Discussion:Le Sphinx (Poe)

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                                        LE SPHINX
           
                                     Edgar Allan Poe
                                Traduction de William Hughes

         - Traduction revue et "francisée" par Jacques CARADEC - WIDIPEDIA


Pendant l'effroyable règne du choléra à New York, j'avais accepté l'invitation d'un ami pour passer une quinzaine de jours avec lui dans la retraite de son cottage, situé sur les rives de l'Hudson.
                                                                    
Nous avions ici, autour de nous, tous les moyens ordinaires de distraction estivale : nous pouvions vaquer dans les bois, faire des esquisses du paysage et, du bateau, pêcher, se baigner... Nous pouvions également faire de la musique, et nous disposions de livres nombreux.

Nous aurions dû passer le temps assez agréablement, ne fût-ce que pas notre éloignement des effrayante information qui nous parvenaient chaque matin du monde et des grandes villes.
 
Pas un jour ne s'écoulait sans qu'il ne nous apportat des nouvelles du décès de quelque connaissance. Ainsi, comme la fatalité augmentait, nous apprîmes à nous attendre quotidiennement à la perte de quelqu' ami. À la longue nous tremblions à l'approche de chaque messager. L'air même du sud nous semblait imprégné de mort. Cette pensée paralysante prit en effet entière possession de mon âme. Je ne pouvais ni parler, penser, ni rêver à rien d'autre.

Mon hôte était d'un tempérament moins sensible, et, bien que son moral fut profondément déprimé, il s'efforçait à remonter le mien. Son intellect richement philosophique ne fut à aucun moment affecté par des fantasmes. De la réalité de la terreur il était sensible et conscient, mais de ses ombres il n'avait aucune appréhension.

Ses tentatives pour me sortir de la condition de mélancolie anormale dans laquelle j'étais tombé, furent vaines. Ceci fut du, en grande partie, à la lecture de certains volumes que j'avais trouvés dans sa bibliothèque. Ceux-ci étaient d'un caractère à forcer la réapparution de certains gènes de superstition héréditaire gisant en latence dans mon esprit et surtout dans mon âme.

J'avais lu ces livres sans qu'il le sâche, et c'est pourquoi il restait souvent perplexe quant à la raison des impressions néfastes qui s'imposaient dans mon imagination.

L'un de mes sujets favoris était la croyance populaire dans les augures (une croyance qu'à cette époque de ma vie, j'étais assez sérieusement disposé à défendre. Sur ce sujet nous avions des discussions longues et animées  : lui maintenait le malfondé total d'une croyance en de telles élucubrations, moi confirmant qu'un sentiment populaire apparaissait avec une absolue spontanéité (c'est-à-dire, sans traces apparentes de suggestion), ce fait possédant en lui-même les éléments évidents de la vérité, et méritant toute considération.
                                                                                              Le fait est que, peu de temps après mon arrivée au cottage il m'était arrivé une apparition tellement inexplicable, et qui avait en soi un tel caractère prodigieux, que j'aurais bien pu être excusé de la ressentir comme un augure. Cette "aventure" m'attirait et en même temps me troublait et m'effarouchait tellement, que plusieurs jours s'écoulèrent avant que je me décidât à communiquer les faits à mon ami.

 "Vers la fin d'une journée excessivement chaude, j'étais assis, livre à la main, près d'une fenêtre ouverte, donnant, à travers une longue perspective des rives du fleuve, sur la vue d'une colline éloignée, dont la face la plus proche de l'endroit ou je me trouvais avait été dénudée par un éboulement de terrain de la portion principale de ses arbres. Mes pensées avaient longuement dérivé du volume posé devant moi vers la mélancolie et la désolation de la ville avoisinante. Levant les yeux de la page, ils tombèrent sur le côté nu de la colline, et sur un objet - sur quelque monstre vivant d'une hideuse configuration, lequel très rapidement se fraya chemin de la cime des arbres vers le bas, disparaissant finalement dans la dense végétation du sous-bois. Quand cette créature se présenta à ma vue, je doutai de ma propre santé mentale (ou au moins de l'évidence de ce que j'avais vu de mes propres yeux - et plusieurs minutes s'écoulèrent avant que je n'aie réussi à me convaincre que je n'étais ni fou ni dans un rêve.

Cependant quand je décris le monstre (que j'aperçus distinctement, et surveillais calmement pendant tout le temps de son évolution), mes lecteurs, j'en ai peur, ressentiront plus de difficulté à être convaincus de la véracité de mon apparition que j'en fus moi-même.

Estimant la taille de la créature par comparaison avec le diamètre des gros arbres auprès desquels elle passa (les quelques géants de la forêt qui avaient échappé à la fureur de l'éboulement de terrain), j'en conclus qu'elle était beaucoup plus grosse qu'aucun bâtiment de ligne existant. Je dis bâtiment de ligne, car la forme du monstre en suggérait l'idée (la coque de l'un de nos navires de soixante-quatorze canons devait suggérer une approximation assez acceptable de l'apparence.
                                                                                               La bouche de l'animal se trouvait à l'extrémité d'une trompe de quelque soixante ou soixante-dix pieds (22 mètres) de longueur, et était presque aussi épaisse que le corps d'un éléphant ordinaire. Près de la racine de cette trompe il y avait une immense quantité de poils noirs en broussaille (plus que ce qui aurait pu être fourni par les robes d'un grand nombre de buffles.

S'érigeant de ces pilosités du bas et des côtés, se dressaient deux défenses brillantes, non pas dissemblables de celles du sanglier mais d'une dimension infiniment plus grande. Se déployant vers l'avant, parallèlement à la trompe, et de chaque côté de celle-ci, il y avait une gigantesque hampe de trente ou quarante pieds de longueur(l2 mètres ?), formée apparemment de pur cristal, et en forme d'un prisme parfait - il reflétait de la manière la plus somptueuse les rayons du soleil déclinant. La trompe était façonnée comme un trinôme l'apex orienté vers la terre.
                                                                                               A partir de celle-ci, deux paires d'ailes se déployaient (chaque aile mesurait quelque cent yards (plus de 90 mètres) de longueur - une paire était posée par dessus l'autre, et le tout était recouvert par de lourdes écailles métalliques, chaque écaille mesurait apparemment quelques dix ou douze pieds de diamètre (32 centimètres).
                                                                                        J'observai que la plus haute et la plus basse rangée d'ailes étaient connectées par ce qui me parut une solide chaîne. Mais la principale particularité de cette horrible chose était la représentation d'une Tête de Mort, qui recouvrait presque la totalité de la surface de sa poitrine, et qui était tracée diligemment en un blanc éclatant, sur le sombre dessous du corps, comme si elle avait été dessinée là soigneusement par un artiste. Pendant que je regardais ce terrifiant animal, et plus spécialement l'apparence de sa poitrine, avec une sensation d'horreur et de crainte - avec un sentiment d'un mal prochain, que je trouvais impossible à apaiser par aucun effort de la raison, je m'aperçus que les énormes mâchoires à l'extrémité de la trompe s'écartaient soudainement : de celle-ci me parvint un son si fort et si expressif de douleur, qu'il frappa mes nerfs tel le glas, et quand le monstre disparut au pied de la montagne, je tombai tout de suite sur le sol, et je m'évanouis totalement.

En recouvrant mes esprits après quelques instants, ma première réaction, bien entendu, fût d'avertir mon ami de ce que j'avais vu et entendu (et je peine à expliquer par quelle sensation de répugnance je me résolus à n'en rien dire)...

Enfin, un soir, quelques trois ou quatre jours après l'événement, nous étions assis ensemble dans la chambre où j'avais vu l'apparition.
                                        
J'occupais le même siège, près de la fenêtre, et lui lisait, allongé sur un sofa à proximité.
                                                                                     L'association du lieu et de l'heure me conduisirent à lui faire le récit du phénomène. Il m'écouta jusqu'à la fin (au début il riait de bon cœur).
                                                                                          Ensuite, il changeat d'attitude et devint excessivement grave, comme si mon attitude totalement irrationnelle devint elle même une chose au-delà du soupçon.

À ce moment là, alors que je lui expliquais la chose, j'eus encore une vue distincte du monstre : je me trouvais exactement au même endroit qu'à la première vision, et l'heure et la luminosité étaient pratiquement semblables...
 
                                                                                               Ma terreur fut telle que je poussais un hurlement de démence absolue, de terreur sans borne...

Je captais maintenant toute son attention... Il avait quitté son siège et se tenait désormais près de moi, regardant lui aussi par la fenêtre le panorama et le payasage proche ... il semblait passionné, et scrutait avidement les arbres et les broussailles que je lui indiquais... Ce fut en vain et il maintint qu'il ne voyait rien
                                                                                              Je lui indiquais minutieusement le parcours de la créature, pendant que celle-ci se frayait un chemin en descendant par la côte dénudée de la colline.

J'étais désormais plus alarmé que jamais, car je considérais la vision ou bien comme un présage de la mort, ou, pire, comme le signe avant-coureur d'une attaque de folie. Je me jetai alors passionnément en arrière sur la chaise, et pendant quelques instants j'enfouis mon visage dans mes mains. Quand j'ouvris les yeux, l'apparition n'était plus visible.

Mon Ami, comparativement à moi même, est un homme de grande taille : il regardait l'extérieur à un niveau plus élevé que le mien, il me semblait qu'il eut dû apercevoir l'animal d'autant plus facilement et je fus presque blessé de cette cécité totale.

Cependant, mon hôte récupérait progressivement le calme de son expression et je fus satisfait lorsqu'il m'interrogea très rigoureusement quant à la description de la créature que j'avais vue, désormais par deux fois.
                                                                                              Le monstre disparu, et me trouvant en bonne compagnie, je repris possession de mes esprits, et fus bientôt en mesure de lui décrire exactement ce que j'avais eu l'occasion d'observer, avec une absolue similitude pour chacune des apparition.
                                                                                               Il revint un instant à la fenêtre, soupira profondément, comme s'il eut été libéré de quelque poids intolérable, et se mit à parler, avec ce que je considérai comme un calme cruel, de différents points de philosophie spéculative, ce qui en ce temps avait constitué pour nous un sujet de discussion.
                                                                                              Je me souviens de son insistance très spéciale (parmi d'autres choses) sur l'idée que la principale source d'erreur dans toutes les recherches humaines reposait sur la faculté de l'esprit a estimer, évaluer, surévaluer (ou nier proprement) l'importance d'un objet, par une mauvaise estimation de la distance relative à celui-ci, de la même façon qu'un mirage dans le désert provient d'une aberration de la physique difficilement explicable, mais parfaitement rationnelle...De même, en matière politique, la démocratie est un concept qui nous est parfaitement accessible, alors que pour les peuples antiques ou théocratiques (même de nos jours), cette façon de gouverner est proprement "impossible", pour ne pas dire inimaginable... Tout écrivain qui traite du gouvernenement d'un Pays (de préférence le sien), ne voit les choses que par le petit bout de sa lorgnette et il occulte volontairement ou involontaire- ment toutes les autres hypothèses...

Mon Hôte est féru tout autant de philosophie (ce qui lui est bien profitable en ce moment atroce), que de politique, laquelle n'est pas de mon domaine qui se circonscrit pour le moment que dans le temporel et l'immédiat  : mon psychisme est singulièrement habité par les pensées morbides et je me complais dans la contemplation des malheurs des autres que (par une malheureuse conformation), je fais miens, trop volontiers.

J'étais surpris du changement de comportement de cet Ami très cher, pour lequel mes peurs semblaient soudain devenues étrangères  : j'en étais quelque peu contristé et même atteint dans ma dignité.

C'est alors qu'il fit une pause, s'approcha d'un panneau de sa riche bibliothèque (de laquelle j'avais tiré à la fois ravissement et angoisse), et en retira un épais volume d'une Histoire Naturelle qui en comportait beaucoup d'autres  : il me demanda alors de changer de place avec lui, prit mon fauteuil près de la fenêtre, et ouvrit ce qui était - il me le montra - un tome traitant d'entomologie ...

"Ton excessive minutie" dit-il à voix basse, "revient à décrire ce monstre avec tant de véracité que je n'ai pu qu'être éclairé et redécouvrir des parcelles enfouies de mes lointaines études"

En même temps, il trouva la page qu'il cherchait et me dit  : "en premier lieu, laisse moi te lire une description d'un Papillon, du genre SPHINX, de la famille Crepuscularia, de l'ordre des lepidoptères, de la classe des insectes (je t'épargne les dénominations latines)  : voilà ce que je trouve en ce livre vénérable  :

" quatre ailes membraneuses, recouvertes de petites écailles peu colorées, d'apparence métallique; bouche formant une trompe enroulée, produite par un rallongement des mâchoires, sur les côtés desquelles se trouvent des rudiments de mandibules et des papilles inférieures  : les ailes inférieures sont attachées aux supérieures par un poil raide; les antennes, au nombre de deux, sont en forme de trèfle allongés, prismatiques  : l'abdomen est pointu... il s'agit du "Sphinx à tête de Mort", lequel a occasionné beaucoup de frayeurs parmi les ignorants, à certains moments, en particulier en émettant un cri mélancolique (qu'il pousse par Dieu sait quel procédé), et surtout par l'insigne de Mort qu'il porte sur son corset, à l'image de la Tête de Mort des navires pirates ..."

Il me regarda a cet instant avec une expression d'amitié compassionnelle qui ne laissa pas de me surprendre  : "viens, dit-il, reprends ta place ... à ce moment il quitta le fauteuil qui était devenu le mien, et me fit assoir à l'emplacement exact que j'occupais auparavant  :

" le voici, ton Monstre, dit-il  : il est en train de remonter la côte et va atteindre le haut de la colline ... en même temps il attira ma vue sur une partie vitrée qui présentait un léger défaut ... le vois-tu, à nouveau ...

En effet, il était là, et mon coeur fit un bond ... mais il me retint d'un rire libérateur, ouvrit la fenêtre, et s'empara avec délicatesse d'un Papillon qui, en effet, présentait toutes les caractéristiques de ma créature ...

" Tu vois, dit-il, il s'agit d'une créature tout à fait remarquable, surtout lorsqu'elle est agrandie exagérément par une aberration d'un cristal aussi imparfait qu'un verre de fenêtre ! elle se tortillait en remontant quelque peu au moyen du fil qu'une araignée généreuse lui a oeuvré le long de la fenêtre à guillotine, comme tu le vois ce "sphinx" qui t'a tant effrayé et à perturbé ton entendement n'est qu'une créature insignifiante, assez parfaite, et également parfaitement inoffensive... "

A dater de cet instant je sentis monter en moi un frémissement qui venait de ma colonne vertébrale et atteignait mon cerveau  : j'eus la sensation d'une libération initiatique et fus libéré d'un poids obsédant ...

Je dois dire que les quelques semaines qui suivirent furent mises à profit pour d'autres considérations et j'avoue que les malheurs de mes semblables, à New York ou ailleurs, me furent beaucoup plus supportables ...

Ce Sphinx fut mon plus merveilleux Professeur de Philosophie et me guérit de ma langueur ...

                                                 Revu et "Francisé par Jacques CARADEC
                                                      5, rue Tristan Corbière
                                                         222OO - PABU -
                                                                              FRANCE

Ce petit travail de "mise au propre" en langue Française était nècessaire car la traduction de Hughes (si Hughes il y a, et j'en doute), était parfaitement inepte -

Cette traduction était comparable à une traduction "automatique" obtenue "mot par mot" au moyen d'un traducteur WEB.

Le texte que j'ai livré contient quelques erreurs de grammaire et d'orthographe qui sont dues au fait que je n'ai pas "relu" mon travail (je ne pensais pas le transmettre aussi facilement à WIKIPEDIA).

J'ai - modestement - tenté de restituer quelque peu l'atmosphère oppressante qui se dégage des nouvelles fantastiques de Poe et surtout pallié à la concision extrême de la "traduction " de Hughes ... le style de Poe est emprunt de digressions, d'imprécisions, de sous-entendus, qui en font tout le charme.

A vous lire .... Jacques CARADEC

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