L’Âne et le Chien

La bibliothèque libre.
 
Aller à : Navigation, rechercher

◄◄◄ Jean de La FontaineFables
LIVRE HUITIÈME
►►►




XVII.
L’Aſne et le Chien


Il ſe faut entr’ayder, c’eſt la loy de nature :
L’Aſne un jour pourtant s’en moqua :
Et ne ſçais comme il y manqua ;

Car il eſt bonne creature.
Il alloit par pays accompagné du Chien,
Gravement, ſans ſonger à rien,
Tous deux ſuivis d’un commun maître.
Ce maiſtre s’endormit : l’Aſne ſe mit à paître :
Il eſtoit alors dans un pré,
Dont l’herbe eſtoit fort à ſon gré.
Point de chardons pourtant ; il s’en paſſa pour l’heure :
Il ne faut pas toujours eſtre ſi délicat ;
Et faute de ſervir ce plat
Rarement un feſtin demeure.
Noſtre Baudet s’en ſceut enfin
Paſſer pour cette fois. Le Chien mourant de faim
Luy dit : Cher compagnon, baiſſe-toy, je te prie ;
Je prendray mon diſné dans le panier au pain.

Point de réponſe, mot ; le Rouſſin d’Arcadie
Craignit qu’en perdant un moment,
Il ne perdiſt un coup de dent.
Il fit long-temps la ſourde oreille :
Enfin il répondit : Amy, je te conſeille
D’attendre que ton maiſtre ait fini ſon ſommeil ;
Car il te donnera ſans faute à ſon réveil
Ta portion accoûtumée.
Il ne ſçauroit tarder beaucoup.
Sur ces entrefaites un Loup
Sort du bois, & ſ’en vient ; autre beſte affamée.
L’Aſne appelle auſſi-toſt le Chien à ſon ſecours.
Le Chien ne bouge, & dit : amy, je te conſeille
De fuir en attendant que ton maiſtre s’éveille ;

Il ne ſçauroit tarder ; détale viſte, & cours.
Que ſi ce Loup t’atteint, caſſe-luy la machoire.
On t’a ferré de neuf ; & ſi tu me veux croire,
Tu l’étendras tout plat. Pendant ce beau diſcours
Seigneur Loup étrangla le Baudet ſans remede.
Je conclus qu’il faut qu’on ſ’entrayde.

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils