Dolor
Création ! figure en deuil ! Isis austère !
Peut-être l’homme est-il son trouble et son mystère ?
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- Peut-être qu’elle nous craint tous,
- Peut-être qu’elle nous craint tous,
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Et qu’à l’heure où, ployés sous notre loi mortelle,
Hagards et stupéfaits, nous tremblons devant elle,
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- Elle frissonne devant nous !
- Elle frissonne devant nous !
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Ne riez point. Souffrez gravement. Soyons dignes,
Corbeaux, hiboux, vautours, de redevenir cygnes !
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- Courbons-nous sous l’obscure loi.
- Courbons-nous sous l’obscure loi.
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Ne jetons pas le doute aux flots comme une sonde.
Marchons sans savoir où, parlons sans qu’on réponde,
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- Et pleurons sans savoir pourquoi.
- Et pleurons sans savoir pourquoi.
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Homme, n’exige pas qu’on rompe le silence ;
Dis-toi : Je suis puni. Baisse la tête et pense.
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- C’est assez de ce que tu vois.
- C’est assez de ce que tu vois.
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Une parole peut sortir du puits farouche ;
Ne la demande pas. Si l’abîme est la bouche,
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- Ô Dieu, qu’est-ce donc que la voix ?
- Ô Dieu, qu’est-ce donc que la voix ?
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Ne nous irritons pas. Il n’est pas bon de faire,
Vers la clarté qui luit au centre de la sphère,
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- À travers les cieux transparents,
- À travers les cieux transparents,
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Voler l’affront, les cris, le rire et la satire,
Et que le chandelier à sept branches attire
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- Tous ces noirs phalènes errants.
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Mais, grandis, rêve, souffre, aime, vis, vieillis, tombe.
L’explication sainte et calme est dans la tombe.
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- Ô vivants ! ne blasphémons point.
- Ô vivants ! ne blasphémons point.
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Qu’importe à l’Incréé, qui, soulevant ses voiles,
Nous offre le grand ciel, les mondes, les étoiles,
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- Qu’une ombre lui montre le poing ?
- Qu’une ombre lui montre le poing ?
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Nous figurons-nous donc qu’à l’heure où tout le prie,
Pendant qu’il crée et vit, pendant qu’il approprie
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- À chaque astre une humanité,
- À chaque astre une humanité,
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Nous pouvons de nos cris troubler sa plénitude,
Cracher notre néant jusqu’en sa solitude,
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- Et lui gâter l’éternité ?
- Et lui gâter l’éternité ?
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Être ! quand dans l’éther tu dessinas les formes,
Partout où tu traças les orbites énormes
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- Des univers qui n’étaient pas,
- Des univers qui n’étaient pas,
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Des soleils ont jailli, fleurs de flamme, et sans nombre,
Des trous qu’au firmament, en s’y posant dans l’ombre,
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- Fit la pointe de ton compas !
- Fit la pointe de ton compas !
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Qui sommes-nous ? La nuit, la mort, l’oubli, personne.
Il est. Cette splendeur suffit pour qu’on frissonne.
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- C’est lui l’amour, c’est lui le feu.
- C’est lui l’amour, c’est lui le feu.
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Quand les fleurs en avril éclatent pêle-mêle,
C’est lui. C’est lui qui gonfle, ainsi qu’une mamelle,
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- La rondeur de l’océan bleu.
- La rondeur de l’océan bleu.
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Le penseur cherche l’homme et trouve de la cendre.
Il trouve l’orgueil froid, le mal, l’amour à vendre,
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- L’erreur, le sac d’or effronté,
- L’erreur, le sac d’or effronté,
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La haine et son couteau, l’envie et son suaire,
En mettant au hasard la main dans l’ossuaire
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- Que nous nommons humanité.
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Parce que nous souffrons, noirs et sans rien connaître,
Stupide, l’homme dit : — Je ne veux pas de l’Être !
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- Je souffre ; donc, l’Être n’est pas ! —
- Je souffre ; donc, l’Être n’est pas ! —
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Tu n’admires que toi, vil passant, dans ce monde !
Tu prends pour de l’argent, ô ver, ta bave immonde
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- Marquant la place où tu rampas !
- Marquant la place où tu rampas !
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Notre nuit veut rayer ce jour qui nous éclaire ;
Nous crispons sur ce nom nos doigts pleins de colère ;
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- Rage d’enfant qui coûte cher !
- Rage d’enfant qui coûte cher !
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Et nous nous figurons, race imbécile et dure,
Que nous avons un peu de Dieu dans notre ordure
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- Entre notre ongle et notre chair !
- Entre notre ongle et notre chair !
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Nier l’Être ! à quoi bon ? L’ironie âpre et noire
Peut-elle se pencher sur le gouffre et le boire,
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- Comme elle boit son propre fiel ?
- Comme elle boit son propre fiel ?
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Quand notre orgueil le tait, notre douleur le nomme.
Le sarcasme peut-il, en crevant l’œil à l’homme,
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- Crever les étoiles au ciel ?
- Crever les étoiles au ciel ?
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Ah ! quand nous le frappons, c’est pour nous qu’est la plaie.
Pensons, croyons. Voit-on l’océan qui bégaie,
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- Mordre avec rage son bâillon ?
- Mordre avec rage son bâillon ?
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Adorons-le dans l’astre, et la fleur, et la femme.
Ô vivants, la pensée est la pourpre de l’âme ;
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- Le blasphème en est le haillon.
- Le blasphème en est le haillon.
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Ne raillons pas. Nos cœurs sont les pavés du temple.
Il nous regarde, lui que l’infini contemple.
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- Insensé qui nie et qui mord !
- Insensé qui nie et qui mord !
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Dans un rire imprudent, ne faisons pas, fils d’Ève,
Apparaître nos dents devant son œil qui rêve,
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- Comme elles seront dans la mort.
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La femme nue ayant les hanches découvertes,
Chair qui tente l’esprit, rit sous les feuilles vertes ;
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- N’allons pas rire à son côté.
- N’allons pas rire à son côté.
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Ne chantons pas : — Jouir est tout. Le ciel est vide. —
La nuit a peur, vous dis-je ! elle devient livide
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- En contemplant l’immensité.
- En contemplant l’immensité.
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Ô douleur ! clef des cieux ! L’ironie est fumée.
L’expiation rouvre une porte fermée ;
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- Les souffrances sont des faveurs.
- Les souffrances sont des faveurs.
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Regardons, au-dessus des multitudes folles,
Monter vers les gibets et vers les auréoles
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- Les grands sacrifiés rêveurs.
- Les grands sacrifiés rêveurs.
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Monter, c’est s’immoler. Toute cime est sévère.
L’Olympe lentement se transforme en Calvaire ;
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- Partout le martyre est écrit ;
- Partout le martyre est écrit ;
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Une immense croix gît dans notre nuit profonde ;
Et nous voyons saigner aux quatre coins du monde
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- Les quatre clous de Jésus-Christ.
- Les quatre clous de Jésus-Christ.
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Ah ! vivants, vous doutez ! ah ! vous riez, squelettes !
Lorsque l’aube apparaît, ceinte de bandelettes
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- D’or, d’émeraude et de carmin,
- D’or, d’émeraude et de carmin,
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Vous huez, vous prenez, larves que le jour dore,
Pour la jeter au front céleste de l’aurore,
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- De la cendre dans votre main.
- De la cendre dans votre main.
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Vous criez : — Tout est mal. L’aigle vaut le reptile ;
Tout ce que nous voyons n’est qu’une ombre inutile.
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- La vie au néant nous vomit.
- La vie au néant nous vomit.
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Rien avant, rien après. Le sage doute et raille. —
Et, pendant ce temps-là, le brin d’herbe tressaille,
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- L’aube pleure, et le vent gémit.
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Chaque fois qu’ici-bas l’homme, en proie aux désastres,
Rit, blasphème, et secoue, en regardant les astres,
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- Le sarcasme, ce vil lambeau,
- Le sarcasme, ce vil lambeau,
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Les morts se dressent froids au fond du caveau sombre,
Et de leur doigt de spectre écrivent — Dieu — dans l’ombre,
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- Sous la pierre de leur tombeau.
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- Marine-Terrace, 31 mars 1854.