Histoire de Jonvelle - Première époque

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Préface Histoire de Jonvelle Moyen Age





Première époque - Temps Gallo-Romains


Sommaire

[modifier] Dénominations, Importance des lieux principaux

[modifier] Jonvelle

Le premier titre qui mentionne Jonvelle est de l’an 1124. Au delà de cette date, il est inutile d’invoquer les chartes, les légendes ou les chroniques : tout est, muet pour l’histoire ; tout a disparu dans les invasions des barbares qui, pendant plus de six cents ans, n’ont cessé de promener le fer et la flamme dans nos contrées. Quelques vestiges de constructions et de routes romaines, quelques débris épars de monuments funèbres, des étymologies plus ou moins hasardées, des médailles que l’on retrouve à Jonvelle et dans les alentours, voilà tout ce qui nous reste pour retracer l’histoire de ces temps reculés.

Au moyen âge, Jonvelle est appelé Jovis Villa, Juncivilla, Jonvilla, Joinville, enfin Jonvelle à partir du commencement du quatorzième siècle. Gollut en conclut que Jonvelle vient de Junonis villa, ville de Junon[1]. M. Lonchamp adopte l’étymologie donnée par Bullet, gon, jon, roc, rivière[2] ; mais Perreciot y trouve le nom du premier maître de cette bourgade. « Je ne crois pas, dit-il, qu’on puisse regarder cette petite ville comme moderne. Elle avait anciennement deux églises paroissiales, qui furent unies en 1608. Quand on considère qu’aux treizième, quatorzième et quinzième siècles, il n’y avait dans la province, outre Jonvelle, que les villes de Besançon, Salins, Pontarlier, Baume et peu d’autres, qui eussent plusieurs paroisses, on est volontiers porté a croire que Jonvelle était anciennement une ville peuplée, et que diverses circonstances, qu’il serait facile d’exposer, ont amené sa décadence par degrés. Elle n’est pourtant pas de la haute antiquité ; elle parait s’être formée des débris de Corre. Cette ville voisine ayant été ruinée par les barbares, sous l’empire romain, la plupart de ses habitants se retirèrent à Jonvelle, Juncivilla, comme dans un lieu de meilleure défense, et donnèrent naissance à la ville, Juncus, à qui ce terrain appartenait, est un nom romain. »

Telle est l’opinion de ce savant sur l’étymologie de Jonvelle ; nous préférons celle de Jovis villa, que nous trouvons dans la chronique de Bèze (1134)[3]. A un kilomètre du village actuel est un lieu dit Jonvilotte ou jovilotte, déjà mentionné dans une charte de 1369[4]. Cet endroit, tourné au levant, est gracieusement incliné sur la rive droite de la Saône. Voisin des ruines du château de Bourbévelle, et dominé par celles d’un castellum, Jouvilotte était placé au centre des routes romaines de Corre à Chatillon, et de Jussey vers les Vosges. C’est là, sans doute, que fut établi le premier Jovis villa, emporté par le flot des barbares, en même temps que la cité de Colra. Plus tard les habitants de ces deux bourgades dévastées se sont fixés plus en amont, dans la double presqu’île formée par les sinuosités de la Saône, ou la nature leur présentait un point des plus faciles à retrancher. Quoi qu’il en soit, ce lieu fut habité de bonne heure par les gallo-romains, puisque l’on y retrouve le ciment et les tuileaux de cette époque[5]. D’ailleurs, il n’est pas étonnant qu’ils aient choisi cette position, soit comme un séjour d’agrément, soit comme une forteresse, pour commander le passage de la rivière, le barrer au besoin et en surveiller le péage. Au reste, quel qu’ait été ce lieu sous la domination du peuple-roi, après la ruine de Corre, toute l’illustration de cette dernière cité fut transférée à Jonvelle ; et c’est ce qui explique l’importance acquise par celle-ci au moyen âge, et conservée par elle jusqu’à la fin du dix-huitième siècle.


[modifier] Corre

A sept kilomètres en aval de Jonvelle, au confluent de la Saône et du Côney, est situé le village de Corre. Son paysage, vu des hauteurs de la route de Jussey, est des plus pittoresques. De là, le regard embrasse les deux rivières qui arrosent ses jardins, fertilisent ses prairies et favorisent son commerce. Son faubourg, disséminé dans une forêt de peupliers, et ses maisons groupées autour du clocher roman de sa vieille église, et à demi voilées par un rideau de verts sapins, ouvrent leurs avenues aux routes de Vesoul, Jussey, Bourbonne, Darnay et Luxeuil. Vis-à-vis s’étend le vallon du Coney, accidenté de coteaux, où se dessinent en profil Vougécourt et Demangevelle avec la dernière de ses quatre tours féodales. Au fond du tableau apparaît l’immense forêt de Passavant, dont les dômes imposants vont, du nord à l’est, se confondre avec les ballons de l’Alsace. A gauche, Bourbévelle, Jonvelle, Grignoncourt, Bousseraucourt, Ameuvelle et Moncourt s’échelonnent en amphithéâtre sur des collines enveloppées dans les contours gracieux de la Saône. Mais ce n’est pas seulement à cette charmante position que Corre est redevable de l’intérêt qu’il inspire. Les antiquités qu’on y trouve attestent l’établissement et le séjour de la nation puissante qui, après ses conquêtes, a laissé là, comme partout, les marques de sa grandeur.

Au moyen âge Corre est appelé Corra (1130, 1160, 1172, 1257), Chore (1195, 1198), Corria (1210, 1520), et, dans des temps plus reculés, Colra (1150), Coldrinicum[6]. Ces dernières dénominations ont fait penser à Perreciot[7] que Corre avait donné son nom au pagus Colerensis, et que cette ville, autrefois considérable, avait cessé, après sa ruine, d’être le chef-lieu de ce canton, pour léguer cet honneur à Port-Abucin. Voici comment ce savant expose les motifs de son opinion. Selon Frédégaire, Brunehaut, aïeule de Thierry, roi de Bourgogne, et Sichilde, épouse de Théodebert II, roi d’Austrasie, choisirent un endroit situé inter Colerensem et Suentensem pagum, pour traiter les différends qui divisaient les deux princes (608). Les érudits conviennent que l’un des Pays désignés dans Frédégaire était dans la Bourgogne, et l’autre dans l’Austrasie. Or, les chartes les plus anciennes ne signalent aucun pagus du nom de Colerensis, et la position de ce dernier a paru si incertaine, que les commentateurs se sont contentés de l’appeler pagus ignotus. Mais, les pays qui confinaient le Saintois appartenant tous à l’Austrasie, excepté le Portois, il résulte évidemment que c’est ce dernier qui se nommait Colerensis. La comparaison de plusieurs textes anciens semble confirmer cette opinion. Pérard cite un titre de 579, dans lequel on lit que Godin et Lautrude, son épouse, donnèrent à l’abbaye de Saint-Bénigne de Dijon leur domaine allodial d'Albiniacum, situé dans le canton Collatin, in pago Collatinensi[8]. Or cet Albiniacum, souvent enlevé, puis restitué à l’abbaye, et par conséquent souvent mentionne dans les chartes du moyen âge, n’est pas autre que Saint-Marcel-les-Jussey. Tous les titres postérieurs à la donation de Godin le placent dans le Portois, in pago Portuensi, autrefois nomme Colatunsis, dit la chronique de Saint-Bénigne[9]. Il y a sans doute une grande différence entre Collatinensis, Colatunsis et Colerensis. Mais ce dernier nom a pu être changé dans Frédégaire, par l’inadvertance des copistes ; et d’ailleurs chacun sait que, dans la première partie du moyen âge surtout, les noms des pagi ont varié à l’infini, principalement dans les syllabes finales. On en pourrait citer plusieurs exemples où le radical est à peine conservé.

M. Lonchamp, dans sa notice sur Vesoul[10], pense aussi que cette substitution eut lieu dès le sixième siècle ; mais il prétend, d’après Roger de Belloguet, que le pagus Collatinensis ou Decolatensis, n’était autre que le Vesolatensis, remplacé plus tard par le pagus Portuensis.

Ptolémée ne nomme que quatre villes de la Séquanie : Dittatiurn, Vesuntium, Equestris, Aventicurn, C’étaient les cités de premier ordre. Les itinéraires et les notices en indiquent plusieurs autres d’un rang inférieur. Depuis longtemps on est d’accord sur la position de ces villes, excepté pour Dittatium. Bergier le place à Dole ; le P. Joly avec le P. Dunod, à Verdun ; d’Anville, près de Passavant, dans un lieu qu’il ne nomme pas, mais qui n’est autre que Corre : le docteur Humblot et le baron de Walckenaer se rangent à cette opinion[11].

Quoi qu’il en soit de ces différents systèmes, l’état du sol sur lequel Corre est bâti ne permet pas de douter de sa haute antiquité. Les routes, les médailles, les débris de statues et d’architecture, les monuments funèbres que l’on met chaque jour à découvert, appartiennent, pour la plupart, à la première période de l’empire romain. La ruine de cette ville remonte à la fin du troisième siècle, époque des premières invasions germaniques. En effet, l’absence totale de symboles chrétiens, même sur les tombeaux, fait assez connaître que le flambeau de l’Évangile n’avait pas encore éclairé les habitants de Corre à l’arrivée des barbares. Si la foi chrétienne avait déjà été prêchée en Séquanie par nos saints Ferréol et Ferjeux, ses progrès ne s’étaient pas étendus bien loin au delà de Besançon, et le paganisme demeura la religion officielle jusqu’à la conversion de Constantin.

En second lieu, les médailles les plus nombreuses ne dépassent guère l’année 275. Il en est de même d’un groupe de 400 petits bronzes découverts à Melincourt il y a quelques années, et qui appartiennent au règne de Gallien (260). Les monnaies trouvées dans les environs de Corre, et surtout à Biémont, bourgade ruinée, près de Vitrey, s’arrêtent généralement à la même époque.

Ajoutons enfin que la position géographique de Corre destinait cette ville à périr des premières. Placée au centre des routes qui convergeaient des bords du Rhin et de la Moselle vers la cité des Lingons, par Mandeure, Luxeuil et Port-Abucin, elle fut nécessairement ensevelie sous le flot de la première invasion que la vengeance divine déchaîna sur les frontières occidentales de l’empire. Ainsi finit Colra : sa gloire et son opulence, ses temples et ses dieux, ses citoyens et ses palais, ses bains, ses aqueducs et même ses tombeaux, tout fut la proie des farouches dévastateurs.

[modifier] Bourbonne

Cette ville se reliait par une voie romaine avec Corre et Jonvelle ; son nom est mêlé à notre histoire, dans tous les événements principaux du moyen âge et, des siècles modernes. Ses riches antiquités doivent donc arrêter ici notre attention.

Bourbonne, que les anciens titres appellent Borbone, Borbona, Vervona, dérive de Borvo, qui en langue celtique signifie source thermale (verv, chaud ; oue, fontaine). Ce n’était point d’abord le nom de la ville, mais celui de son dieu protecteur ; car chaque ville et chaque tribu, chez les Gaulois, avait sa divinité tutélaire particulière. Ou plutôt Borvo était la source thermale divinisée, selon la coutume de ce peuple, qui divinisait de même les rivières, les montagnes, les rochers et les forêts. C’est ainsi que les eaux de Luxeuil sont devenues le dieu Lussovius, et le Breuchin, Brixia. Le nom primitif de Bourbonne paraît avoir été Indesina, que l’on trouve dans la carte de Peutinger, seul monument ancien qui mentionne cette ville. En effet, cet itinéraire fait partir de Noviomagus (Pompierre), une voie qui aboutit à un petit édifice entourant une cour, signe indicateur d’eaux thermales. Au-dessus on lit Indesina et le chiffre XVI, marquant la distance d’un lieu à l’autre.

Or, cet édifice ne peut désigner que Bourbonne. En effet, il est exactement figuré sur la carte comme ceux des autres localités qui possèdent aussi des eaux chaudes ; on y trouve indiquée la source de la Meuse sortant, pour ainsi dire, sous les murs de l’édifice, et de fait les eaux thermales de Bourbonne sont les seules rapprochées de la source de cette rivière. Il n’existe dans le voisinage aucune voie, aucun autre nom, auxquels on puisse rattacher l’établissement d’Indesina. Enfin, le chiffre XVI désigne parfaitement en lieues gauloises la distance de Noviomagus à Bourbonne. Il faut en conclure que le nom de Borvo n’a été ajouté a celui d’Indesina que pour signifier que cette ville possédait des eaux thermales. Plus tard, à la suite de circonstances qu’il serait difficile de déterminer, le nom principal fut abandonné et remplace simplement par celui de Boreo, d’où sont venus plusieurs dérivés. Ces sortes de substitutions ne sont pas rares, surtout aux époques de transformations sociales telles qu’en produisit la chute de l’empire romain. En effet, nous trouvons l’appellation Borvo seule employée dans une inscription récemment découverte à Port-sur-Saône, et faisant partie de la riche collection d’antiquités que M. Galaire exhume tous les jours du vieux sol de Portus Abucinus, avec un zèle si méritoire aux yeux de la science. Sous le fond circulaire d’un vase de verre blanc, on lit en relief cette épigraphe également circulaire : G. LEVPONI BORVONICI. Cette curieuse inscription nous apprend donc que, sous la domination romaine, G. Leuponus, de Bourbonne, exploitait une verrerie dans cette ville, ou peut-être sur les rives du Coney. A ce point de vue, ce fragile débris est un monument précieux pour l’histoire de Bourbonne et pour l’histoire générale de l’industrie française.

[modifier] Voies romaines, Voie Nautique

Les chemins publics furent un des grands objets de l’activité administrative du peuple-roi. Le savant ouvrage de M. Clerc fait connaître les voies romaines de notre province, leur mode de construction, les différents noms qui leur ont été donnés et les études antérieures qui en ont été faites[12]. Nous allons décrire plus amplement ceux dont on retrouve les traces sur le sol de Jonvelle et de son voisinage.

I. Route de Luxeuil à Langres par Corre, Jonvelle et Bourbonne. Cette route, en quittant Luxeuil, traverse le bois de la Manche[13], où elle laisse quelques vestiges vers la fontaine des Romains, descend au Champ-Fras, sur le territoire de Fontaine, Là, elle se divise en deux rameaux, dont l’un se dirige sur Plombières ; l’autre, traversant le village, laisse à droite Saint-Loup avec un embranchement sur Bains, et arrive sur le territoire d’Anjeux. Les nombreuses antiquités que l’on découvre ici, les lieux dits Chemin-Ferré, la Brossote[14], la Sarrasinière[15], enfin un autre tronçon de route qui s’étend vers Bains, tout semble indiquer que les Romains avaient à Anjeux un établissement important. De là, notre route se prolonge vers Girefontaine, Mailleroncourt, Vauvillers, Demangevelle, et arrive ainsi à Corre, où elle passait le Coney sur un pont dont on voyait encore les vestiges au siècle dernier. De Corre cette voie se dirige sur Bourbévelle, Jonvelle, Enfonvelle, Villars-Saint-Marcellin, Bourbonne et Langres.

II. Route de Besançon a Charmes-sur-Moselle, par Scey-sur-Saône et Corre. La route de Besançon à Langres par Seveux jetait à Oiselay un rameau vers le nord ; c’était la route des Vosges. Elle arrivait à Scey-sur-Saône, par Fretigney, Vy-le-Ferroux et Bucey, et à la sortie de ce bourg, dans le canton appelé Pérouse, elle suivait le tracé de la route actuelle, sur un parcours de deux kilomètres, laissait à gauche Neuvelle (nova villa), ou abondent les tuiles romaines, passait devant le retranchement de Chatey, sur le territoire de Combeaufontaine, et traversait les bois d’Arbecey et de Purgerot, au milieu des monuments celtiques de Creuseil. C’est près de là qu’elle coupait la grande ligne de Port à Langres. Après avoir côtoyé le plateau de Saint-Jean-d’Anrosey, cette voie laisse à droite le retranchement de Châtelard, traverse les territoires de Gesincourt et d’Aboncourt, et arrive à la Saône devant Baulay.

Un fait remarquable, c’est que tout le territoire d’Arbecey et des alentours est sillonné par des lignes pavées en hérisson, sur une largeur de quatre mètres, et désignées vulgairement sous les noms de Chemins ferrés, Chemins des Sarrasins, Chemins des Romains. Ces traces sont quelquefois apparentes, et plus souvent recouvertes d’une couche légère de l’épaisseur du labour. Dans toute la Séquanie, M. E. Clerc ne connaît pas de localité où les voies romaines se multiplient autant que sur ce point. Le Mémoire sur les antiquités de Port-Abucin et de Purgerot, présenté à l’Académie de Besançon en 1859, a donné la raison de cette convergence remarquable de tant de lignes à un même centre.

La route que nous décrivons n’a point été pavée sur tout son parcours. En quittant la Saône, elle pénètre dans les bois de Baulay et de Buffignécourt, appelés les Brosses, passe à 300 mètres de Contréglise[16], gagne les fermes de Grange-Rouge et de Villars et arrive à Corre. En sortant de ce village, près du cimetière gallo-romain, elle entre dans les Perrières, où elle sert de limites aux bois de Demangevelle et de Vougécourt, passe à la ferme de la Nava et à Passavant, dont elle traverse la forêt, aux pieds du mont Parron et du retranchement appelé le Haut-de-Langres, et prend sa direction sur Vioménil, Escles et Charmes, remarquables par leurs nombreuses antiquités.

III, Route de Morey à Jonvelle par Jussey. Cette voie peu connue prend naissance au camp de Morey, d’où elle descend à la Pérouse, traverse les bois de Cintrey, de Preigney et celui de Cherlieu, appelé Charlemagne. Sur le territoire de Marlay (commune de Montigny), elle nous est indiquée par une charte de l’an 1127, en ces termes : Ab antiquâ viâ quâ itur ad Jussiacum[17] ; puis elle prend successivement les dénominations de Prouse, de Grande Voie, de Voie Blanche, et arrive à Chazel, où fut bâtie l’ancienne ville de Laître, aujourd’hui Jussey. De là elle descend au nord-ouest, en côtoyant la colline, et se bifurque en deux rameaux, dont l’un se prolonge sur Cemboing, Barges, Voisey, et l’autre sur Jonvelle, par Betaucourt. Ce dernier embranchement était appelé le Chemin de la Poste, le Chemin de France.

Sur le territoire de Betaucourt, la route traverse le rupt de Prou. Au fond du vallon on voit encore les vestiges d’un château féodal qui appartenait, en 1290, à Vichard de Bourbonne, bailli d’Amont, époux d’Agnès, dame de Betaucourt. Au sommet du coteau, d’où l’on jouit d’un point de vue magnifique, est érigé de temps immémorial un oratoire en l’honneur de Notre-Dame de Pitié. Non loin du petit monument, on trouve les lieux dits le Fendey (fanum Dei) , le Martimont (Martis mons) , et en plusieurs endroits du finage, des tuileaux romains de la première époque. Le Grand et le Petit Magny forment le village de Betaucourt.

IV. Route de Mandeure à Noviomagus, par Corre, Jonvelle, Chatillon et Lamarche. Cette voie, que M. Pistolet de Saint-Ferjeux appelle voie de Conflans à Lamarche, se détache du grand réseau qui rayonne autour de Luxeuil vers Belfort, Mandeure et Port-sur-Saône. On en trouve des traces à Visoncourt, à Conflans, entre Dampierre et Anchenoncourt. Le bois de la Mange, voisin de ruines romaines, ceux de Dimont et des Perrières, le Chazel, l’abbaye de Clairefontaine et Damoncourt, indiquent assez sa direction. De Corre elle passe a Jonvelle dans les lieux dits les Châteaux, la Chemenée, la Paulouse, la Malpierre, les Parrois ; ensuite par Châtillon, Iche, Lamarche, Rocourt, et va rejoindre, à Noviomagus[18], la grande voie consulaire de Trèves à Langres.

V. Route de Corre à Miévillers. Une petite voie descendant la Saône jusqu’à Ormoy se dirigeait au bac de Miévillers, par le Magny, où elle traversait, le bois de la Mange, parsemé de tuileaux et de débris romains. Les bois du Châtelet, et des Brosses, les autres lieux dits Planches de La Perrière et des vieilles Voies, en indiquent le tracé sur le territoire de ce village, D’autre part, une charte de l’abbaye de Cherlieu constate qu’en 1324 et 1360, le bac de Miévillers était un passage très fréquenté, pour les communications entre la France et le comté de Bourgogne [19]. Dans le bois qui domine ce passage, on a trouvé des statues gallo-romaines et d’autres antiquités qui ont disparu, sauf quelques vestiges incrustés dans les murs de la maison Vincent. Les études faites jusqu’à ce jour sur cette ligne ne permettent pas encore de la suivre plus loin, d’une manière certaine.

VI. Route de Port-sur-Saône à Langres. Cette voie traverse les bois de Port-sur-Saône et de Chargey, puis ceux de Purgerot, qu’elle sépare ensuite du territoire d’Arbecey. Dans la forêt de Purgerot, elle est pavée de pierres si dures qu’elles se montrent, en certains endroits, plutôt polies qu’usées par le frottement. La route se dirige sur Lambrey et sur le moulin de la Perrière, territoire de Bougey, où elle est bien visible. De là on peut la suivre facilement à travers le Pré Romain, les Etrapeux, le Champ de Villars, le Longeapas, les Chemenées et, le Souillenne, jusqu’à la hauteur du Montrot. On trouve en cet endroit solitaire, sur une vaste étendue de terrain, des tuileaux romains et des débris de constructions mêlés de sculptures en demi-bosse, Au fond de la vallée, on voit encore un petit édifice élevé sur les ruines d’un ancien oratoire dédié à saint Martin, et à l’entour, des fragments de cercueils en pierre et de tombes du quatorzième siècle. Ce lieu célèbre attirait jadis de nombreux pèlerins et servait de sépulture aux paroisses voisines. D’ailleurs, la convergence de plusieurs routes vers ce point, le voisinage d’un castellum, ces ruines nombreuses, ce pèlerinage, ce cimetière, la tradition, tout fait présumer qu’il était habité dès les temps les plus reculés, et qu’il ne devint désert qu’après les invasions des premiers siècles et surtout après les guerres et les calamités du moyen âge. Ici la route se divise en deux rameaux : l’un, en quittant le Montrot, sépare les territoires de Noroy et de Montigny, comme l’indique une charte de 1157[20]. Arrivée sur le territoire de ce dernier village, elle disparaît, mais on en retrouve les traces sous la charrue, en Vie Vigne, en Châtelot, aux Prés du Chemin, à la Citadelle et surtout, à Biémont, lieu dit de Vitrey (via strata), remarquable par sa belle position et par ses antiquités. De là cette voie se dirige sur Langres par Rougeux, où elle se relie avec celle de Fayl-Billot. L’autre embranchement se détache de la voie principale du Montrot, passe à Noroy, à Saint-Marcel, et arrive à Coiffy-le-Château, ou aboutissaient plusieurs autres routes. On a trouvé dans ce bourg des médailles romaines, des inscriptions et des tombeaux. Sur l’un d’eux étaient gravés ces caractères : D. M. AVRELIO… SACRO… REM. D’ailleurs, cette position élevée a dû frapper les généraux de l’empire et servir à. leurs combinaisons stratégiques. L’importance de ce point s’est conservée jusqu’à la conquête de notre province.

VII, Voie nautique de Corre et de Jonvelle. Dès les temps celtiques, la Saône était la rivière par excellence, la mère du commerce. Aussi la possession de cette rivière et la question des péages allumèrent ces fatales discordes qui livrèrent la Gaule aux Romains. Ceux ci étaient frappés de la combinaison merveilleuse et providentielle des trois bassins du Rhône, du Doubs ; et de la Saône, qui leur permettait de lancer d’un seul trait leurs marchandises et leurs soldats jusqu’à Besançon et à Mandeure par le Doubs, jusqu’à Seveux, Port-Abucin et Corre par la Saône. Ils confièrent la navigation de l’Arar à une classe d’hommes choisis parmi les nobles les Eduens et des Séquanais, et comblés par eux des plus grands honneurs[21]. Le prêteur Lucius Antistitius Vetus, campé sur les frontières de la Germanie, sous le règne de Néron, proposa le creusement d’un canal de la Saône à la Moselle. Le Coney en était l’intermédiaire, et Corre devenait par là même une tête de ligne, qui mettait en communication directe la Méditerranée avec la mer du Nord, Rome, Lyon, Besançon, avec Trèves, capitale de la Gaule Belgique. Mais survint un conseil plein de malice et d’envie, de la part du gouverneur de cette ville : Elius Gracilis persuada à Vetus qu’il allait perdre l’affection des Gaulois, en appelant chez eux les légions d’une province étrangère pour l’exécution des travaux, et qu’il ne manquerait pas d’exciter la terrible jalousie de l’empereur. Il n’en fallut pas davantage pour faire échouer l’entreprise[22]. Un savant a prouve, par les monuments, par l’histoire et l’examen des lieux, qu’il existait, au troisième siècle, une communication facile entre, la Méditerranée et Trèves, résidence du préfet des Gaules[23]. On aurait donc continué alors et exécuté le projet de Vetus. Quoi qu’il en soit, il fut repris au dix-neuvième siècle, mais pour demeurer inachevé.

Cependant Corre ne fut pas tout à fait déshérité, sous les Romains, des avantages que lui promettait le projet de Vetus. Touchant, par sa position topographique, aux vastes forêts et aux établissements industriels des Leuques et du nord de la Séquanie, il conserva son comptoir et fut toujours un centre commercial. Ses deux rivières, autant que les routes nombreuses qui rayonnaient a l’entoure, en favorisaient le mouvement et l’activité.

L’importance de sa navigation, qui commençait à Châtillon et à Selles, diminua sans doute et se perdit même, pendant la longue période des invasions successives qui vinrent l’affliger ; mais elle reparut au moyen âge, et nous verrons plus tard (1465) avec quelle générosité nos comtes souverains enrichirent de privilèges la navigation de la Saône et du Coney, et avec quel zèle les bateliers, successeurs des Arariques, surent les défendre contre des prétentions rivales.


[modifier] Castella, châteaux, retranchements

Les Romains, en faisant la conquête des Gaules, s’établirent d’abord dans les camps fortifiés des peuples vaincus, et en élevèrent encore d’autres, pour assurer leur domination, soit à l’intérieur, soit sur les frontières des provinces. Les uns, servant à protéger les haltes de leurs troupes, consistaient dans un simple rempart de terre ou de pierres avec un fossé extérieur. Les autres, beaucoup plus considérables, étaient établis pour défendre les légions en présence de l’ennemi, pour y placer des garnisons destinées à la surveillance, enfin pour loger celles qui prenaient leurs quartiers d’hiver. Ces camps, appelés stativa, étaient nombreux dans la Séquanie, surtout dans cette partie qui correspond au département de la Haute-Saône. Tels sont ceux d’Amage, de Cita, de Charriez, de Morey, de Montarlot et de Montverrat, décrits par M. Edouard Clerc.

Mais lorsque les peuples qui habitaient au delà du Rhin commencèrent à envahir nos contrées, ces anciens camps devinrent insuffisants. D’ailleurs, les routes, qui sillonnaient le pays en si grand nombre, et qui avaient contribué à sa prospérité pendant la paix, étaient devenues elles-mêmes une cause de ruine, aux jours de l’invasion. Les soixante mille barbares que Constance-Chlore défit sous les murs de Langres, et tant d’autres ennemis dont les ravages, à la même époque, firent de nos belles campagnes un vaste désert, y étaient venus par toutes ces routes qui, partant des bords du Rhin et de la Moselle, aboutissaient a Luxeuil, Port-Abucin, Purgerot, Morey, Corre, Jonvelle et Bourbonne. Alors les Romains, pour couvrir les camps principaux, les routes, les passages, les frontières, et arrêter ainsi dans leur marche les ennemis qui se précipitaient comme un torrent sur la province, élevèrent partout de nouveaux retranchements, des forteresses et des tours. Ces retranchements, appelés aujourd’hui Chazel, Châtel, Châtelet, Châtelard, Chatillon, etc., plus importants que des camps volants, ne diffèrent souvent des camps stativa que par une moindre étendue. Malgré les modifications que la main des hommes et du temps y ont apportées dans quinze siècles, on en retrouve encore un grand nombre autour de Jonvelle : et bientôt, cela n’est pas douteux, on pourra se rendre compte de la stratégie que les Romains et les peuples leurs successeurs avaient adoptée, pour la défense du pays que nous habitons. Indiquons-en sommairement les principaux.

I. Chatelard de Purgerot. Ce retranchement, situé au sommet d’un plateau escarpé qui domine au loin la contrée, et protégé du côté accessible par un gros mur et un fossé, communiquait avec les camps de Noroy et de Morey, par des signaux en usage chez les Gaulois et les Romains. Sa proximité de Port-d’Atelier, de Port-Abucin et de Creuseil, endroit si remarquable par ses antiquités celtiques, fait présumer que la forteresse avait été établie pour protéger les passages de la Saône et le réseau des routes qui venaient s’y rencontrer, de tous les points de la province. Ainsi l’on croit que le Châtelard, après avoir servi aux Gaulois, devint un des points stratégiques les plus importants, sous la domination de leurs vainqueurs[24].

II. Châtelet de Noroy. Ce castellum, établi sur la montagne de Noroy appelée Bridelle, a une superficie d’environ deux hectares et demi. Il était défendu par un mur de circonvallation construit avec ciment, et présentant des angles aigus au nord et au levant et un rectangle au couchant. On y a trouvé des ossements humains et des armures. Du haut de ce retranchement, on aperçoit vingt-deux villages. Il commandait, ainsi que le Châtelard de Purgerot, les routes nombreuses qui arrivaient à ses pieds et se croisaient au Montrot, à deux kilomètres de la montagne.

III. Châtillon-sur-Saône. C’est le castellum le plus intéressant pour nous, parce qu’il s’est relevé de ses ruines et que, voisin de Jonvelle, il a été comme lui, pendant tout le moyen âge, le boulevard de la province à laquelle il appartenait. Bâti sur un roc escarpé et enveloppé dans une ceinture de murailles hérissées de tours, dont on voit encore des vestiges imposants, Chatillon s’avance à l’est comme un promontoire, au confluent de l’Apance et de la Saône. Les débris de constructions anciennes mêlés de tuiles à rebords, les vestiges de castramétation encore visibles dans le bois dit le Rouvrois, les sarcophages que l’on a découverts à la Riépotte (Ripella), contenant trois ou quatre cadavres à la fois, sa situation au centre des routes qui venaient y aboutir, les médailles que le sol a rendues, son nom lui-même, tout se réunit pour attester l’établissement et le séjour des Romains à Châtillon. On y voit encore les vestiges d’une porte, creusée dans la pierre et récemment détruite, qui conduisait à la Romaine, espèce de citadelle avancée, en face de la ville, et totalement ruinée pendant la guerre de dix ans.

IV. Autres retranchements. A quatre kilomètres de là, sur le coteau qui domine Jonvilotte, la voie de Corre à Châtillon et celle de Jussey à Jonvelle, on retrouve les ruines d’un petit retranchement, destiné aussi à protéger les alentours.

On rencontre aussi un petit fort à l’entrée du bois de Passavant, non loin de la route romaine de Corre à Châtel-sur-Moselle. Il est appelé le Haut de Langres, sans doute parce que, depuis ce lieu culminant, la vue plonge sur les remparts de la métropole des Lingons.

Des retranchements analogues, quoique moins considérables, existaient à Montigny, à Vitrey, à Ouge, à Charmes, dans les bois d’Amance et de Faverney, à Combeaufontaine, à Jussey, à Tartécourt, à Anchenoncourt. Nous les indiquons dans la carte des antiquités. Comme la plupart se trouvent dans les bois et sur des plateaux peu cultivés, il est à croire que ceux qui avaient été construits dans la plaine ou dans les autres lieux cultivés aujourd’hui, ont dû disparaître, nivelés par la charrue. Mais on voit, par cette simple énumération, combien les Romains avaient multiplié leurs moyens de défense, surtout dans le voisinage des routes qui de la Germanie amenèrent les Barbares au sein de notre province.

[modifier] Monuments

[modifier] Damoncourt

Comme souvenirs des temps celtiques dans les environs de Jonvelle, signalons d’abord la pierre monumentale de Damoncourt. Cette localité, appelée aujourd’hui Grange-Rouge, est située sur le territoire de Polaincourt. Un petit oratoire y avait été érigé de temps immémorial, en l’honneur de sainte Félicie. Une grande dalle, vulgairement dite la Pierre percée, à cause de l’ouverture circulaire pratiquée au milieu, passait pour être le tombeau de cette vierge martyre, et attirait une foule de pèlerins, qui venaient lui demander la santé, surtout pour les yeux. Mais ce petit édifice ayant subi les ravages du temps et des révolutions qui signalèrent le onzième siècle, le bienheureux Lambert, premier abbé de Clairefontaine, dont la sollicitude s’étendait à tout, le fit relever de ses ruines, et il en confia la garde et le service à deux de ses religieux. Dès lors, le pèlerinage, interrompu pendant quelque temps, fut remis en honneur jusqu’à l’invasion des huguenots, qui renversèrent la chapelle. Restauré de nouveau, grâce aux soins de l’abbaye et à la piété des fidèles, l’antique sanctuaire disparut sans retour, à l’époque de la révolution française, avec la pierre merveilleuse qu’il renfermait[25].

Il n’est pas douteux que ce pèlerinage n’ait succédé, comme tant d’autres, à des superstitions païennes. Cette pierre percée n’était qu’un monument druidique ; et le nom de Damoncourt (Damonœ-curtis) peut bien rappeler celui de Damona, divinité celtique honorée à Bourbonne et figurant dans ses inscriptions.

Les autres pierres percées que l’on voit encore sur les territoires de Dampvalley, de Traves, d’Aroz et de Fouvent ; la Pierre qui vire, lieu dit de Bougey et de Melay ; les hachettes en jade trouvées dans ce dernier village et à Rosières-sur-Amance ; Bourbonne, dérive de Borvo, autre divinité celtique ; Baulay, nommé Baaler dans une charte de l’abbaye de Cherlieu (1209) ; Baslieres, près de Port-d’Atelier ; Baslenière, fontaine sur le territoire de Port-sur-Saône ; Belin, ancien moulin de Betaucourt ; quelques statues revêtues de la saie gauloise et trouvées près du bac de Miévillers ; enfin les monuments de Creuseil, dans les bois de Purgerot : tels sont les derniers vestiges qui rappellent des souvenirs celtiques autour de Jonvelle. Car les ravages du temps, les violences des hommes dévastateurs et surtout les conquêtes plus pacifiques de l’agriculture, ont peu respecté, dans nos pays, les monuments du premier âge.

[modifier] Corre

Les antiquités de Corre ont été de bonne heure signalées à l’attention de la Société des Antiquaires de France[26]. Elles ont fourni à MM. Marc (1806), Pratbernon (1819), Humblot (1824), et Eusèbe Salverte (1829), la matière de plusieurs Mémoires remplis d’érudition. Mais il est nécessaire de les dégager de certaines erreurs, que les entraînements de l’imagination et du patriotisme y ont introduites, d’en classer les matériaux avec plus de méthode, et d’y ajouter le résultat de nouvelles découvertes.

Monuments religieux. Dans la plaine dite le Parge, situé entre le village et la jonction des deux rivières, sur la place Saint-Maurice et dans les ruines de l’église, on a découvert une quantité considérable de débris d’autels, de statues et d’architecture, provenant sans doute du temple de la petite cité. On peut juger de ses dimensions par un chapiteau d’ordre corinthien qu’on a conservé. Ce morceau précieux, qui orne le kiosque de M. Barbey, mesure 37 centimètres a la base, et suppose par conséquent un piédestal de 1 mètre 30 centimètre, un fût de 3 mètres 90 centimètres et un entablement de 90 centimètres. Quoique bien endommagé, il porte encore les feuilles d’acanthe et des vestiges de figure humaine entre les volutes. Quelques autres fragments de bas-reliefs et d’ornements de style incertain, un reste de corniche à feuillage vigoureusement fouillé, deux tronçons de colonnes de petites proportions, dont l’une, reposant sur une base attique, est enlacée dans une sculpture de vigne légère et élégante, nous révèlent le travail énergique, l’art sévère et même grandiose, qui ont présidé à la décoration de cet édifice religieux.

On voit encore dans le jardin de M. Villers une pierre de 44 centimètres de hauteur et de largeur, sur 76 de longueur, dont la base est ciselée, et la face supérieure creusée en bassin, avec une entaille en forme de rigole. Humblot et Eugène Salverte pensent que c’était un autel, ainsi disposé pour recueillir les libations et le sang des victimes. Une seconde pierre, qu’ils regardaient comme le complément de la première, ayant 1 mètre 50 centimètres de longueur sur 1 mètre de largeur, présentait une ouverture carrée de 40 à 50 centimètres et servait aux sacrifices. Chacun sait que l’autel païen était une sorte de piédestal, qui empruntait différentes formes, d’abord très simples et plus tard ornées de bas-reliefs et d’inscriptions. Chez les Romains, les autels consacrés aux dieux terrestres ou demi-dieux, étaient placés sur le sol et se nommaient ara. Les autels consacrés aux grands dieux étaient placés sur quelque construction élevée et s’appelaient altaria. Pour le culte des dieux infernaux, on faisait un trou en terre, appelé scrobiculus, sur lequel on égorgeait les victimes.

Plusieurs statues remarquables ont été trouvées à Corre. Chevalier, dans ses Mémoires sur Poligny, rapporte que, vers le milieu du siècle dernier, on déterra une belle statue de Vénus en marbre blanc, de grandeur colossale, bien conservée et absolument nue. Son indécence la fit mutiler, et l’abdomen servit à faire le bénitier que l’on voit à l’entrée de l’église actuelle.

Une autre statue non moins remarquable, quoique en grès rougeâtre du pays, a fourni le torse dont M. Barbey a enrichi le musée de Besançon. La grandeur et l’élégance des proportions, la bandelette qu’il porte en sautoir de droite à gauche, ses cheveux qui flottaient sur ses épaules, caractérisent la belle époque de l’art qui l’a produit.

Le P. Dunod, et après lui M. Marc, racontent qu’en 1702 un laboureur trouva une statue équestre mutilée, dont le piédestal, d’un mètre de large, portait cette inscription : PAV… A… INNAM. FIL., que le premier avait lue : PAN. L. I. AP.INNAM. FIL.A. [27]. M. Marc[28] en conclut que Corre était une colonie romaine, et que ce monument se rapportait à un certain Paulus Cinnamus, chevalier romain, qui vivait sous l’empereur Vespasien.

Des fouilles, pratiquées dans le même endroit, mirent à découvert une statue pédestre également endommagée, et un piédestal sur lequel on lisait : V SAMBATLOLE.

Cette légende a-t-elle été fidèlement reproduite ? Ou bien faut-il, avec M. Marc, admettre une inversion de lettres, si familière aux Romains, surtout à cette époque, et attribuer ce monument à Lollien, l’un des tyrans qui se partagèrent le gouvernement des Gaules ? La question est difficile à résoudre.

Monuments funèbres. Au commencement de la république, tous les Romains avaient leur sépulture dans l’intérieur des villes ; mais au nom de la salubrité publique, la loi des douze tables ordonna d’inhumer au dehors. A dater de cette époque, on vit les tombeaux s’élever au bord des grands chemins. C’était une leçon publique donnée à l’homme, pour lui rappeler qu’il est mortel, et pour le porter à l’imitation des grandes vertus célébrées par les monuments funèbres.

Selon cette coutume, le cimetière de Corre avait été placé le long de la route qui se dirigeait vers Châtel-sur-Moselle. On y a trouvé une grande quantité de médailles, d’urnes et de pierres tumulaires. Ces tombeaux, la plupart, endommagés, sont en pierre de grès, assez commune dans le pays. Ils mesurent 2 mètres de hauteur, sur une largeur de 70 centimètres à 1 mètre. Ils sont taillés en forme de niches, d’où ressortent, en demi-bosses plus ou moins détachées, une ou plusieurs figures d’hommes, et d’enfants dans des attitudes consacrées par les traditions religieuse. Ces monuments, d’un style rudimentaire, étaient debouts et ordinairement isolés. La plupart offrent trois faces, ornées de dessins variés, tels que guirlandes, palmettes, vases de fleurs et mêmes figures enfantines. Les personnages sont revêtus de la tunique, plus souvent de la toge romaine, dont les plis perpendiculaires descendent jusqu’aux chevilles. Un mantelet jeté sur la robe couvre le buste plus bas que le coude. Le cou est découvert et l’on ne voit paraître que les mains, qui portent les attributs symboliques. La robe de quelques-uns est étagée et frangée dans le bas, Le mantelet plus ample et, plus long. Les cheveux symétriquement boucles autour du front, une attitude simple et modeste, impriment à ces images un air de jouissance et de gravité, symbole de la paix du tombeau. S’il n’y a qu’une figure, elle élève de la main gauche, appuyée sur la poitrine, une coupe en forme de calice. A la main droite est suspendu par l’anse un panier ou coffre conique, la pointe en bas, ou bien une sorte de réchaud. Le vase de forme conique, au rapport de Servius, se nommait futita, et servait à contenir l’eau pour les sacrifices de Vesta. Comme c’était une irréligion de le déposer à terre, on lui avait donné cette forme, afin que le ministre pût le porter sans danger de renverser le contenu.

Quand il y a deux figures, la première unit la main droite à la main gauche de la seconde, pour soutenir ensemble la coupe, tandis qu’elles portent chacune, de la main restée libre, le vase conique ou le réchaud. Ceci est remplacé par une bourse dans un seul monument. Quels que soient l’âge et le sexe des personnes, toutes portent ces attributs.

Au fronton de l’édicule, ou dans la main des personnages, on aperçoit quelquefois des emblèmes, qui rappelaient sans doute la profession du défunt. Un peu plus bas se trouvent les sigles D. M., Diis Manibus, et enfin l’inscription qui fait connaître les noms du défunt et ceux des parents qui lui ont érigé le monument votif.

Dans l’une de ces niches funèbres, découvertes en 1820, on voit la figure d’un jeune homme tenant les vases symboliques ; à la partie supérieure sont les initiales D. M., et dans l’enfoncement l’inscription : LI… SOLINI CESTI, ou CISTI. Ne pourrait-on pas admettre que Solini est le nom de famille, et que Costi ou Cisti, qui vient de cista, urne, indique la fonction du jeune homme ? On sait que les Romains avaient deux sortes d’urnes pour les votes : l’une, appelée cista, présentait une large ouverture et contenait les bulletins offerts aux électeurs ; l’autre, nommée cistella, avait l’ouverture très étroite et servait a les recueillir. Peut-être ce jeune défunt était-il questeur au sénat.

Une seconde niche, qui appartient également à un adolescent, porte ces mots écrits autour de la tête : 0 RAMIOR. Une troisième représente une femme au cou allongé, à la chevelure tressée en limaçon, sans aucune légende ni attributs funèbres. Une quatrième, très grossière, porte l’inscription : D. M. MEMORIE CVCVMILE FILIE. Dans le tympan sont sculptées deux figurines d’un aussi mauvais style, séparées par un objet qu’elles semblent frapper. Une cinquième est un bas-relief, dont il ne reste que la tête en partie mutilée, autour de laquelle on peut encore distinguer ces mots : ADITIE DTOTIAN. C’était, suivant le docteur Humblot, de Jussey, une anagramme ou sont compris les mots Dittationi, Dittationoe et Didattitionoe, d’où il concluait, en s’étayant d’ailleurs sur d’autres conjectures moins hasardées, que le village de Corre est l’ancien Dittatium[29].

Comme type de ces monuments funéraires et d’une exécution toujours grossière et élémentaire, nous présentons une tombe[30] dont le dessus, excavé en forme de voussure, laisse ressortir trois têtes, a droite celle d’un homme barbu, au milieu une figure de femme avec une sorte de coiffure en diadème, posée sur ses cheveux roulés en bandeaux ; à gauche, la tête d’un jeune homme imberbe, avec des cheveux frisés. Cette disposition semble réunir le père, la mère, ou la fille et le fils. Au-dessous, sur la tablette, est une inscription votive, qui a été copiée avec les incorrections de l’ouvrier graveur. A la partie inférieure est sculpté un cippe funèbre entre deux patères.

Cette pierre tumulaire, presque exclusivement taillée à la pointe du marteau et incrustée dans le mur du jardin de M. Villers, est brisée par le pied et mesure encore 1 mètre 75 centimètres de hauteur sur 80 centimètres de largeur.

Tous ces monuments, d’un style peu caractéristique, ne sont que les essais d’un art encore peu avancé, ou déjà tombé en décadence. Cependant il en est deux, dans les bosquets de M. Barbey, qui paraissent offrir un modèle plus complet entre toutes ces ébauches. C’est d’abord une figure de jeune fille, dont le relief très saillant a été détaché de la niche à laquelle il était adossé. Cette image est assez gracieusement posée, et respire un sentiment de candeur heureusement exprimé, quoique par des moyens fort simples. Elle est enveloppée dans un manteau étroit, et tient dans sa main droite le vase symbolique. Bien que ce débris ne soit pas à beaucoup près un ouvrage fini, c’est cependant le morceau qui nous a paru le plus digne de fixer l’attention[31].

Le second est un bloc de grès, qui devait avoir de 1 mètre 50 à 1 mètre 80 de hauteur. Brisé par la base et réduit a 1 mètre 30 c. de hauteur avec 75 centimètres de largeur, il est creusé en forme de niche et couronné par une pyramide accostée de deux saillies curvilignes, ou cornes caractéristiques du monument. Dans l’enfoncement de la niche, un homme et une femme ressortent en relief : la femme est reconnaissable à sa coiffure, partagée sur le front et très relevée sur les tempes. La tête de l’homme accuse une certaine rondeur de formes qui lui donne de l’expression. Il est vêtu d’une tunique à larges manches montant jusqu’au cou, et par dessus d’un manteau drapé, qui est relevé sur le pli du bras. De la main gauche il porte par son anse une sorte de panier. La main droite est étendue pour saisir un vase de forme longue, poculum, que tient aussi la main droite de la femme. Celle-ci est vêtue elle-même d’une tunique et d’un manteau, dont les plis sont ramenés sur la poitrine de gauche à droite[32].

Ce monument a sans doute été élevé à la mémoire de deux époux, qui sont représentés dans la force de l’âge, se partageant la coupe de la vie. Il y a dans cette communauté d’action l’image d’une idée dont la moralité est frappante : cette coupe simultanément partagée et soutenue, ce panier symbolique, dont le mari seul est chargé, sont évidemment l’expression d’un beau trait de la religion antique, dont le côté philosophique est mis en relief d’une manière bien sentie.

Urnes funéraires. Urne, du latin urere, brûler, signifie récipient d’un corps réduit en cendres, et partant d’une dépouille mortelle. On en faisait en métal, en verre et en terre, de couleurs variées. Les urnes vulgaires étaient plus grandes, parce qu’on prenait moins de soins de la crémation pour les pauvres que pour les riches ; souvent on y mêlait les cendres de plusieurs personnes. Quelques-unes portaient les sigles D. M. et une inscription ; d’autres renfermaient des médailles, des ossements d’animaux, des défenses de sanglier, des bois de cerf et autres objets de prédilection du défunt.

Les urnes exhumées des sépultures de Corre et déposées au musée de Besançon, attestent l’antiquité de cette ville et l’usage de renfermer des vases cinéraires dans les tombeaux. Cette coutume, connue même des Gaulois, existait encore sous le Bas-Empire. Elle se conserva chez les païens et même chez les chrétiens, qui, malgré les lumières de la foi nouvelle, faisaient ce qu’ils avaient vu pratiquer par leurs pères. Il a fallu toute l’autorité des conciles pour combattre et détruire cet usage idolâtrique.

On voit qu’à cette époque, dans la vie publique comme dans la vie privée, les habitants de Corre sont tous romains. La langue latine est celle des inscriptions et de la haute société ; sur les tombeaux on reconnaît la religion, la coutume, la toge et jusqu’à la barbe des Romains. Les urnes et les sarcophages d’une seule pierre, trouvés à Corre et dans le voisinage, rappellent le double usage ou ils étaient, tantôt de brûler les corps, tantôt de les ensevelir sans les brûler. Un fragment de poterie[33], dont le travail est embelli d’ornements et de bas-reliefs, atteste aussi dans les ustensiles une élégance inconnue de nos jours.

Bains et thermes. Chacun sait que les bains et les thermes ont excité au plus haut degré la sollicitude des Romains. Nous en avons pour preuve la magnificence que leur génie a déployée dans ceux de Bourbonne, de Bains, de Luxeuil et de Plombières. Portiques, galeries, statues, bassins de marbre, de granit et de porphyre, salles ornées de fleurs et d’animaux en mosaïque, vases précieux d’huiles et de parfums à l’usage des baignants, rien de ce qui peut nourrir le luxe et la volupté n’était épargné chez ce peuple, devenu tout sensuel. Mais à défaut de sources thermales, chaque cité, chaque villa même avait ses bains artificiels. Dans le siècle dernier, Corre offrait aux regards des curieux les vestiges de ses anciens bains, pareils à ceux de Jallerange, de Saint-Sulpice, de Coligny, d’Antre, d’Osselle, de Poligny, de Mandeure, de Baignes, etc. Le savant religieux couronné en 1777 par l’académie de Besançon, a décrit ces somptueux édifices avec le riche mobilier qu’ils renfermaient. Il est vraisemblable que les mosaïques de Membrey, de Port-sur-Saône, de Vitrey, de Voisey, de Blondefontaine, d’Aisey, de Charmes-Saint-Valbert, etc., sont des restes d’anciens établissements de ce genre.

Aqueducs. Les eaux étaient amenées et distribuées dans les villes par des canaux souterrains, pour l’usage des habitats, pour les bains et pour les temples des dieux. Tels étaient les aqueducs d’Arcier, de Luxeuil, de Port-sur-Saône, de Baignes, de Bourbonne. « Celui de Corre, dit M. Marc[34], situé du côté de Demangevelle, avait environ un mètre de hauteur dans œuvre, sur neuf décimètres d’ouverture. Il était revêtu, dans sa partie inférieure, d’un ciment de deux décimètres d’épaisseur. La voûte est composée de longues pierres plates rejointoyées avec un ciment de chaux, de sable et de briques pilées. L’intérieur est cimenté de même. L’enveloppe de l’aqueduc est un massif de pierres, qui font parement vers le centre concave de ce canal, dont l’ensemble présente la plus grande solidité. » Ce travail, dont on ne trouve plus aucune trace, avait beaucoup de ressemblance avec celui du canal d’Arcier. Il faudrait donc en faire remonter aussi la construction jusqu’au règne de Marc-Aurèle.

Une autre fontaine, qui prend sa source à la jonction des routes de Jussey et de Jonvelle, parait avoir été distribuée dans la ville par différents canaux. Les fondations du récipient sont encore visibles à un mètre au-dessous du sol actuel, et la tuile romaine a été trouvée en grande quantité dans le voisinage.

[modifier] Bourbonne

Cette ville possède deux monuments gallo-romains, d’autant plus intéressants qu’on y trouve son nom. Le premier, exhumé des ruines du château et déjà connu au seizième siècle, est un bloc de marbre assez mutilé, reste d’un autel votif ; il porte l’inscription suivante, attestant la reconnaissance d’un père pour la guérison de sa fille :

…ORVONI. T (A) MONAE. C. IA TINIVS. RO MANUS. IN G. PRO. SALV (T) E. COCILE FIL. EX VOTO

Ce qui signifie : " A Borvo et à Damone, Caius Jatinius, Romain, venu dans les Gaules pour la guérison de sa fille Cocilla, ex voto. " M. Jolibois traduit : " (Carius, Jatinius, noble Romain Romanus ingenuus), s’est acquitté de son vœu envers Borvo et Damona, pour la santé de sa fille Cocilla[35]. " Cette inscription se trouve dans l’antichambre de l’établissement thermal.

Le second monument est une petite plaque de marbre blanc, trouvée en 1883 sous les décombres d’une maison incendiée. L’inscription, gravée en beaux caractères, porte :

DEO. APOL LINI. BORVONI ET. DAMONÆ C. DAMINIVS FEROX CIVIS LINGONV. EX VOTO

C’est-à-dire : " Caius Dominius Ferox, citoyen de Langres, au dieu Apollon, à Borvo et à Damone, pour l’accomplissement d’un vœu. "

Cette pièce remarquable appartient à M. le docteur Ath. Renard. Cette dernière découverte semblait destinée à jeter un grand jour sur la manière de compléter et d’interpréter l’inscription citée plus haut. Les savants ont donc pensé que le nom d’Apollon devait toujours être suppléé à celui de Borvo, qui n’en serait que l’épithète. Mais une étude plus attentive nous conduit à une conclusion tout opposée. Les deux inscriptions sont entières et complètes. La première n’exprime point le nom d’Apollon, le dieu de la médecine, mais seulement ceux de Boreo et de Damone, autres divinités protectrices des thermes. Ainsi Borvo n’est point une épithète, mais le véritable nom d’une divinité celtique, d’un génie bienfaiteur des eaux.

Sur la plaine, à l’extrémité de la colline qui s’avance au sud comme un promontoire, s’élevaient trois temples d’ordre corinthien, dont le plus important avait un portique en granit vosgien, tandis que les deux autres avaient des portiques en pierre du pays. C’est là qu’on invoquait Apollon, Boreo et Damone, divinités tutélaires des thermes.

Le sol antique de Bourbonne a rendu en tout temps un grand nombre de monuments et de débris romains ; mais rarement ils ont été recueillis par des mains conservatrices, et plus rarement décrits avec quelque certitude archéologique. Les ouvrages publiés sur les eaux de Bourbonne, depuis bientôt trois siècles, indiquent vaguement comme produits des fouilles successives, des pierres de taille quelquefois or nées, des briques et des tuiles romaines, des restes de pavés en mosaïque, des traces de chaussées, des médailles, des inscriptions, des bas-reliefs, des statues dont quelques-unes en marbre blanc, etc.

Quant aux constructions qui peuvent avoir fait partie des bains antiques, « ce qu’il y a de certain, dit M. Ath. Renard, c’est qu’à l’occasion des fouilles exécutées de 1732 à 1785, au voisinage de ces sources, on a trouvé certains vestiges de travaux, dont les plus anciens étaient situés à plus de quinze mètres au-dessous du sol actuel. Une si grande profondeur, qui ne peut être le résultat des atterrissements produits par une longue suite de siècles, autorise à penser que les eaux de Bourbonne étaient connues et employées, même longtemps avant l’invasion des Romains. C’est à ces derniers que l’on attribue la construction postérieure d’un aqueduc et de certains ouvrages en pierre et en briques, découverts à l’occasion des mêmes fouilles, et plus élevés de neuf mètres environ. Du reste, le nom du Bain Patrice, sous lequel on distingue encore aujourd’hui la source de l’hôpital militaire, et les débris d’un ancien pavé de marbre, que l’on a trouvés à deux mètres de profondeur, assis sur une couche épaisse de ciment, permettent de supposer que les Romains possédaient autrefois dans cet emplacement des bains dignes de leur magnificence. »

Pour compléter cette courte notice sur les antiquités de Bourbonne, signalons en dernier lieu deux autres petits monuments recueillis par le même savant. L’un, peu important, mais bien conservé, est un petit bouc en bronze, comme on en connaît beaucoup : l’autre est un débris mutilé d’un monument orné de sculptures, qui fut le tombeau d’un acteur nommé Maronus et surnommé Rocabaius, peut-être de l’un de ses rôles. C’est ce que nous apprend l’épitaphe inscrite dans le tympan d’un fronton de mauvais style. M. Berger de Xivrey la lit ainsi en suppléant quelques lettres :

MARONV | S HISTRIO RACABA IVS DIC | I VIXI | T ANN XXX

M. de Monbret, membre de l’Institut, a lu : Maronus, histrio, Racabajus dictus, vixit ann. xxx. Ce comédien était-il venu en ce lieu pour y rétablir sa santé, ou bien pour y donner des représentations théâtrales ? Ces deux hypothèses sont également vraisemblables. On sait, d’ailleurs, que les malades et les oisifs, réunis pendant la saison des eaux, ont toujours été fort avides de spectacles et de plaisirs.

[modifier] Notes de bas de page

  1. Livre I, chap. xv.
  2. Glanures, au mot Jonvelle
  3. ACHERY, II, 458
  4. Item, une faulcie de prey séant derrière Jouvilotte. (Archives de la Haute-Saône.)
  5. La terminaison de Jonvelle indique assez que les gallo-romains y avaient une colonie. Les terminaisons les plus ordinaires des noms de ville, de village et de hameau dans notre province, sont au nombre de trois : ey, court et velle. La première paraît être celtique et par conséquent la plus ancienne. Les chroniques et les chartes latines la traduisent communément par essum, esum, iacum, eium, eius et eia : ainsi Aisey, Altessum ; Voisey, Vogesum ; Gevigney, Joviniacus ; Bougey, Bugiacus ; Jussey, Jussiacus, Jusseium ; Oigney, Oigneum, etc. Dans le principe la dénomination en court désigne simplement une maison rustique, avec les terres de son exploitation ; et cette désinence s’ajoutait à l’ancien nom du lieu, ou bien à celui du maitre de la colonie. Exemple : Vougécourt, Vogesi-curtis ; Godoncourt, Godonis-curtis ; Aboncourt, Abonis-curtis ; Renaucourt et Raincourt, Reginaldi-curtis, etc. Quant à la terminaison velle ou ville, qui a le même sens que court, elle vient du latin villa. Elle désignerait généralement des lieux où les Gallo-Romains ont établi des métairies et des maisons de campagne, autour desquelles se sont insensiblement groupés les hameaux, les villages et même des villes. Comme la désinence curtis, elle modifiait le nom du lieu, d’un chef de curie, d’un prince, d’une divinité, d’une autre ville, etc. Exemple : Martinvelle, Martini-villa ; Enfonvelle, Offonisvilla ; Jonvelle, Jovis ou Junci-villa ; absolument comme dans les temps modernes on a formé Vesoul-Bénian ; Orléans-ville ; Philippe-ville, etc. Les terminaisons villey, trilliers, villers, villars, ont la même origine que velles ou ville, d’où sont venus les noms vulgaires de ville et village, qui désignent des agglomérations plus ou moins considérables d’habitations
  6. Histoire du comté de Bourgogne, I, 92 et 592
  7. Ébauches manuscrites, au mot Albiniacum
  8. PERARD, dans l’Hist. de Saint-Etienne de Dijon, pag. 74
  9. « Gaudinus quidam ex primatibus Burgundiae, unà cum conjuge suâ, nomine Lautrude, dedit Sancto Benigno alodium juris sui, cui vocabulum est Abiniacum, situm in pago de Colatunse, quod nunc generaliter Portuensis dicitur. » L’abbé Fyot, rapportant la même charte, écrit Collatiense. (Voir Chronique de Saint-Bénigne ; PÉRARD, pag. 15 ; Script. rerum gullic., tom. XI, p. 558 ; Cartul. de Saint-Bénigne, année 887 ; Annales de Bèze ; Cartul. et pouillé de Saint-Marcel, aux archives du Doubs.
  10. Mémoires de la Commission archéol., livraison, pag. 40
  11. Géographie ancienne des Gaules
  12. La Franche-Comté à l’époque romaine
  13. Manche ou mange, mot qui dérive de mansio, habitation. On le trouve à Betaucourt, à Magny, à Cemboing, à Enfonvelle, à Baulay, à Anchenoncourt, au Vernoy. A Membrey, c’est dans les bois de la Mange que l’on a découvert la villa aux superbes mosaïques.
  14. Cette dénomination, qui signifie ordinairement un terrain pierreux, est synonyme de Perrouse, Parrois, Proux, Prouse, Perrière, Petrosa. Elle indique souvent le passage d’une voie romaine, par exemple, à Betaucourt, à Magny, à Saponcourt, à Girefontaine, à Augicourt, à Blondefontaine, entre Corre et Passavant, entre Baulay et Buffignécourt, à la Villeneuve, à Neurey, etc.
  15. Les dénominations sarrasines, indiquant. le passage des farouches enfants de Mahomet, sont nombreuses en Franche-Comté. On les trouve en particulier à Anjeux, à Semmadon, à Arbecey, à Oigney, à Coiffy-le-Château.
  16. Une donation de Guy de Jonvelle à Clairefontaine mentionne ce vieux chemin de Contréglise : veterern viam.
  17. Cartul. de Cherlieu, à la Bibl. impériale
  18. Aujourd’hui Pompierre, Pons petrœus, lieu célèbre par l’entrevue que Gontran eut avec son neveu Childebert, en 577. Ce village était alors situé sur les frontières des royaumes de Bourgogne et d’Austrasie.
  19. En allant dès le réalme à l’empire, et en venant dès l’empire au réalme, franchement et quittement, sans délays. (Archives de la Haute-Saône.)
  20. Ab antiquâ viâ lapidibus constructâ, quæ terminus est territorii de Noeriaco… usque ad territorium de Monteniaco. (Archives de la Haute-Saône : Cherlieu.)
  21. La Franche-Comté à l’époque romaine, 82-83.
  22. Tacite, Annales, liv. XIII, chap, LIII.
  23. Constitutionnel, octobre 1821.
  24. Il a été décrit dans le Mémoire sur les antiquités de Purgerot.
  25. Mémoire de M. l’abbé Brultey sur Clairefontaine
  26. Tome III, pag. 20 et 21.
  27. Découverte de la ville d’Antre
  28. Mémoire sur les antiquités de la haute-Saône
  29. Les auteurs de la Nouvelle Diplomatique disent que cette manière d’intervertir les lettres a été en usage dans tous les temps. Selon saint Jérôme, le prophète Jérémie s’est servi quelquefois de ce genre d’écriture ; et Suétone nous apprend que Jules-César employait aussi ces caractères, qu’il appelait coecas litteras. Pratbernon et Humblot mentionnent encore dans leurs Mémoires un fragment d’inscription trouvé dans le cimetière gallo-romain. On y lit : D- M. TIBER. MASC. AVOANA
  30. Planche I
  31. Planche II
  32. Planche III
  33. Nous l’avons donné au musée de Besançon, avec trois urnes funéraires et deux clefs, dont l’une est en cuivre et l’autre en fer. A Biémont, territoire de Vitrey, on trouve une grande quantité de morceaux de poterie de couleurs variées, qui accusent des vases d’une grandeur considérable
  34. Dissertation sur les antiquités de la Haute-Saône, pag. 171
  35. La Haute-Marne ancienne et moderne

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