Dictionnaire des antiquités chrétiennes/Ablutions

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Dictionnaire des antiquités chrétiennes
ABLUTIONS


ABLUTIONS. II s’agit ici des diverses ablutions usitées dans les liturgies anciennes. I. L’ablution de la tête, capitilavium, prit naissance en Espagne (Isid. Ilisp. 1 : i. c. 28. ed. Colon.1616), et, comme la liturgie gallicane touche par une infinité de points à la gothique-espagnole, et que, plus d’une fois, elles se sont mutuellement emprunté leurs rites, il n’est pas étonnant que le capitilavium ait passé de l’Espagne dans les Gaules (Rab. Maur. 1. m De inst. cler. c. 55. Cf. Placiaud. De sacr. bain. 112) : Cette ablution avait lieu le dimanche des Palmes, appelé aussi dans la langue liturgique Dominica indulgentiœ, et elle se faisait en ce jour par respect pour le saint chrême dont la tête des catéchumènes devait re- cevoir l’onction au jour du baptême solennel. Il est douteux que ce rit fut en vigueur dans l’Église romaine un seul ordre romain en fait mention, c’est celui dont la publication est atlribuée à Georges Cassandre (De ord. Rom. in Opp. Cassaud. Paris. 1116) ou à Melchior llittorp (Bibl. P. Lugd. t. xiii Visconti pense que le capitilavium fut supprimé partout après le décret du concile de Mayence de 813, prescrivant que, pour l’adminis- tration du baptême, tout fût conforme aux cou- tumes de l’Église romaine (Vicecom. De bapt. rit 1, 3 15.)

II. L’ablution des pieds, pedilavium, est beau- coup plus ancienne et fut plus universellement usitée dans la primitive Église. Il y en avait de trois espèces  : La podonipsia, qui se pratiquait envers les voyageurs et les hôtes. On en trouve des exemples dans la plus haute antiquité Abraham et Lot lavèrent les pieds des anges cachés sous la figure de voyageurs (Gen. xvu-xix), etc. Mais pour nous en tenir à ce qui concerne les premiers siécles des chrétiens, nous savons que nos pères dans la foi, et en particulier les évèques remplissaient assidûment ce devoir de l’hospitalité chrétienne. Ainsi Spiridion, évoque de Trymithunte dans l’île de Chypre, lavait les pieds des pèlerins qu’il recevait dans sa maison avec libéralité (Sozom. Uni. eccl. i. 11 ). S. Augustin recommande.souvent cette œuvre aux clercs et aux fidèles, et S. Athanase, ou l’auteur quelconque du livre intitulé Syntagma doclrinœ ad clericos et laicos (Lutet. 1685. p. 13), la présente comme étant d’une obligation rigoureuse Ne negligas lavare pedes venientium culpabuntur enim de pb« oepti violatione vel ipsi episcopi, si sontes uerint, « ne néglige pas de laver les pieds de ceux qui viennent à toi car les évêques eux-mêmes seront repris pour la violation de ce précepte, s’ils s’en rendent coupables. » 2° L’ablution des pieds, qui, en certains lieux, faisait partie des rites du baptême. Là où l’ablution des pieds avant lé baptême avait’lieu- (Visconti. p. 551), elle était faite par l’évêque lui-même, d’abord dans le cantharvs ielalrhim (V’. ce mot), puis un peu plus tard dans de l’eau chaude. C’est le jeudi saint que se pratiquait cette cérémonie. Après l’ablution, l’évêque- baisait les pieds et, en certains lieux, posait, à trois reprises différentes, par humilité, les talons du catéchumène sur sa tête (ld. 541). L’Église romaine paraît être restée étrangère à cette pratique. Et c’est ici le lieu de rappelèr avec S. Cyprien’(Epist : txxv. ed. Fell.) que quelques différences dans les rites accessoires de l’administration des sacrements ne nuisent nullement à l’unité de l’Église. L’auteur des Six livres des sacrements, communément’ attribués à S. Ambroise, affirme que cette cérémonie avait lieu à Milan (V. aussi Vicecom, lib. cit’. xvh seqq.), qu’elle était fort ancienne, et que si elle ne se pratiquait pas à Rome, c’était probablement à raison de la multitude de ceux qui se présentaient au baptême. Elle était aussi en vigueur en Espagne. ainsi que l’atteste le quarante-huitième canon du concile d’Elvire, avant Constantin, et l’Église gallicane, qui eut’ toujours des rites particuliers, conserva celui-ci longtemps encore après ce concile. Le cardinal Tomasi a édité deux anciens sacramentaires gallicans qui ont une prière pour cette cérémonie (Cod. Mo’am 900 ail. velusl : pp. 535-475). Bien que la liturgie en question ait été apportée dans les Gaules par des évêques grecs (Le Brun. Cérém : de là messe. t. ir. diss. 4), il ne parait pas certain que, chez les Orientaux, la podonipsia ait été pratiquée comme préparation au baptême(Paciaud. op. cit. 117).

5° La podonipsia qui s’observait en mémoire du lavement des pieds des apôtres par Notre-Seigneur. Voici la représentation de ce trait de charité du divin Sauveur, d’après un tombeau d’Arles (Millin. Midi de la France. Atlan. p. l ! lxiv. n » 1). Les savants ne sont pas d’accord sur la question de savoir si, en lavant les pieds à ses disciples, Notre-Seigneur ne fit que se conformer à un usage en vigueur chez les. Juifs, ce qui est l’opinion de Scaliger II)

emendat. tempo p. 570, et de Casaubon (Exercit. in Baron. 16), ou s’il établit lui-même cette lotion comme un rit tout nouveau, ainsi que le soutient Buxtorf. (Dissert, de ccen. Dom.). Ce qu’il y a de

très-avéré, c’est que, depuis lu proclamation du précepte du divin Maître prescrivant d’imiter ce qu’il avait fait en cette mémorable circonstance, il n’est aucune nation chrétienne qui n’ait pratiqué le lavementdes pieds le jeudi saint. Et les Pères du concile de Tolède, tenu en 696, y attachèrent une telle importance, qu’ils infligèrent la privation de la communion pendant deux mois à tout prêtre qui l’aurait omis volontairement (Labb. t. vu. Cf. Paciaud.). Mais comme il n’est rien dont les hommes n’abusent, il s’éleva au seizième siècle une secte d’anabaptistes qui se donnèrent le nom de Podomptrce, et qui, faisant profession d’observer à la lettre tous les préceptes du Sauveur, soutenaient que la podonipsia était la véritable et essentielle tessère de la religion chrétienne, et même, si l’on en croit leurs principales confessions, celle de Dordrecht notamment, un sacrement établi pour la rémission des péchés (Bayle. Dict. liist. art. Anabaptistes).

111. L’ablution des mains, )’- Nous trouvons chez tous les peuples cette opinion que l’on pourrait appeler instinctive, que l’ablution des mains doit toujours précéder le sacrifice. Les Égyptiens, les Perses, les Étrusques, les Grecs, tous ont obéi à cette loi de la nature qui veut que les choses divines soient traitées avec une entière pureté, même corporelle. Citons seulement le vase d’airain placé par Moïse dans le tabernacle (Lamy. De tabernac. tav. m-iv), et la mer d’airain que Salomon lit établir dans l’atrium du temple, pour les ablutions légales. Dans cet immense hémisphère destiné à laver toutes les souillures, on.voit tantôt une figure des sacrements en général qui purifient lescœurs.tantôtletypespécialdu baptême, tantôt le symbole du Christ lavant nos crimes, tantôt enfin les fleuves de la doctrine évangélique qui devaient porter leurs bienfaits à toutes les nations. Mais, pour en venir à notre objet, qui est l’ablution avant le sacrifice eucharistique, il est certain qu’elle fut en usage dès le berceau de l’Église ; elle était commune aux Grecs, aux Latins, aux Maronites, aux Arméniens et à tous les Orientaux (V. Collect. des liturg. orient, par Renaudot. Paris. 1716). On peut donner de cette pratique deux raisons, l’une mystique, l’autre physique. La première se trouve développée dans la cinquième catéchèse mystagogique de S. Cyrille de Jérusalem (In init.), et cette explication consiste à dire que « l’ablution des mains signifie la pureté du cœur que le chrétien doit toujours porter dans les cho ses saintes. » La raison. physique ressort de la nature même de la liturgie ancienne. Pour les prêtres d’abord. On sait qu’au commencement de la liturgie ils recevaient des fidèles les oblations, pour les placer sur l’autel (V. l’art. Oblations). C’était donc pour ne point toucher pen- dant l’ACTION, c’est-à-dire depuis la consécration jusqu’à la communion, le pain consacré avec des mains souillées par leconlact des offrandes, quand elles n’étaient que du pain, qu’ils se faisaient verser de l’eau par un ministre (Bingham. Orig. 1. xv. 5-4). Nous avons une double preuve à l’appui de cette interprétation, dans l’ordre romain publié par Mabillon (Mus. liai, u), et dans le livre d’Amalaire (De eccles. offic. ni. 9) Ut extersœ sint, dit ce dernier, manus a contactu communium rerum alque terreno pane, « que les mains soient purifiées du contact des choses communes et du pain terrestre. » Marque éclatante du profond respect de nos pères pour la sainte eucharistie ! Pour les laïques, il y avait aussi dans les premiers temps une raison de rigoureuse convenance pour qu’ils se purifiassent les mains avant la communion car ils ne la recevaient pas sur la langue, comme cela se pratique aujourd’hui, mais dans la main droite croisée sur la gauche, et se la portaient eux-mêmes à la bouche (V. l’art. Communion). Ce rit est attesté par un grand nombre de monuments de l’antiquité, entre autres par la célèbre inscription grecque trouvée à Autun il y a peu d’années, où on lit « Prends, mange et bois, teîmnttxO’j ; , c’est-à-dire Jésus-Christ te divin poisson (V. l’art. Poisson) dans tes mains » /// Cette discipline fut abrogée dans l’Église romaine dès le sixième siècle et ailleurs au neuvième (Paciaud. op. cit. p. 127), ainsi que l’atteste un décret du concile de Tours (Ibid.). Mais on comprend que, tant qu’elle fut en vigueur, l’Église ait dû prescrire ces ablutions dont il est fait de si fréquentes mentions dans les écrivains ecclésiastiques, entre autres dans S. Césaire (Serm. ccxxu, in Append. opp. Augustin. edit. Maurin) Omnes viri, quando communicare desiderant, lavant manus suas, « tous les hommes, quand ils désirent communier, lavent leurs mains ; n et d’une manière plus claire encore dans S. Chrysostome (T. i. liom. ad. pop. Antioch. éd. Front. 1621) Non audes illotis manibus hostiam atlrectare ctiamsi mille necessitatibus premaris, « tu n’oserais toucher l’hostie avec des mains souillées, alors que tu serais pressé de mille nécessités. »

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