Dictionnaire historique et critique par M. Bayle 1740 - Tome 1, Blondus (Flavius)
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[modifier] Blondus (Flavius)
Né à Forli, en Italie, en l’an 1388 (A), s’attacha aux Belles-lettres avec tant d’application, & avec tant de succès, qu’étant allé à Rome dans un temps où les hommes doctes étaient plus rares qu’ils ne le furent depuis, il y trouva bientôt des patrons parmi même les cardinaux, qui le recommandèrent au pape Eugène IV ; et lui firent obtenir auprès de lui la charge de secrétaire (a). Il fut continué dans cet emploi par les successeurs d’Eugène, jusques à Pie II, sous le pontificat duquel il mourut, le 4 de juin 1463. Il composa beaucoup de livres (b), & entre autres une Histoire depuis l’an 400 jusques à l’an 1440 (c). Il n’approche pas de la pureté de stile, qui a paru dans quelques historiens du XVI siècle, et il ne faut pas même trop se fier à tout ce qu’il dit ; car, quand même l’on se persuaderoit qu’il agissait de bonne foi, on devroit considérer qu’il suivoit des guides trompeurs (d), et qu’il avait plus en vue de rassembler beaucoup de choses, que d’examiner si elles étaient véritables (B). On serait néanmoins ingrat et, injuste, si l’on ne reconnaissoit que ses travaux ont été utiles à la république des lettres, et si l’on n’avoit égard aux difficultés qu’il rencontroit, étant presque le premier qui eût entrepris la restauration des antiquités romaines. Quoiqu’il fût chargé de famille, il se comporta en bon philosophe à l’égard des richesses : il ne tâcha point d’en acquérir, & il ne voulut pas même laisser à ses fils (e) une portion de l’héritage (C) ; car les voyant bien élevés et assez âgés pour qu’ils pussent travailler à leur fortune, il laissa à ses filles tout son bien. Ceux qui voudront connoi-
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tre les divers jugemens que l’on a faits de ses livres, pourront consulter l’Eponymologium de Magirus (f), Hankius de Scripturibus Rerum Romanarum (g), et la Censura celebriorum Autorum de Pope Blount (h). Quelques-uns soutiennent qu’il le faut nommer Blondus Flavius, et non pas Flavius Blondus. Ces deux noms signifient la même chose.
* A. à la Biblioteca manuscriptorum nova de Montfaucon. Le nom de Blondus est la traduction latine du nom italien Biondo.
- (a) Boissard, in Iconib. apud Pope Blunt, Censura celebr. autor., page 327.
- (b) Voiez-en les Titres dans le Moreri.
- (c) Voiez Vossius, de Histor.latin., p. 585.
- (d) Voiez dans Pope Blount, Censura celebr. autor., pag. 328, le passage de Gifanius.
- BLONDUS. 485
- (e) Il en laissa cinq, qui furent tous doctes, à ce que dit Léandre Alberti, Detcript. Ital.. pag. 478.
- (f) Pag. 134.
- (g) Tom. I, p. 202, et tom. II, p. 343.
- (h) Pag. 327, 328.
- (A) Il est né... l’an 1388. C’est ce que j’infère de ce qu’on lit dans son épitaphe qu’il vécut soixante-quinze ans, et qu’il mourut le 4 de Juin 1463. Vossius la rapporte, comme tirée de la Description de Rome de George Fabricius (1). Le père Labbe, dans son Thrésor d’Epitaphes (2), & Schraderus, dans ses Monumens d’Italie (3) la rapporte de la même façon. Quelques autres la rapportent comme si elle ne donnoit a Blondus que soixante-onze ans de vie (4) ; mais je crois que cela vient d’une faute d’impression copiée plusieurs fois, & dont il ne faut pas se prévaloir pour soutenir ce qu’a dit Paul Jove, que Blondus mourut à l’âge de soixante-dix ans (5). Je remarquerai par occasion une méprise semblable, qui se trouve dans Vossius : les imprimeurs ont mis MCCCLVIII au lieu de MCCCCLVIII (6) ; car il s’agit de l’année que Jean Gobelin désigne, en parlant de la mort de Flavius Blondus : Or Vossius savoit très-bien que cette année est la 63 du XV siècle. Sandius n’a pas observé cette faute (7). Magirus, en rapportant l’épitaphe, et partout ailleurs où il marque l’an-
- née mortuaire de Blondus, met 1363, au lieu de 1463 (8).
- (B) Il avoit plus en vue de rassembler beaucoup de choses, que d’examiner si elles étaient véritables.] Voilà le jugement que fait de lui l’auteur de l’Histoire des choses qui se sont passées au temps de Pie II. Blondus Flavius.... ab Honorio Arcadioque Caesaribus (quo tempore inclinasse romanum imperium memorant) usque ad aetatem suam universalem scripsit historiam, Opus certe laboriosum & utile ; varium expolitore emendatoreque dignum. Procul Blondus ab eloquentia priscâ fuit, neque satis diligenter quae scripsit examinavit ; non quam vera, sed quam multa scriberet curam habuit (9) . . . . Extant & alia Blondi opera non parvoe utilitatis, quamvis caute legenda sunt, ne falsa pro paris accipias ; in pluribus enim errasse deprehenditur (10).
- (C) Il ne tâcha point de s’enrichir, & il ne voulut pas même laisser à ses fils la portion de son héritage.] Continuons de faire parler l’auteur que je cite dans la remarque précédente. Mortuus est Romœ pauper ut Philosophum decuit, familiam bene institutam reliquit utriusque sexus. Patrimonium quod habuit tenue dotium causal inter feminas divisit, masculis praeter doctrinam bonosque mores nihil reliquit. Id morienti sat suit ejus aetatis filios dimisisse, qui sibi ipsis consulere possent (11).
- (1) Vossius, de Hist. Lat. pag. 586.
- (2) Voyez Pope Blount, Censura celebr. Autor., pag. 328.
- (3) Voiez Hankins, de Rerum Roman, Scriptor. Tom. II, pag. 341
- (4) Voiez Hankius, là-même, & Tom. I, pag. 202, et Magirus in Eponymolog. pag. 135.
- (5) Il semble que Sandius le fasse dans ses Notae in Vossium de Histor. Lat., pag. 219.
- (6) Vossius, de Histor. latinis, pag. 585.
- (7) Sandius, dans ses Notae in Vossium de Historicis Latinis.
- (8) Magiri Eponymolog. pag. 135.
- (9) Jo. Gobelious, Comment. Pii II, Libra. XI, pag. 310.
- (10) Idem, ibid.
- (11) Idem, ibidem.