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Miss Byron, à Miss Selby.
mardi, 14 février. Miss Olemer, pour laquelle je sens croître mon amitié de jour en jour, m’a fait voir ce matin son cabinet, c’est-à-dire, ses livres, ses ouvrages de main, et tout ce qui sert à ses occupations domestiques. Je me suis crue dans celui de ma chère Lucie ; car, au milieu de cette vie tumultueuse, je ne cesse pas de penser à mes chers amis de Northamptonshire ; deux heures, que je viens de passer avec Miss Olemer, m’ont paru fort courtes. On m’a dit qu’elle écrit parfaitement bien, et que c’est une Sevigné pour ses correspondances. Je me flatte d’être quelque jour de ce nombre ; mais je trouve que la plume et ses lectures ne lui ont pas fait négliger l’exercice de son aiguille. Elle en est d’autant plus respectable pour moi, que c’est un exemple à produire contre ceux qui n’approuvent point le savoir dans les femmes ; censure… quelquefois juste, mais trop générale. Je ne voudrois pas que cette qualité fît la principale distinction d’une femme que j’aime ; mais lorsqu’on a reçu des talens, pourquoi ne les pas reconnoître, ou les laisser sans culture ? Il me semble, ma chère, qu’après les vertus essentielles de mon sexe, qui sont la modestie, la docilité et l’attachement aux devoirs de la religion et de la morale, ce n’est point une disgrâce d’avoir l’esprit un peu cultivé. Miss Olemer est heureuse comme votre Henriette, par l’affection d’une tante qui n’a rien de plus cher qu’elle. Sa mère est encore au monde, mais elle n’aime qu’elle-même ; et la nature lui a si peu parlé pour cette excellente fille, que Madame Wimbura, sa tante, n’a point eu de repos qu’elle ne l’ait fait venir près d’elle. Nous sommes convenues, Miss Olemer et moi, de nous voir sans cérémonie. J’aurois dû vous dire que la réponse du dernier maître de Wilson ayant été fort à son avantage, je l’ai pris enfin à mon service. Miladi Williams est venue dans mon absence ; elle paroît fort occupée de nos parures de bal, et de la mienne en particulier ; mais c’est encore un secret pour moi. Nous devons prendre nos habits chez elle, et partir de là en chaise à porteurs : elle se charge de tout. Vous saurez, ma chère Lucie, sous quelle forme je dois paroître, lorsque j’en serai informée moi-même. Le baronnet est venu aussi pendant que j’étois chez Miss Olemer : il n’a vu que M Reves, avec lequel il a passé près d’un quart d’heure. Son air étoit sombre, son humeur chagrine ; M Reves l’a trouvé tout différent de ce qu’il l’a vu jusqu’aujourd’hui. Il ne lui est point échappé un sourire : oui, non, est tout ce qui est sorti de ses lèvres, avec quelques invectives néanmoins contre les femmes. Maudit sexe ! A-t-il répété plus d’une fois. Il est bien étrange, dit-il, qu’un homme ne puisse être heureux avec les femmes, ni sans elles ; à peine a-t-il prononcé mon nom. à la fin, M Reves l’ayant un peu raillé sur sa mauvaise humeur, il a pris le parti de se retirer, pour ne se pas donner en spectacle plus long-tems. Ses laquais et son cocher ne s’en sont pas mieux trouvés, il les a querellés sans raison. Il est parti en jurant contr’eux, avec de grandes menaces. Que demande cet homme là ? Pourquoi prendre M Reves pour l’objet de ses caprices ? Mais qu’il ne soit plus question de lui, ni de rien, jusqu’à ma première lettre.