Histoire du chevalier Grundisson - Lettre 92

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- Lettre 91 Histoire du chevalier Grundisson - Lettre 93


Miss Byron à Madame Reves.

au château de Selby, 8 septembre. Votre tendre lettre, ma chère cousine, m' a causé tout à la fois du plaisir et du chagrin. Je me réjouis, sans doute, que l' estime d' un des meilleurs des hommes se déclare ouvertement pour moi ; mais je m' afflige un peu que, par pitié apparemment pour ma foiblesse, lui donnerai-je ce nom ? Pour une foiblesse si mal cachée, vous m' excitiez à la joie sur ce qu' il peut arriver (car ce n' est qu' une conjecture) qu' après avoir fini ses affaires, et n' ayant plus rien qui l' occupe, cet excellent homme me rende une visite en Northampton-Shire. ô chère cousine ! Croyez-vous donc que son absence et la crainte de le voir mari d' une autre femme, aient été la cause de mon indisposition ? Et seroit-ce dans cette idée, qu' à l' occasion du changement imprévu de ses affaires en Italie, vous me recommandez tout d' un coup de me porter mieux ? Sir Charles Grandisson, ma chère cousine, peut nous honorer de sa visite, ou s' en dispenser, suivant son goût ; mais quand il se déclareroit mon amant, comme vous le dites, je n' en ressentirois pas autant de satisfaction que vous semblez vous y attendre, si le sort de l' excellente Clémentine n' est pas heureux. Qu' importe que le refus vienne d' elle ? N' est-ce pas le plus grand sacrifice qu' une femme ait jamais fait à sa religion ? Ne reconnoît-elle pas qu' elle l' aime encore ? Et n' est-il pas obligé, forcé de l' aimer toute sa vie ? Mon orgueil demande ici d' être considéré pour quelque chose. Votre Henriette n' a-t-elle donc qu' à s' asseoir, et se croire heureuse d' une seconde place ? Cependant, je vous avouerai, ma chère cousine, que Sir Charles est ce que j' ai de plus cher au monde, et si Clémentine pouvoit ne pas être malheureuse, ce que je ne crois point qu' elle puisse n' être pas sans lui, je dirois, toute affectation à part, dans la supposition qu' il se déclarât mon amant, je veux me fier à mon cœur et à ma conduite, pour obtenir une part qui me suffise à son affection. Mais le tems éclaircira bientôt ma destinée, et j' attendrai sans impatience. Je suis persuadée que Sir Charles ne fait rien sans de très-bonnes raisons. Que le ciel, ma chère cousine, vous accorde la continuation de tous vos plaisirs ; car je sais que vous ne les aimez qu' innocens. Je suis, etc.