Idylles (Des Houlières)
MME DESHOULIÈRES.
STANCES
SUR LA FRAGILITÉ DE LA BEAUTÉ.
Iris, ne croyez plus à vos vaines pensées ;
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- Quittez ces erreurs insensées,
- Quittez ces erreurs insensées,
Qui font de vos appas l’objet de votre amour :
Ce beau corps qui vous rend si charmante et si fière,
Sera dans peu de jours un amas de poussière,
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- Bien qu’il soit le Dieu de la Cour.
- Bien qu’il soit le Dieu de la Cour.
Quelque art ingénieux que la sage Nature,
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- Ait mis à former la peinture,
- Ait mis à former la peinture,
Dont on voit éclater les différentes fleurs ;
Les plus rares beautés de l’Empire de Flore,
N’ont jamais pu montrer, à leur seconde aurore,
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- L’éclat de leurs vives couleurs.
Un liquide cristal qui, sortant de sa source,
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- S’écoule d’une prompte course,
- S’écoule d’une prompte course,
Un éclair dont on voit la brillante clarté
Disparaître à nos yeux aussitôt qu’elle est née,
Peuvent seuls exprimer la triste destinée
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- De votre fragile beauté.
- De votre fragile beauté.
Je sais que mille amans, aveuglés de vos charmes,
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- Vous font un tribut de leurs larmes,
- Vous font un tribut de leurs larmes,
Et vous donnent un rang séparé des mortels ;
Je sais que, transportés de l’amour qui les presse,
Leur folle passion vous érige en Déesse,
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- Et vous consacre des Autels.
- Et vous consacre des Autels.
Ils adorent leurs fers, ils se font des idoles
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- De vos souris, de vos paroles,
- De vos souris, de vos paroles,
Et la peur d’attirer la colère des Cieux
Ne leur cause jamais des atteintes si vives,
Que produit de glaçons en leurs âmes captives
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- La sévérité de vos yeux.
- La sévérité de vos yeux.
Dans ce pompeux état de grandeur et de gloire,
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- Où d’une nouvelle victoire
Vos attraits, chaque jour, augmentent votre orgueil ;
Vous n’appréhendez pas que votre beauté change ;
Et rien ne vous plaît tant que la vaine louange
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- Qui vous affranchit du cercueil.
- Qui vous affranchit du cercueil.
Mais des ans fugitifs la rapide vîtesse
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- Vous ravira cette jeunesse,
- Vous ravira cette jeunesse,
Dont la seule fraîcheur entretient vos appas ;
Et vous verrez le temps, tyran des belles choses,
Imprimer hardiment sur vos lys, sur vos roses,
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- Les sombres traces de ses pas.
- Les sombres traces de ses pas.
De ce teint délicat les couleurs animées,
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- Par l’âge seront consumées ;
- Par l’âge seront consumées ;
La lumiere et la flamme abandonnant vos yeux,
Il n’en partira plus aucun trait qui nous blesse ;
Et la triste blancheur qui apporte la vieillesse
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- Couvrira l’or de vos cheveux.
- Couvrira l’or de vos cheveux.
Que direz-vous, Iris, quand la nouvelle image
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- De votre difforme visage,
- De votre difforme visage,
Peinte dans un miroir, vous remplira de peur ?
Quand ne vous trouvant plus à vous-même semblable
Vous croirez contempler un fantôme effroyable,
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- En contemplant votre laideur ?
Voyant ces traits changés, et cette couleur blême,
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- Vous vous chercherez en vous-même ;
- Vous vous chercherez en vous-même ;
Mais vos yeux attentifs ne vous trouveront pas ;
Et vous serez surprise autant que d’un prodige,
De ne plus rencontrer en vous aucun vestige
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- De tant de différens appas.
- De tant de différens appas.
Dans ce fâcheux état la fin de votre vie
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- Sera l’objet de votre envie ;
- Sera l’objet de votre envie ;
Elle seule sera votre félicité.
L’impitoyable mort vous sembleroit humaine,
Si sa douce rigueur vous sauvoit de la peine
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- De survivre à votre beauté.
- De survivre à votre beauté.
Ouvrez donc votre oreille à des conseils si sages :
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- Éloignez ces pensers volages,
- Éloignez ces pensers volages,
Les frivoles desseins, et les jeunes désirs :
Détachez votre cœur de vos attraits fragiles,
En méprisant ces fleurs en épines fertiles,
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- Cherchez les solides plaisirs.