Essai de psychologie/Chapitre 19

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Chapitre 19

réflexion sur le langage des bêtes.

les bêtes n’ont point proprement de langage, si l’on entend par la faculté de parler, celle de lier ses idées à des signes d’institution. Les sons et les mouvemens par lesquels les bêtes manifestent leurs sentimens, leurs besoins, leurs plaisirs, leurs douleurs, sont des expressions naturelles de ces sentimens, de ces besoins, de ces plaisirs, de ces douleurs ; et ces expressions sont invariables dans chaque espece. La connoissance de ces expressions fait la plus belle partie de l’histoire naturelle des animaux ; elle est aussi celle qui exerce le plus la logique et la sagacité de l’observateur. Les phrases que le perroquet étudie et qu’il répete si bien ne prouvent pas plus qu’il parle, que la prononciation des mots d’une langue ne prouve que celui qui les prononce entend cette langue. Parler n’est point simplement rendre des sons articulés ; c’est encore lier ces sons aux idées qu’ils représentent. Les bêtes ne sauroient former ces liaisons. Telles sont les bornes éternelles que le créateur a prescrites dans sa sagesse aux progrès de leur intelligence. Si ces bornes ne subsistoient point, l’homme, ce roi des animaux, chanceleroit sur son trône.

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