L’Art sauveur

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Poésies de Sully Prudhomme
Alphonse Lemerre, éditeur, 1872 (1866-1872, p. 18).
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S’il n’était rien de bleu que le ciel et la mer,
De blond que les épis, de rose que les roses,
S’il n’était de beauté qu’aux insensibles choses,
Le plaisir d’admirer ne serait point amer.

Mais avec l’océan, la campagne et l’éther,
Des formes d’un attrait douloureux sont écloses ;
Le charme des regards, des sourires, des poses,
Mord trop avant dans l’âme, ô femme ! il est trop cher.

Nous t’aimons, et de là les douleurs infinies :
Car Dieu, qui fit la grâce avec des harmonies,
Fit l’amour d’un soupir qui n’est pas mutuel.

Mais je veux, revêtant l’art sacré pour armure,
Voir des lèvres, des yeux, l’or d’une chevelure,
Comme l’épi, la rose, et la mer, et le ciel.

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