Dictionnaire de la conversation et de la lecture 1853 - Tome 14, PÉTRARQUE (Francesco PETRARCA)
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Ce nom, qui ne rappelle aujourd'hui su plus grand nombre que le plus illustre poëte lyrique de l'Italie était autrefois et à bon droit admiré encore bien autrement comme celui de l’érudit, de l'investigateur historique, du philosophe et du poète latin le plus célèbre, de son Temps; et lui aussi il voyait dans ses ouvrages latins, où il croyait continuer la littérature latine du grand siècle, un titre bien plus réel de gloire que dans ses poésies italiennes. Né le 20 juillet 1304, à Arezzo, de parents originaires de Florence, il passa les premières années de sa vie à Ancisa, près de Florence; et à Pise, puis plus tard sa jeunesse à Avignon et à Carpentras. Pour se conformer aux volontés paternelles, il lui fallut pendant sept années étudier le droit à Montpellier et â Bologne; mais après la mort de son père, arrivée en 1326, il se livra complètement aux études classiques ; il n'y a pas jusqu'à la langue grecque avec laquelle, dans un âge déjà assez avancé de la vie, il n'ait cherché à se familiariser, sans trop y réussir cependant. Pétrarque figure à bon droit en première ligue parmi ceux qui concoururent au réveil de l’érudition classique. Toute sa vie il étudia les anciens ; il recueillait partout des manuscrits latins, et même il en transcrivit plusieurs de sa propre main. C'est lui qui découvrit le premier manuscrit des Lettres de Cicéron Ad familiares, et qui trouva le premier manuscrit de Quintillien ; exemplaire d'ailleurs assez incomplet. Ses ouvrages en latin sont les premiers où, dans les temps modernes, l'on retrouve la véritable langue des Romains. Parmi les plus importants il faut citer : De Vitis Virorum illustrium depuis Romulus jusqu’à Jules César ; Rerum memorandarum ; De remediis utriusque fortunae ; De contemptu mundi ou Secretum suum et un grand nombre d’œuvres de moindre dimension. A quoi il faut encore ajouter une énorme quantité de lettres en tous genres : Ad familiares, Ad veteres illustres, Sine Titulo, ad Posteritatem et beaucoup d'autres qui n'ont point encore été imprimées. Toutefois, celles de ses productions qui contribuèrent le plus de son vivant à lui faire sa grande réputation, ce furent ses poésies latines, comme églogues, épîtres, etc., et surtout son Africa, poëme épique en neuf chants sur la
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seconde guerre punique; qui lui valut notamment d'être solennellement couronné comme poète à Rome, au Capitole, le jour de Pâques de l'année 1341. Pour composer tant d'ouvrages au milieu d'une vie des plus agitées, il fallut de la part de Pétrarque des habitudes extrêmement laborieuses. La plus grande partie en furent commencés ou terminés à Vaucluse, près d'Avignon, où il possédait un petit domaine et où il passa un grand nombre d'années, non sans interruption toutefois.
Plus tard, en 1353, il quitta la France pour toujours, et habita dès lors l'Italie, tantôt à Milan, où il passa près de dix ans, tantôt à Parme, à Mantoue, à Vérone, à Venise, à Rome, et en dernier lieu à Arqua, village voisin de Padoue, où il acheta un bien en 1370, et où, dans la matinée du 13 juillet 1374, on le trouva mort la tête penchée sur ses livres. Un monument a été élevé à l'endroit où repose sa dépouille mortelle. Ses livres, dont il avait légué la plus grande partie à la république de Venise., ont péri par la négligence de ceux qui en avaient la garde. Pétrarque n'était pas seulement supérieur à son siècle par son érudition, il avait encore su s'élever au-dessus des préjugés et des superstitions qui le dominaient. Mais s'il repoussait les spéculations anti-chrétiennes des Aristotéliciens ou plutôt des Arabes, il était demeuré fidèlement attaché à la foi de ses pères. Plus avide de gloire qu'ambitieux, il se contenta, lorsqu'il se décida à entrer dans l'état ecclésiastique, de quelques médiocres bénéfices et refusa les hautes dignités qui lui furent offertes. En revanche, il aimait le commerce des grands. C'est ainsi qu'il s'était lié d'une étroite amitié avec les membres de la famille Colonna, à Rome, et qu'il passa un grand nombre d'années dans la société de divers princes italiens, notamment des Visconti, à Milan. Comblé de distinctions par le roi de Naples, Robert, chargé de missions diverses par plusieurs papes, il fut accueilli avec les plus grands égards par l'empereur Charles IV. Beaucoup d'hommes distingués de son époque, Boccace entre autres, furent au nombre de ses amis intimes. A diverses reprises, on lui confia des missions diplomatiques, par suite desquelles il lui fallut se rendre à Naples, en France, à Bâle, à Prague, à Venise, à Rome; et partout il lui fut fait l’accueil le plus flatteur, sans qu'on puisse dire qu'il ait précisément réussi dans ses négociations. Partant d'une idée essentiellement fausse, l'assimilation constante de l'Italie telle qu'elle se trouvait alors à ce qu'elle était sous la domination romaine, il proposa aux princes de son temps une foule de projets et de conseils dont l'application était radicalement impossible. Il n'y eut pas jusqu'à la folle entreprise de Cola Rienzi, pour laquelle il ne s'éprit d'abord du plus vif enthousiasme et au succès de laquelle il ne chercha à contribuer. En revanche, il fit preuve de la plus noble franchise dans les exhortations et les reproches qu'il adressa à plusieurs papes pour les déterminer à revenir se fixer à Rome, de même qu'à l'empereur Charles IV, en qui il mit bien vainement tout son espoir pour la pacification de l’Italie. Ce fut assez tard, en 1351 , que Florence, pour le déterminer à s'associer à l'université fondée dans ses murs en 1348, lui offrit la restitution des propriétés de son père, qui avaient été jadis frappées de confiscation à la suite des querelles des blancs et des noirs auxquelles il s'était trouvé mêlé. Il refusa la position qu'on lui offrait, et ne fut pas remis dès lors en possession des biens paternels, qui du reste étaient d'une minime importance.
Les poésies italiennes de Pétrarque (on n'a pas de lui une ligne en prose) ont bien plus contribué à immortaliser son nom que tous ses ouvrages écrits en latin. La collection de ses Rime se compose de sonnets, de canzone, de ballades, de madrigaux, etc., dans lesquels il exprima d'abord son amour pour une dame provençale, qu'il désigne sous le nom de Laure, et plus tard la profonde douleur que lui causa sa mort, arrivée en 1348. Il travailla pendant plus de quarante ans à ces poésies, puisqu'en 1369 il s'occupait encore de les corriger, et que c'est en 1327 qu'il avait fait la connaissance de Laure. Cet amour, dont il tira une espèce de va-
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nité, tout au moins dans les dernières années de sa vie ne l'empêcha pas plus que les convenances de son état (nous avons dit qu'il était entré dans les ordres) d'avoir plusieurs enfants naturels, entre autres une fille, dans la famille de laquelle il passa les dernières années de sa vie, et qui lui survécut. Ses Trionfi, qu'il composa de 1356 à 1370, et qu'il laissa inachevés, sont une faible production de sa vieillesse. On compte plus de trois cents éditions de ses Rime : la première parut à Venise, en 1470: la plus correcte est celle qu'en a donnée Marsand (Padone, 1819 ). Elles ont été traduites dans toutes les langues et l'objet des travaux d'un grand nombre de commentateurs, dont les plus distingués sont Vellutello, Gisualdo, Castelvetro, et de nos jours Tassoni, Muratori, Biagioli et Leopardi. Les œuvres complètes de Pétrarque ont aussi été réimprimées à diverses reprises (Bâle, 1495, 1554 et 1581). La vie de ce poète, pour laquelle ses divers ouvrages, notamment ses Lettres et son livre intitulé Secretum suum, ont fourni d'abondants matériaux, a été aussi écrite par un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels il faut surtout citer Vellutello, Beccadelli, Tomasini, de La Bastie, de Sade, Tiraboschi, Baldelli, Ugo Foscolo et Blanc (dans la grande encyclopédie allemande d'Ersch et Gruber).