Je me rappelle

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Thomas Hood

Je me rappelle – I remenber




Sans langue, cependant, tu sais fort bien parler,
Et ta voix fait écho de rivage en rivage ;
Tu n’as pas d’existence, et peux inoculer
       Nouvelle vie à tout ton entourage.

Arène pacifique où luttent en champs clos
Les nombreux courtisans de Dame Renommée,
Du plus humble soldat tu peux faire un Héros,
       Du plus vantard un ignoble Pygmée !

Adonc prends en dépôt ces vers de ma façon,
Qui pourront exciter un sourire éphémère,
Puis après dépéris – nous laissant pour leçon
       Que tout s’égrène et retourne en poussière.



Je me Rappelle..


        Je me rappelle – oh ! oui je me rappelle
                     La maison où je vis le jour,
La petite fenêtre où dardait l’étincelle
Du soleil, m’annonçant la vie et son retour.
Il ne venait alors jamais un brin trop vite,
Le jour qu’il me faisait avait trop vite cours,
Mais maintenant je fais ce souhait illicite :
                     Puisse ma nuit durer toujours !

        Je me rappelle – oh ! oui je me rappelle
                     Les roses aux douces odeurs,
La violette aussi, la verte citronnelle,
Et ces superbes lis aux magnifiques fleurs !
L’endroit où mon bon frère au jour de sa naissance
Planta le gland d’un chêne, arbre aujourd’hui pourtant !
Les lilas où l’oiseau s’abritait en silence
                     Contre un soleil trop éclatant.

        Je me rappelle – oh ! oui je me rappelle
                     Et l’escarpolette et ses jeux,
Et je pensais alors que la vive hirondelle
Comme moi humait l’air frais et délicieux :


Car mon esprit alors il volait sur des plumes,
Rien ne pouvait calmer sa fièvre de chaleur,
Las ! il est aujourd’hui tout entouré de brumes
                     Et tout alourdi de froideur.

        Je me rappelle – oh ! oui je me rappelle
                     Les hauts sapins, noirs, résineux,
Je pensais autrefois que leur cime éternelle
Du fin fond de la terre allait toucher les cieux ;
Je l’avouerai c’était ignorance enfantine,
Mais pour moi ce n’est pas triomphe ébouriffant,
De savoir que le ciel bien moins ne l’avoisine
                     Que ne l’avoisinais enfant !




Un Noble Cœur.


Légende Bohémienne.



Apportez des bosquets, des bois de la Bohême
               Couronnes, guirlandes de fleurs,
Le lierre des rochers qui pousse au pic suprême.
               Le crocus aux vives couleurs ;
Du sapin vert foncé les branches odorantes,
               Et de rosée étincelantes ;
Apportez le lis blanc, les clochettes d’azur,
               Ornements du vallon obscur ;
Mais empruntez surtout les roses les plus belles
               Au charmant jardin de l’amour,
Pour en faire à l’envi des guirlandes nouvelles
               Pour Hulda, qui doit en ce jour
Épouser un héros, le plus brave des braves,
               De Sonnenfels le Chevalier,
Le Sire de Ludolf, intrépide guerrier,
               Et le plus fameux des Moraves ! ”

               Sire Ludolf est le preux chevalier
Au bon droit seulement dont l’épée est acquise ;
               Qui sut toujours dans son noble métier
Avoir pour sa patrie une tendresse exquise :
               Contre l’abus, contre la trahison,


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