L’Alouette et ses Petits, avec le Maître d’un champ
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Jean de La Fontaine — Fables
L’Alouette et ses Petits, avec le Maître d’un champ
L’Alouette et ses Petits, avec le Maître d’un champ
- Ne t’attends qu’à toi seul, c’est un commun Proverbe.
- Voici comme Esope le mit
- En crédit.
- Les Alouettes font leur nid
- Dans les blés, quand ils sont en herbe,
- C’est-à-dire environ le temps
- Que tout aime et que tout pullule dans le monde :
- Monstres marins au fond de l’onde,
- Tigres dans les Forêts, Alouettes aux champs.
- Une pourtant de ces dernières
- Avait laissé passer la moitié d’un Printemps
- Sans goûter le plaisir des amours printanières.
- À toute force enfin elle se résolut
- D’imiter la Nature, et d’être mère encore.
- Elle bâtit un nid, pond, couve, et fait éclore
- À la hâte ; le tout alla du mieux qu’il put.
- Les blés d’alentour mûrs avant que la nitée
- Se trouvât assez forte encor
- Pour voler et prendre l’essor,
- De mille soins divers l’Alouette agitée
- S’en va chercher pâture, avertit ses enfants
- D’être toujours au guet et faire sentinelle.
- Si le possesseur de ces champs
- Vient avecque son fils (comme il viendra), dit-elle,
- Écoutez bien ; selon ce qu’il dira,
- Chacun de nous décampera.
- Sitôt que l’Alouette eut quitté sa famille,
- Le possesseur du champ vient avecque son fils.
- Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis
- Les prier que chacun, apportant sa faucille,
- Nous vienne aider demain dès la pointe du jour.
- Notre Alouette de retour
- Trouve en alarme sa couvée.
- L’un commence : Il a dit que l’Aurore levée,
- L’on fit venir demain ses amis pour l’aider...
- — S’il n’a dit que cela, repartit l’Alouette,
- Rien ne nous presse encor de changer de retraite ;
- Mais c’est demain qu’il faut tout de bon écouter.
- Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger.
- Eux repus, tout s’endort, les petits et la mère.
- L’aube du jour arrive ; et d’amis point du tout.
- L’Alouette à l’essor, le Maître s’en vient faire
- Sa ronde ainsi qu’à l’ordinaire.
- Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout.
- Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose
- Sur de tels paresseux à servir ainsi lents.
- Mon fils, allez chez nos parents
- Les prier de la même chose.
- L’épouvante est au nid plus forte que jamais.
- Il a dit ses parents, mère, c’est à cette heure...
- — Non, mes enfants dormez en paix ;
- Ne bougeons de notre demeure.
- L’Alouette eut raison, car personne ne vint.
- Pour la troisième fois le Maître se souvint
- De visiter ses blés. Notre erreur est extrême,
- Dit-il, de nous attendre à d’autres gens que nous.
- Il n’est meilleur ami ni parent que soi-même.
- Retenez bien cela, mon fils ; et savez-vous
- Ce qu’il faut faire ? Il faut qu’avec notre famille
- Nous prenions dès demain chacun une faucille :
- C’est là notre plus court, et nous achèverons
- Notre moisson quand nous pourrons.
- Dès lors que ce dessein fut su de l’Alouette :
- C’est ce coup qu’il est bon de partir, mes enfants.
- Et les petits, en même temps,
- Voletants, se culebutants,
- Délogèrent tous sans trompette.
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- Jean de La Fontaine, Fable XXII, Livre IV.
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