Double Rêve
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Librairie de « l’Art indépendant », 1895 (pp. 151-152).
DOUBLE RÈVE
J’ai cru q’on m’enfermait au couvent : c’est un rève !
Je suis morte, il est mort aussi : je bénis Dieu !
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- Là-bas, sur sa tombe une ombre se lève :
- Viens, mon bien-aimé, viens me dire adieu.
- Là-bas, sur sa tombe une ombre se lève :
— J’ai cru q’on m’enchaînait dans la tour, sur la pière,
Seul, loin d’èle et du jour ; mais non, ce cachot noir,
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- C’était mon tombeau dans le cimetière.
- Qe Dieu soit béni, je vais la revoir !
- C’était mon tombeau dans le cimetière.
— C’est toi ! Je savais bien qe tu m’aurais suivie,
Tu me l’avais promis. Cète félicité
-
- Q’on nous refusait pendant notre vie,
- La mort nous la rend pour l’éternité.
- Q’on nous refusait pendant notre vie,
— Je rèvais de prison, et toi de monastère :
Un baiser ! oublions et mon rève et le tien.
-
- Dieu, qui sépara nos cœurs sur la tère,
- Les unit au ciel : je le savais bien !
- Dieu, qui sépara nos cœurs sur la tère,
— Écoute ! un son de cloche a retenti : c’est l’eure
Du dernier jugement pour tous les trépassés ;
-
- Faut-il nous qiter sitôt ? — Non, demeure :
- Q’importe le ciel ? restons embrassés ! —
- Faut-il nous qiter sitôt ? — Non, demeure :
La cloche du matin sonne pour la prière ;
A travers les bàrreaus glisse un rayon du jour,
-
- Tous deus à la fois ouvrent leur paupière,
- Èle en sa cèlule, et lui dans la tour.
- Tous deus à la fois ouvrent leur paupière,