait quelquefois le bœuf et l’exposer par suite, lui et ses voisins, à quelques accidents. On reproche à ces systèmes, sans contredit les plus usités, d’exiger trop de longueur à la chaîne et de favoriser les enchevêtrures ; il serait à désirer qu’on donnât la préférence à un autre mode utilisé depuis quelques années pour les chevaux, et consistant en une barre de fer ronde fixée d’une part à la mangeoire et au sol par l’autre extrémité. Un gros anneau de la chaîne plus raccourcie descend ou monte sur cette barre, suivant que le bœuf baisse ou lève la tête. Ainsi attachés, les accidents ont moins de chance de se produire et la bête, avec un lien beaucoup plus court, a néanmoins plus de liberté. On remplace la tige en fer par un petit madrier assez résistant si on veut s’opposer au bruit de frottement des chaînes.

Les autres accessoires qui concernent les animaux sont les râteliers, les crèches et les stalles.

Les râteliers sont destinés à mettre les fourrages à la disposition des bœufs sans qu’ils puissent les gaspiller, les fouler aux pieds ou leur faire éprouver toute autre avarie. Ils sont ordinairement en bois et règnent dans toute la longueur du logement, aux murs duquel ils sont fixés par leurs extrémités. Il faut les placer à une hauteur convenable en rapport avec la taille des bœufs ; établis trop haut, ils rendraient la préhension des aliments difficile et les consommateurs devraient prendre une position fatigante pour se nourrir.

Les barreaux ou fuseaux parfaitement cylindriques, unis, lisses, et s’il est possible tournant sur leur grand axe, devront laisser entre eux une distance de 8 à 10 centimètres ; plus écartés, ils permettraient aux bœufs de faire un triage dans les fourrages qu’on leur distribue, de choisir les plantes qu’ils affectionnent et de laisser perdre les autres ; plus rapprochés, la bête ne pourrait tirer le foin que brin par brin, ce qui rendrait les repas interminables et abrégerait le temps consacré au repos et à la rumination. En outre, il importe pour que la disposition ne soit pas défectueuse, que leurs deux extrémités soient presque également distantes du mur ; un plancher oblique incliné vers la crèche garnit l’espace qui sépare le bord inférieur du râtelier de la muraille, de laquelle ce bord sera de quelques centimètres seulement plus rapproché que le supérieur. Quelquefois les barreaux sont perpendiculaires à la mangeoire, et c’est alors le mur en glacis qui va à la rencontre de la partie inférieure du râtelier.

Ordinairement celui-ci est beaucoup trop oblique, de sorte que les bœufs ne peuvent tirer le fourrage qu’en relevant fortement la tête, position tout-à-fait gênante et qui expose les yeux à la poussière ou autres corps venant des parties supérieures.

Au-dessus des râteliers et vis-à-vis la place de chaque bête, existe habituellement un espace non planchéié, par lequel on fait tomber le fourrage du fenil dans l’étable. Ces abat-foin, comme on les appelle, sont sans doute très commodes pour le service ; cependant, il serait à désirer qu’on abandonne leur usage ; car, non-seulement ils permettent aux émanations des bouveries de monter dans le fenil et d’altérer les provisions des fourrages, comme je l’ai déjà dit en parlant des planchers mal joints, mais de plus, à leur faveur, la poussière, les feuilles et les graines des plantes tombent sur la tête des animaux et déterminent parfois des ophthalmies, des coryzas, des bronchites et des maladies cutanées dont la guérison est presque toujours difficile à obtenir. Si on tient à les conserver, devrait-on au moins les fermer par des couvercles afin d’en atténuer les inconvénients, ou mieux encore, leur substituer des ouvertures placées dans le mur derrière les râteliers.

Situées au-dessous des râteliers, les crèches ou mangeoires s’étendent comme eux d’un bout à l’autre des rangs et sont communément en bois ou en pierre creusée. Celles-ci sont un peu froides ; mais en revanche, elles sont faciles à nettoyer et peuvent servir d’abreuvoir, n’étant pas susceptibles de pourrir et de répandre une mauvaise odeur. Les planches qui les constituent, lorsqu’elles sont en bois, sont assez épaisses et assemblées avec soin, afin que les aliments ne puissent se loger dans les rainures où ils se décomposeraient plus tard. Dans tous les cas, il est à désirer qu’un massif quelconque, plein ou en talus, les supporte dans toute leur étendue ; s’il en était autrement, un vide existerait entre elles et le sol, et les animaux en se couchant pourraient engager la tête sous la mangeoire. Des accidents, tels que fracture de cornes, avortements, etc., peuvent alors être la conséquence des tentatives et des efforts faits par les bêtes pour se dégager.

On doit poser les crèches à une hauteur convenable en rapport avec la taille des bœufs qui doivent y prendre leur nourriture. Rien n’est plus défectueux que la pratique de certains pays où on élève à tel point les mangeoires et les râteliers au-dessus du sol, que les animaux ne peuvent y atteindre sans le secours d’une marge de 15 ou 20 centimètres de haut sur 25 de large, et sur laquelle les ruminants doivent monter pour prendre leur repas. On comprend aisément tout ce qu’a de vicieux un pareil système : lorsque les pieds de devant posent sur la marge, le corps, dans une position particulièrement pénible, est comme brisé en arrière du garrot ; il se déforme. De plus, les organes sont tiraillés, distendus outre mesure, les viscères digestifs notamment, sollicités par leur poids, sont rejetés en arrière et ruinent les membres postérieurs ; enfin, les avortements, les chutes de matrice, de rectum, sont très communs là où une pareille disposition est adoptée.

Les mangeoires établies dans de bonnes conditions, présentent supérieurement une largeur intérieure de 40 à 45 centimètres ; tandis que leur fond, situé à 20 ou 30 centimètres du bord supérieur, n’a plus que 30 ou 35 centimètres de large ; de la sorte les bœufs peuvent facilement ramasser la nourriture qu’elles contiennent. Néanmoins, dans certaines localités où les aliments distribués permettent de supprimer les râteliers, on donne aux crèches de plus grandes dimensions et on en voit qui ont jusqu’à 80 centimètres de large.

Quoiqu’il en soit, il serait à désirer que les mangeoires et les râteliers, lorsqu’ils existent, fussent divisés en autant de compartiments que l’étable contient d’habitants. Chaque bête prend alors ses repas sans être inquiétée par ses voisins, qui quelquefois gloutons, s’emparent, si on n’y veille, d’une partie de la nourriture de leurs compagnons. En outre, celle qui se voit en pleine possession de ses aliments, mange plus lentement, opère mieux la mastication et ne s’expose pas à des tympanites souvent occasionnées par une nourriture trop précipitamment déglutie.

C’est pour mieux atteindre ce but que dans les étables perfectionnées et sans râteliers, on sépare les crèches du lit des animaux par une cloison qui offre autant d’ouvertures ovalaires qu’il y a des bœufs dans l’habitation (cornadis du Limousin). Les bêtes, pour manger, passent adroitement la tête dans ces trous et l’en retirent avec la même adresse, lorsque le repas terminé elles se disposent à ruminer ou à prendre du repos. À la vacherie du Grand-Jouan, les ouvertures sont rectangulaires, et leur grand diamètre est comme dans les cornadis du Limousin dans le sens de la hauteur. Dans d’autres établissements, la cloison, au lieu d’être pleine comme ci-dessus, est à claire-voie et formée de soliveaux allant perpendiculairement ou obliquement du bord supérieur de la mangeoire au plafond. Il suffit de les disposer à peu de distance l’un de l’autre, et d’en supprimer un vis-à-vis la place que doit occuper chaque bête. On ajoute quelquefois des registres ou planches fixées avec des charnières, pour fermer à volonté les ouvertures qui font communiquer les crèches avec les bouveries.

À la faveur de cette disposition, non-seulement chaque animal est isolé, pour manger, de ses voisins et n’a à craindre ni tapageurs, ni tyrans ; mais encore les bœufs sont à l’abri de toute agitation extérieure et ne sont plus dérangés par les hommes de service apportant la nourriture. Un couloir ménagé entre le mur et la mangeoire est le complément de ce système, il facilite la distribution des aliments, et met ceux qui en sont chargés à l’abri de tout accident.

M. Gayot donne la préférence aux cloisons pleines et à ouvertures ovalaires comme étant celles qui isolent davantage les habitants de l’étable de tout mouvement extérieur.

Les stalles sont fort simplement construites en France, elles consistent en un simple panneau en bois, dont les montants sont enfoncés dans le sol. Mais s’il n’est pas nécessaire que le luxe intervienne, il faut au moins les établir dans de bonnes conditions en rapport avec les animaux qu’elles séparent. Le stalles dont les planches arrangées sans soin laissent des vides entre elles, sont très défectueuses ; elles ont le double inconvénient d’être difficiles à nettoyer et de permettre aux matières organiques de se déposer dans leurs interstices pour devenir la source d’émanations insalubres. Celles qui n’arrivent pas au sol peuvent être cause d’accidents, les animaux venant à glisser engagent quelquefois un membre entre la cloison et le sol, et des blessures graves en sont souvent la conséquence. Enfin, le bois devient à la longue perméable à l’humidité et aux agents morbifiques engendrés par les animaux eux-mêmes ou leurs déjections ; il serait à désirer qu’une couche de vernis le protégeât contre cette altération.

Si le logement est occupé par des bêtes à l’engrais, les stalles doivent être longues et hautes, ces animaux profiteront d’autant mieux de la nourriture qu’ils seront plus isolés les uns des autres, à la condition cependant que la place ne leur sera pas ménagée. Pour les vaches laitières, les séparations seront basses et courtes et se borneront à ceci : isoler chaque bête pour manger et empêcher qu’elle ne puisse administrer un coup de corne à droite ou à gauche.

Les stalles sont généralement doubles pour les animaux de travail, c’est-à-dire qu’elles réunissent par deux les bœufs qui, attelés par paire, aiment à vivre en compagnie. Les séparations existant entre les couples ressembleront à celles des bêtes d’engrais ; il va sans dire que les loges doivent être assez spacieuses pour que les deux habitants qui les occupent y soient à l’aise et ne se gênent pas mutuellement.


Service.


Indépendamment de la partie réservée aux animaux il faut, dans les étables, ménager un espace peur le service ; le libre charroi des fumiers, l’introduction aisée des litières et tout autre besoin en font une obligation. Il est encore nécessaire pour que dans les va et vient les domestiques n’aient pas à déranger les animaux, et qu’ils soient en même temps à l’abri des coups de pieds ou autres atteintes de leur part.

Le sol de cet espace qu’on appelle couloir, corridor, rue, etc., doit être comme l’autre partie du logement, et pour les mêmes raisons, uni et imperméable ; il est utile de l’incliner vers la rigole de déversement, afin que les matières liquides, telles que les urines répandues par les animaux en passant, les eaux provenant des lavages et autres aient une tendance à gagner le conduit qui doit les entraîner au dehors. La pente indiquée pour les lits des bœufs est suffisante et ne doit pas être dépassée. Dans les étables belges et où on entasse le fumier dans le couloir de service, le sol en est concave pour retenir la totalité des déjections.

Du reste, la largeur du couloir doit être en rapport avec le nombre des animaux que contient la bouverie et avec la disposition de l’étable elle-même. Ainsi, si cette dernière est simple, à un rang, le couloir aura 1m50 de large, dimension qu’on augmentera avec le nombre des bœufs, à moins que la multiplicité des portes ne rachète un peu cette exigence et ne facilite tous les mouvements. Quand l’étable est à deux rangs, opposés croupe à croupe, la rue qui les sépare doit, on le comprend, avoir plus de largeur, le service nécessitant plus d’allées et venues. Un espace de 2m à 2m50 entre les rangs sera à peine alors suffisant. Enfin, lorsque les étables sont doubles et que les animaux occupent le centre de l’aire, un mètre au moins entre chaque rangée et le mur est une largeur indispensable.

Lorsque les crèches sont séparées du lit des animaux il existe, ai-je dit plus haut, en avant de ceux-ci un couloir d’alimentation dont la largeur est assez variable. On lui donne depuis 0m80 pour le passage d’un homme poussant une brouette, jusqu’à 2m de large pour que de petits chariots chargés d’aliments divers puissent facilement circuler. Il va sans dire que si dans les étables doubles où les bœufs sont tête à tête, on adopte la nouvelle disposition, de beaucoup supérieure à celle qui est la plus répandue, le couloir d’alimentation devra être plus large que dans les bouveries simples.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Il me reste à déterminer une autre dimension, c’est celle de la hauteur mesurée sous le plafond. Quoiqu’elle soit la plus négligée par les agriculteurs, elle n’en a pas moins son importance, et si tant de bœufs sont mal logés, il faut en rechercher une des causes dans le trop peu d’élévation donné aux planchers ou plafonds de leurs logements. Si les bouveries sont peu étendues dans le sens de la hauteur, moins d’air est contenu dans l’intérieur, et il devient très difficile de fournir aux animaux une atmosphère respirable, et conséquemment de les entretenir en santé. D’un autre côté, trop d’élévation ne permet pas de régler la température des locaux et de maintenir celle-ci au degré convenable en tout temps. Il est nécessaire, sans doute, que les animaux respirent de l’air pur ; mais il faut aussi que dans la mauvaise saison ils n’aient pas à souffrir du froid, et les bouveries trop élevées ne sont plus assez chaudes. Pour ces motifs, je crois que la hauteur ne devra guère varier entre 3 et 4 mètres, selon que l’étable aura un plus ou moins grand nombre d’habitants. Avec ces mesures, chaque bœuf a à sa disposition, ainsi que le démontre le calcul, de 18 à 24 mètres cubes En effet, la longueur d’une étable simple est en moyenne de 0m50 pour la crèche, 2m60 pour le lit des bœufs, et 1m50 pour le corridor, soit au total 4m60, sur une largeur (pour chaque bête) de 1m30 et une hauteur de 3m, soit : 4.60 × 1.30 = 5.98 ou 6 mèt. carrés ; et 6 × 3 = 18 mèt. cubes, ou 6 × 4 = 24 mèt. cubes.

Il est évident que cette quantité d’air est suffisante, si au moyen de la ventilation, c’est-à-dire des portes, fenêtres, barbacanes et ventilateurs, on introduit rationnellement et à propos le complément d’air pur utile au jeu libre et régulier de toutes les fonctions.

Je suis conduit tout naturellement à dire un mot de la disposition des ouvertures dans les étables ; mais en théorie, il est aussi difficile d’en déterminer le nombre que d’en dicter la disposition. On ne peut se borner qu’à quelques indications sommaires, et il appartient aux constructeurs et aux propriétaires vigilants, de compléter les données développées dans les chapitres qui précèdent. Dans les bouveries simples, qui logent de 7 à 8 bœufs, la porte doit, autant que possible, et s’il n’y a pas d’inconvénients, correspondre au couloir situé en arrière des animaux ; il suffit ensuite de placer une fenêtre à chaque extrémité du mur opposé à celui dans lequel est percée la porte. Il faudrait que dans les étables doubles logeant beaucoup de bœufs, il y eût deux portes placées une à chaque bout du couloir central ; elles faciliteraient le service autant que la sortie et la rentrée des animaux. On dispose les fenêtres en nombre suffisant sur les murs latéraux à ceux qui ont les portes. Quant aux barbacanes et aux ventilateurs, ce qui les concerne a été dit plus haut.


CONCLUSION


Le vœu de tout hygiéniste serait sans doute réalisé si les règles dont l’importance a été précédemment démontrée avaient servi de base à la construction des étables et à leur aménagement. Mais ce serait aller contre les intérêts de l’agriculteur que de vouloir tout démolir pour reconstruire ensuite. Les ressources dont il peut disposer sont généralement trop restreintes et ici, comme ailleurs, la question d’argent est le plus grand obstacle aux améliorations ; le vaincre serait impossible, il faut donc essayer de le tourner. Puisqu’on ne peut supprimer les bouveries défectueuses pour en faire disparaître les inconvénients, avec quelques efforts et des dépenses souvent minimes, on pourrait les rendre relativement saines. Il suffirait pour cela de veiller à l’intégrité des murs, de faire disparaître les fissures qui servent de retraite aux insectes nuisibles et où s’entassent les graines du foin et la poussière. Celles qui se trouvent au-dessous du niveau du sol extérieur pourraient être facilement exhaussées, toutes enfin devraient être mieux aérées.

Mais il est un abus dont les conséquences sont désastreuses et qu’il faut à tout prix faire disparaître. De savants hygiénistes se sont élevés contre lui, je m’inscris après eux, sans oser espérer que ma jeune voix soit mieux entendue ; je veux parler du séjour prolongé des fumiers dans l’intérieur des bouveries. La principale objection que soulève cette pratique, est que le fumier n’acquiert toutes ses qualités fertilisantes qu’autant qu’il reste longtemps sous les pieds des animaux en contact avec le purin. Sans doute ; mais aussi combien de maladies causées par les émanations qui s’en dégagent en permanence !… Pourquoi ne pas concilier les préceptes de l’hygiène avec les besoins de l’agriculture, en construisant sous des hangars spéciaux des fosses où le fumier déposé tous les trois ou quatre jours achèverait de fermenter sans porter à la santé des animaux de si préjudiciables atteintes ?….

Je voudrais, enfin, que l’agriculteur veillât avec plus de soin au maintien de la propreté. J’admets que les lavages ont le grave défaut d’introduire dans les bouveries un excès d’humidité ; mais on peut facilement obvier à cet inconvénient en ne les pratiquant que pendant l’absence des animaux, alors que le séchage aura pu être opéré avant leur rentrée à l’étable.

Ces quelques règles, dont l’observation coûte si peu, auraient l’immense avantage de diminuer le nombre et la gravité de tant de maladies qui, en s’abattant sur les fermes, entraînent inévitablement de grandes pertes sinon la ruine.

H. B.