Il ne manque pas dans les pays civilisés de l’Europe d’établissements d’éducation, pas plus que de zèle bien intentionné des maîtres à être sur ce point au service de tout le monde, et cependant il est bien aujourd’hui clairement démontré qu’ils sont gâtés en gros dans un premier découpage, que parce que tout y travaille contre la nature, par là le bien ne sera pas apporté tant s’en faut par l’homme, ce dont la nature a donné la disposition, et que, parce que nous, créatures animales, sommes faites hommes seulement par la culture, nous verrions sous peu des hommes très différents autour de nous si cette méthode d’éducation venait à être d’usage de façon générale, qui est tirée de la nature elle-même et n’a pas été imitée servilement de la vieille habitude d’avant et de l’époque inexpérimentée. Mais c’est en vain que l’on attendrait le salut du genre humain d’une progressive amélioration des écoles. Il faut que les écoles soient entièrement reconstituées, si l’on veut espérer en voir sortir quelque chose de bon : c’est en effet qu’elles sont défectueuses dans leur organisation première et que les maîtres eux-mêmes ont besoin de recevoir une nouvelle culture. Ce n’est pas une lente réforme, mais seulement une rapide révolution qui peut opérer ce changement. Pour cela il ne faut rien de plus qu’une seule école qui serait selon une authentique méthode réorganisée de fond en comble, remaniée par des hommes éclairés avec un zèle non pas intéressé mais noble, et observée et jugée pendant son progrès vers la perfection par l’œil attentif des connaisseurs de tous les pays, mais aussi serait soutenue et entretenue par la contribution réunie de tous les amis de l’homme jusqu’à l’atteinte de son achèvement.
Une telle école n’est pas seulement pour ceux qu’elle élève mais ce qui est infiniment plus important, à travers eux, elle leur donne l’occasion de former peu à peu des enseignants en grand nombre chez elle d’après la véritable méthode d’éducation, une graine qui peut produire par des soins consciencieux une quantité d’enseignants bien instruits en peu de temps, qui vont bientôt couvrir un pays tout entier avec de bonnes écoles.
Les efforts des êtres communs de tous les pays devraient désormais d’abord porter la-dessus : faire une telle école mère de tous lieux et fins, pour contribuer bientôt au complet achèvement pour lequel elle contient déjà en soi même les sources. Car on doit vouloir imiter son installation et sa construction tout de suite dans les autres pays et elle doit devenir le premier exemple abouti et l’école-plante de l’éducation, cependant retenir son progrès vers l’accomplissement à cause de ses défauts et obstacles, c’est comme dire de semer la semence avant la maturité, pour récolter plus tard de la mauvaise herbe.
Une telle institution d’éducation n’est plus seulement maintenant une belle idée, mais se montre avec la visible preuve de sa faisabilité, qui depuis longtemps aura été souhaitée, en preuve effective et visible. Certainement, avoir une vue d’ensemble par le regard commun sur le phénomène de notre temps pour chaque spectateur s’informant et participant au bien de l’humanité doit être beaucoup plus important que le brillant néant sur le théâtre toujours variable du vaste monde, où le meilleur de la génération humaine, alors qu’il n’a pas reculé, n’a pas été conduit en avant d’un cheveu.
L’appel public et surtout les voix réunies de connaisseurs consciencieux et prenant connaissance de pays différents ont déjà fait connaître aux lecteurs de ce journal l'institut d’éducation de Dessau (Philanthropin) comme le seul qui porte cette marque d’excellence, dont ce n’est pas la moindre qu’il doit débarrasser par lui-même son installation des défauts accrochés naturellement aux commencements. Les attaques se manifestant contre ici ou là et de temps à autres les pamphlets (dont un auquel, à savoir celui de Mangelsdorf, il a été répondu récemment par M. Basedow avec la dignité caractéristique de l’honnêteté) sont des gestes si habituels de la manie de trouver à redire à tout et des vieilles traditions se maintenant sur leur fumier, qu’une paisible indifférence à l’égard de ce genre d’hommes, qui à tout ce qui s’annonce comme bon et noble, lancent à tout moment de hargneux regards, devrait au contraire éveiller plusieurs soupçons, un bien se révoltant contre leur médiocrité.
L’occasion est maintenant offerte de prêter assistance à cet institut (qui séparément est petit, mais peut devenir important en quantité) auquel l’humanité et aussi la participation de chaque citoyen du monde se consacrent. Voudrait-on fatiguer sa puissance d’invention pour découvrir une occasion par laquelle pourrait avoir de l’avancement par une petite contribution le bien le plus grand possible, le plus durable et général, alors ce devrait tout de même être celle-ci, comme la semence du bien même, afin qu’elle puisse avec le temps être propagée et perpétuée, cultivée et nourrie.
Suivant ces conceptions et les bons avis que nous nous faisons du nombre de personnes pensant du bien de notre République, nous nous référons au 21ème numéro de ce Gelehrten und politischen Zeitung et son supplément et prévoyons de nombreux paiements anticipés : de tous les messieurs des bureaux religieux et scolaires, de parents surtout, pour qui ce qui sert à une meilleure éducation de leurs enfants peut ne pas être sans intérêt, et voire de ceux qui, s’ils n’ont pas déjà d’enfants, enfants ont reçu une éducation et justement pour cela reconnaissent l’obligation, sinon de contribuer à la multiplication, du moins de contribuer à la formation des hommes.
Pour cette gazette de l’Institut d’éducation de Dessau sortant sous le titre Entretiens pédagogiques est maintenant accepté le paiement anticipé de 2 reichthalers 10 groschen de notre argent. Mais comme à cause du compte de feuille encore indéterminé à la fin de l’année quelque versement complémentaire pourrait être demandé, alors il serait peut-être mieux (mais cela est laissé libre à la guise de chacun) de consacrer à l’avancement de ce travail un ducat de paiement anticipé, dont à chaque personne qui le réclamerait, l’excédent doit ensuite être justement payé en retour. Car l’Institut pensé nourrit l’espoir qu’il y ait beaucoup de personnes ayant des pensées nobles dans tous les pays, qui vont de bonne volonté sauter sur une telle occasion, pour ajouter pour ce motif encore un petit cadeau bénévole en plus de la part de souscription, comme une contribution au soutien de son accomplissement proche grâce à l’assistance espérée de cet institut qui n’est pas aidé en ces temps. Car comme les gouvernements de notre époque, suivant la remarque de Büsching (Wöchentl. Nachr. J. 1776. Stück 16), semblent n’avoir pas d’argent pour l’amélioration des écoles, il faut bien que les particuliers aisés s’y intéressent et contribuent par des dons généreux à cette œuvre si importante pour le bien public : sinon elle ne se fera pas.
La souscription de la localité est ici déposée chez le Professeur Kant dans la matinée de 10 heures jusqu’à l’après-midi vers 1 heure et dans la librairie Kanter en tous temps contre récépissé.