Faust - Walpurgisnachtstraum

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Nuit de Sabbat Faust I - Goethe Jour sombre, un champ


WALPURGISNACHTSTRAUM (Songe d'une nuit de Sabbat)

ou

NOCES D'OR D'OBÉRON ET DE TITANIA


INTERMEDE


DIRECTEUR DU THÉATRE

Aujourd'hui nous nous reposons, Fils de Mieding, de notre peine :

Vieille montagne et frais vallons formeront le lieu de la scène.


HÉRAUT

Les noces d'or communément se font après cinquante années ; Mais les brouilles sont terminées, Et l'or me plaît infiniment.


OBERON

Messieurs, en cette circonstance, Montrez votre esprit comme moi ; Aujourd'hui, la reine et le roi Contractent nouvelle alliance.


PUCK

Puck arrive assez gauchement En tournant son pied en spirales ; Puis cent autres par intervalles autour de lui dansent gaîment.


ARIEL

Pour les airs divins qu'il module, Ariel veut gonfler sa voix ;

Son chant est souvent ridicule, Mais rencontre assez bien parfois.


OBÉRON

Notre union vraiment est rare, Qu'on prenne exemple sur nous deux !

Quand bien longtemps on les sépare, Les époux s'aiment beaucoup mieux.


TITANIA

Epoux sont unis, Dieu sait comme :

Voulez-vous les mettre d'accord ?...

Au fond du midi menez l'homme, Menez la femme au fond du nord.


ORCHESTRE (tutti, fortissimo) Nez de mouches et becs d'oiseaux, Suivant mille métamorphoses, Grenouilles, grillons et crapauds, Ce sont bien là nos virtuoses.


SOLO

De la cornemuse écoutez, Messieurs, la musique divine :

On entend bien, ou l'on devine, Le schnickschnack qui vous sort du nez.


ESPRIT (qui vient lie se former)A l'embryon qui vient de naître Ailes et pattes on joindra ; C'est moins qu'un insecte peut-être. . .

Mais c'est au moins un opéra.


UN PETIT COUPLE

Dans les brouillards et la rosée Tu t'élances... à petits pas ; Ta démarche sage et posée Nous plaît, mais ne s'élève pas.


UN VOYAGEUR CURIEUX

Une mascarade, sans doute, En ce jour abuse mes yeux ;

Trouverai-je bien sur ma route Obéron, beau parmis les dieux?


ORTHODOXE Ni griffes ni queue, ah ! c'est drôle. Ils me sont cependant suspects :

Ces diables-là, sur ma parole, Ressemblent fort aux dieux des Grecs.


ARTISTE DU NORD

Ebauches, esquisses, ou folie, Voilà mon travail jusqu'ici ; Pourtant je me prépare aussi Pour mon voyage d'Italie.



PURISTE

Ah ! plaignez mon malheur, passants, Mes espérances sont trompées :

Des sorcières qu'on voit céans, Il n'en est que deux de poudrées.


JEUNE SORCIERE

Poudre et robes, c'est ce qu'il faut aux vieilles qui craignent la vue ; Pour moi, sur mon bouc je suis nue, Car mon corps n'a point de défaut.


MATRONE

Ah ! vous serez bientôt des nôtres, Ma chère, je le parierais; Votre corps, si jeune et si frais, Se pourrira, comme tant d'autres.


MAITRE DE CHAPELLE

Nez de mouches et becs d'oiseaux, Ne me cachez pas la nature; Grenouilles, grillons et crapauds, Tenez-vous au moins en mesure.


GIROUETTE (tournée d'un côté)

Bonne compagnie en ces lieux :

Hommes, femmes, sont tous, je pense,

Gens de la plus belle espérance; Que peut-on désirer de mieux?

GIROUETTE (tournée d'un autre côté)

Si la terre n'ouvre bientôt un abîme à cette canaille, Dans l'enfer, où je veux qu'elle aille, Je me précipite aussitôt.


XÉNIES

Vrais insectes de circonstance, De bons ciseaux l'on nous arma, Pour faire honneur à la puissance De Satan, notre grand-papa.


HENNINGS

Ces coquins, que tout homme abhorre, Naïvement chantent en chœur; Auront-ils bien le front encore De nous parler de leur bon cœur?


MUSAGETE

Des sorcières la sombre masse Pour mon esprit a mille appas; Je saurais mieux guider leurs pas que ceux des vierges du Pamasse.


CI DEVANT GÉNIE DU TEMPS

Les braves gens entrent partout:

Le Blocksberg est un vrai Pamasse...

Prends ma perruque par un bout, Tout le monde ici trouve place.




VOYAGEUR CURIEUX

Dites-moi, cet homme si grand,

Après qui donc court-il si vite ?

Dans tous les coins il va flairant...

Il chasse sans doute au jésuite.


GRUE

Quant à moi, je chasse aux poissons

En eau trouble comme en eau claire :

Mais les gens dévots, d'ordinaire,

Sont mêlés avec les démons.


MONDAIN

Les dévots trouvent dans la foi

Toujours un puissant véhicule,

Et sur le Blocksberg, croyez-moi,

Se tient plus d'un conventicule.


DANSEUR

Déjà viennent des chœurs nouveaux :

Quel bruit fait frémir la nature ?

Paix ! du héron dans les roseaux

C'est le monotone murmure.


DOGMATIQUE

Moi, sans crainte je le soutiens,

La critique au doute s'oppose,

Car si le diable est quelque chose,

Comment donc ne serait-il rien ?


IDÉALISTE

La fantaisie, hors de sa route,

Conduit l'esprit je ne sais où,

Aussi, si je suis tout, sans doute

Aujourd'hui je ne suis qu'un fou.


RÉALISTE

Sondant les profondeurs de l'être,

Mon esprit s'est mis à l'envers ;

A présent, je puis reconnaître

Que je marche un peu de travers.



SUPERNATURALISTE

Quelle fête! quelle bombance!

Ah ! vraiment je m'en réjouis,

Puisque, d'après l'enfer, 

je pense Pouvoir juger du paradis.


SCEPTIQUE

Follets, illusion aimable,

Séduisent beaucoup ces gens-ci ;

Le doute paraît plaire au diable,

Je vais donc me fixer ici. .


MAITRE DE CHAPELLE

En mesure, maudites bêtes!

Nez de mouches et becs d'oiseaux

Grenouilles, grillons et crapauds,

Ah ! quels dilettantes vous êtes !


LES SOUPLES

Qui peut avoir plus de vertus

Qu'un sans-souci ?... rien ne l'arrête ;

Quand les pieds ne le portent plus,

Il marche très bien sur la tête.


LES EMBARRASSÉS

Autrefois nous vivions gaîment,

Aux bons repas toujours fidèles :

Mais ayant usé nos semelles

Nous courons nu-pieds à présent.


FOLLETS

Nous sommes enfants de la boue,

Cependant plaçons-nous devant ;

Car, puisqu'ici chacun nous loue,

Il faut prendre un maintien galant.


ÉTOILE (tombée)

Tombée et gisante sur l'herbe,

Du sort je subis les décrets ;

A ma gloire, à mon rang superbe,

Qui peut me rendre désormais ?


LES MASSIFS

Place ! place ! au poids formidable,

Qui sur le sol tombe d'aplomb :

Ce sont des esprits !... lourds en diable,

Car ils ont des membres de plomb.


PUCK

Gros éléphants, ou pour bien dire,

Esprits, marchez moins lourdement:

Le plus massif en ce moment,

C'est Puck, dont la face fait rire.

ARIEL Si la nature, ou si l'esprit,

Vous pourvut d'ailes azurées,

Suivez mon vol dans ces contrées,

Où la rose pour moi fleurit.


L'ORCHESTRE (pianissimo)

Les brouillards, appuis du mensonge,

S'éclaircissent sur ces coteaux :

Le vent frémit dans les roseaux...

Et tout a fui comme un vain songe.