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Miss Byron, à Miss Selby.
6 janvier. Vous me dites, ma chère, que M Greville sera dans peu de jours à Londres ; je ne saurois l’empêcher. Vous ajoutez qu’il donne ses affaires pour prétexte, et que sous ce voile il se propose de n’être pas ici moins d’un mois, et d’y prendre part aux amusemens publics : fort bien. Il en est assurément le maître ; cependant j’espère qu’il ne me compte ni parmi ses affaires, ni parmi ses amusemens. Après une ou deux visites en faveur du voisinage, je me propose à mon tour de ne pas souffrir qu’il vienne me tourmenter. Ce qui est arrivé entre M Fenwich et lui m’a causé assez de peine, et ne m’a que trop exposée. Une femme qui a malheureusement été l’occasion d’un combat entre deux hommes, doit penser d’une manière bien étrange, quoiqu’elle n’ait rien à se reprocher, s’il ne lui paroît pas que ses aventures font trop de bruit dans le monde. Combien de gens ont pris occasion de la témérité de ces deux hommes pour me regarder avec étonnement ? Et quel n’a pas été l’embarras de mon oncle et de M Deane, pour les amener au bizarre compromis par lequel ils se sont engagés, malgré tout ce que j’ai pu leur dire, à me tourmenter de concert, comme le seul moyen de sauver la vie à l’un des deux ? Méthode admirable pour gagner l’affection d’une femme ! Et ne dois-je pas tout craindre de cet exemple, si Sir Hargrave persiste dans ses dispositions ? M Greville est un emporté ; et le chevalier Allestris nous a dit que Sir Hargrave ne manque pas de résolution. Je suppose que M Fenwich fera aussi le voyage, si l’autre ne change pas de dessein. Je vous demande en grâce, ma chère Lucie, de leur déclarer… cependant, leur dire que je n’ai aucun penchant à les voir, et que j’en éviterai l’ocasion, si je puis, c’est leur donner une importance qui me chagrine encore plus ; et l’un se couvrant du prétexte de ses affaires, si je refuse les visites avant qu’elles soient offertes, il paroîtra, dans l’interprétation d’un homme aussi présomptueux que M Greville, que je me compte moi-même entre les affaires qui peuvent l’amener : ils prendront le parti qui leur plaira. S’ils sont résolus de m’obséder dans les assemblées publiques, grâces au ciel, je n’ai pas tant d’empressement à me montrer que je ne puisse me dispenser souvent d’y paroître. Mais on me fait avertir que Sir Rowland Meredith demande à me voir ; ce bon chevalier, ma chère, le vieux Sir Rowland. On me dit qu’il est en habit neuf, à boutons et boutonnières d’or, en grande perruque à pleines boucles, et que son neveu, qui est avec lui, est dans tout l’éclat d’un jour de nôces. Comment s’y prendre avec l’oncle et le neveu ? Me direz-vous, ma chère, ce qu’il y a dans les déclarations de ce sexe, et pourquoi les plus indifférens ne laissent pas de causer quelques agitations ? Mais c’est qu’il en coûte toujours pour rejeter les civilités qui semblent partir d’une affection si vive. On me presse de descendre. Je ne vous quitte pas pour long-tems. lundi 6, au soir.
en descendant, ma chère, j’ai entendu le bon Sir Rowland qui s’avançoit dans l’antichambre, qui disoit à M Fouler : voyez, mon neveu, ce que vous allez dire à la prime-vère de votre cœur ; et s’adressant apparemment à M Reves, j’ai entendu qu’il disoit aussi, c’est, monsieur, qu’en Caermarthen nous avons à présent la saison des primes-veres. M Fouler, par un effort de complaisance, est venu au-devant de moi jusqu’au bas de l’escalier. Le chevalier, demeurant à la porte de l’antichambre avec M Reves, a fait un petit signe de tête, accompagné d’un sourire, comme s’il avoit dit : laissons à mon neveu l’honneur de la première galanterie. Je n’ai pas été peu surprise de me voir prendre la main par celle de M Fouler, et d’un air assez hardi, qui venoit sans doute de l’encouragement qu’il avoit reçu ; il m’a conduite près d’un fauteuil, il m’a fait une profonde révérence, que je lui ai rendue, et je crois avoir marqué un peu plus d’embarras qu’à l’ordinaire. Votre serviteur, mademoiselle, m’a dit le vieux chevalier. Elle embellit tous les jours, a-t-il ajouté. Que cette rougeur sied bien à ce beau visage ! Mais pardon, mademoiselle, mon intention n’est pas de vous embarrasser. Toujours une plume en main, a dit Madame Reves, qui étoit aussi présente : vous nous manquez bien souvent, Miss Byron. Il paroît que le dessein de Madame Reves étoit de me donner le tems de me remettre. J’étois à finir quelques lettres, ai-je répondu ; vous savez quelle régularité on exige de moi. Nous serions bien fâchés, mademoiselle, a repris le chevalier en se baissant jusqu’à terre, que vous vous fussiez hâtée de descendre. Je l’ai regardé fixement ; mais, ne s’appercevant pas qu’il eût pensé à mettre de la finesse dans ce langage, je n’ai pas voulu lui en faire naître l’idée par une réponse trop vive. M Fouler, qui avoit fait un effort extraordinaire, s’est assis, a toussé, et s’est tenu les jambes croisées sans rien dire, jetant néanmoins les yeux sur son oncle, comme pour savoir si c’étoit son tour à parler. La conversation est tombée sur le froid ; l’oncle et le neveu ont commencé à se frotter les mains, et se sont approchés du feu, comme si le froid avoit augmenté, d’en parler. Ils ont toussé plusieurs fois, en se regardant tour-à-tour : enfin ils nous ont entretenues d’une nouvelle maison qu’ils ont fait bâtir depuis peu en Caermarthen, et des meubles qu’ils y ont mis. De là, ils sont passés à leurs voisins, dont ils nous ont dit beaucoup de bien ; et nous sommes à présent fort bien informés du caractère de sept ou huit honnêtes gens, dont nous n’avons jamais entendu les noms : tout cela, comme vous vous l’imaginez, pour nous faire comprendre de quelle distinction les Meredith sont dans le pays de Caermarthen. Le chevalier en a pris occasion de nous faire le récit d’un entretien qu’il eut un jour avec Milord Mansell, dans lequel ce brave seigneur le félicita de l’avantage qu’il avoit de jouir d’un revenu clair et net de trois mille livres sterlings, en belles terres, sans parler de beaucoup d’argent comptant, dont le même seigneur supposoit qu’il emploieroit une partie à faire élire son neveu membre du parlement pour le comté ; mais il nous a répété aussi la sage réponse qu’il fit à ce compliment : ce n’étoit pas son dessein, et le goût de ces élections, qui ont ruiné quantité de bonnes familles, ne valoit pas mieux à son avis que la passion du jeu. Ce détail amusant nous ayant conduit fort loin, le chevalier crut nous avoir fait prendre une assez haute idée de ses richesses et de sa considération, il s’est approché, après avoir fait signe des yeux à M Fouler de sortir un moment ; alors il a commencé à m’étaler toutes les bonnes qualités de son neveu ; il m’a déclaré la vive passion qu’il a conçue pour moi ; il m’a suppliée d’encourager par mes bontés un jeune homme si digne de moi, si bien élevé, si noble, dont il veut faire son unique héritier, et pour lequel il est résolu de faire à ma considération ce que dans toute sa vie il ne feroit pas en faveur de toute autre femme. à des propositions si sérieuses, il n’étoit pas permis de répondre avec l’air badin dont on ne peut guères se défendre dans la première visite qu’on reçoit du chevalier Rowland Meredith. J’étois fâchée de me trouver presqu’aussi embarrassée, aussi muette, aussi sotte que si j’avois pensé à marquer du goût pour les vues de M Fouler. M et Madame Reves sembloient prendre plaisir à me voir dans cette situation ; le chevalier m’a paru prêt à nous entonner une chanson gauloise et à danser de joie. Dans ce transport, il m’a demandé s’il appeleroit son neveu, pour confirmer tout ce qu’il m’avoit dit, et pour répandre son ame entière à mes pieds ? Il n’est qu’un peu timide, m’a-t-il dit. Il me garantissoit que la moindre faveur de ma bouche en feroit un homme. Permettez, a-t-il ajouté, avec le même feu, permettez que je l’appelle. Je vais le chercher moi-même ; et le bon vieillard alloit partir. Je me suis hâtée de répondre. Un mot, s’il vous plaît, m le chevalier, avant que M Fouler nous fasse l’honneur de rentrer. Vous vous êtes expliqué avec toute l’honnêteté possible, et je vous suis aussi obligée qu’à M Fouler, de l’idée que vous avez de moi. Mais ce que vous me proposez, est impossible. Comment impossible ! Non, non, mademoiselle, rien ne l’est moins assurément. Vous aurez la bonté de nous accorder du tems pour quelques visites, qui vous remettront en état de reconnoître les bonnes qualités et le jugement de mon neveu. Vous serez convaincue par sa propre bouche, par son cœur, par son ame, dois-je dire, de l’amour qu’il a pour vous. Ce n’est point à lui que le tems est nécessaire. Le pauvre jeune homme est fixé, à jamais fixé. Mais, chère miss, au nom du ciel ! Dites que vous prendrez une semaine, quelques jours pour réfléchir à ce que vous pouvez, ce que vous voulez répondre. C’est tout ce que je demande aujourd’hui, mademoiselle : ou plutôt tout ce que je puis vous accorder moi-même. Sir Rowland, ai-je repris, je ne puis douter que dans quelques jours, dans une semaine, mes dispositions ne soient telles qu’aujourd’hui. Il m’a interrompue par des exclamations, par des plaintes et des reproches fort tendres, qu’il adressoit tantôt à moi, tantôt à M et Madame Reves. Enfin, m’ayant à peine laissé le tems de répéter que c’étoit une chose impossible, et que par estime pour son neveu, qui me paroissoit en mériter beaucoup, je lui conseillois de l’engager absolument de changer de vues, parce que je n’aimois point à faire le tourment d’un cœur honnête ; ses sentimens pour moi se sont échauffés sur cette expression, il s’est laissé emporter par ses regrets, par son admiration et sa tendresse, jusqu’à prendre le ciel à témoin que si je voulois être sa nièce, et lui accorder seulement le plaisir de me voir une fois tous les jours, il se réduiroit à cent livres sterlings de rente, et m’abandonneroit tout ce qu’il possédoit au monde. Ses yeux étoit mouillés de larmes, son visage enflammé, et l’honnêteté brilloit sur son visage. Généreux homme ! N’ai je pu m’empêcher de répondre. J’étois vivement touchée. Je suis passée dans une autre chambre ; mais étant revenue aussi-tôt, j’ai trouvé Sir Rowland, son mouchoir à la main, qui sollicitoit M et Madame Reves, avec les plus fortes instances. Il avoit fait aussi tant d’impression sur eux, qu’ils n’ont pu refuser de me dire quelques mots en sa faveur. Le chevalier a proposé alors de faire paroître son neveu, afin qu’il pût parler pour lui-même. Il vouloit absolument l’appeler. Non, monsieur, lui ai-je dit, vous êtes un excellent avocat. Assurez M Fouler que j’ai deux raisons de l’estimer ; son propre mérite et celui de son oncle ; mais je vous le demande encore, épargnez-moi la peine de désobliger un homme que j’estime. J’ai toute la reconnoissance possible pour l’opinion qu’il a de moi, je lui en devrai plus encore, s’il accepte mes remercîmens, comme le seul retour que je suis capable de lui offrir. Chère Miss Byron, m’a dit M Reves, vous pourriez prendre du moins quelques jours pour y penser. Que faites-vous ? Lui ai je répondu. Vous augmentez les difficultés. C’est de votre bonté que je me plains ; mais ne voyez-vous pas que Sir Rowland me prend déjà pour une cruelle ? Cependant mon caractère est bien éloigné de la cruauté. Je fais mon bonheur de celui d’autrui. Je voudrois égaler Sir Rowland en générosité. Qu’il me demande quelque chose qui ne soit pas moi-même, et je m’efforcerai de l’obliger. Mes réponses mêmes, ne faisant qu’animer son obstination, il a protesté qu’il ne perdroit pas l’espérance, tandis qu’il ne me verroit pas d’autre engagement. Qu’on me fasse connoître une femme du même ordre, a-t-il ajouté, et je renoncerai à Miss Byron. Elle prendra du tems pour y penser. De grâce, mademoiselle… mais je vais appeler mon neveu ; et dans ce transport il est sorti fort à la hâte, comme s’il eût apréhendé que je ne le retinsse encore. M et Madame Reves ont commencé leurs représentations ; mais avant que j’aie pu leur répondre, le chevalier est rentré avec son neveu. M Fouler m’a saluée de l’air le plus respectueux. Il paroissoit plus abattu que lorsqu’il étoit venu me donner la main à mon arrivée. Son oncle l’avoit instruit de ce qui s’étoit passé. On étoit prêt à s’asseoir, lorsque le chevalier a prié M Reves de lui accorder un moment d’entretien ; mais il ne l’a pas pris par le bouton, comme dans sa premiere visite. Ils sont sortis ensemble. Madame Reves a jugé à propos de sortir aussi, par une autre porte, et je me suis trouvée seule avec M Fouler. Nous sommes demeurés en silence pendant trois ou quatre minutes. Il m’a semblé que je ne devois pas commencer. M Fouler ne savoit comment le faire. Il a pris la peine d’avancer sa chaise près de la mienne ; ensuite il s’est un peu reculé. Il s’est rapproché encore : il a tiré ses manchettes, et toussé deux ou trois fois. Enfin sa bouche s’est ouverte, pour me dire que je ne pouvois manquer de m’appercevoir de sa confusion… de son trouble,… que sa confusion étoit extrême, et que tout venoit de son respect, de son profond respect pour moi. Il a toussé encore deux fois, et sa bouche s’est fermée. Je n’ai pu prendre plaisir à jouir de l’embarras d’un homme si modeste. Chaque trait de son visage étoit en travail ; ses mains et ses genoux trembloient. ô ma chère ! Quel est le pouvoir de l’amour, si des agitations si violentes sont l’effet naturel de cette passion ! Monsieur, ai-je répondu… Sir Rowland vient de m’apprendre la bonne opinion que vous avez de moi. Je vous en suis obligée. J’ai dit à Sir Rowland… ah ! Mademoiselle, a-t-il interrompu d’un air plus ferme ! Ne répétez pas ce que vous avez dit à mon oncle, il ne m’en a que trop informé. Je me reconnois indigne de vous ; mais je n’en suis pas plus libre de renoncer à votre faveur. Celui qui sait où son bonheur consiste, est-il maître de ne le pas chercher à toute sorte de prix ? Ce que je puis dire, c’est que je suis le plus malheureux de tous les hommes, si vous ne me laissez pas l’espoir… je l’ai interrompu à mon tour, pour le prier de ne pas nourrir des sentimens auxquels il m’étoit impossible de répondre. Il a poussé un profond soupir. On m’avoit assuré, a-t-il repris, que votre cœur, mademoiselle, étoit sans engagement ; c’est là-dessus que j’ai fondé mes présomptueuses espérances. Je lui ai dit naturellement qu’on ne l’avoit point trompé, et que je n’ai point encore vu l’homme avec lequel je puisse souhaiter d’être engagée par les nœuds du mariage. M Fouler en a conclu qu’il pouvoit donc espérer du tems, de ses assiduités, de son respect, de sa passion sans bornes… ô M Fouler, lui ai-je dit, ne me croyez ni ingrate, ni insensible : mais les jours et les années ne peuvent apporter de changement dans un cas de cette nature. Je ne me sens capable que de vous estimer. Mais vous avez donc vu quelqu’un, mademoiselle, pour qui vous croyez pouvoir prendre des sentimens plus favorables que pour moi ? Cette question étoit pressante, et j’aurois pu me dispenser d’y répondre. Cependant je lui ai répété que je n’avois encore vu personne dont je pusse désirer de faire mon mari. Il a baissé les yeux avec un soupir. J’ai ajouté : M Fouler va reconnoître à ma franchise, l’excellente opinion que j’ai de lui ; je lui avouerai que parmi tous les hommes que j’ai vus, s’il y en avoit un pour qui je pusse concevoir des sentimens que je n’ai jamais eus pour personne, ce seroit un voisin de ma famille, qui a fait profession de m’aimer depuis mon enfance ; homme d’honneur, vertueux, modeste, tel que je crois M Fouler. Sa fortune, à la vérité, n’est pas si considérable que celle du neveu de Sir Rowland Meredith ; mais comme il n’y a point d’autre raison qui puisse me faire préférer M Fouler à lui, seroit-il fort honorable pour moi d’accorder cette préférence à la fortune ? Je compte, monsieur, que vous userez généreusement de ma franchise. Il ne conviendroit point que la personne dont je parle en fût informée, non-seulement pour lui, à qui je ne serai jamais rien ; mais pour vous-même, avec qui je me suis expliquée si librement. Il a répété qu’il étoit le plus malheureux de tous les hommes, mais qu’il osoit espérer du moins, que je lui permettrois de revoir quelquefois son ami M Reves. Je lui ai dit que je n’avois aucun droit de my opposer, pourvu que ses visites n’eussent point de rapport à moi ; et je lui ai promis que lorsqu’il s’en tiendroit à la civilité simple, sans me rien demander au-delà, je le regarderois toujours comme un homme dont l’estime me faisoit honneur. Il s’est levé, avec toutes les apparences d’une profonde tristesse. Il a tiré son mouchoir. Il s’est promené dans la chambre en soupirant, et je m’imagine que ses soupirs étoient plus sincères que ceux de Greville. Ce mouvement a ramené le chevalier et Reves par une porte, tandis que Madame Reves est rentrée par l’autre. N’attendez pas, ma chère, que je vous présente une nouvelle scène, qui deviendroit ennuyeuse par sa longueur. Combien de plaintes, combien de reproches et d’instances n’a-t-il pas fallu essuyer de l’oncle et du neveu ? à la fin, me tournant vers le chevalier, je lui ai dit que j’admirois la bonté de son cœur dans cette tendre obstination, et que je ne la regardois pas moins comme une preuve du mérite de M Fouler ; mais que ne pouvant rien de plus pour leur satisfaction, je leur demandois la liberté de me retirer. Je suis remontée en effet dans mon appartement. Je me suis jetée dans un fauteuil, où l’image présente de tout ce que je venois de voir et d’entendre, m’a fait naître quantité de réflexions, et j’ai eu besoin de rappeler mes esprits de bien loin, pour vous écrire une si longue lettre. Après tout, ma chère Lucie, plaise au ciel que dans la loterie du mariage, il ne me tombe pas pis que M Fouler. Sir Rowland a demandé plusieurs fois à M et Madame Reves, s’il n’y avoit aucune espérance que le tems et l’assiduité pussent changer mes dispositions, ou si l’on ne pouvoit pas se promettre quelque chose en province, par l’entremise de mes plus proches parens ; mais M Reves lui a répondu qu’après la manière dont je m’étois expliquée, et dans la résolution où ma famille étoit de ne se pas mêler de mon choix, il craignoit que toutes les démarches ne fussent inutiles. mardi à midi.
on me mena hier au concert. Je dois aller ce soir à la comédie. C’est un mouvement qui ne finit point. M Fouler est venu ce matin ; j’étois en visite avec ma cousine. Il a vu M Reves ; et dans un assez long entretien, il a marqué si peu d’espérance, que je me crois délivrée de lui ; d’autant plus que Sir Rowland doit retourner dans quelques jours en Caermarthen. Il est venu lui-même une heure après son neveu. M Reves étoit sorti, et nous étions remontées en carrosse, ma cousine et moi, pour aller faire quelques emplettes à Lugdatehill . On se hâte de me faire des robes, et tout ce qui m’est nécessaire pour paroître aux spectacles et aux assemblées avec Miladi Williams. Je suis d’une folie achevée ; mais c’est en partie la faute de ma cousine. Vous trouverez ici des échantillons de mes étoffes. J’avois cru qu’en Northamptonshire, il ne nous manquoit rien pour les modes, mais on fait changer toutes mes robes, afin que je ne paroisse point effroyable
- c’est le terme.
Me sera-t-il aussi aisé de me défaire du baronnet que de M Fouler ! Il est de retour, et j’ai appris qu’il a déjà fait demander s’il pourroit nous voir demain après midi. Que me serviroit-il de m’absenter ? Il prendroit un autre tems, et je ne ferois qu’augmenter son embarras, ou lui donner peut-être une plus haute idée de son importance, si je lui laissois penser que je le crains.