Hippolyte (Garnier)

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Hippolyte
Tragédie



Acte premier

EGEE.
Je sors de l'Acheron , d'où les ombres des morts
Ne ressortent jamais couvertes de leurs corps:
Je sors des champs ombreux , que le flambeau du monde
Ne visite jamais courant sa course ronde :
Ains une espoisse horreur, un solitaire effroy, (5)
Un air puant de souphre, un furieux aboy
Du portier des Enfers, Cerbere à triple teste,
Maint fantôme volant, mainte effroyable beste.
Mais l'horrible sejour de cet antre odieux,
De cet antre privé de la clairté des cieux, (10)
M'est cent et cent fois plus agreable, et encore
Cent et cent autres fois, que toy , que je deplore,
Ville Cecropienne , et vous mes belles tours,
D'où me precipitant je terminay mes jours .
Vostre Pallas devoit, belliqueuse Deesse, (15)
Destourner ce mechef de vous, sa forteresse:
Et, alme, vous garder d'encombreux accidens,
Puis qu'elle a bien daigné se retirer dedans:
Et de plus en plus faicte à vostre bien proclive ,
Vous orner de son nom, et de sa belle olive . (20)
Mais quoy? c'est le destin , c'est ce mechant destin,
Que mesme Jupiter, tant il luy est mutin,
Ne sçauroit maistriser: Jupiter qui d'un foudre
Qu'il lance de sa main, peut tout broyer en poudre .
Tandis que j'ay vescu, je t'ay veu, ma Cité, (25)
Tousjours porter au col une captivité:
Non telle que lon voit en une ville prise,
Qu'un Roy victorieux humainement maistrise.
Mais en ta servitude, ô Athenes, le sort
Menaçoit tes enfans d'une cruelle mort: (30)
Qui mis sous le hasard d'une ordonnance inique,
Entroyent l'an, deux fois sept au logis Dedalique ,

Pour servir de pasture aux devorantes dens

Du monstre Mi-taureau qu'on nourrissoit dedans.
Et toymesme Thesee, et toy ma geniture, (35)
Pour qui moy desja mort, la mort encor j'endure,
Ravy d'entre mes bras, le destin envieux
Te choisit pour viande à ce monstre odieux:
Ce monstre pour lequel ce poil gris qui s'allonge
Espars dessus mes yeux, se dresse quand j'y songe: (40)
Et ces genoux privez de chair et de chaleur,
Comme genoux d'un mort, chancellent de douleur.
Aussi fut-ce cause, il t'en souvient, Thesee,
D'accourcir de mes ans la mortelle fusee :
Bien que le vueil des Dieux, propice à ton dessain, (45)
Te sauvast du gosier de ce monstre humain,
Qui glouton de l'appas que ta main cauteleuse
Jetta par pelottons dans sa gorge monstrueuse,
S'abbatit au sommeil, te permettant plonger
Au travers de son cœur ton poignard estranger. (50)
Ainsi tu te sauvas de sa felonne rage,
Puis suivant sagement l'advertissement sage
De ta bonne Ariadne, à la suitte d'un fil
Tu sors du labyrinthe au bastiment subtil.
» Mais ainsi qu'il advient que l'humaine nature (55)
» Insatiable d'heur convoite outre mesure,
» Et jamais ne s'arreste à mediocrité:
Non bien contant d'avoir ton malheur evité,
Tu brigandes Minos, et corsaire luy pilles
Avecques ses thresors ses deux plus cheres filles.
De là tout le malheur, de là tout le mechef, (60)
Qui ja ja prest de cheoir penche dessur ton chef ,
Prend source, mon Thesee, et de là la mort blesme
D'ailes noires vola jusques à mon cœur mesme :
Ne voulant les grands Dieux courroucez contre toy,
Te donner le plaisir d'essuyer mon esmoy :
Ains voulurent (que c'est des vengences celestes !)
Que tes heureuses naufs m'apparussent funestes,
Et que leurs voiles noirs, qui flotoient oubliez,
Me fissent eslancer dans les flots repliez, (70)
(Miserable tombeau de ma vieillesse agee!)
Et changeassent leur nom au nom de moy Egee.
» Les Dieux aiment justice, et poursuivent à mort
» L'homme mechant, qui fait à un autre homme tort .
» Ils tiennent le parti du foible qu'on oppresse, (75)
» Et font cheoir l'oppresseur en leur main vengeresse.
Thesee, helas Thesee, aujourd'hui le Soleil
Ne sçauroit voir malheur à ton malheur pareil :
L'enfer, bien que hideux et gesne de nous ombres,
N'ha pas en son enclos tant de mortels encombres, (80)
Que je t'en voy, pauvre homme! hé, qu'il te falloit bien
Entreprendre d'aller au lict Plutonien,
Pour ravir nostre Royne ! hé, qu'à la mauvaise heure
Tu entrepris forcer nostre palle demeure!
Ce fut pour Pirithois, à qui les noires Sœurs (85)
Font ja porter la peine ourdie aux ravisseurs.
Que si le bon secours du genereux Alcide
Ne t'eust ores tiré du creux Acherontide,
Tu eusses ton supplice aussi bien comme luy,
Pour avoir entrepris sur la couche d'autruy . (90)
Mais non non, je voy bien à fin que tu endures
Pour ton mal perpetré de plus aspres tortures,
Pluton gros de vengence, et de colere gros,
Te permet de revoir avecque ce heros
Ta fatale maison: maison, où les Furies (95)
Ont jusqu'à ton trespas fondé leurs seigneuries.
Tu y verras l'inceste, et le meurtre, et tousjours
Ton desastre croistra, comme croistront tes jours .
Tu occiras, meurtrier, ta propre geniture,
Puis l'adultere mort de ta femme parjure (100)
Doublera tes ennuis, qui lentement mordans
Te rongeront le cœur et le foye au dedans.
En fin quand ta langueur bien longuement trainee
D'une tardive mort se verra terminee,
Et que fuyant le ciel et les celestes Dieux, (105)
Tu penseras fuir ton tourment ennuyeux,
(Tourment qui te joindra plus estroit qu'un lierre
Ne joint estroittement les murailles qu'il serre)
Le severe Minos, et le cruel Pluton,
Tous deux tes outragez, hucheront Alecton, (110)
Megere, Tisiphone, execrables bourrelles,
Pour ribler , forcener, ravager en tes moüelles,
T'élancer leurs serpens en cent plis renoüez,
T'ardre de leurs flambeaux, et de leurs rouges foüets
Te battre dos et ventre, aussi dru que la gresle (115)
Craquetant, bondissant, decoupe un espi gresle .
Ja desja je te voy porter l'affliction
De quelque Promethee, ou de quelque Ixion,
D'un Tantale alteré, d'un remangé Titye ,
D'un Typhon , d'un Sisyphe, et si l'horreur noircie (120)
De Pluton garde encore un plus aspre tourment,
L'on t'en ira gesner perpetuellement .
Or je te plain sur tout, ma chere nourriture,
Et de mes ans vieillars la plus soigneuse cure,
Hippolyte, que j'aime autant que la vertu (125)
Luist aimable en celuy qui s'en monstre vestu.
Las! je te voy meurtry par cette Minoïde
(Si quelque bon Démon aujourd'huy ne te guide ),
Par cette Phedre icy, dont mon fils ravisseur,
Pour nostre commun mal accompagna sa sœur. (130)
Que pleust aux Immortels, qu'un tempesteux orage
Dés le port Gnossien en eust faict le naufrage!
Et que la mer mutine, enveloppant sa nef,
Eust abysmé dedans son impudique chef!
Tu vivrois, Hippolyte, et la mort violente (135)
N'éteindroit aujourd'huy ta jeunesse innocente.
» Mais quoy? le sort est tel. L'inexorable Sort
» Ne se peut esbranler d'aucun humain effort.
» Quand il est arresté, mon enfant, que lon meure,
» On n'y peut reculer d'une minute d'heure. 140
Prens en gré ta fortune: et fay que ton trespas
La gloire de ton sang ne deshonore pas.

HIPPOLYTE .

Ja l'Aurore se leve, et Phebus qui la suit,
Vermeil, fait recacher les flambeaux de la nuict.
Ja ses beaux limonniers commencent à respandre 145
Le jour aux animaux, qui ne font que l'attendre.
Ja les monts sourcilleux commencent à jaunir
Sous le char de ce Dieu qu'ils regardent venir.
O beau Soleil luisant, belle et claire planette,
Qui pousses tes rayons dedans la nuict brunette: (150)
O grand Dieu perruquier, qui lumineux esteins
Me decharmant les yeux, l'horreur des songes vains,
Qui ores travailloyent durant cette nuict sombre
Mon esprit combatu d'un larmoyable encombre,
Je te saluë, ô Pere, et resalüe encor, (155)
Toy, ton char, tes chevaux, et tes beaux rayons d'or.
Il me sembloit dormant, que j'erroy solitaire
Au creux d'une forest, mon esbat ordinaire:
Descendu dans un val, que mille arbres autour,
Le ceinturant espois, privent nostre jour. (160)
Il y faisoit obscur, mais non pas du tout comme
En une pleine nuict, qu'accompagne le somme:
Mais comme il fait au soir, apres que le soleil
A retiré de nous son visage vermeil,
Et qu'il relaisse encore une lueur qui semble (165)
Estre ny jour ny nuict, mais tous les deux ensemble.
Dedans ce val ombreux estoit à droicte main
Un antre plein de mousse, et de lambruche plein,
Où quatre de mes chiens entrerent d'avanture,
Quatre Molossiens de guerriere nature. (170)
A grand peine ils estoyent à la gueule du creux,
Qu'il se vient presenter un grand Lion affreux,
Le plus fort et massif, le plus espouventable
Qui jamais hebergeast au Taure inhospitable.
Ses yeux estoient de feu, qui flamboyent tout ainsi (175)
Que deux larges tisons dans un air obscurci.
Son col gros et charnu, sa poitrine nerveuse,
S'enfloyent herissonnez d'une hure crineuse:
Sa gueule estoit horrible, et horribles ses dents
Qui comme gros piquets apparoissoyent dedans. (180)
:Mes chiens, bien que hardis si tost ne l'aviserent,
Que saisis de frayeur, dehors ils s'élancerent:
Accoururent vers moy tremblant et pantelant,
Criant d'une voix foible, et comme s'adeulant.
Si tost que je les voy si esperdus, je tâche (185)
De les rencourager: mais leur courage lâche
Ne se rasseure point, et tant plus que je veux
Les en faire approcher, ils reculent peureux.
Comme un grand chef guerrier, qui voit ses gens en fuitte,
Et plusieurs gros scadrons d'ennemis à leur suitte, (190)
A beau les enhorter, les prier, supplier
De retourner visage, et de se rallier:
A beau faire promesse, a beau donner menace,
C'est en vain ce qu'il fait: ils ont perdu l'audace,
Ils sont sourds et muets, et n'ont plus autre soing (195)
Que de haster le pas et de s'enfuir bien loing.
J'empoigne mon espieu, dont le fer qui flamboye
Devant mon estomach, me decouvre la voye:
Je descens jusqu'au bord, où soudain j'apperçoy
Ce grand Lion patu qui décoche sur moy, (200)
Degorgeant un tel cry de sa gueule beante,
Que toute la forest en resonne tremblante,
Qu'Hymette en retentist, et que les rocs, qui sont
Au bord Thriasien, en sourcillent le front .
Ferme je me roidis, adossé d'une souche (205)
Avancé d'une jambe, et à deux bras je couche
Droit à luy mon espieu, prest de luy traverser
La gorge ou l'estomach, s'il se cuide avancer.
Mais las, peu me servit cette brave asseurance!
Car luy sans faire cas du fer que je luy lance, (210)
Non plus que d'un festu que j'eusse eu dans la main,
Me l'arrache de force, et le rompt tout soudain:
Me renverse sous luy, me trainace et me boule ,
Aussi facilement qu'il eust faict d'une boule.
Ja ses griffes fondoyent dans mon estomach nu, (215)
L'escartelant sous luy comme un poulet menu
Qu'un Milan a ravy sous l'ælle de sa mere,
Et le va deschirant de sa griffe meurtriere:
Quand vaincu de tourment je jette un cry si haut
Que j'en laisse mon songe, et m'éveille en sursaut, (220)
Si froid et si tremblant, si glacé par la face,
Par les bras, par le corps, que je n'estoy de glace.
Je fu long temps ainsi dans mon lict estendu,
Regardant çà et là comme un homme esperdu,
Que l'esprit, la memoire, et le sens abandonne, (225)
Qui ne sçait ce qu'il est, ne connoist plus personne,
Immobile, insensible, elourdé , qui n'ha plus
De pensement en luy qui ne soit tout confus.
Mais las! ce n'est encor tout ce qui m'espouvante,
Tout ce qui me chagrine, et mon ame tourmente, (230)
Ce n'est pas cela seul qui me fait tellement
Craindre je ne sçay quoy de triste evenement!
J'ay le cœur trop hardy pour estre faict la proye
D'un songe deceveur , cela seul ne m'effroye.
» Le songe ne doit pas estre cause d'ennuy, (235)
» Tant foible est son pouvoir quand il n'y a que luy.
» Ce n'est qu'un vain semblant, qu'un fantôme, une image
» Qui nous trompe en dormant, et non pas un presage.
Depuis quatre ou cinq nuicts le Hibou n'a jamais
Cessé de lamenter au haut de ce palais , (240 )
Et mes chiens aussi tost qu'ils sont en leurs estables,
Comme loups par les bois hurlent espouvantables:
Les tours de ce chasteau noircissent de corbeaux
Jour et nuict aperchez, sepulcraliers oiseaux,
Et n'en veulent partir, ores qu'on les dechasse, (245)
Si ce n'est quand je sors pour aller à la chasse.
Car alors tous ensemble ils décampent des tours,
Et croassant sur moy m'accompagnent tousjours,
Bavolant çà et là, comme une espesse nuë
Qui vogue parmy l'air, du Soleil soustenuë. (250)
J'ay faict ce que j'ay peu, à fin de destourner
Ce malheur menaçant, qui me vient estonner.
Quelles sortes de vœux, quelles sainctes manieres
D'appaiser les hauts Dieux, en leur faisant prieres,
N'ay-je encore esprouvé? à qui des Immortels (255)
N'ay-je d'un sacrifice échauffé les autels?
Et brief que n'ay-je fait pour aller à l'encontre
Des injures du ciel et de mon malencontre?
» Mais quoy? rien ne se change, on a beau faire vœux,
» On a beau immoler des centeines de bœufs, (260)
» C'est en vain, c'est en vain: tout cela n'a puissance
» De faire revoquer la celeste ordonnance.
Hier sacrifiant à toy pere Jupin ,
Une blanche brebis, pour t'avoir plus benin:
Bien que mortellement elle fust entamee (265)
Et qu'ardist autour d'elle une flambe allumee,
Bien qu'elle eust pieds et teste ensemblément liez,
Je la vis par trois fois dessur les quatre pieds:
Puis secouant son sang de mainte et mainte goutte,
M'en arrosa la face et l'ensanglanta toute. (270)
Et encore, ô prodige! apres qu'on veit le feu
S'estre gloutonnement de son beau sang repeu,
Le prestre, contemplant le dedans de l'hostie,
N'y trouva point de foye en aucune partie.
O Dieux, ô Dieux du ciel qui avez soing de nous, (275)
Et qui ne bruslez point d'un rigoureux courroux
Contre le genre humain: Dieux qui n'estes severes
Que pour nostre forfait, soyez moy salutaires!
Conservez moy bons Dieux! et toy que j'ay tousjours
En mes adversitez imploree à secours, (280)
Amorty ces frayeurs qui me glacent les veines,
O Delienne, et fay qu'elles demeurent vaines!
Recule tout desastre et accident mauvais
Loing de moy, ma Deesse, et loing de ce Palais !

CHŒUR DE CHASSEURS.

Deesse fille de Latone, (285)
De Dele le bon-heur jumeau,
Qui t'accompagneras d'un troupeau ,
Que la Chasteté n'abandonne:
Si les monts herissez de bois,
Si le sein touffu d'une taille , (290)
Si les rocs à la dure escaille
Te vont agreant quelque fois,
Quand du front passant tes pucelles,
L'arc et la trousse sur le dos,
La trompe creuse à tes aisselles, (295)
Tu vas chassant d'un pied dispos.
O montagneuse, ô bocagere,
Aime-fonteines, porte-rets,
Guide nos pas en tes forests
Apres quelque biche legere. (300)
Que si favoriser te chaut
Nostre chasseresse entreprise,
Nous t'appendrons de nostre prise
La despouille en un chesne haut:
Et de fleurs les temples couvertes (305)
Sous l'arbre trois fois entouré,
Les mains pleines de branches vertes
Chanterons ton nom adoré.
Heureuse nostre dure vie ,
Que la faim avare de l'or , (310)
La haine, ny l'amour encor
N'ont à leurs poisons asservie:
Mais qui faits compagnons des Dieux,
Nous exerce à faire une queste,
Ores d'un cerf branchu de teste, (315)
Ores d'un sanglier furieux,
Que tout expres produit Nature,
Pour servir d'ebat innocent,
Au creux d'une forest obscure,
A nous, qui les allons chassant. (320)
Quel plaisir de voir par les landes,
Quand les mois tremblent refroidis,
Les cerfs faire leur viandis,
Faute de gaignages, aux brandes ?
Et recelez au plus profond (325)
Des bois, chercher entre les hardes
De diverses bestes fuyardes
L'abry du vent qui les morfond?
Puis si tost que l'an renouvelle,
A repos dedans leurs buissons, (330)
Refaire une teste nouvelle,
Qui endurcist jusque aux moissons?
Adonc l'Amour, qui époinçonne
Toute creature à s'aimer,
Les fait du rut si fort bramer, (335)
Que le bois d'autour en resonne.
Vous les verrez de grand courroux
Gratter de quatre pieds la terre,
Et d'une forcenante guerre
Se briser la teste de coups. (340)
La biche regarde, peureuse,
Incertaine lequel sera,
Que la victoire imperieuse
Pour son mary luy baillera.
Lancez par les picqueurs, ils rusent, (345)
Ores changeant, ores croisant,
Ore à l'escart se forpaisant
D'entre les meutes qu'ils abusent:
Ore ils cherchent de fort en fort
Les autres bestes qui les doutent, (350)
Et de force en leur lieu les boutent,
Pour se garantir de la mort.
Là se tapissant contre terre,
Les pieds, le nez, le ventre bas,
Mocquent les chiens qui vont grand erre , (355)
Dependant vainement leurs pas.
Tandis nous voyons d'avanture
Vermeiller dedans un pastis
Ou faire aux fraischeurs ses boutis
Un sanglier à l'horrible hure, (360)
Qu'une autre fois, armez d'espieux,
Et de chiens compagnons fidelles,
Malgré ses defenses cruelles,
Nous combattons audacieux.
Quelquefois d'une course viste (365)
Nous chassons les liévres soudains,
Qui plus cauts meslent à leur fuite
La ruse, pour frauder nos mains.
Quand le soir ferme la barriere
Aux chevaux establez du jour, (370)
Et que toy Diane, à ton tour
Commences ta longue carriere:
Comme les forests, ton soucy,
Tu vas quittant à la Nuict brune,
Pour reluire au ciel, belle Lune, (375)
Lassez nous les quittons aussi:
Nous retournons chargez de proye
En nostre paisible maison,
Où soupant d'une allegre joye ,
Devorons nostre venaison. (380)

Acte deuxième

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