XXII. FASTRASIE
Aprenez à mengier joute,
Vous qui ne goustés de pois.
Aprenez à mengier joute,
Qu’en son cul ne vous engloute
5 La marrastre des .iij. rois,
Qui a l’entrepete route
Pour une culaine goute
Qui la tient ou trou brenois,
Si n’i puet aidier tremois
10 Ne nulle riens c’on i boute
Qu’adés ne soille li prois ;
1. Fol. 162 à 169. En tête du poème, on lit en rubrique : Ci commencent li fastras de quoi Rainmondin et Watriquet desputerent le jour de pasques devant le roy Phelippe de France. — Cette pièce ne se trouve, à ma connaissance, que dans notre manuscrit et dans la copie de Gerard. Elle a été imprimée par M. Jubinal à la suite de ses Lettres à M. de Salvandy, etc. (p. 201) ; je ne sais si cette impression s’est faite d’après la copie de La Haye ou d’après le ms. de la Bibl. Imp. qui m’a servi ; le fait est que, sauf des négligences et des erreurs de lecture, le texte de M. Jubinal et le mien correspondent jusque dans les plus petits détails.
296 FASTRASIE.
Vous en sucherez la goute,
Vous qui ne goustez de pois.
Doucement me reconforte
Celle qui mon cuer a pris.
Doucement me reconforte
Une chate à moitié morte
Qui chante touz les jeudis
Une alleluye si forte
20 Que li clichés de nos porte
Dist que siens est li lendis ;
S’en fu uns leus si hardis
Qu’il ala maugré sa sorte
Tuer Dieu en paradis
25 Et dist : — « Compains, je t’aporte
Celle qui mon cuer a pris.
Je me veul d’amour retraire
Puis qu’elle m’i fait languir.
Je me veul d’amour retraire,
30 Dist uns estrons mors à traire,
Et dire voir pour mentir,
Et si vestirai la haire
Desormais, et pour pis faire
Me veul en bien convertir,
35 Et quant j’orrai retentir
Le mortier et les aus faire,
G’irai mes boiaus sentir,
Car tel note me doit plaire,
Puis qu’ele m’i fait languir.
A bonne amour sui donnée
Mon vivant pour miex valoir.
FASTRASIE 997
A bonne amour sui donnée,
Quant une chievre damnée
M’a dit que je doi avoir
45 A fame une cheminée,
Qui ne hume que pevrée,
Pour .i. ours si concevoir
C’on ne s’en puist percevoir ;
Mais s’elle est despucelée
50 Et je le puisse savoir,
J’aillerai une popée
Mon vivant pour miex valoir.
Sans confort ne vivrai mie
De la douche longuement.
55 Sans confort-ne vivrai mie
Se vous ne baisiez demie,
Sire, de mon fondement ;
Et se li trous en lermie,
Vous mascherez croste et mie
60 De ce breneus oingnement
D’entour, si sarez comment
On destrempe tel boillie ;
Puis humés tout chaudement,
Si porrez avoir copie
65 De la douce longuement.
A mis, puis que vous paras,
Toute ma joie est faillie
Amis, puis que vous partés,
Parai .ij. eus esquatés
55 Après ce vers revient, par erreur, dans mon ms., comme dans le texte qui a servi à Jubinal, le second vers du thème.
298 FASTRASIE.
70 Qui devendront formaigie
Pour chanter à .ij. autés,
Tant que vous serez autés
C’uns estrons mors qui rougie ;
Car une truie soingie
75 Dist hier à .iiij. pastés
Seigneur, j’ai .i. cul qui chie,
Mais s’à vo nés n’i tastés,
Toute ma joie est faillie.
Puis qu’il m’estuet de ma dame partir,
Or roi je bien, je pert soulas et joie.
Puis qu’il m’estuet de ma dame partir,
J’espouserai saint Pierre le martir,
Pour engendrer .i. mahomme de croie,
Qui me fera le tonnoire engloutir,
85 Et puis m’irai en paradis quatir
Deci à tant que d’amer m’i recroie ;
Mais se g’i truis angle qui en Dieu croie,
Je m’i voudrai de chanter aatir
Si haut que toua diront que je songoie ;
80 Quant le douz mal de mort ne puis sentir,
Or voi je bien, je part soulas et joie.
Hé ! gracieuse au cors gent,
Quant ares de moi merci ?
Hé ! gracieuse au cors gent,
95 Uns leus à queue d’argent
A si le ventre entoumi
Qu’il n’a c’un oil et .i. dent,
70 formaige. — 76 Jub. : quierchie.— 97 Jub. : unc dent (contraire la grammaire et à la mesure).
FASTRASIE 299
Et quant il vient entre gent,
Tantost a Dieu endormi
100 Et fait pour l’amour de mi
.I. si fort molin à vent
Desouz le pié d’un fourmi
Que li clichés dist : Hersent,
Quant arés de moi merci ?
Quant biautez, dame, à vous m’amaine
J’ai joie ramenée ici.
Quant biautez, dame, à vous m’amaine,
Dist la gueule d’un saint à laine,
J’espouserai, ochi, ochi,
110 Pour miex mendier tain et avairic
Et puis s’irai saigner à vainc
L’ombre de la tour de Couchi,
Mais so li vins de Clamcchi
Ne m’aprent la triquedondaine,
115 Je frai au conte de Rouchi
Chanter ou cul d’une seraine :
J’ai joie ramenée chi.
Douz viaire, mon cuer avez
A touz jours mais parfaitement.
120 Douz viaire, mon cuer avez,
Pour ce que vous ne vous lavez
Nulle fois sans .i. oingnement,
De quoi je sui touz debavez,
Mais se les rues n’en pavez
125 D’aval Paris, certainement
Pais prendrez à mon fondement.
108 Texte de Jub. alaine.
300 FASTRASIE.
Se le bien baisier n’en savez,
Vous li dirés d’amendement :
« Par vostre oudeur conquis m’avez
130 A tout jours mais parfaitement. »
Ami loial vous ai trouvé,
S’est drois qu’oc vous me rende prise.
Ami loial vous ai trouvé,
Dame, car A. bues m’a couvé
135 Tant que je sui li vens de bise,
C’on a pris pour larron prouvé,
Pour ce que j’ai voie escouvé
Luxure hors de sainte eglyse,
Que nus n’ainme au monde ne prise,
140 S’en a si son cors esprouvé
Que toute en a arsse et esprisc
L’amer qui mon tuer m’a rouvé,
S’est drois qu’à vous me rende prise.
Amis, se vous ne voulez boire,
Je vous prie que vous humés.
Amis, se vous ne voulez boire,
Dist la paireure d’une istoire,
Il couvient que vous devinés
Se nia dame a talent de poire,
150 Et puis remascherés la poire
Dont je fui hcrsoir desjunés,
Tant c’uns mors chiens et trenés
Fera en lui saint Jehan croire,
Et dirai : Se vous ne junés,
155 Sire, vesci mon cul qui foire,
Je vous prie que vous humés.
152 Jub. : attraïnés.
301 L’ASTRASIE.
Ma joie en douleur se mue
Quant, pour humblement prier,
Merci ne puis recouvrer.
160 Ma joie en douleur se mue,
Ce dist une vesse mue,
Quant ne me puis dclivrer
De chevauchier à sambue,
Pour ce c’uns estrons qui bue
165 A fait vo gorge enyvrer ;
Mais g’irai tant abuvrer
Une vielz pelle cornue,
Qu’elle ira dimenche ouvrer
Et crier aval no rue :
170 Merci ne puis recouvrer.
Maugré felons mesdisans
Maintendrai le bien amer.
Malgré felons mesdisans,
Serai je si voir disans
175 Que je m’en ferai blasmer
A .ij. fours demi cuisans,
Qui devindrent clerc lisans
Pour une truie affamer,
Et puis noièrent en mer
180 Le songe des .vij. dormans ;
Pour ce que ne volt chanter
Avec les petis enfans,
Maintendrai le bien amer.
En chantant me reconforte,
Quant j’ai perdu mon ami.
En chantant me reconforte
502 FASTRASIE.
Une oe qui fu si forte
Qu’elle abati saint Remi
En luitant à jambe torte,
190 Mais uns limaçons l’emporte
As chans de Befabemi,
Et puis dist à Elami :
Va chacier dehors no porte
Le songe Pierre Remi ,
195 Et li di qu’envie est morte
Quant j’ai perdu mon ami.
Plaisant regart de ma dame
Me fait amer de cuer vrai.
Plaisant regart de ma dame
M’a fait de Remi tel game
Que la perte i recouvrai
D’un escot à pié d’eschame,
Qui mist à feu et à flame
Le temps qu’avec lui ouvrai ;
205 Mais ce c’ou bec li lairai
Les braies au cors saint Jame
Et que saint Pierre en jurai,
Ainz qu’il elist cors ne ame,
Me fait amer de cuer vrai.
Ma dame, que faim d’amour fine,
Car me regardez de cuer fin.
Ma dame, que j’aim d’amour fine,
Dist uns singes à la daufine,
J’ai une teste d’esclefin,
215 Qui m’a dit que paradis fine
205 Jub. ce coubec li tairai (!).
FASTRASIE 501
Et que li firmamens s’acline
A faire pape du dauffin ;
Mais se la taie d’un auffin
Pour mon escot ne paie et fine,
220 Je li dirai, se j’ai pris fin :
Orde vielle, puans rufine,
Car me regardez de cuer fin.
S’ensi est que ne vous voie.
Ma Ires douce dame gente.
225 S’ensi est que ne vous voie,
Ce dist uns singes qui noie
A une fueille de mente,
Je serai cuens de Savoie,
Car une vache de Troie
230 M’a donné le dons de rente
En l’ombre d’une piésente,
Mais se c’est fausse monnoie,
G’irai dire à une lente
Ostés vo cul qu’il ne poie,
235 Ma tres douce dame gente.
Je sui souvent pour ma dame en esmai
Quant je ne puis en Zi merci trouver.
Je sui souvent pour ma dame en esmai
Quant uns oisons d’avril couvé en mai
240 Me fist hersoir en paradis voler,
Pour engendrer le cors saint Nicholai,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
231 La copie de Jub. a également dons ; ne faut-il peut-être pas lire dous ? — 232 Jub. d’une presente. — 241 Avant ou après ce vers, il en manque un, rimant en ai. Jubinal ne s’est pas aperçu de la lacune, qu’offrait également son ms,
504 FASTRAS1E.
Qui ne volt onques à Dieu merci rouver,
Mais uns escouflles li dist, sanz mot sonner :
245 Biaus douz compains, onques fort vin n’amai,
Je te ferai d’un estront desjuner,
Que je chiai ens ou bois de Mormai,
Quant je ne puis en li merci trouver.
A fine amour devendrai fins amis,
Pour estre miex amie d’amie fine.
A fine amour devendrai fins amis,
Car une truie vestue de samis
Me fist hersoir engendrer me mairine,
Qui m’a apris à buier les tamis,
255 Et uns hairons, qui est en fiertre mie,
Devint tantost mestre de medecine.
Tu as menti, dist uns harens d’espine,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et je m’en vois preschier en la Champine
260 Et confesser les pourciaus endormis
Pour estre miex amé d’amie fine.
Madame, vostre veüe,
M’a devons amer espris.
Ma dame, vostre veüe,
265 Ce dist une besagüe,
Trouva hier en ses escris
C’une singesse cornue
Est abesse devenue
De Saint Antoine à Paris,
270 Mais Diex en geta .i. ris,
258 L’ordonnance des rimes m’indique ici une lacune d’un vers en mis ; également dans le texte de Jubinal.
FASTRASIE 305
Car toute joie ot perdue
Pour ce c’uns eus de pertris
Me dist c’uns estrons de grue
M’a de bien amer espris.
La grant biauté, dame, de vostre face
M’esprent de vous servir et bien amer.
La grant biauté, dame, de vostre face
A pris .i. chat qui .iiij. leus enchace,
Et si m’a fait .i. tel brouet humer
280 Que g’engendrai Guillaume Fierebrace,
Qui m’envoia chanter de geste em place,
Tant que j’apris les porciaus à tumber ;
Mais quant je vi la taie Saint Omer,
Qui chevauchoit le picot d’une eschace,
285 Je l’envoiai en enfer sermonner
Pour convertir .i. fol qui de sa mace
Merci me fait doucement esperer.
Dame, de grant biauté parfaite,
Je vous aime parfaitement.
290 Dame, de grant biauté parfaite,
Dist une truie contrefaite,
Vous baiserez mon fondement
S’ensi est que nus vous renverse,
Car une vielz maison desfaite
295 M’en a raporté jugement ;
Pour ce c’uns ombres de jument
De combatre à .i. koc s’afaite
Pour armer, dist seürement
287 Contrairement à toutes les autres strophes, ce dernier vers ne répète pas le second vers du motif. — 293 Jub. a laissé le dernier mot en blanc ; la rime démontre que notre leçon est aussi inexacte.
DITS DE WATRIQUET. 20
306 FASTRASIE.
Une vesse en vo gorge faite :
300 Je vous aime parfaitement.
Amis, ne te desconforte,
Mais aies ton cuer en joie.
Amis, ne te desconforte,
J’arai une chievre morte
305 Pour .i. sor harene qui noie,
Qui veillera à ta porte
C’uns limachons ne t’enporte ;
Et s’ensi est que je poie,
Tu diras .i. chien de croie,
310 S’il te mort, qu’il me deperte,
Et s’aucuns pendre t’envoie,
N’en pleure jà lerme forte,
Mais aies ton cuer en joie.
J’aim par amers, c’onques Diex ne sa mere
Ne touz si sains n’i puissent avoir part.
J’aim par amours, c’onques Diex ne sa mere
Ne porent faire une oe si amere
Que je n’i ai engendré .i. poupart
Qui me menra la queue d’une arée,
320 Car j’apris hier l’afaire et le mistere
De boire toute l’yaue qui se depart,
Mais quant je vi le songe d’un liepart,
Qui . . . . . . . . le fuisiau sa commere,
Je dis : Compains, mes cuers de vous se part,
325 Se vous ne faites si que brués vo père
No touz si sains n’i puissent avoir part.
315 Jub. li saint. — 317 Jub. une vé. — 319 arée donne une mauvaise rime ; arere ? = araire, charrue. — 323 et 331 La lacune est l’effet d’un grattoir ; elle est aussi dans le texte de Jubinal. —325 Jubinal fait de ce verbe brués un nom propre en imprimant Brués.
FASTRASIE 507
Presidentes in tronis seculi
Sunt hodie dolus et rapina.
Presidentes in thronis seculi,
330 Ce dist uns eus armez de cuir boilli,
Ln cop de . . . si grant medecine a
C’une charrette jusqu’à Més en sailli,
Qui engendra le seigneur de Seulli,
La Maselaine dont uns cos se disna,
335 Mais uns harens touz s’en desgratina,
Quant il fu mors, pour ce c’on li toli
La pater nostre qui li adevina
Qu’avec les angles, in gloria celi,
Sunt hodie dolus et rapina.
Tant est amours vertus noble et poissans
Qu’elle a sour touz seignorie et poissance.
Tant est amours vertus noble et poissans,
Dist uns sirons plus gros que li croissans,
Qu’elle me fait couler parmi la pance
345 La haute mer et les poissons noans,
Et s’afaitast une paire de gans
Prince de Gale et royne de France,
Mais g’en ferai Dieu peser en balance ;
S’il ne me fait à lui estre semblans,
350 Plaindre m’irai à .i. coutiau sanz mance,
Pour ce c’une oe est si outrecuidans
Qu’elle a seur touz seignorie et poissance.
Ma dame, se j’ai pestri,
Vous arés de mon bis pain.
331 Jub. en ço d’e... — 335 Jub. ce omis. — 346 Jub. s’afailoist. — 353 Jub. pestris.
308 FASTRAS1E.
355 Ma dame, se j’ai pertris,
J’arai deus oes de pertris,
Qui sercnt fil de nonnain,
Et s’aront piet de brebis,
Pour ce que .ij. moines bis
360 Furent hersoir pris à l’ain,
Maugré le cors Saint Gilain
Qui pria à. .ij. rubis :
Venés moi tendre la main,
As Innocens à Paris,
365 Vous arés de mon bis pain.
Amis, amis de cuer d’amie,
Aurez comme loiaus amis.
Amis, amez de cuer
Je vous lirai d’astronomie,
370 Ce dist uns ours à .ij. tamis,
Qui avoient l’ost estourmie,
Et s’aprendrai tant d’escremie
Que la despoille d’un fourmis
Deseonfira nos anemis,
375 Et se je voi oe et demie,
Je li dirai : Cuers endormis,
L’ombre d’une truie endormie
Amés con fins loiaus amis.
Amours, pour quoi m’avez prise
Et que vous ai ge mesfait ?
Amours, pour quoi m’avez prise,
Ce dist une oe de Frise,
Je n’ai vaillant e’un souhait,
366 Jnb. Amés. amés. — 373 Jub. depoille.
FASTRAS1E. 509
Et s’alai hier à l’eglyse,
385 Toute nue sans chemise,
Espouser .i. vel de lait,
Pour ce c’uns oingnons qui brait
Se combatoit à la bise,
Et li dist : Sire, entresait,
390 S’uns estrons les dens vous brise,
Et que vous ai ge mesfait ?
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