Discussion Auteur:Marguerite Audoux

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18/05/1914 (Numéro 19309).

Sommaire

Voir aussi [modifier]

article du Figaro 26/10/1910 (Numéro 299) [modifier]

  • sur Marguerite Audoux [5] : La Vie de Paris Histoire d’un début Régis GIGNOUX.
    • LA VIE DE PARIS

Histoire d’un Début

L’histoire de Marie-Claire est doucement coloriée comme une ancienne image d’Epinal pour les enfants elle est en même temps, dans nos mœurs littéraires, un tel exemple de tendresse et de probité qu’on a le devoir d’être indiscret en la racontant. Demain peut-être, cette semaine certainement, Marie-Claire paraîtra en librairie. Ce roman de la jeunesse d’une petite paysanne abandonnée est signé du nom inconnu de Mme Marguerite Audoux. Il parut au printemps dans la Grande Revue et son édition présente réalise un miracle elle réjouit les jeunes écrivains. Tous ceux qui servent la littérature plus que leur propre ambition souhaitent que Marie-Claire soit apportée au grand public par le prix annuel de l’Académie Goncourt. Il y a même des romanciers qui ne publieront leur nouveau livre qu’au mois de janvier, par déférence. Lorsqu’ils étudieront la personnalité littéraire de Mme Marguerite Audoux, les critiques donneront les raisons de ce geste réconfortant qui indemnise et rassure. On sait uniquement aujourd’hui qu’avant de faire paraître Marie-Claire, Mme Marguerite Audoux vivait très médiocrement du métier de couturière elle dut l’abandonner à cause de l’extrême fatigue de ses yeux. Mais elle avait écrit son premier roman avant de renoncer au modeste gain des corsages à façon ; elle avait publié déjà quelques nouvelles recueillies par les « Cahiers nivernais sous le titre, le Chaland de la Reine. Donc, ce n’est pas la pauvre condition de son auteur qui fait que Marie-Claire s’impose aujourd’hui. Un écrivain s’y révèle par le ton inconnu de son style, la couleur profonde de son observation, le choix des faits retenus et classés et l’ampleur sonore de la composition. Cet écrivain sort du peuple il est libre de nos servitudes scolaires ; il apporte une sensibilité simple, rougissante et frileuse dans notre littérature. Ce que nous devons connaître, c’est comment cette vocation se révéla et fut révélée. L’histoire de Marie-Claire est d’une émouvante simplicité elle rappelle l’histoire de Cendrillon.

Une couturière travaille à Paris dans une petite chambre, toutes les journées. Elle ne se repose vraiment que les soirs de morte-saison. N’ayant pas d’ouvrage à finir, elle s’accoude à sa fenêtre devant les cheminées de Paris plantées ainsi que les croix d’un cimetière de pauvres. Elle y accroche, elle y déploie ses souvenirs d’enfance abandonnée, hospitalisée, placée dans une ferme, petite bergère, comme dans les chansons. Elle songe aux arbres et aux champs des coteaux du Berry, à la ferme, à la forêt où il y a des loups. Elle entend les paroles qui lui furent dites. Alors elle rentre dans sa chambre. Elle heurte le mannequin noir pour saisir la lampe qu’elle allume. Elle s’assied devant sa table, repousse les patrons découpés dans les journaux. Depuis qu’elle eut à réclamer les façons qu’on ne lui payait pas, elle possède des feuilles de papier à lettres. Elle les « utilise » elle écrit.

Comme c’est un doux repos de retrouver les paysages, les animaux et les gens ! Elle revoit toute son enfance avec ses yeux clairs qui ne songent pas à des comparaisons étrangères. Elle dit en un aparté, qui se prolonge dans le silence de la chambre, pourquoi elle les admire, les déteste et les aime. Elle parle comme une petite fille qui vient de pleurer. Et la nuit de Paris l’écoute, se rapproche et l’enveloppe doucement, Au matin, la couturière est plus tranquille. De telles soirées occupent sa vie. Elle serait presque heureuse s’il lui restait beaucoup de feuilles de papier à lettres. Mais il faut songer à retourner le manteau de cette dame. La cliente est aimable et avance un peu d’argent pour les fournitures. C’est l’occasion de déjeuner dans le quartier sans rentrer à la maison. Il y a une crémerie, etc.

Or, dans cette crémerie, Charles-Louis Philippe déjeunait avec une dame très simple et des amis très simples aussi. À la table voisine mangeaient des agents en bourgeois des brigades centrales dont la voix était forte et les yeux indiscrets. Intimidée, la couturière prenait place à la table des jeunes gens. Charles-Louis Philippe racontait à ses amis qu’il entreprenait d’écrire l’aventure quotidienne de Bubu de Montparnasse et de Berthe Méténier. La couturière écoutait ; elle avait pitié de Berthe Méténier. L’écrivain sentit cette pitié, il redressa son gros lorgnon toujours rouillé parce que le matin, en se lavant, il le posait sur la pierre de l’évier avec ses yeux fraternels il regarda l’étrangère qui déjà faisait partie de sa compagnie. Les présentations sont sincères autour d’une table de crémerie. Le lendemain, Charles-Louis Philippe prêtait des livres à Mme Marguerite Audoux. En échange, elle lui conta des souvenirs, elle lui récita des chansons populaires. Les amis qu’elle rencontrait chez lui goûtaient sa douceur et la sagesse de ses jugements. Ils admiraient la fierté de son visage, la paix réfléchie de ses yeux, le calme indulgent de son sourire. Leur estime les unit bientôt autant que leur commune pauvreté. Un peintre se joignait aux littérateurs et découvrait une autre réverbération de la vie. Il arriva que la couturière consentit à montrer ses feuilles de papier à lettres, les premiers chapitres de Marie-Claire.

À plusieurs années d’intervalles, Charles-Louis Philippe gardait de cette découverte la même émotion. Sans doute, il ne rappelait pas les conseils qu’il avait donnés en même temps que son exemple. Mais comme il défendait Marguerite Audoux, comme il comprenait ce qu’elle apporterait, elle aussi, dans notre littérature. Et c’était son tour de lui demander conseil, de lui faire lire le Père Perdrix, Marie Donadieu, de lui faire partager les joies de Croquignolle. Il apportait aux journaux les premières nouvelles qu’elle écrivit, et dont une, la Fiancée, parut au Supplément littéraire du Figaro. Mais les journaux ne reconnaissaient pas encore l’importance de Charles-Louis Philippe. Pour les convaincre, il fallut cette mort irréparable, le 23 décembre dernier, cette mort dont nous ne parlerons jamais qu’avec nos larmes.

La seule consolation de ses amis fut de continuer son rôle. Il avait soumis le manuscrit de de Marie-Claire à plusieurs autorités littéraires qui en avaient subi le charme trop égoïstement. Francis Jourdain porta l’humble et riche cahier à M. Octave Mirbeau celui-ci employa tout son cœur à empêcher une plus longue injustice. On ne put lui résister. Les dernières personnes qui savent lire lui seront reconnaissantes d’avoir sauvé Marie-Claire et d’avoir proclamé le nom de Mme Marguerite Audoux.

Régis Gignoux,

article du Figaro 21/12/1910 (Numéro 355) [modifier]

De Marie-Rose

à Marie-Claire

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Le charme du talent de Mme Marguerite Audoux a séduit les lecteurs qui. s’étaient d’abord intéressés à son roman, Marie-Claire, en raison de la condition modeste de son au- teur. Ces lecteurs avaient été sages de ne pas s’étonner qu’une couturière ait pu écrire un beau livre. La destinée de Mme Marguerite. Audoux n’est point si extraordinaire, puisqu’à près d’un demi-siècle de distancé une* desti- née semblable à la sienne fut révélée à la littérature par un grand poète. ’.̃•̃-̃

Lamartine a raconté, comme M. Octave Mir- beau le fit en présentant au public Mme Mar- guerite Audoux, l’entrevue qu’ileut en i84Ôavec Mme Reine Garde,’à laquelle il dédiait son hvre. Reine Garde était couturière dans, ma famille elle avait écrit un roman intitulé M a r ie-R ose. Sachant .que. Lamartine partait pour Smyrne, elle -quitta secrètement notre

maison et se rendit à Marseille. Elle y vit,le grand poète qui, dans la préface de Geneviève, dédiée par lui Reine Garde, a fait çç. récit, de la rencontre ] Un dimanche, au retour d’une longue course en mer avec Mme de Lamartine, on nous dit qu’une femme d’un extérieur modeste et embarrassé était arrivée par la diligence d’Aix à Marseille, et qu’elle nous attendait dans, une petite serre d’orangers qui faisait suite au salon de la villa sur le jardin. Je laissai Mme de Lamartine, et j’entrai dans l’orangerie pour recevoir cette pauvre étrangère.

Je vis en entrant sous l’orangerie, une femme jeune encore, d’environ trente-six ou quarante ans. Elle était vêtue en journalière de peu d’aisance ou de peu de luxe, etc., etc.

L’émotion se lisait sur son visage qui se couvrit d’une, subite rougeur. C’était une expression de timidité mêlée de confiance dans l’indulgence d’autrui, émanant de l’abandon de sa propre nature en tout, l’imago de la bonté qu’elle porte dans son attitude comme dans son cœur, et qu’elle espère trouver dans les autres. Elle tira do sa poche trois ou quatre petites pièces de vers alignées sur du gros papier et froissées par son étui, son dé et ses ciseaux dans le voyage. Je les lus tout bas.; je fus étonné, touché, de ce que je lisais c’était naïf, c’était gracieux, c’était senti; c’était la palpitation tranquille du cœur devenue harmonie dans l’oreille; cela ressemblait à son visage modeste, pieux, tendre et doux ; vraie poésie de femme, dont l’âme cherche à tâtons sur les cordes les plus .suaves d’un instrument qu’elle ignore l’expression de ses sentiments. Cela, n’était ni déchirant, ni métallique, comme les vers de Reboul, ni épique, ni étincelant,tour à tour, de paillettes et de larmes, comme Jasmin ni mignardé comme les, strophes de quelques jeunes filles, prodiges gâtés en germe par l’imitation, ce Méphistophélès flu génie naissant et avorté. C’était elle ; c’était l’air monotone et plaintif qu’une pauvre ouvrière se chante à demi-voix elle-même, en travaillant des doigts, auprès de sa fenêtre, pour s’encourager à l’aiguille et au fil. Il y avait des notes qui pinçaient le cœur et d’autres qui ne disaient que des airs vagues et inarticulés. L’haloine s’arrêtait à la moitié de l’aspiration, mais l’aspiration était forte, juste, pénétrante. On était plus ému encore qu’étonné. C’était la poésie à l’état du premier instinct, la poésie populaire, telle qu’elle est partout où elle commence dans le peuple, même quand on ne lui prête pas encore la voix de l’art.

En 1856, Reine Garde fut couronnée par l’Académie française, ainsi que Mme Marguerite Audoux vient d’obtenir le prix de la Vie heureuse. J’ai souvent entendu dire dans ma famille, où Reine Garde resta fort longtemps, et à laquelle elle dédia beaucoup de ses poésies; que de grands écrivains, ses contemporains, la tenaient en. haute estime. Béranger la vit souvent, ainsi que Mignet ; qui lui envoya de la part de l’Académie française une lettre, que je possède,– pour annoncer à l’auteur de Marie-Rose que son •roruan venait d’être .cau£fiij.né. et d’obtenir ^en même temps un prix de mille francs. Désiré Nisard écrivit la préface de l’une de ses oeu- vres. Un prêtre de Nîmes avait réuni, il y" a deux ou trois ans, beaucoup de documents concernant la couturière-écrivain. La mort arrêta, ce travail,. qui eût permis aujourd’hui un parallèle particulièrement intéressant. Nil novi.


article du Figaro 26/04/1932 (Numéro 117) [modifier]

    • MARGUERITE AUDOUX
    • La fiancée

Il y a bien longtemps que l’admirable auteur de Marie-Claire n’avait pas publié. C’est que Marguerite Audoux n’a jamais rien écrit qu’au moment où elle avait quelque chose à dire.. Et quelles richesses, en effet, dans La Fiancée, le nouveau livre qu’elle nous donne après un silence de dix ans Amertume retenue, malice et tendresse, c’est la gamme étendue et sûre d’une sensibilité unique qu’on retrouve dans ces pages émouvantes et profondes.

« Marguerite Audoux, écrit Jacques Anselme, est une de nos romancières les plus assurées de survivre. La Fian- cée contient quelques-unes des plus belles pages de la littérature d’aujourd’hui. » g

Jeudi, vendredi et samedi, la Succursale de Luxe- de- :1a Samaritaine, 27, boulevard des- Ga^ pucines, ’vendra des ’^combinaisons-jupons en crêpe de Chine à 85 francs des chemises de nuit, en voile triple, à l’OO francs des pyjamas en shantung imprimé à 175 francs des désha- billés à 150 francs des blouses de linon brodé à 95 francs des blouses de crêpe de soie brodé à 175 francs des jupes de lainage, avec bre- telles, à 185 francs des ensembles tricot, robe et boléro « Robespierre » à 300 francs des pull-overs fantaisie à 75 et 100 francs des bé- rets garnis, toutes teintes, à 40 francs des écharpes soie « bayadère » à 65 francs, et des carrés, foulard à pois, à 55 francs.

article du Figaro 07/02/1937 (Numéro 38) [modifier]

Audoux ont été célébrées à Saint-Raphaël. Le ministre de l’Education nationale y était représenté par le préfet du Var. M, Jean Zay étudie la possibilité de donner le nom de Marguerite Audoux à l’école du village où est née l’auteur de « Marie. Claire ».

Les primaires - http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2020121/f272.image