L’Élysée

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Groupe du Tartare Poésies de Schiller Le Pouvoir du chant


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GROUPE DU TARTARE.

Écoutez : comme le murmure d’une mer courroucée, comme le gémissement d’une onde qui tombe des rocs caverneux, écoutez résonner une plainte lourde, profonde, comprimée.

La douleur ronge leur visage. Le désespoir ouvre leurs lèvres à la malédiction. Leurs yeux sont creux, leurs regards cherchent avec anxiété le pont du Cocyte dont les flots surchargés de larmes poursuivent leur triste cours.

A voix basse, ils se demandent avec angoisse, s’ils ne touchent pas encore au terme de leurs souffrances. L'éternité ferme son cercle sur leur tête, et brise la faux de Saturne.


L’ÉLYSÉE.

Loin d’ici les plaintes douloureuses, toutes les plaintes expirent dans les joies de l’Élysée. Vie de l’Élysée, éternel essor, éternelles délices ! ruisseau harmonieux dans des campagnes fleuries. [ page ]Un printemps perpétuel égaye sans cesse ces champs paisibles. Les heures s’écoulent dans des rêves d’or. L’âme plane dans les espaces infinis, la vérité déchire son voile.

Une joie inaltérable remplit le cœur entier. Ici on ignore le nom de la souffrance ! ce qu’on appelle douleur est un doux transport.

Ici, le pèlerin, quittant à tout jamais son fardeau, repose ses membres fatigués à l’ombre des arbres où le vent mélodieux soupire. Ici, le laboureur laisse tomber sa faucille, et, assoupi par les accords des harpes, il rêve qu’il voit des épis coupés.

Celui dont les drapeaux flottaient comme un orage, celui dont les oreilles n’entendaient que le bruit des combats, celui qui dans sa marche audacieuse faisait trembler les montagnes, dort ici près d’un ruisseau limpide qui coule avec un doux murmure, et n’entend plus le cliquetis de l’épée.

Ici, les époux fidèles s’embrassent sur une herbe fraîche, où passe un vent embaumé. Ici, l’amour reçoit sa couronne. A l’abri désormais des coups de la mort, il célèbre son éternelle fête nuptiale.

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