Dictionnaire analytique d’économie politique/Escompte

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[ 230 ] ESCOMPTE. - Ce mot exprime la différence de la valeur vénale et de la valeur réelle d’un effet public, commercial ou particulier, dont le terme de paiement n’est pas arrivé. ou dont le paiement intégral n’est pas assuré à son échéance.

Ainsi une lettre de change à trois mois de date n’a pas la même valeur que celle qui est payable à vue, quoique l’une et l’autre aient le même débiteur : la différence de leur valeur respective forme ce qu’on appelle l’escompte.

Ainsi la dette publique ou particulière, dont l’intérêt n’échoit que dans six mois, n’a pas la même valeur que celle dont l’intérêt est payable dans un mois, et cette différence compose l’escompte qu’on est obligé de payer, si l’on veut en toucher le montant avant son échéance.

Enfin la dette publique ou particulière qui se détériore par la dépréciation des fonds publics ou par le discrédit du’ débiteur particulier donne lieu à un escompte de la part du capitaliste qui veut rentrer dans son capital.

Ce qu’il y a d’assez étrange dans l’escompte, [ 231 ] qui en dernière analyse n’est qu’un placement de capitaux avec plus ou moins de chances, c’est qu’il y a des marchés publics qu’on appelle bourses, où l’on règle la quotité de l’escompte de la même manière qu’on établit dans les autres marchés la valeur des marchandises qu’en y met en vente, d’où il suit que l’argent n’est à la bourse qu’une marchandise. On en fait légalement et légitimement trafic contre les besoins publics et particuliers, ou contre la loyauté et la solvabilité des gouvernemens et des particuliers ; et non-seulement on ne s’en offense pas, mais on n’élève pas même de doute sur la légitimité et l’utilité de ces sortes, de trafic d’argent. Toutefois, par une contradiction révoltante, les lois condamnent comme usuraire le prêt à intérêt au delà du taux qu’elles ont fixé.

De sorte qu’il est licite et même louable de recevoir à la bourse un intérêt de 30, 40 ou 50 pour % sur la dette publique et particulière, et l’on est coupable d’usure et punissable de peines correctionnelles si l’on prête à intérêt au-dessus, de 5 pour % à un débiteur dont on juge que les engagemens n’ont pas toute la valeur qu’ils expriment. Dans un cas on peut faire valoir son argent au taux du marché, et, dans un autre, on ne peut lui donner d’autre valeur que celle que la loi lui a assignée. Expliquera qui pourra cette bizarrerie dans la législation des peuples ; mais n’est-ce pas. le cas de dire comme le poêle :

O cœcas bominum mentes !