Idylles (Des Houlières)

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Stances sur la Fragilité de la Beauté
Idylles, d’Antoinette Deshoulières, Texte établi par H. Blanvalet, Librairie allemande de J. Kessmann, 1856 (pp. 25-28).
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MME DESHOULIÈRES.

STANCES

SUR LA FRAGILITÉ DE LA BEAUTÉ.


Iris, ne croyez plus à vos vaines pensées ;

Quittez ces erreurs insensées,

Qui font de vos appas l’objet de votre amour :
Ce beau corps qui vous rend si charmante et si fière,
Sera dans peu de jours un amas de poussière,

Bien qu’il soit le Dieu de la Cour.


Quelque art ingénieux que la sage Nature,

Ait mis à former la peinture,

Dont on voit éclater les différentes fleurs ;
Les plus rares beautés de l’Empire de Flore,
N’ont jamais pu montrer, à leur seconde aurore,

L’éclat de leurs vives couleurs.


Un liquide cristal qui, sortant de sa source,

S’écoule d’une prompte course,

Un éclair dont on voit la brillante clarté
Disparaître à nos yeux aussitôt qu’elle est née,
Peuvent seuls exprimer la triste destinée

De votre fragile beauté.


Je sais que mille amans, aveuglés de vos charmes,

Vous font un tribut de leurs larmes,

Et vous donnent un rang séparé des mortels ;
Je sais que, transportés de l’amour qui les presse,
Leur folle passion vous érige en Déesse,

Et vous consacre des Autels.


Ils adorent leurs fers, ils se font des idoles

De vos souris, de vos paroles,

Et la peur d’attirer la colère des Cieux
Ne leur cause jamais des atteintes si vives,
Que produit de glaçons en leurs âmes captives

La sévérité de vos yeux.


Dans ce pompeux état de grandeur et de gloire,

Où d’une nouvelle victoire

Vos attraits, chaque jour, augmentent votre orgueil ;
Vous n’appréhendez pas que votre beauté change ;
Et rien ne vous plaît tant que la vaine louange

Qui vous affranchit du cercueil.


Mais des ans fugitifs la rapide vîtesse

Vous ravira cette jeunesse,

Dont la seule fraîcheur entretient vos appas ;
Et vous verrez le temps, tyran des belles choses,
Imprimer hardiment sur vos lys, sur vos roses,

Les sombres traces de ses pas.


De ce teint délicat les couleurs animées,

Par l’âge seront consumées ;

La lumiere et la flamme abandonnant vos yeux,
Il n’en partira plus aucun trait qui nous blesse ;
Et la triste blancheur qui apporte la vieillesse

Couvrira l’or de vos cheveux.


Que direz-vous, Iris, quand la nouvelle image

De votre difforme visage,

Peinte dans un miroir, vous remplira de peur ?
Quand ne vous trouvant plus à vous-même semblable
Vous croirez contempler un fantôme effroyable,

En contemplant votre laideur ?


Voyant ces traits changés, et cette couleur blême,

Vous vous chercherez en vous-même ;

Mais vos yeux attentifs ne vous trouveront pas ;
Et vous serez surprise autant que d’un prodige,
De ne plus rencontrer en vous aucun vestige

De tant de différens appas.


Dans ce fâcheux état la fin de votre vie

Sera l’objet de votre envie ;

Elle seule sera votre félicité.
L’impitoyable mort vous sembleroit humaine,
Si sa douce rigueur vous sauvoit de la peine

De survivre à votre beauté.


Ouvrez donc votre oreille à des conseils si sages :

Éloignez ces pensers volages,

Les frivoles desseins, et les jeunes désirs :
Détachez votre cœur de vos attraits fragiles,
En méprisant ces fleurs en épines fertiles,

Cherchez les solides plaisirs.
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