Histoire du chevalier Grundisson/Lettre 141

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- Lettre 140 Histoire du chevalier Grundisson


Miladi Grandisson à Madame Sherley et à Madame Selby.

18 juin. Ma chère et très-honorée grand’maman, et vous, adorable tante ! Cette lettre, la plus grave, la plus noble, et la plus intéressante que vous ayez jamais reçue de votre Henriette, sera consacrée par vos deux noms. Je les réunis sous mon adresse, comme vous l’êtes toutes deux au fond de mon cœur. Vous n’aurez été ni fâchées, ni surprises que j’aie laissé passer quinze jours entiers sans vous écrire. Non-seulement Miladi Reresby vous en a fait mes excuses, que votre bonté vous aura fait agréer, mais la sienne l’a portée, sans doute, à vous rendre compte d’une partie des raisons qui justifient mon silence. Je l’ai priée néanmoins de suspendre elle-même le récit que vous attendez de ce qui s’est passé ici depuis le jour de son arrivée, et de prévenir seulement votre inquiétude, en vous assurant que tout le monde y étoit dans la joie et dans l’espérance du bonheur. D’ailleurs elle n’auroit pu rien apprendre de plus certain, jusqu’au retour de Sir Charles. Les évènemens, quoique liés par un enchaînement admirable, ont été long-tems obscurs pour nous ; et cette seule incertitude m’auroit empêchée de vous mettre l’esprit en suspens par des explications douteuses, quand d’autres obstacles m’auroient laissé le pouvoir d’écrire. à l’arrivée de nos chers amis, il s’est ouvert ici comme une nouvelle scène. La joie qu’ils y ont apportée, étant d’une autre espèce que celle qu’ils y ont trouvé répandue, et que je vous ai représentée dans mes dernières lettres, il ne s’en est pas fait d’abord une communication si libre, que je n’y aie remarqué quelque réserve. Milord et Miladi Reresby sembloient marcher sous les enseignes de l’amour heureux, avec une correspondance mutuelle, des empressemens ouverts, et tous les transports de deux jeunes cœurs, charmés l’un de l’autre. émilie et M Belcher, Miss Holles et mon cousin, plus réservés dans leurs caresses et leurs expressions, mais aussi vifs dans leurs sentimens, ne respiroient que tendresse, ne cessoient pas de se regarder, et ne pouvoient se perdre un moment de vue. Clémentine a paru plus grave. Soit que la tranquillité de son cœur ne s’accommodât point de cet air passionné, soit que, dans les premiers jours, elle ne fût pas encore assez familière avec tant de nouveaux amis, j’ai cru la voir embarrassée du spectacle. Dans les assemblées, à table, elle se prêtoit de bonne grâce aux circonstances : mais dans les promenades, que le beau tems faisoit recommencer plusieurs fois le jour, elle saisissoit la première occasion pour s’écarter, avec Madame Bemont ou mes sœurs. Ensuite, les foiblesses de sa mère, qui continuoient d’être fréquentes, et qu’on ne pouvoit plus lui cacher, l’ont portée à passer près d’elle une grande partie du jour. Sir Charles n’étoit pas là, pour serrer le nœud de la société par ses charmantes conciliations. Moi, j’étois sans cesse à donner des ordres dans toutes les parties d’un vaste château, pour une compagnie si nombreuse. Mes deux sœurs croyoient devoir leur principale attention aux derniers venus. Le comte de Belvedère, quoique sorti du tombeau, et comme éclairé d’un nouveau jour, n’osoit s’approcher de la source de sa vie et de sa lumière, du moins avec une liberté qu’on ne lui accordoit pas encore. Le seigneur Jéronimo étoit aux prises avec ses nouveaux remèdes. Mon oncle avoit entrepris, à ma prière, de conduire secrètement l’ouvrage du parc ; et M édouard Grandisson, revenu de ses anciennes erreurs, mais toujours galant, avoit conçu, dès le premier jour, un goût si vif pour notre chère Nancy, qu’il ne pouvoit s’éloigner d’elle un instant. Ainsi, chacun étoit emporté par ses devoirs ou ses affections ; et dans le commerce général, on en demeuroit aux termes de la politesse et de l’amitié. Il sembloit que tout le monde attendît Sir Charles, pour l’ouverture d’une scène plus vive. Le soir, néanmoins, émilie ne se retiroit pas sans être venue jusqu’à ma chambre, où elle m’entretenoit long-tems du mérite de M Belcher. J’étois charmée de reconnoître à chaque mot, que son cœur en étoit plein. Elle me répétoit vingt fois qu’elle n’avoit pu se défendre de l’aimer, parce qu’elle ne connoissoit point d’homme qui ressemblât mieux à son tuteur ; et la petite flatteuse ajoutoit que, faisant toute son étude de m’imiter, elle ne souhaitoit de lui plaire, qu’autant qu’il lui trouveroit un peu de ressemblance avec moi. Sir Charles arriva le 9, à minuit. Je juge qu’il avoit mesuré sa marche, pour me trouver libre, et recevoir aussi-tôt des informations sur tout ce qui s’étoit passé dans son absence. Après m’avoir expliqué ce qu’il avoit fait lui-même, et m’avoir moins étonnée que ravie de joie, par vingt nouveaux traits de noblesse et de bonté, il écouta fort curieusement ce que j’avois à lui raconter. S’il apprit d’abord, avec une vive satisfaction, l’arrivée de nos amis, et l’air de tendresse qui régnoit entre trois couples d’amans heureux, elle fut un peu diminuée par l’état de la marquise, et par la conduite réservée de Clémentine. Cependant, il ne rabattit rien de ses espérances ; et m’ouvrant son cœur, il me fit le plan de la méthode qu’il alloit employer, jusqu’à la célébration des deux mariages. C’étoient de petites fêtes, qu’il vouloit enchaîner l’une à l’autre, aussi gaies que nos fréquentes alarmes pour la marquise le permettroient. Il se flattoit, me dit-il, qu’elles serviroient également à guérir la mère de ses infirmités, et la fille de sa froideur. Dès le jour suivant, il sut rapprocher entr’eux tous nos jeunes hôtes, par l’agréable reproche de ne vouloir être aimable que pour eux-mêmes, et de donner au penchant particulier, ce qu’ils devoient à la joie commune. Cette guerre qu’il fit aux conversations dérobées, aux promenades détachées, et jusqu’aux signes d’intelligence, ouverts ou secrets, rendit bientôt l’assemblée continuelle, et le commerce plus familier. Clémentine, comprise dans la censure, ne put refuser de paroître avec ses amis, sur-tout lorsque Sir Charles eut engagé la marquise à l’en presser. L’excellente mère, que ses foiblesses prenoient deux ou trois fois le jour, et qui se plaignoit sans cesse d’une violente oppression, mais qui étoit sans fièvre, voulut participer elle-même à des plaisirs dont Sir Charles ne lui avoit pas déguisé le motif. Elle se fit transporter non-seulement au sallon, mais même au jardin ; et la joie se peignoit sur son visage, à la moindre apparence de gaîté qu’elle voyoit à sa fille. La fête du premier jour fut une danse champêtre de nos plus jolies villageoises. Sir Charles, avec si peu de préparation, trouva le secret d’en faire un spectacle charmant. Il est vrai que pour contribuer du moins à la propreté, dans un espace si court, il m’en coûta une partie de mon linge, que je me hâtai de faire distribuer aux danseuses. Miladi G qui présidoit à la danse, brûloit d’en être elle-même, et nous y auroit engagés tous, si, dans la situation de notre chère marquise, la crainte de quelque accident ne l’eût retenue. Mais les jours suivans nous amenèrent des plaisirs d’un autre ordre. Sir Charles ayant fait venir de Londres, avec une extrême diligence, des musiciens, des acteurs, et tout ce qui sert aux fêtes d’éclat, le château de Grandisson prit l’air d’une cour brillante. La moitié du jour se passoit dans le sallon, où l’enjouement du maître et de Miladi G animoit la vivacité de nos jeunes gens. Une partie de l’après-midi étoit donnée à la promenade, qui menoit toujours à quelque terme galant, ou qui offroit quelque divertissement imprévu ; une autre partie au théatre, et le soir à la plus délicieuse musique. De tous ces amusemens, la marquise ne prenoit que ce qu’elle jugeoit convenable à sa santé ; et si le redoublement de son oppression, qui annonçoit ordinairement ses foiblesses, l’obligeoit quelquefois de se retirer, elle défendoit à sa fille de la suivre. La facilité qu’il y avoit à lui faire rappeler ses esprits, commençoit à diminuer notre inquiétude pour ces accidens. Clémentine même étoit rassurée par M Lowther, qui sans oser prononcer sur la cause du mal, garantissoit que les principes de la vie n’étoient point altérés. Dans cette agréable exécution du plan de Sir Charles, je n’ose assurer que toutes ses tentatives aient produit beaucoup d’effet pour le succès de ses vues. à la vérité, Clémentine ne se refusoit à rien, et sembloit goûter particulièrement la musique, qui étoit composée de nos meilleurs instrumens d’Italie. Elle ne rejetoit point le comte de Belvedère, lorsqu’il lui offroit la main pour entrer au sallon, ou pour en sortir. à table, aux spectacles, elle ne marquoit aucun chagrin de le voir placé près d’elle. Elle recevoit ses soins ; elle n’évitoit ni de lui parler, ni de l’entendre. Mais je ne me suis point apperçue qu’elle parût l’écouter d’un air d’intérêt, ni le traiter avec la moindre distinction. Au contraire, elle devenoit muette, lorsque, de concert, dans la vue de le favoriser, on s’éloignoit quelques momens d’eux, et lui, que le changement de son sort ne rendoit pas plus hardi, n’osoit troubler ce grave silence. En vain l’excitions-nous des yeux et des mains : je l’aurois battu dans ces occasions, pour lui délier la langue. Sir Charles n’en auguroit pas plus mal des apparences : je n’en osois porter le même jugement que lui. D’un autre côté, quoique nos jeunes amans se gênassent peu dans leurs empressemens mutuels, on ne remarquoit point que l’attention de Clémentine s’attachât jamais avec complaisance sur cette tendre scène, ni que le bonheur d’autrui parût lui faire sentir qu’il manquoit quelque chose au sien. C’étoit même alors qu’elle prenoit une contenance plus sérieuse, jusqu’à détourner les yeux, et sembler remplie de quelqu’autre objet. Sir Charles expliquoit encore cette conduite en faveur de nos désirs, et je ne pouvois être de son sentiment. Cependant on fit deux observations, qui me laissèrent des doutes. Chacune de nous ayant son amant ou son mari, pour la conduire au jardin, c’étoit le rôle ordinaire du comte de donner la main à Clémentine. Un jour, qu’on se levoit pour sortir, il ne se trouva point au sallon ; et j’ai soupçonné Sir Charles d’avoir choisi exprès ce moment pour nous inviter à la promenade. Il me semble, dit la belle Clémentine, après avoir jeté quelques regards autour d’elle, que je suis menacée aujourd’hui de marcher sans guide. Sir Charles s’empressa aussi-tôt de chercher le comte, le félicita secrètement de son bonheur, nous l’amena comme un coupable, et nous réjouit beaucoup par son embarras et ses excuses. Mais cette aventure avoit encore de l’obscurité pour moi. Un autre jour, Clémentine traversant le parterre, appuyée sur le bras du comte, se laissa prendre à la beauté d’une rose, qu’elle voulut cueillir de sa propre main, et se piqua vivement le doigt. Il en sortit quelques gouttes de sang. Le comte, plus mort que vif, se hâta de les essuyer, en pressant la blessure de son mouchoir, qui se trouva tout sanglant ; et dans cet état il le porta sur sa bouche avec un mouvement passionné. Il est très-certain, et je l’observai moi-même, que Clémentine, frappée apparemment de l’ardeur qu’elle avoit remarquée dans son action, fixa un moment les yeux sur lui avec une langueur tendre, qui ne pouvoit venir d’une ame insensible. Tout le monde en fut témoin comme moi, et fit la même réflexion. Nous feignîmes tous n’avoir rien observé : mais le soir chacun en fit ses félicitations au comte. Je crus entrevoir alors quelques heureux symptômes ; et Sir Charles, déjà persuadé que le cœur de Clémentine se laisseroit vaincre, m’en faisoit attendre d’autres preuves du tems et des circonstances, lorsqu’une catastrophe imprévue vint changer la face du château, nous plonger subitement dans la douleur, ruiner par conséquent notre attente, et nous conduire néanmoins par des voies si tristes, à des excès de bonheur que nous n’osions espérer. Nous étions au septieme jour de nos fêtes, et la galante assemblée revenoit au jardin vers six heures du soir. M Barlet, que nous fûmes surpris de voir seul, et qui sembloit nous chercher des yeux, s’avança vers nous à grands pas. Tout le monde prit le parti de s’arrêter avec d’autant plus d’inquiétude, qu’il ne lui arrivoit guere de se présenter dans ces occasions. Après quelques mots d’excuse, sur le triste avis qu’il nous apportoit, il nous déclara que la marquise étoit à l’extrêmité, qu’il avoit laissé près d’elle le marquis, le prélat et le père Marescotti, et qu’à leur prière, il venoit nous presser de nous rendre à son appartement. Notre consternation fut si profonde, que, sans lui répondre un mot, rompant tout ordre et toute mesure, nous nous précipitâmes vers le château, dont nous n’étions pas fort éloignés. Le comte de Belvedère eut l’attention de passer le bras sous celui de Clémentine, pour la soutenir dans un trouble qui pouvoit l’exposer à quelque danger. Sir Charles me rendit le même office. Nous arrivâmes presqu’ensemble à la porte de l’appartement, où M Lowther nous confirma ce que nous venions d’entendre. La marquise étoit non-seulement sans connoissance, mais sans pouls et sans respiration ; elle étoit tombée dans cet état à la suite de sa dernière foiblesse. On ne lui remarquoit un reste de vie qu’au battement du cœur. En effet, nous étant approchés de son lit, nous la vîmes immobile, avec toute la pâleur de la mort au visage et sur les lèvres ; Clémentine, hors d’elle-même à cette vue, se jeta aux genoux de son père, et poussa mille sanglots, en lui baisant les mains, qu’elle arrosa de ses larmes. Ensuite, remarquant que le prélat et le père Marescotti étoient en prières d’un autre côté, elle se leva brusquement pour aller prendre la même posture auprès d’eux. Jamais les témoignages de la douleur et de la piété ne furent plus vifs et plus touchans. Toute cette scène lugubre fut accompagnée d’un silence qui en redoubloit l’horreur. Cependant, M Lowther s’empressoit autour de la marquise, pour ranimer le peu de forces qui lui restoit. Les apparences d’insensibilité durèrent une heure entière. Enfin, les élixirs et les sels eurent quelque effet. Elle retrouva un rayon de connoissance ; mais avec tant de foiblesse, qu’à peine étoit-elle capable d’ouvrir les yeux. Elle nous apperçut néanmoins. Elle vit sa fille, qui s’étoit aussi-tôt rapprochée de son lit. Alors, l’amour maternel lui rendant la force de tendre la main vers elle, et d’ouvrir la bouche pour prononcer quelques mots, elle lui dit, d’une voix languissante : chère fille ! Idole de la tendresse d’une mère ! Je meurs, vous le voyez ; ne rendrez-vous pas mes derniers momens heureux ? Vous savez à quoi j’aspire, pour votre bonheur et pour le mien. Clémentine, pénétrée jusqu’au fond du cœur, pencha la tête sur la main qu’elle avoit reçue des deux siennes, et ne put répondre que par des larmes. Quoi ! Ma fille ! Reprit la marquise avec un nouvel effort, votre cœur se ferme aux dernières instances d’une mère qui vous adoroit ! Aussi-tôt Clémentine, quittant la main qu’elle soutenoit encore, se tourna vers le marquis ; et les joues baignées de pleurs, qui faisoient rayonner sa beauté : vous l’ordonnez donc, monsieur ; c’est votre volonté, comme celle de ma mère ; elle n’attendit point sa réponse, qu’elle connoissoit assez ; et s’adressant au comte de Belvedère, avec un mêlange de tendresse et de douleur, qui ne faisoit qu’augmenter les grâces sur un si charmant visage : monsieur, lui dit-elle, d’un ton ferme, si vous me jugez digne de vous, je vous donne à jamais mon cœur et ma main, et j’en fais le serment devant Dieu, pour le confirmer au pied de l’autel. Le comte, au plus heureux moment de sa vie, tomba muet à ses pieds. Nos cris de joie auroient succédé, si le triste spectacle d’une chère amie, que nous crûmes expirante, ne nous eût fait rentrer à l’instant dans notre première consternation. à peine Clémentine avoit-elle prononcé son serment, que la marquise poussa un profond soupir, que nous prîmes pour le dernier de sa vie ; et M Lowther, la revoyant sans connoissance et sans mouvement, n’en eut pas d’abord une autre idée. Cet état dura quelques minutes. Mais, lorsqu’on ne pensoit plus qu’à la pleurer, quelles furent notre surprise et notre admiration, de lui voir faire un mouvement des plus vifs, qui fut suivi d’un cri assez fort, pour nous causer quelque effroi ? étrange révolution ! Ce mouvement et ce cri étoient des signes de force et de santé. Elle étendit aussi-tôt les bras hors du lit ; elle avança même la tête, pour nous apprendre, en souriant, qu’elle se croyoit délivrée de tous ses maux : qu’elle venoit d’éprouver un changement qu’elle ne comprenoit pas, et qu’il ne lui restoit que des grâces à rendre au ciel pour une si grande faveur. Tandis que l’étonnement et la joie nous troubloient, jusqu’à nous ôter le pouvoir de lui répondre, M Lowther avoit reconnu que son mal n’avoit été qu’un abcès intérieur, qui avoit causé ses oppressions et ses évanouissemens, et qui, parvenant enfin à son terme naturel, s’étoit heureusement déchargé dans les intestins, par l’agitation extraordinaire que l’engagement de sa fille lui avoit fait éprouver. Il nous demanda un peu de liberté, pour les soins nécessaires à l’évacuation ; et nous pressant de nous retirer, il nous répondit d’une prompte guérison. La marquise, nous voyant sortir, tendit encore les bras vers nous, avec un regard qui exprimoit tous les mouvemens de son cœur. Clémentine, quoiqu’un peu confuse de notre joie et même de nos félicitations, soutint ce nouveau rôle avec une merveilleuse dignité, et ne désavoua rien de ce qu’elle venoit de dire en faveur du comte. Elle souffrit, qu’après s’être jeté à ses pieds, et lui avoir pris la main, qu’il pressa de ses lèvres, il lui fît des remercîmens passionnés, et le vœu d’une éternelle adoration. Sa réponse fut modeste ; mais elle la prononça d’un air sensible et naturel, sans lui refuser la permission qu’il demandoit, de la croire un peu touchée de ses longs tourmens. Nous applaudissions à chaque mot, avec des transports aussi vifs que ceux du comte. Si le cœur de Clémentine avoit commencé à s’attendrir pour lui, elle dut sentir, en ce moment, tous les charmes réunis de l’amour et de l’amitié. Ce jour étoit fait pour les miracles. Il n’y avoit pas une heure que nous avions quitté la marquise ; et M Lowther nous avoit fait assurer qu’après avoir achevé ses opérations, il l’avoit laissée dans un doux sommeil. Nous sommes frappés tout-d’un-coup de cent cris de joie, qui se font entendre à la porte du sallon. C’étoit le seigneur Jéronimo et son sauveur, comme il l’appelle lui-même, qui venoient ensemble, au milieu des acclamations de tous les domestiques du château, nous apprendre, nous montrer que ce cher ami de Sir Charles étoit rétabli, marchoit ferme, et n’avoit plus le moindre ressentiment de ses anciennes douleurs. Quel surcroît de faveurs d’en-haut ! Quel nouveau sujet de transports et de bénédictions ! Le divin Lowther nous raconta qu’ayant beaucoup espéré de sa nouvelle méthode, il avoit été surpris d’en voir les effets si lents ; et que, depuis quelques jours, il avoit craint de n’en pouvoir garantir le succès avant la fin de l’été ; que pour éloigner tout ce qui étoit capable de le retarder, il avoit caché à son malade l’état dangereux de madame la marquise, et défendu rigoureusement qu’il en fût informé ; mais qu’au contraire il n’avoit rien eu de si pressant, après l’heureuse crise et l’engagement de Clémentine, que de lui porter une si douce nouvelle ; qu’il avoit pris le moment, où la joie réveilloit tous ses esprits, pour employer la nouvelle méthode, et qu’en peu d’instans il avoit admiré des effets que nous pouvions vérifier par nos yeux. Là-dessus il nous apprit une curieuse découverte qui s’est faite à Londres, et dont il a conçu le premier qu’il y avoit de l’utilité à tirer pour les infirmités de cette nature. Cher Lowther ! Lui dit Sir Charles, en l’embrassant, les larmes aux yeux ; Athènes et Rome vous auroient bâti des temples. Toute l’assemblée lui fit les mêmes caresses, ou plutôt lui rendit le même culte. Je n’entreprends point de représenter les effusions, ne dois-je pas dire les égaremens de tendresse et de joie, qui nous firent passer délicieusement le reste de ce grand jour ? Jamais, jamais il ne sortira de notre mémoire ; il passera dans celle de nos descendans : il vivra dans les annales du château de Grandisson, jusqu’au dernier jour du monde. Et je ne regrette pas d’avoir donné le nom de miracles à tant d’heureux incidens. Si chacun n’a rien, au fond, qui ne soit dans l’ordre de la nature, ne reconnoîtra-t-on pas, du moins, dans cette merveilleuse chaîne de causes et d’effets, qui s’entre-suivent si rapidement, l’ouvrage sensible de la puissance et de la bonté du ciel ? Le lendemain tout le monde se leva dans une sorte d’ivresse. On ne rencontroit pas un ami sans l’embrasser, un valet sans lui sourire. Personne n’avoit dormi, chacun s’en prenoit aux impressions trop vives de la joie ; et loin d’en être moins frais, ou moins gai, le feu du cœur sortoit par les yeux : on ne respiroit que le badinage et le plaisir. M Lowther ayant déclaré que, jusqu’à midi, il demandoit du repos et de la solitude pour la marquise, on passa une partie du matin à visiter Clémentine, qui reçut les complimens sans embarras, et qui prit même l’air et le ton de la plus noble franchise ; et l’autre, à se parer somptueusement, pour l’heure du sallon, d’où l’on étoit convenu de se rendre, comme en corps, à l’appartement de la marquise, entre deux haies des officiers du château et d’une nombreuse livrée, au bruit des mousquets et des instrumens. Cette visite solennelle, que Sir Charles annonça pour l’ouverture de quelques nouvelles fêtes, se fit avec mille témoignages de reconnoissance pour le ciel, et les plus tendres félicitations pour la marquise. Sir Charles voulut savoir de M Lowther quand elle seroit en état de quitter son lit. Il parut fort satisfait d’entendre que, dès le jour suivant, elle pouvoit paroître au sallon, et se faire porter même au jardin. Le jour suivant, c’étoit aujourd’hui. J’ignorois quelles autres fêtes Sir Charles avoit méditées. Il m’avoit communiqué toutes les mesures qu’il avoit prises, du côté de Londres, pour la célébration du mariage de sa pupille ; et mon oncle n’étant pas venu, sans avoir pris les siennes, pour Miss Holles et M Selby, je comprenois bien que, suivant le premier plan, il pouvoit être question de ces deux mariages, pour animer Clémentine par l’exemple : mais Sir Charles, ayant observé que Nancy n’est pas insensible aux soins de M édouard Grandisson, avoit proposé depuis deux jours une troisième alliance à mon oncle ; et je savois d’eux, que les articles étoient encore à régler. Les nouvelles fêtes me parurent donc un mystère, qui me surprit sans me chagriner. D’ailleurs, mon incertitude dura peu. Après avoir quitté la marquise, Sir Charles me dit que l’édifice du parc étoit achevé ; qu’il ne pouvoit désirer une plus belle occasion, pour en faire l’usage auquel il m’avoit appris qu’il le destinoit ; que la santé de notre chère marquise lui en donnant le pouvoir, il étoit résolu de ne pas remettre la fête plus loin que le jour suivant ; qu’il me prioit de partager avec lui le soin de quelques arrangemens qui restoient à faire. Je lui promis tout mon zèle. En effet, je passai hier l’après-midi et le soir même à suivre le plan qu’il m’avoit tracé. Cependant notre émilie trouva le moyen de me dérober quelques momens. Le mouvement continuel où j’avois été, et le transport secret de divers meubles, que l’usage qu’elle a du château lui avoit fait remarquer, ayant échauffé son imagination, elle s’étoit figuré, d’après le discours de Sir Charles, combiné avec la promesse de Clémentine, que les trois mariages devoient être célébrés aujourd’hui, et qu’on se faisoit un amusement de la tenir dans l’ignorance du sien. Elle vint assez tard à ma chambre, et par quantité de questions, entre-mêlées de flatteries et de caresses, elle parvint à me faire comprendre ses doutes. J’étois fatiguée et prête à me mettre au lit. Allez, lui dis-je, allez, petite badine, et me laissez dormir. Le jour que vous désirez arrivera ; mais ce n’est pas demain. Elle parut un peu confuse de ma réponse. Cependant s’étant remise aussi-tôt, et baissant les yeux : si c’eût été pour demain, reprit-elle avec la naïveté que vous lui connoissez, j’avois une grâce à vous demander. Et quelle grâce, chère émilie ? De m’apprendre ce que doit faire une honnête femme, pour se conserver toute sa vie l’affection d’un homme. Son ingénuité me toucha. Vous êtes charmante ! Lui dis-je en l’embrassant de toutes mes forces. Il est trop tard, ma chère, pour entrer dans une si grande question : mais, en deux mots, soyez toujours telle que vous êtes, je veux dire, telle que vous paroissez à M Belcher, depuis qu’il vous aime : on ne cesse pas d’aimer ce qui ne cesse pas de paroître aimable. J’y joins, ajoutai-je, ce que je me souviens d’avoir entendu répéter cent fois à la sage Madame Sherley : la complaisance, l’égalité d’humeur et la propreté, sont trois chaînes dont un cœur amoureux ne sort jamais. Je la congédiai, fort satisfaite de cette réponse ; et je me livrai au plus doux sommeil. C’est donc aujourd’hui, ma chère grand’maman, c’est aujourd’hui, ma chère tante, que vous devez vous représenter une compagnie brillante, sortant du château de Grandisson, à dix heures du matin, dans la vue, annoncée par Sir Charles, de faire une promenade, dont personne ne connoissoit encore le terme. Quoique le chemin ne soit pas d’une extrême longueur jusqu’au nouvel édifice, il avoit ordonné des caleches, et d’autres voitures, pour nous conduire par divers détours à de belles routes qu’il avoit fait ouvrir dans le parc. En entrant dans celle qui fait face à son ouvrage, tout le monde a paru aussi surpris, qu’il s’y étoit attendu, de la voir terminée par un magnifique amas de colonnes, dont on ne pouvoit encore démêler la distribution à cette distance. Mais, à mesure qu’on avançoit, ce chaos, venant à s’éclaircir, a laissé distinguer sur une petite élévation un périptère ovale, qui occupe dans son plus grand diamètre toute la largeur de l’allée, et donne un passage libre à la vue par-dessus le bois, entre les deux premières colonnes de chaque face, vers des plaines et des montagnes fort éloignées. Toutes les colonnes sont de marbre blanc, et du plus bel ordre d’architecture, avec leurs chapiteaux à feuilles et à volutes dorées. Elles soutiennent un petit dôme, peint d’un mêlange bien entendu d’or et d’azur, et surmonté d’une statue de marbre, et de la même blancheur que les colonnes, qui se fait reconnoître à ses attributs, pour la divinité qui préside aux sentimens du cœur. Le frontispice offre un marbre noir avec cette inscription en lettres d’or : temple de l’amitié. Des deux côtés, dans l’enfoncement du bois, on voit deux loges de maçonnerie, pour les usages ordinaires du service. Nous sommes descendus à vingt pas de ce beau lieu, pour en admirer la richesse et l’élégance. Aussi-tôt les instrumens, qui étoient cachés dans l’épaisseur du bois, nous ont salués de leur plus douce harmonie. L’empressement a paru égal, pour monter au temple par trois degrés de marbre blanc, qui règnent autour du périptère : l’intérieur est pavé du même marbre. Mais je ne céderai point à l’envie de grossir ma lettre par une description plus étendue. Si nos vœux sont exaucés, vous n’aurez bientôt que vos propres yeux à consulter. Les peintures, les bas-reliefs et les statues représentent l’amitié sous diverses formes, et sont autant d’allusions à tous les évènemens que vous avez appris par mes lettres. Les plus mémorables circonstances y sont même au naturel avec un air de force et de vérité, que des connoisseurs italiens ne s’attendoient point de trouver dans notre patrie. Après nous avoir laissé donner quelque tems à l’admiration, Sir Charles, comme impatient d’être entendu, a proposé à la compagnie de s’asseoir, et nous a demandé un moment d’attention. Il a rappelé, par quelques images nobles et touchantes, une partie des faveurs dont il se croyoit redevable à la générosité d’une race illustre. Il a joint à cette exposition un court éloge des vertus qu’il y avoit admirées dans les deux sexes ; et jetant un regard majestueux sur l’assemblée : " voilà, nous a-t-il dit, ce que j’ai voulu célébrer dans ce lieu champêtre, dont la simplicité convient à celle de mon caractère et de mes sentimens. Telle est la fête que je vous y avois annoncée ". Ensuite, levant les yeux vers le dôme, où ses chers amis étoient répétés dans plusieurs grouppes, il a paru saisi d’une sorte d’enthousiasme, qui sembloit donner une splendeur extraordinaire à son visage : " murs naissans ! A-t-il repris d’une voix plus forte, avec cette éloquence dont il semble, comme de tous ses autres talens, que la nature l’ait partagé dans un jour de profusion ; voûte muette ! Témoins de ma reconnoissance pour tant de bienfaits, et de mon admiration pour tant de vertus, c’est à ces divinités que je vous consacre sous le tendre et respectable nom d’amitié. Elles y seront honorées jusqu’à mon dernier soupir. Elles y auront pour ministre, avec des appointemens dignes du culte, le jeune page édouard, guide fidèle d’un heureux voyage. Jamais je ne ferai de séjour au château de Grandisson, l’héritage de mes pères, sans venir passer ici quelques momens avec la plus chère moitié de moi-même, et tous les amis que j’y pourrai rassembler, pour y adorer au fond de mon cœur tout ce que je respecte et que j’aime. Ainsi le ciel puisse m’écouter à la dernière heure de ma vie ! " après ce noble serment, qui nous a tous attendris jusqu’aux larmes, il a pris un air plus riant, pour demander, en faveur de son nouveau temple, dont il vouloit faire un vrai centre de tendresse et d’union, que les quatre mariages y fussent célébrés, et que la marquise en fixât le jour. " quatre, a-t-il dit ; c’est qu’au mariage de mon émilie et de Miss Holles, nous joindrons celui de Miss Nancy Selby, qui ne m’en désavouera point, a-t-il ajouté, en la regardant avec un sourire : et c’est ainsi que notre Angleterre doit répondre à l’honneur qu’elle reçoit de celui d’une illustre et vertueuse… Clémentine avoit déjà témoigné à sa mère qu’elle souhaitoit que le sien fût remis à Boulogne ". Elle a compris l’adresse de Sir Charles ; et l’interrompant avec quelqu’embarras : " monsieur, la différence des religions et la seule bienséance… " il n’a pas fait difficulté de l’interrompre à son tour : " mademoiselle, j’ai prévu ces deux objections, et vous péserez vous-même ce que j’ai la hardiesse d’y opposer. M l’évêque de Nocera, votre frère, qui jouit ici, comme à Rome, de tous les droits de son rang, lève la difficulté de religion ; et l’avantage de retourner à Boulogne avec un mari de votre choix, répond à tous les scrupules de bienséance ". Il s’est tû. Clémentine a senti la force de cette dernière idée : elle n’a pas repliqué ; et son silence a passé pour un consentement. La marquise a fixé le jour de la célébration au premier de juillet. Aussi-tôt un signe de Sir Charles a fait entendre les plus éclatantes fanfares, et partir autour du temple des centaines de fusées, suivies d’un feu d’artifice au fond de la perspective, dans une si sombre allée du bois, que la lumière du jour n’a fait presque rien perdre à celle des étincelles et des flammes. L’attention qu’on devoit encore à la santé de la marquise, n’avoit pas permis de mettre la fête au soir. On a pris le tems de ce spectacle, pour servir un magnifique dîner ; mais je passe sur une scène commune, qui n’a rien de remarquable que la joie dont elle étoit animée. à peine la table a disparu, que Miladi G de concert sans doute avec Sir Charles, de l’air enjoué qui ne la quitte jamais, a proposé de danser. On s’est regardé. Sir Charles s’est baissé vers la marquise. Enfin, se levant, il a présenté la main à Clémentine, qui ne s’est pas faite presser pour donner la sienne. Ils ont ouvert le bal. à la majesté, comme aux grâces de leur figure, on les auroit pris pour les dieux du temple. Après eux, j’ai dansé avec le comte de Belvedère ; et vous jugez avec quelle ardeur tous nos jeunes gens ont suivi l’exemple. Mon infatigable belle-sœur, toujours la première à sauter, comme à rire, a bientôt parlé de contre-danses. On s’est partagé, on s’est pris, on s’est mis en mouvement avec une vivacité que je désespère d’exprimer. Sir Charles, dans une danse qui le mettoit au bout de la chaîne, a formé un cercle, qu’il est parvenu à rétrécir, en tournant sur l’autre bout ; de sorte que les danseurs du centre se sont trouvés pris entre les premiers. Dans cette situation, où nous étions fort serrés, il s’est écrié affectueusement, en nous serrant de ses deux bras : " divine amitié ! Descends, confirme à jamais l’union de tant de cœurs tendres, et faits pour s’aimer ". Le prélat, le père Marescotti, et M Barlet, qui étoient assis depuis deux heures, à considérer tranquillement nos tendres folies, n’ont pu résister à ce spectacle. Ils se sont levés avec une vive émotion ; ils ont tendu les mains vers le ciel, en le conjurant ensemble d’écouter la prière de Sir Charles, et de répandre sur nous ses plus précieuses bénédictions. Il étoit tems de retourner au château. On s’est assis pour reprendre haleine. Pendant la danse, les yeux du marquis avoient été sans cesse attachés sur les décorations du temple. Lorsqu’il nous a vus tranquilles, se tournant vers Sir Charles, il me vient, lui a-t-il dit, une idée pour laquelle je souhaite de ne pas vous trouver d’éloignement. C’est de vous demander un plan de ce bel ouvrage. Mon dessein est de le faire exécuter à Boulogne, d’en confier la garde à Camille et à Laure, et d’y rassembler quelquefois ma famille, pour y célébrer aussi les miracles de notre amitié. Que pensez-vous de cette imagination ? " je l’adore, a répondu Sir Charles. Elle est si conforme à mes propres plaisirs, que jugeant des vôtres, et pour vous épargner de l’embarras, j’ai fait prendre le devant aux matériaux, c’est-à-dire, a-t-il ajouté modestement, qu’ayant fait faire le double de tout ce qui est entré dans la construction de cet édifice, j’en ai chargé un vaisseau, sous la conduite d’un homme entendu, qui m’a suivi dans tous mes voyages, et qui connoît la disposition de votre jardin. Ainsi, vous y trouverez, à votre retour, le même temple, avec tous ses ornemens ". Le marquis et toute l’assemblée sont demeurés confondus. J’entendois l’évêque de Nocera, qui disoit autour de lui : " étrange mortel ! Est-ce donc le dieu de la grandeur d’ame et de la bonté " ? Moi-même, j’avois ignoré ce nouveau trait de galanterie, et je ne revenois pas de mon admiration. Enfin, nous sommes rentrés dans nos voitures. J’étois avec mon cher Sir Charles, avec le plus grand des hommes. Il m’a dit, en revenant, qu’il ne manquoit, à la perfection de notre joie, que d’avoir ici Madame Sherley et Madame Selby, pour le jour de la célébration. J’ai saisi fort ardemment cette ouverture. J’ai promis, ma chère grand’maman et ma chère tante, de vous la faire dès aujourd’hui, et d’y joindre mes vives instances. Qu’y pourriez-vous opposer ? Mon oncle ira vous prendre lui-même, dans une voiture commode : il partira dès demain. Venez voir une légion de cœurs heureux : venez

applaudir à notre bonheur. Vous, images vivantes de la vertu et de l’amitié, venez les honorer dans leur temple. On ne m’a donné que deux heures, pour mon récit et mon invitation. Elles ne font qu’expirer, et j’entends déjà du mouvement à ma porte. On frappe… je vais, je vais. C’est une jeunesse ivre de joie, qui ne me fera pas grâce d’une minute. Je distingue la voix d’émilie… encore ?… oui, oui, je vais, je descends. Vous voyez, ma chère grand’maman et ma chère tante, qu’à peine me laisse-t-on le tems de me dire, avec les plus profonds sentimens de tendresse et de vénération, votre, etc.

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