Discussion Utilisateur:Zephyrus/Juillet 2008

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LA CIGALE ET LA FOURMI

La Cigale ayant chanté
Tout l’Été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine ;
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle.
Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’Oût, foi d’animal,
Intérêt et principal.
La Fourmi n’est pas prêteuse :
C’est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
Vous chantiez ? j’en suis fort aise.
Et bien, dansez maintenant.

LA CIGALE & LA FOURMY


L[ page ]a Cigale ayant chanté
    Tout l’Eſté,
Se trouva fort dépourvuë
Quand la biſe fut venuë.
Pas un ſeul petit morceau[ page ]
De mouche ou de vermiſſeau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmy ſa voiſine ;
La priant de luy preſter
Quelque grain pour ſubſiſter
Juſqu’à la ſaiſon nouvelle.
Je vous payray, luy dit-elle,
Avant l’Ouſt, foy d’animal,
Intereſt & principal.
La Fourmy n’eſt pas preſteuſe ;
C’eſt là ſon moindre défaut.
Que faiſiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuſe.
Nuit & jour à tout venant
Je chantois, ne vous déplaiſe.
Vous chantiez ? j’en ſuis fort aiſe.
Et bien, danſez maintenant.


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LE CORBEAU ET LE RENARD


Maître Corbeau sur un arbre perché
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard par l’odeur alléché
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois.
À ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie :
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.
Le Corbeau honteux et confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

LE CORBEAU & LE RENARD


Maiſtre Corbeau ſur un arbre perché,
    Tenoit en ſon bec un fromage.
Maiſtre Renard par l’odeur alleché
    Luy tint à peu prés ce langage :
    Et bon jour, Monſieur du Corbeau.[ 7 ]
Que vous eſtes joly ! que vous me ſemblez beau !
    Sans mentir, ſi voſtre ramage
    Se rapporte à voſtre plumage,
Vous eſtes le Phœnix des hoſtes de ces bois.
A ces mots le Corbeau ne ſe ſent pas de joye :
    Et pour monſtrer ſa belle voix,
Il ouvre un large bec, laiſſe tomber ſa proye.
Le Renard s’en ſaiſit, & dit : Mon bon Monſieur,
    Apprenez que tout flateur
    Vit aux dépens de celuy qui l’écoute.
Cette leçon vaut bien un fromage ſans doute.
    Le Corbeau honteux & confus
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendroit plus.


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LA GRENOUILLE QUI SE VEUT FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BŒUF


Une Grenouille vit un Bœuf,
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s’étend, et s’enfle et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur ;
Disant : Regardez bien, ma sœur,
Est-ce assez ? dites-moi ? n’y suis-je point encore ?
Nenni. M’y voici donc ? Point du tout. M’y voilà ?
Vous n’en approchez point. La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs ;
Tout petit Prince a des Ambassadeurs :
Tout Marquis veut avoir des Pages.

LA GRENOÜILLE QUI SE VEUT FAIRE AUSSI GROSSE QUE LE BŒUF.


Une Grenoüille vid un Bœuf,
    Qui luy ſembla de belle taille.
Elle qui n’eſtoit pas groſſe en tout comme un œuf,
Envieuſe s’étend, & s’enfle & ſe travaille,
  Pour égaler l’animal en groſſeur ;
    Diſant : Regardez bien, ma ſœur,
Eſt-ce aſſez ? dites-moy ? n’y ſuis-je point encore ?
Nenny. M’y voicy donc ? Point du tout. M’y voila ?
Vous n’en approchez point. La chetive pecore
    S’enfla ſi bien qu’elle creva.
Le monde eſt plein de gens qui ne ſont pas plus ſages :
Tout Bourgeois veut baſtir comme les grands Seigneurs ;
Tout petit Prince a des Ambaſſadeurs :
    Tout Marquis veut avoir des Pages.


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LES DEUX MULETS



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LE LOUP ET LE CHIEN



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LA BESACE



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L’HIRONDELLE ET LES PETITS OISEAUX



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LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS



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LE LOUP ET L’AGNEAU



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L’HOMME ET SON IMAGE



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LE DRAGON À PLUSIEURS TÊTES ET LE DRAGON À PLUSIEURS QUEUES



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LES VOLEURS ET L’ÂNE



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SIMONIDE PRÉSERVÉ PAR LES DIEUX



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LA MORT ET LE MALHEUREUX



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L’HOMME ENTRE DEUX ÂGES ET SES DEUX MAÎTRESSES



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LE RENARD ET LA CIGOGNE



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L’ENFANT ET LE MAÎTRE D’ÉCOLE



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LE COQ ET LA PERLE



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LES FRELONS ET LES MOUCHES À MIEL



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LE CHÊNE ET LE ROSEAU


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CONTRE CEUX QUI ONT LE GOÛT DIFFICILE



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CONSEIL TENU PAR LES RATS



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LE LOUP PLAIDANT CONTRE LE RENARD PAR-DEVANT LE SINGE



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LES DEUX TAUREAUX ET UNE GRENOUILLE



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LA CHAUVE-SOURIS ET LES DEUX BELETTES



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LA LICE ET SA COMPAGNE



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De lui prêter sa hutte, où la Lice s’enferme.
Au bout de quelque temps sa Compagne revient.
La Lice lui demande encore une quinzaine.
Ses petits ne marchaient, disait-elle, qu’à peine.
Pour faire court, elle l’obtient.
Ce second terme échu, l’autre lui redemande
Sa maison, sa chambre, son lit.
La Lice cette fois montre les dents, et dit :
Je suis prête à sortir avec toute ma bande,
Si vous pouvez nous mettre hors.
Ses enfants étaient déjà forts.


Ce qu’on donne aux méchants, toujours on le regrette.
Pour tirer d’eux ce qu’on leur prête,
Il faut que l’on en vienne aux coups ;
Il faut plaider, il faut combattre.
Laissez-leur prendre un pied chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.

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L’AIGLE ET L’ESCARBOT






L’Aigle donnait la chasse à Maître Jean Lapin,
Qui droit à son terrier s’enfuyait au plus vite.
Le trou de l’Escarbot se rencontre en chemin.
Je laisse à penser si ce gîte
Était sûr ; mais où mieux ? Jean Lapin s’y blottit.
L’Aigle fondant sur lui nonobstant cet asile,
L’Escarbot intercède et dit :
Princesse des Oiseaux, il vous est fort facile
D’enlever malgré moi ce pauvre malheureux :
Mais ne me faites pas cet affront, je vous prie :
Et puisque Jean Lapin vous demande la vie, [ 71 ]Page:La Fontaine 1 Fables.djvu/71 Page:La Fontaine 1 Fables.djvu/72

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LE LION ET LE MOUCHERON



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L’ÂNE CHARGÉ D’ÉPONGES,
ET L’ÂNE CHARGÉ DE SEL



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LE LION ET LE RAT



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LA COLOMBE ET LA FOURMI



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L’ASTROLOGUE QUI SE LAISSE
TOMBER DANS UN PUITS



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LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES



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LE COQ ET LE RENARD



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LE PAON SE PLAIGNANT À JUNON



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LA CHATTE MÉTAMORPHOSÉE EN FEMME



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LE LION ET L’ÂNE CHASSANT



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TESTAMENT EXPLIQUÉ PAR ÉSOPE



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LE MEUNIER, SON FILS ET L’ÂNE



[ 89 ]Page:La Fontaine 1 Fables.djvu/89 [ 90 ]Page:La Fontaine 1 Fables.djvu/90 [ 91 ]Page:La Fontaine 1 Fables.djvu/91 [ 92 ]
Quant à vous, suivez Mars, ou l'Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez, demeurez en Province ;
Prenez Femme, Abbaye, Emploi, Gouvernement ;
Les gens en parleront, n'en doutez nullement.



Je devais par la Royauté
Avoir commencé mon Ouvrage.
À la voir d'un certain côté
Messer Gaster [1]en est l'image.
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en Gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme :
Et pour qui ? Pour lui seul ; nous n'en profitons pas :
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chômons : c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent ;
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur :
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur :
Chaque membre en souffrit : les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent,
Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux

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LES MEMBRES ET L’ESTOMAC





Je devais par la Royauté
Avoir commencé mon Ouvrage.
À la voir d'un certain côté
Messer Gaster [2]en est l'image.
S'il a quelque besoin, tout le corps s'en ressent.
De travailler pour lui les membres se lassant,
Chacun d'eux résolut de vivre en Gentilhomme,
Sans rien faire, alléguant l'exemple de Gaster.
Il faudrait, disaient-ils, sans nous qu'il vécût d'air.
Nous suons, nous peinons, comme bêtes de somme :
Et pour qui ? Pour lui seul ; nous n'en profitons pas :
Notre soin n'aboutit qu'à fournir ses repas.
Chômons : c'est un métier qu'il veut nous faire apprendre.
Ainsi dit, ainsi fait. Les mains cessent de prendre,
Les bras d'agir, les jambes de marcher.
Tous dirent à Gaster qu'il en allât chercher.
Ce leur fut une erreur dont ils se repentirent ;
Bientôt les pauvres gens tombèrent en langueur :
Il ne se forma plus de nouveau sang au cœur :
Chaque membre en souffrit : les forces se perdirent.
Par ce moyen, les mutins virent,
Que celui qu'ils croyaient oisif et paresseux
À l'intérêt commun contribuait plus qu'eux.
Ceci peut s'appliquer à la grandeur Royale.
Elle reçoit et donne, et la chose est égale.
Tout travaille pour elle, et réciproquement
Tout tire d'elle l'aliment.
Elle fait subsister l'artisan de ses peines,
Enrichit le Marchand, gage le Magistrat,
Maintient le Laboureur, donne paie au soldat,
Distribue en cent lieux ses grâces souveraines,
Entretient seule tout l'Etat.
Ménénius le sut bien dire.
La Commune s'allait séparer du Sénat.
Les mécontents disaient qu'il avait tout l'Empire,
Le pouvoir, les trésors, l'honneur, la dignité ;
Au lieu que tout le mal était de leur côté,
Les tributs, les impôts, les fatigues de guerre.
Le peuple hors des murs était delà posté.
La plupart s'en allaient chercher une autre terre,
Quand Ménénius leur fit voir
Qu'ils étaient aux membres semblables ;
Et par cet Apologue insigne entre les Fables,
Les ramena dans leur devoir.

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LE LOUP DEVENU BERGER





Un Loup qui commençait d'avoir petite part
Aux Brebis de son voisinage,
Crut qu'il fallait s'aider de la peau du Renard,
Et faire un nouveau personnage.
Il s'habille en Berger, endosse un hoqueton,
Fait sa houlette d'un bâton ;
Sans oublier la Cornemuse.
Pour pousser jusqu'au bout la ruse,
Il aurait volontiers écrit sur son chapeau,
C'est moi qui suis Guillot Berger de ce troupeau.
Sa personne étant ainsi faite,
Et ses pieds de devant posés sur sa houlette,
Guillot le Sycophante [3] approche doucement.
Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette,
Dormait alors profondément.
Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette.
La plupart des Brebis dormaient pareillement.
L'hypocrite les laissa faire :
Et pour pouvoir mener vers son fort les brebis,
Il voulut ajouter la parole aux habits,
Chose qu'il croyait nécessaire.
Mais cela gâta son affaire.
Il ne put du Pasteur contrefaire la voix.
Le ton dont il parla fit retentir les bois,
Et découvrit tout le mystère.
Chacun se réveille à ce son,
Les Brebis, le Chien, le Garçon.
Le pauvre Loup, dans cet esclandre,
Empêché par son hoqueton,
Ne put ni fuir ni se défendre.


Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre.
Quiconque est Loup, agisse en Loup.
C'est le plus certain de beaucoup.

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LES GRENOUILLES QUI DEMANDENT UN ROI





Les Grenouilles, se lassant
De l'état Démocratique,
Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir Monarchique. [ page ]
Il leur tomba du Ciel un Roi tout pacifique :
Ce Roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
Que la gent marécageuse,
Gent fort sotte et fort peureuse,
S'alla cacher sous les eaux,
Dans les joncs, dans les roseaux,
Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau ;
Or c'était un soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première,
Qui de le voir s'aventurant
Osa bien quitter sa tanière.
Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
Il en vint une fourmilière ;
Et leur troupe à la fin se rendit familière
Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi.
Le bon Sire le souffre, et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue.
Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir ;
Et Grenouilles de se plaindre ;
Et Jupin de leur dire : Et quoi, votre désir
À ses Lois croit-il nous astreindre ?
Vous avez dû premièrement
Garder votre Gouvernement ;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fût débonnaire et doux :
De celui-ci contentez-vous,
De peur d'en rencontrer un pire.

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LE RENARD ET LE BOUC


[ 96 ]



Capitaine Renard allait de compagnie
Avec son ami Bouc des plus haut encornés.
Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez,
L'autre était passé maître en fait de tromperie.
La soif les obligea de descendre en un puits.
Là chacun d'eux se désaltère.
Après qu'abondamment tous deux en eurent pris,
Le Renard dit au Bouc : Que ferons-nous, compère ?
Ce n'est pas tout de boire ; il faut sortir d'ici.
Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi :
Mets-les contre le mur. Le long de ton échine
Je grimperai premièrement ;
Puis sur tes cornes m'élevant,
À l'aide de cette machine,
De ce lieu-ci je sortirai,
Après quoi je t'en tirerai.
Par ma barbe, dit l'autre, il est bon ; et je loue
Les gens bien sensés comme toi.
Je n'aurais jamais quant à moi
Trouvé ce secret, je l'avoue.
Le Renard sort du puits, laisse son compagnon,
Et vous lui fait un beau sermon
Pour l'exhorter à patience.
Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence
Autant de jugement que de barbe au menton,
Tu n'aurais pas à la légère
Descendu dans ce puits. Or adieu, j'en suis hors :

Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;
Car pour moi, j'ai certaine affaire,
Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin.
En toute chose il faut considérer la fin.

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L’IVROGNE ET SA FEMME






Chacun a son défaut où toujours il revient :
Honte ni peur n'y remédie.
Sur ce propos, d'un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n'appuie
De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus
Altérait sa santé, son esprit, et sa bourse.
Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course,
Qu'ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci plein du Jus de la treille,
Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille,
Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.
Là les vapeurs du vin nouveau
Cuvèrent à loisir. À son réveil il treuve
L'attirail de la mort à l'entour de son corps,
Un luminaire, un drap des morts.
Oh ! dit-il, qu'est ceci ? Ma femme est-elle veuve ?
Là-dessus, son Épouse, en habit d'Alecton,
Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,
Vient au prétendu mort ; approche de sa bière ;
Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer.
L'Époux alors ne doute en aucune manière
Qu'il ne soit citoyen d'enfer.
Quelle personne es-tu ? dit-il à ce fantôme.
La cellerière du Royaume
De Satan, reprit-elle ; et je porte à manger
À ceux qu'enclôt la tombe noire.
Le Mari repart sans songer :
Tu ne leur portes point à boire ?

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LA GOUTTE ET L’ARAIGNÉE




Quand l'Enfer eut produit la Goutte et l'Araignée,
Mes filles, leur dit-il, vous pouvez vous vanter
D'être pour l'humaine lignée
Également à redouter.
Or avisons aux lieux qu'il vous faut habiter.
Voyez-vous ces cases étrètes,
Et ces Palais si grands, si beaux, si bien dorés
Je me suis proposé d'en faire vos retraites.
Tenez donc ; voici deux bûchettes :
Accommodez-vous, ou tirez.
Il n'est rien, dit l'Aragne, aux cases qui me plaise.
L'autre, tout au rebours, voyant les Palais pleins
De ces gens nommés Médecins,
Ne crut pas y pouvoir demeurer à son aise.
Elle prend l'autre lot ; y plante le piquet ;
S'étend à son plaisir sur l'orteil d'un pauvre homme,
Disant, Je ne crois pas qu'en ce poste je chôme,
Ni que d'en déloger, et faire mon paquet
Jamais Hippocrate me somme.
L'Aragne cependant se campe en un lambris,
Comme si de ces lieux elle eût fait bail à vie ;
Travaille à demeurer : voilà sa toile ourdie ;
Voilà des moucherons de pris.
Une servante vient balayer tout l'ouvrage.
Autre toile tissée ; autre coup de balai.
Le pauvre Bestion tous les jours déménage.
Enfin, après un vain essai
Il va trouver la Goutte. Elle était en campagne,
Plus malheureuse mille fois
Que la plus malheureuse Aragne.
Son hôte la menait tantôt fendre du bois,
Tantôt fouir, houer. Goutte bien tracassée
Est, dit-on, à demi pansée.
Oh, je ne saurais plus, dit-elle, y résister.
Changeons, ma sœur l'Aragne. Et l'autre d'écouter.
Elle la prend au mot, se glisse en la cabane :
Point de coup de balai qui l'oblige à changer.
La Goutte d'autre part, va tout droit se loger
Chez un Prélat, qu'elle condamne
À Jamais du lit ne bouger.
Cataplasmes, Dieu sait. Les gens n'ont point de honte
De faire aller le mal toujours de pis en pis.
L'une et l'autre trouva de la sorte son compte ;
Et fit très sagement de changer de logis.

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LE LOUP ET LA CIGOGNE



Les Loups mangent gloutonnement.
Un Loup donc étant de frairie,
Se pressa, dit-on, tellement,
Qu'il en pensa perdre la vie.
Un os lui demeura bien avant au gosier.
De bonheur pour ce Loup qui ne pouvait crier,
Près de là passe une Cigogne.
Il lui fait signe, elle accourt.
Voilà l'Opératrice aussitôt en besogne.
Elle retira l'os ; puis pour un si bon tour
Elle demanda son salaire.
Votre salaire ? dit le Loup :
Vous riez, ma bonne commère.
Quoi, ce n'est pas encor beaucoup
D'avoir de mon gosier retiré votre cou ?
Allez, vous êtes une ingrate ;
Ne tombez jamais sous ma patte.

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