Dictionnaire des antiquités chrétiennes/Patène

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Dictionnaire des antiquités chrétiennes
PATÈNE

PATÈNE. La patène est un des vases sacrés qui ont été employés de toute antiquité dans le ministère des autels (Paoli. De patena argent. Foro corneliensi. c. i. seqq.). Elle est ainsi appelée du latin patere, à raison de sa forme ouverte et aplatie, vas late patens, dit S. Isidore de Séville [Orig. 1. xx. c. 4). L’usage de ce vase remonte aux premiers siècles de l’Église, bien que le Livré pontificat (cap. xvt) semble en attribuer l’invention à S. Zéphyrin.

La matière des patènes était la même que celle des calices (V. l’art. Calice). Il y avait des patènes dites ministérielles, plus grandes que celle dont se servait le prêtre, parce qu’elles étaient destinées a recevoir les pains consacrés qu’on distribuait au peuple. Il y en avait d’autres appelées chrismales, parce qu’on y renfermait le saint chrême pour la baptême et la confirmation ; mais celles-ci étaient concaves. Le livre pontifical dit de S. Sylvestre qu’il offrit une patène chrismale en argent patenam chrismalem argenteam obtulit (In Sijlv.). On voit dans les trésors des églises des patènes d’une grande dimension qui ont servi d’ ornement aux autels. Les plus anciennes sont décorées d’images et de figures symboliques. Jean Diacre (Vit. S. Athanas. episc. Neapol.) en mentionne une où était représentée la face de Notre-Seigneur avec des anges à l’entour. Boldetti (p. 11)1) en donne une autre où sont retracées les figures de S. Pierre et de S. Paul. Jean Patrizzi a composé, en 1706, une savante dissertation sur la patène dont se servait S. Pierre Chrysologue, et au centre de laquelle on voit un agneau avec une croix et d’autres symboles. On découvrit à Cologne en 1864 les débris d’une patène de verre tout enrichie de petits disques de même matière, représentant, dans leur ensemble, un certain nombre de sujets chrétiens. Cette espèce de patène dut être commune dans les premiers siècles, si l’on en juge par la quantité considérable de ces petits médaillons aujourd’hui répandus dans les musées (V. l’art. Fonds de coupe). Mais, parmi les monuments de ce genre qui existent encore, nous ne connaissons rien de plus in- téressant qu’une patène d’argent doré trouvée en 1846 en Sibérie, contrée qui jusqu’ici n’avait fourni aucun objet chrétien des siècles primitifs (V. Bull. d’arch. chrét. 1871. pl. ix. n. 1). Cette patène, décrite par M. le comte Stroganoff, a quinze centimètres de diamètre ; elle est ornée d’un bas- relief au repoussé, représentant une croix gemmée fixée sur un globe terrestre parsemé d’étoiles, et accompagnée de deux anges tenant une baguette de la main gauche (pour l’intelligence de cet attribut, V. notre art. Anges, lI, 14), et dirigeant leur main droite en signe d’adoration vers la croix, sous laquelle coulent les quatre fleuves mystiques (V. l’art. Fleuves [les quatre}). Des lettres aujourd’hui à moitié effacées sont tracées entre les têtes des anges, car on sait que, comme les calices, les patènes étaient quelquefois enrichies d’inscriptions.

Dans les Églises orientales, la patène, appelée disque, est beaucoup plus grande que chez les Latins, parce qu’on y place le calice aussi bien que les oblata. Elle est recouverte d’une étoile d’or ou de quelque autre métal précieux, surmontée d’une petite croix, afin de tenir soulevé le voile qui couvre la patène, et l’empêcher de toucher les saintes espèces cet instrument est appelé astérisque (V. ce mot). Cette étoile rappelle celle qui guida les Mages au berceau du Sauveur ; l’intention parait évidente par les paroles que prononce le prêtre en plaçant l’étoile sur le disque (Matth. n. 0) Et veniens stella astitit supra ubi erat puer.

Toutes les liturgies orientales ont des formules de bénédiction pour le disque. Celle de la liturgie copte est particulièrement remarquable (V. Renaudot. Lit. orient. t. i. p. 524) « Étendez, Seigneur, votre main divine sur ce disque bénit, qui doit être rempli de charbons ardents, carbonibus ignitis, par les particules de votre corps, lequel sera offert sur l’autel. n C’est par une métaphore familière aux chrétiens orientaux que les particules de t’eucharistie qui doivent reposer sur le disque sont appelées charbons. Ils nomment souvent le Christ charbon vivant, parce qu’en lui habite corporellement toute la plénitude de la divinité. De là vient que dans les Theotokia alexandrins la vierge Marie est appelée encensoir d’or, qui a contenu le charbon vil et véritable. On voit souvent aussi dans les prières orientales que le charbon, dont les lèvres d’isaïe furent touchées pour être purifiées, fut souvent pris pour le type de l’eucharistie et les hymnes qui se chantent dans les. églises d’Orient pendant la distribution des divins mystères, expriment souvent aussi cette idée que dans le pain les mortels reçoivent un feu divin ».