Dictionnaire des antiquités chrétiennes/Chantres

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ABLUTIONS
Dictionnaire des antiquités chrétiennes

CHANTRES. — I. — Il y eut, dans l’Église primitive, des chantres, autrement dits psalmistes, qui paraissent avoir été regardés en certains lieux comme constituant un ordre mineur à part. Il est avéré que cette qualité ne leur fut pas reconnue universellement, et que là même où elle l’était, ce ne fut que pour un temps ; autrement, cet ordre aurait persévéré comme les autres. Quelques savants, entre autres Bellarmin (De clericis. 1. i. c. 11), ont confondu les chantres avec les lecteurs. Mais ce sentiment ne parait pas fondé, car les documents anciens qui font mention des chantres, entre autres les Canons apostoliques (Can. Lxix), les Constitutions apostoliques (L. n. c. 57), le concile de Laodicée (Can. xxrv), S. Ephrem (xcm. De secund advent.), la liturgie de S. Marc (Apud Fabric. Cod. apocr. part. m. p. 288), les distinguent nettement les uns des autres. Justinien établit aussi cette distinction (Novell, ni. c. 1), quand il atteste que de son temps l’Église grecque de Constantinople comptait vingt-six chantres et cent dix lecteurs. La nature des fonctions que les chantres exerçaient dans l’Église est exprimée par le mot grec C« ra6oXsîc (Socrat. Hist. eccl. 1. v. c. 22), qui veut dire monitores ou inspiratores, ou encore suggestores, psalmi prxnuntiatores ; ils entonnaient les psaumes, c’est-à-dire qu’ils prononçaient isolément la première moitié du verset, et que le peuple l’achevait. Prxcinebant cantores, dit Cotelier (In Const. aposl. loc. laud.), populus vero succinebat. Le nom de moniteur était donné, dans l’antiquité profane, à ceux qui prononçaient la prière à haute voix, au nom de tous, et nous voyons Tertullien,dans son Apologétique (C. xxx), faire aux fidèles un mérite de prier sans moniteur, parce que leur prière étant toute dans le cœur et spontanée, n’avait pas besoin d’interprète.

II. — L’institution des chantres, comme ordre dans l’Église, n’arriva guère que vers le commencement du quatrième siècle. Car si la liturgie de S. Marc qui en fait mention est antérieure à cette époque, comme l’observe Bergier (Au mot Chant ecclésiastique), elle ne peut l’être de beaucoup. Quoi qu’il en soit, c’est assurément le relâchement et la négligence qui s’étaient introduits dans l’exercice de la psalmodie, qui rendirent cette institution nécessaire. Établir des chefs de chant, c’était le meilleur moyen de rappeler la psalmodie ecclésiastique à sa pureté primitive. Les chantres reçurent alors le nom de cantores canonici, xavovixoi « jiaXTocf, ce qui indique qu’ils lurent inscrits dans le canon (V. Canon) ou catalogue des clercs, et séparés ainsi du reste du corps de l’Église. (V. aussi l’art. Matricule.)

Il devint quelquefois nécessaire, en certains lieux, de faire exécuter le chant par les seules voix des chantres, afin de rétablir plus facilement l’ancienne harmonie, en forçant pour un temps ceux qui n’étaient pas exercés à écouter en silence, et à se former ainsi sur ceux qui étaient habiles dans l’art de la musique. C’est dans ce sens qu’on doit sans doute entendre ce canon du concile de Laodicée (Can. xv) : « Il ne faut pas que d’autres que les chantres canoniques, qui montent sur l’ambon et lisent sur le parchemin, se permettent de chanter dans l’église. » Bingham insiste beaucoup là-dessus, afin d’établirles droits du peuple chrétien dans la maison de Dieu ; mais nous n’avons aucune raison de nous inscrire en faux contre la coutume où furent toujours les fidèles de s’associer aux chants de l’Église. Tous les Pères attestent cet usage.

III. — Quelle que fût l’importance de la fonction de chantre dans la primitive Église, elle fut néanmoins toujours inférieure à celle des ordres mineurs proprement dits. Elle n’eut avec ceux-ci d’autres points de conformité que l’imposition des mains par laquelle elle était conférée. Mais elle en ditférait en ce que cette espèce d’ordination était administrée par un simple prêtre, taudis que les ordres mineurs avaient pour ministre ordinaire l’évoque ou le chorévêque. Ceci fut réglé par le quatrième concile de Carthage (Cau. x) : « Le psalmiste peut, à l’insu de l’évêque, et par le seul ordre du prêtre recevoir l’oltice de chanter. Le prêtre se sert pour cela de cette simple form.le : « Fais en sorte que ce que tu chantes de ta « bouche, tu le croies du cœur, et que ce que « tu crois du cœur, tu le montres dans tes œuvres. » Cette faculté donnée au prêtre d’ordonner les chantres à l’insu de l’évêque fut néanmoins, selon toute apparence, particulière à l’Église d’Afrique.

Il ne parait pas non plus que la fonction de chanter à l’église, même comme moniteur, ait toujours été exclusivement réservée aux clercs institués ad hoc. Les monuments épigraphiques nous font connaître un certain nombre de diacres qui l’avaient exercée avec honneur. Nous empruntons ces citations au Bulletin archéologique de M. De’ Rossi (1863. p. 88). Tel est le diacre Redemptvs du titre de Tigris, dans l’épitaphe duquel le pape Damase a introduit cet éloge :

DVLCIA NECTAREO PROMEBAT MELLA CANORE PROPUETAM CELEBRANS PLACIDO MODVLAM1NE 3ENEH. Voici l’éloge funèbre d’un archidiacre de l’Église romaine nommé Deusdedit, qui vivait vers le cinquième siècle :

HIC LEV1TARVM PRIMVS IN ORDINE VIVENS DAVIDICI CANTOR CARM1NIS ISTE FVIT. Dans une inscription trouvée il y a peu d’années dans la basilique constantinienne de Saint-Laurent, le défunt dit de lui-même :

VOCE PSALMOS MODVLATVS ET ARTE DIVERSIS CECINI VERBA SACRATA SONIS. On vit des chantres qui, parvenus à l’épiscopat, voulurent continuer à édifier le peuple par l’exercice de cet art dans lequel ils excellaient. Un éloge qui parait être l’œuvre de S. Damase fait lire, au sujet d’un évoque animé d’un tel zèle :

PSALLERE ET IN POPVLIS V0LV1 MODVLANTE PROPHETA SIC MERVI PLEBEM CHR1STI KET1NERE SACERDOS.

IV. — Dès le sixième siècle, nous voyons les évoques instruire leurs chantres, soit par eux-mêmes, soit par des hommes habiles dans l’art de la musique ; et ceci donne la mesure de l’importance qu’ils attachaient à cette partie si essentielle du culte extérieur. S. Grégoire de Tours avait établi dans son église une école de chant ; c’est lui-même qui nous l’apprend [Ve mirac. S. Martin, i. 33). Mais personne n’égala en ceci le zèle de S. Grégoire le Grand. L’école de chant qu’il avait fondée à Rome et qui n’eut pas d’abord d’autre maître que lui-même, existait encore du temps de son historien Jean Diacre [In Vit. S. Greg. 1. H. 6), et on peut dire qu’elle n’a pas cessé d’exister, bien qu’elle ait subi de nombreuses modifications. C’est le collège de chantres qui exécute aujourd’hui encore le chant, soit à la chapelle Sixtine, soit dans les grandes basiliques, quand le souverain pontife y célèbre les saints mystères (V. l’art. Livrcsliturgiques, 6°}. Ce grand pape avait invité à son école tous les clercs des Églises d’Occident, afin qu’ils vinssent étudier sous sa direction et celle de son irchichantre l’art de chanter les psaumes. Et •omme il s’y rendit des élèves de l’Angleerre. des Gaules, des Espagnes, de l’Italie, e chant de tout l’Occident fut bientôt molelé sur celui de Rome. (V. l’art. Écoles, à la in.)

Il y eut en Espagne des chantres qui s’abseniient de toute nourriture avant de chanter, it qui ne mangeaient que des légumes, ce qui eur fît donner le nom de Fabarii.

En Orient, ce furent d’abord les prêtres qui iiercèrent les fonctions de chantres ; mais au noyen Age, on finit, dans ces contrées, par orlonner des eunuques lecteurs ou plutôt changes, avec la charge d’exécuter la psalmodie dans les églises (Balsam. In c. iv concil. Trull. i in c. xui si/n. œcum. vu).

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