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Miss Byron, à Miss Selby.
2 février. Sir Roland vint lui-même hier au matin, rendre sa première visite à M Reves ; mais avant que de s’expliquer sur les motifs qui l’amenoient, il demanda la permission de me voir. Je ne le connoissois point encore. Nous étions à déjeûner. Miss Allestris, Miss Bramber et Miss Dolyngs, qui est une jeune personne de mérite, étoient avec nous. M Reves introduisit le vieux chevalier gallois avec les civilités ordinaires, mais sans lui faire connoître laquelle de nous étoit Miss Byron. Aussi ne dit-il pas un mot en s’asseyant ; mais nous ayant egardée tour à tour et fixant les yeux sur Miss Allestris, il poussa M Reves par le coude. M Reves gardoit le silence. Sir Roland, qui a la vue courte, continua de la promener, en se ridant le front, sur Miss Bramber et sur Miss Dolyngs ; et lorsqu’elle fut tombée sur moi, il dit quelques mots à l’oreille de M Reves. On lui servit du thé, qu’il reçut avec un air d’impatience et d’incertitude. Enfin, prenant M Reves par un des boutons de son habit, il lui dit qu’il avoit à l’entretenir un moment. Ils sortirent ensemble ; non, je ne me trompe point, commença vivement le chevalier, sans quitter le bouton qu’il tenoit. écoutez-moi, M Reves ; j’aime mon neveu comme moi-même. Je ne vis que pour lui. Il a toujours été respectueux pour son oncle. Si c’est Miss Byron qui est assise à droite de Madame Reves, avec une contenance angélique, les yeux brillans, de bonne humeur, et le visage aussi fleuri que le printems, l’affaire est faite. Je donne mon consentement. Quoique je n’aie pas encore entendu sortir un mot de sa bouche, je suis sûr qu’elle est toute esprit. Mon neveu n’en aura point d’autre. Les trois jeunes personnes qui sont avec elle, paroissent très-agréables ; mais si c’est pour celle dont je parle que mon neveu a pris de l’inclination, il n’en aura point d’autre. Qu’elle va briller parmi nos dames de Caermarhen ! Et cependant le pays de Caermarhen en a de charmantes. Dites, M Reves, me suis-je trompé sur la flamme de mon neveu ? La flamme, n’est-ce pas ainsi que cela s’appelle à Londres ? M Reves lui répondit qu’il ne se trompoit pas, et que c’étoit Miss Byron. Ensuite avec la partialité qu’il a toujours pour moi, il ne consulta que son cœur pour commencer mon éloge. Grâce au ciel, grâce au ciel, s’écria le vieux chevalier. Rentrons, retournons près d’elle, je veux dire quelque chose qui l’engage à parler. Qu’elle ne craigne point, je ne dirai rien qui puisse lui causer de l’embarras. Si sa voix répond à tout le reste, je m’attends que ce sera toute harmonie. Le son de sa voix, entendez-vous, M Reves ? Me fait juger du cœur, de l’ame et du caractère de ce sexe. C’est une découverte que je ne dois qu’à moi-même. Rentrons, rentrons, je vous en supplie. Il s’étoit si peu éloigné de la porte, que nous avions entendu assez distinctement ce prélude. Ils reprirent leurs chaises, après quelques excuses que Sir Roland crut nous devoir, pour avoir pris M Reves à l’écart. Ici, ma chère, ne comptez pas que je puisse me rappeler une des plus singulières conversations qui furent jamais. Les questions du vieux gentilhomme, les bons mots de son ami, les fines plaisanteries de sa province, les expressions de sa tendresse pour son neveu et de son admiration pour moi, nous formèrent une scène à laquelle je ne puis rien comparer. Il voulut savoir si mes affections n’étoient pas engagées, et je lui répondis naturellement qu’elles ne l’étoient pas. Il jugea que mon âge ne devoit pas passer seize ans, et j’eus beaucoup de peine à lui persuader que j’approchois de vingt ; alors il se reprocha de n’avoir pas remarqué qu’avec tant de bonnes qualités, je ne pouvois avoir moins de vingt ans : mais lorsqu’à l’occasion de son neveu, j’eus ajouté que mon dessein étoit de ne me marier qu’à vingt-quatre, ce fut une autre profusion de raisonnemens, pour établir que j’avois raison, et pour me prouver néanmoins que je ne l’avois pas. Entre ses preuves, le bien de son neveu ne fut pas oublié. Nous apprîmes, par des calculs fort précis, que M Fouler jouit actuellement de deux mille livres sterlings de rente, et que l’intention de son oncle est d’y en joindre autant pour son mariage, en lui assurant par contrat le reste de sa succession. Sir Roland, ma chère, a pris autant de passion pour moi que son neveu. Il me trouve plus adorable que toutes les autres femmes ensemble. Cependant, comme il se rend justice sur son âge et qu’il aime son neveu plus que lui-même, il fera violence aux sentimens qu’il a conçus pour moi ; il se contentera du bonheur d’être mon oncle. Le déjeûner étant fini, et Madame Reves nous ayant proposé de repasser dans son appartement, nous le laissâmes avec M Reves, auquel il ouvrit entièrement son cœur avec de fortes instances pour l’engager dans les intérêts de son neveu. Ensuite, il auroit souhaité d’obtenir de moi ce qu’il nomme une audience particulière ; mais nos trois jeunes amies ayant pris congé de nous, et Madame Reves étant passée à sa toilette, j’employai le même prétexte pour m’excuser. Il demanda du moins la permission de revenir le jour suivant. M Reves lui déclara que nous avions divers engagemens jusqu’au lundi. Enfin le bon chevalier se réduisit à l’espérance de me revoir lundi matin, et renouvela toutes ses instances à M Reves. Ainsi, ma chère, vous avez un long récit de tout ce qui regarde mon nouvel adorateur, puisque les hommes prennent ce titre jusqu’à ce qu’ils soient devenus nos maîtres. C’est aujourd’hui vendredi. Nous sommes invités à dîner chez Miladi Williams. Si le jour me fournit quelque chose d’amusant pour ma première lettre, je ne laisserai rien échapper qui vous puisse plaire.