Histoire du chevalier Grundisson/Lettre 116

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- Lettre 115 Histoire du chevalier Grundisson - Lettre 117


le chevalier Grandisson à Clémentine.

mercredi au soir, 18 février. La généreuse, la noble Clémentine en Angleterre depuis dix jours, sans avoir fait l’honneur à son quatrième frère de l’informer de son arrivée ! Pardon, mademoiselle, si je vous reproche de la cruauté. Vous pouvez faire, du plus heureux homme du monde, un homme très-malheureux ; et ce sort est infaillible pour lui, si vous lui dérobez l’occasion de se jeter à vos pieds, pour vous marquer toute la joie qu’il ressent de votre heureuse arrivée. Votre Jéronimo et le mien m’a fait l’honneur de m’écrire. J’ai mille choses à vous dire de votre famille ; mais elles ne peuvent être confiées au papier, ni renfermées dans les bornes d’une lettre. Permettez, mademoiselle, que j’aie l’honneur de vous voir, accompagné d’une de mes sœurs, ou seul, si vous le désirez ; vous avez en moi un ami fidèle, indulgent, éloigné, ne le savez-vous pas, de toute sorte de sévérité. Si vous souhaitez que votre demeure soit inconnue à tout autre, je garderai inviolablement votre secret. Vous serez aussi libre dans toutes vos volontés, dans toutes vos actions, que si j’ignorois moi-même où vous demeurez. En un mot, si vous avez jamais pensé favorablement de votre frère, si vous avez jamais souhaité le voir heureux, accordez-moi la liberté de vous voir ; car je répète que son bonheur en dépend. Je ne reçus qu’hier la lettre de notre cher Jéronimo. Elle contient des explications fort tendres. L’espérance d’apprendre de vos nouvelles m’a fait prendre la poste, pour être ici ce soir. Sur-le-champ j’aurois pris des informations, mais j’étois fort éloigné de croire que ma sœur fût à Londres depuis dix jours. Ne différez pas un moment, à soulager le cœur de votre très-humble, très-fidèle et dévoué serviteur, Charles Grandisson.