Dialogue

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Joachim Bernier de la Brousse


Le corps :

Passons donc à ce coup le fleuve Achérontide,
Mon âme, qu'attends-tu ? J'ai tracé le chemin :
Vois-tu point à son bord ce vieillard inhumain
Qui t'attends de pieds coi dans sa nacelle avide ?


L'âme :

Quoi, mon corps, que dis-tu ? Des ténèbres cupide,
Veux-tu, contre le point du gracieux destin,
Chercher désespéré l'ornement libitin,
Avant qu'on nous appelle au règne cocytide ?


Le corps :

Ô mon âme, il le faut, car vivant ici-bas
Je meurs comme un Titye, et vivant ne meurs pas,
Mais si un coup mes yeux peuvent voir Rhadamante
Je régnerai content sous les bois amoureux.


L'âme :

Oui, mon corps, il est vrai, mais un cœur généreux
Roidit contre le sort, tant plus il le tourmente.