L’Encyclopédie (vol. 1) - ACC
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[modifier] ACCAPAREMENT,
s. m. c’est un achat de marchandises défendues par les ordonnances.
On le prend aussi pour une espece de monopole consistante à faire des levées considérables de marchandises, pour s’en approprier la vente à soi seul, à l’effet de les vendre à si haut prix qu’on voudra.
[modifier] ACCAPARER
par conséquent signifie acheter des marchandises défendues, ou faire des levées des marchandises permises, qui les rendent rares. (H)
On dit accaparer des blés, des laines, des cires, des suifs, &c. En bonne police cette manœuvre est défendue sous peine de confiscation des marchandises accaparées, d’amende pécuniaire, & même de punition corporelle en cas de récidive.
Quelques-uns confondent le terme d’accaparer avec celui d’enharrer : mais ils sont différens, & n’ont rien de commun que les mêmes défenses & les mêmes peines. Voyez Enharrer. (G)
[modifier] ACCARIATION,
s. f. terme de Palais, usité dans quelques Provinces de France, sur-tout dans les méridionales les plus voisines d’Espagne. Il est synonyme à confrontation. Voyez Confrontation.
On dit aussi dans le même sens accarement ou acarement. Accarer les témoins, c’est les confronter. (H)
[modifier] ACCARON,
s. m. ville de la Palestine, celui des cinq gouvernemens des Philistins où l’arche fut gardée après avoir été prise. Beelzébuth étoit le dieu d’Accaron. (*)
[modifier] ACCASTELLAGE.
c’est le château sur l’avant & sur l’arriere d’un vaisseau. Pour s’en former une idée exacte, on n’aura qu’à consulter la Planche premiere de la Marine, & les explications qui y seront jointes.
Le Roi par une Ordonnance de l’année 1675, défend aux officiers de ses vaisseaux de faire aucun changement aux accastellages & aux soutes par des séparations nouvelles, à peine de cassation.
On fait un accastellage à l’avant & à l’arriere des vaisseaux, en les élevant & bordant au-dessus de la lisse de vibord, & cet exhaussement commence aux herpes de l’embelle. On met pour cet effet deux, trois ou quatre herpes derriere le mât, à proportion de la hauteur qu’on veut donner à l’accastellage : on le borde ensuite de planches qu’on nomme qlin, ou esquain, ou quein, auxquelles on donne l’épaisseur convenable.
Ces bordages qu’on appelle l’esquain, doivent être tenus plus larges à l’arriere, où ils joignent les montans du revers, qu’en-dedans ou vers le milieu du vaisseau, afin que l’accastellage aille toûjours en s’élevant ; car s’il paroissoit baisser, ou être de niveau, il formeroit un coup d’œil desagréable. Lorsque ces bordages sont cousus & élevés autant qu’il faut, on laisse une ouverture au-dessus, telle qu’on juge à propos, & l’on coud ensuite les dernieres planches de l’esquain. A chaque herpe, on éleve l’accastellage d’un pié, ou à-peu-près, selon la grandeur du vaisseau : mais à l’arriere, on met les herpes entre les dernieres planches de l’esquain, pour que la dunette soit plus saine : on laisse aussi fort souvent du jour ou un vuide entre les plus hautes planches & celles qui sont au-dessous.
[modifier] ACCASTELLÉ,
adj. Un vaisseau accastellé est celui qui a un château sur son avant & sur son arriere. Voyez Accastellage & Chateau. (Z)
[modifier] ACCÉDER
à un contrat ou à un traité, c'est joindre son consentement à un contrat ou traité déja conclu & arrêté entre deux autres personnes ou un plus grand nombre.
En ce sens on dit : les Etats Généraux ont accédé au traité d’Hanovre ; la Czarine a accédé au traité de Vienne. Voyez Traite. (H)
[modifier] ACCELERATEUR,
s. m. pris adj. ou le bulbo-caverneux, terme d’Anatomie, est un muscle de la verge qui sert à accélérer l’écoulement de l’urine & de la semence.
Il est nommé plus particulierement accélérateur de l’urine, en latin accelerator urinæ. Quelques-uns en font deux muscles, qu’ils nomment muscles accélérateurs.
Il vient par une origine tendineuse de la partie supérieure & antérieure de l’urethre : mais devenant bientôt charnu, il passe sous l’os pubis, & embrasse la bulbe de l’urethre. Les deux côtés de ce muscle se joignent par une ligne mitoyenne qui répond au ruphée que l’on voit sur la peau qui le couvre ; & ainsi unis, ils continuent leur chemin l’espace d’environ deux travers de doigt : après quoi ce muscle se divise en deux productions charnues, qui ont leurs insertions au corps caverneux de la verge, & deviennent des tendons minces. (L)
[modifier] ACCELERATION,
s. f. c’est l’accroissement de vîtesse dans le mouvement d’un corps. V. Vitesse & Mouvement.
Accélération est opposée à retardation ; terme par lequel on entend la diminution de vîtesse. Voyez Retardation.
Le terme d’accélération s’employe particulierement en Physique, lorsqu’il est question de la chûte des corps pesans qui tendent au centre de la terre par la force de leur gravité. Voyez Gravité & Centre.
Que les corps en tombant soient accélérés, c’est une vérité démontrée par quantité de preuves, du moins à posteriori : ainsi nous éprouvons que plus un corps tombe de haut, plus il fait une forte impression, plus il heurte violemment la surface plane, ou autre obstacle qui l’arrête dans sa chûte.
Il y a eu bien des systèmes imaginés par les Philosophes pour expliquer cette accélération. Quelques-uns l’ont attribuée à la pression de l’air : plus, disent-ils, un corps descend, plus le poids de l’atmosphere qui pese dessus est considérable, & la pression d’un fluide est en raison de la hauteur perpendiculaire de ses colonnes : ajoûtez, disent-ils, que toute la masse du fluide pressant par une infinité de lignes droites qui se rencontrent toutes en un point, savoir au centre de la terre, ce point où aboutissent toutes ces lignes soûtient, pour ainsi dire, la pression de toute la masse ; conséquemment plus un corps en approche de près, plus il doit sentir l’effet de la pression qui agit suivant des lignes prêtes à se réunir. Voyez Air & Atmosphere.
Mais ce qui renverse toute cette explication, c’est que plus la pression de l’air augmente, plus augmente aussi la résistance ou la force avec laquelle ce même fluide tend à repousser en en-haut le corps tombant. Voyez Fluide.
On essaye pourtant encore de répondre que l’air à mesure qu’il est plus proche de la terre, est plus grossier & plus rempli de vapeurs & de particules hétérogenes qui ne sont point un véritable air élastique ; & l’on ajoûte que le corps, à mesure qu’il descend, trouvant toûjours moins de résistance de la part de l’élasticité de l’air, & cependant étant toûjours déprimé par la même force de gravité qui continue d’agir sur lui, il ne peut pas manquer d’être accéléré. Mais on sent assez tout le vague & le peu de précision de cette réponse : d’ailleurs, les corps tombent plus vîte dans le vuide que dans l’air. Voyez Machine Pneumatique. Voyez aussi Élasticité.
Hobbes, Philosop. Probl. c. i. p. 3. attribue l’accélération à une nouvelle impression de la cause qui produit la chûte des corps, laquelle selon son principe est aussi l’air : en même tems, dit-il, qu’une partie de l’atmosphere monte, l’autre descend : car en conséquence du mouvement de la terre, lequel est composé de deux mouvemens, l’un circulaire, l’autre progressif, il faut aussi que l’air monte & circule tout à la fois. De-là il s’ensuit que le corps qui tombe dans ce milieu, recevant à chaque instant de sa chûte une nouvelle pression, il faut bien que son mouvement soit accéléré.
Mais pour renverser toutes les raisons qu’on tire de l’air par rapport à l’accélération, il suffit de dire qu’elle se fait aussi dans le vuide, comme nous venons de l’observer.
Voici l’explication que les Péripatéticiens donnent du même phénomene. Le mouvement des corps pesans en en-bas, disent-ils, vient d’un principe intrinseque qui les fait tendre au centre, comme à leur place propre & à leur élément, où étant arrivés ils seroient dans un repos parfait ; c’est pourquoi, ajoûtent-ils, plus les corps en approchent, plus leur mouvement s’accroît : sentiment qui ne mérite pas de réfutation.
Les Gassendistes donnent une autre raison de l’accélération : ils prétendent qu’il sort de la terre des especes de corpuscules attractifs, dirigés suivant une infinité de filets directs qui montent & descendent ; que ces filets partant comme des rayons d’un centre commun, deviennent de plus en plus divergens à mesure qu’ils s’en éloignent ; en sorte que plus un corps est proche du centre, plus il supporte de ces filets attractifs, plus par conséquent son mouvement est accéléré. Voyez Corpuscules & Aimant.
Les Cartésiens expliquent l’accélération par des impulsions réitérées de la matiere subtile éthérée, qui agit continuellement sur les corps tombans, & les pousse en en-bas. V. Cartésianisme, Ether, Matiere subtile, Pesanteur, &c.
La cause de l’accélération ne paroîtra pas quelque chose de si mystérieux, si on veut faire abstraction pour un moment de la cause qui produit la pesanteur, & supposer seulement avec Galilée que cette cause ou force agit continuellement sur les corps pesans ; on verra facilement que le principe de la gravitation qui détermine le corps à descendre, doit accélérer ces corps dans leur chûte par une conséquence nécessaire. Voyez Gravitation.
Car le corps étant une fois supposé déterminé à descendre, c’est sans doute sa gravité qui est la premiere cause de son commencement de descente : or quand une fois sa descente est commencée, cet état est devenu en quelque sorte naturel au corps ; de sorte que laissé à lui-même il continueroit toûjours de descendre, quand même la premiere cause cesseroit ; comme nous voyons dans une pierre jettée avec la main, qui ne laisse pas de continuer de se mouvoir après que la cause qui lui a imprimé le mouvement a cessé d’agir. Voyez Loi de la nature & Projectile.
Mais outre cette détermination à descendre imprimée par la premiere cause, laquelle suffiroit pour continuer à l’infini le même degré de mouvement une fois commencé, il s’y joint perpétuellement de nouveaux efforts de la même cause, savoir de la gravité, qui continue d’agir sur le corps déjà en mouvement, de même que s’il étoit en repos.
Ainsi y ayant deux causes de mouvement qui agissent l’une & l’autre en même direction, c’est-à-dire, vers le centre de la terre, il faut nécessairement que le mouvement qu’elles produisent ensemble, soit plus considérable que celui que produiroit l’une des deux. Et tandis que la vîtesse est ainsi augmentée, la même cause subsistant toûjours pour l’augmenter encore davantage, il faut nécessairement que la descente soit continuellement accélérée.
Supposons donc que la gravité, de quelque principe qu’elle procede, agisse uniformément sur tous les corps à égale distance du centre de la terre ; divisant le tems que le corps pesant met à tomber sur la terre, en parties égales infiniment petites, cette gravité poussera le corps vers le centre de la terre, dans le premier instant infiniment court de la descente : si après cela on suppose que l’action de la gravité cesse, le corps continueroit toûjours de s’approcher uniformément du centre de la terre avec une vîtesse infiniment petite, égale à celle qui résulte de la premiere impression.
Mais ensuite si l’on suppose que l’action de la gravité continue, dans le second instant le corps recevra une nouvelle impulsion vers la terre, égale à celle qu’il a reçûe dans le premier, par conséquent sa vîtesse sera double de ce qu’elle étoit dans le premier instant ; dans le troisieme instant elle sera triple ; dans le quatrieme, quadruple ; & ainsi de suite : car l’impression faite dans un instant précédent, n’est point du tout altérée par celle qui se fait dans l’instant suivant ; mais elles sont, pour ainsi dire, entassées & accumulées l’une sur l’autre.
C’est pourquoi comme les instans de tems sont supposés infiniment petits, & tous égaux les uns aux autres, la vîtesse acquise par le corps tombant sera dans chaque instant comme les tems depuis le commencement de la descente, & par conséquent la vitesse sera proportionnelle au tems dans lequel elle est acquise.
De plus l’espace parcouru par le corps en mouvement pendant un tems donné, & avec une vîtesse donnée, peut être considéré comme un rectangle composé du tems & de la vîtesse. Je suppose donc A (Pl. de Méchan. fig. 64.) le corps pesant qui descend, AB le tems de la descente ; je partage cette ligne en un certain nombre de parties égales, qui marqueront les intervalles ou portions du tems donné, savoir, AC, CE, EG, &c. je suppose que le corps descend durant le tems exprimé par la premiere des divisions AC, avec une certaine vîtesse uniforme provenant du degré de gravité qu’on lui suppose ; cette vîtesse sera représentée par AD, & l’espace parcouru, par le rectangle CAD.
Or l’action de la gravité ayant produit dans le premier moment la vîtesse A D, dans le corps précédemment en repos ; dans le second moment elle produira la vîtesse CF, double de la précédente ; dans le troisieme moment à la vîtesse CF sera ajoûté un degré de plus, au moyen duquel sera produite la vîtesse EH, triple de la premiere, & ainsi du reste ; de sorte que dans tout le tems AB, le corps aura acquis la vîtesse BK : après cela prenant les divisions de la ligne qu’on voudra, par exemple, les divisions AC, CE, &c. pour les tems, les espaces parcourus pendant ces tems seront comme les aires ou rectangles CD, EF, &c. en sorte que l’espace décrit par le corps en mouvement, pendant tout le tems A B, sera égal à tous les rectangles, c’est-à-dire, à la figure dentelée ABK.
Voilà ce qui arriveroit si les accroissemens de vîtesse se faisoient, pour ainsi dire, tout-à-coup, au bout de certaines portions finies de tems ; par exemple, en C, en E, &c. en sorte que le degré de mouvement continuât d’être le même jusqu’au tems suivant où se feroit une nouvelle accélération.
Si l’on suppose les divisions ou intervalles de tems plus courts, par exemple, de moitié ; alors les dentelures de la figure seront à proportion plus serrées, & la figure approchera plus du triangle.
S’ils sont infiniment petits, c’est-à-dire, que les accroissemens de vîtesse soient supposés être faits continuellement & à chaque particule de tems indivisible, comme il arrive en effet ; les rectangles ainsi successivement produits formeront un véritable triangle, par exemple, ABE, Fig. 65, tout le tems AB consistant en petites portions de tems A1, A2, &c. & l’aire du triangle ABE en la somme de toutes les petites surfaces ou petits trapezes qui répondent aux divisions du tems ; l’aire ou le triangle total exprime l’espace parcouru dans tout le tems AB.
Or les triangles ABE, Aif, étant semblables, leurs aires sont l’une à l’autre comme les quarrés de leurs côtés homologues AB, A1, &c. & par conséquent les espaces parcourus sont l’un à l’autre, comme les quarrés des tems.
De-là nous pouvons aussi déduire cette grande loi de l’accélération : « qu’un corps descendant avec un mouvement uniformément accéléré, décrit dans tout le tems de sa descente un espace qui est précisément la moitié de celui qu’il auroit décrit uniformément dans le même tems avec la vîtesse qu’il auroit acquise à la fin de sa chûte ». Car, comme nous l’avons déjà fait voir, tout l’espace que le corps tombant a parcouru dans le tems AB, sera représenté par le triangle ABE ; & l’espace que ce corps parcouroit uniformément en même tems avec la vîtesse BE, sera représenté par le rectangle ABEF : or on sait que le triangle est égal précisément à la moitié du rectangle. Ainsi l’espace parcouru sera la moitié de celui que le corps auroit parcouru uniformément dans le même tems avec la vîtesse acquise à la fin de sa chûte.
Nous pouvons donc conclure, 1o. que l’espace qui seroit uniformément parcouru dans la moitié du tems AB, avec la derniere vîtesse acquise BE, est égal à celui qui a été réellement parcouru par le corps tombant pendant tout le tems AB.
2o. Si le corps tombant décrit quelqu’espace ou quelque longueur donnée dans un tems donné, dans le double du tems il la décrira quatre fois ; dans le triple, neuf fois, &c. En un mot, si les tems sont dans la proportion arithmétique, 1, 2, 3, 4, &c. les espaces parcourus seront dans la proportion 1, 4, 9, 16, &c. c’est-à-dire, que si un corps décrit, par exemple, 15 piés dans la premiere seconde de sa chûte, dans les deux premieres secondes prises ensemble, il décrira quatre fois 15 piés ; neuf fois 15 dans les trois premieres secondes prises ensemble, & ainsi de suite.
3o. Les espaces décrits par le corps tombant dans une suite d’instans ou intervalles de tems égaux, seront comme les nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9, &c. c’est-à-dire, que le corps qui a parcouru 15 piés dans la premiere seconde, parcourra dans la seconde trois fois 15 piés, dans la troisieme, cinq fois 15 piés, &c. Et puisque les vîtesses acquises en tombant sont comme les tems, les espaces seront aussi comme les quarrés des vîtesses ; & les tems & les vîtesses en raison soûdoublées des espaces.
Le mouvement d’un corps montant ou poussé en en-haut, est diminué ou retardé par le même principe de gravité agissant en direction contraire, de la même maniere qu’un corps tombant est accéléré. Voyez Retardation.
Un corps lancé en-haut s’éleve jusqu’à ce qu’il ait perdu tout son mouvement ; ce qui se fait dans le même espace de tems que le corps tombant auroit mis à acquérir une vîtesse égale à celle avec laquelle le corps lancé a été poussé en en-haut.
Et par conséquent les hauteurs auxquelles s’élevent des corps lancés en en-haut avec différentes vîtesses, sont entr’elles comme les quarrés de ces vîtesses.
[modifier] Accélération des corps sur des plans inclinés.
La même loi générale qui vient d’être établie pour la chûte des corps qui tombent perpendiculairement, a aussi lieu dans ce cas-ci. L’effet du plan est seulement de rendre le mouvement plus lent. L’inclinaison étant par-tout égale, l’accélération, quoiqu’à la vérité moindre que dans les chûtes verticales, sera égale aussi dans tous les instans depuis le commencement jusqu’à la fin de la chûte. Pour les lois particulieres à ce cas, Voyez Plan incliné.
Galilée découvrit le premier ces lois par des expériences, & imagina ensuite l’explication que nous venons de donner de l’accélération.
Sur l’accélération du mouvement des pendules, Voyez Pendule.
Sur l’accélération du mouvement des projectiles, Voyez Projectile.
Sur l’accélération du mouvement des corps comprimés lorsqu’ils se rétablissent dans leur premier état & reprennent leur volume ordinaire, Voyez Compression, Dilatation, Cordes, Tension, &c.
Le mouvement de l’air comprimé est accéléré, lorsque par la force de son élasticité il reprend son volume & sa dimension naturelle : c’est une vérité qu’il est facile de démontrer de bien des manieres. Voyez Air, Elasticité.
[modifier] ACCÉLÉRATION
est aussi un terme qu’on appliquoit dans l’Astronomie ancienne aux étoiles fixes. Accélération en ce sens étoit la différence entre la révolution du premier mobile, & la révolution solaire ; différence qu’on évaluoit à 3 minutes 56 secondes. Voyez Etoile, Premier Mobile, &c. (O)
[modifier] ACCÉLÉRATRICE (Force).
on appelle ainsi la force ou cause qui accélere le mouvement d’un corps. Lorsqu’on examine les effets produits par de telles causes, & qu’on ne connoît point les causes en elles-mêmes, les effets doivent toûjours être donnés indépendamment de la connoissance de la cause, puisqu’ils ne peuvent en être déduits : c’est ainsi que sans connoître la cause de la pesanteur, nous apprenons par l’expérience que les espaces décrits par un corps qui tombe sont entr’eux comme les quarrés des tems. En général dans les mouvemens variés dont les causes sont inconnues, il est évident que l’effet produit par la cause, soit dans un tems fini, soit dans un instant, doit toûjours être donné par l’équation entre les tems & les espaces : cet effet une fois connu, & le principe de la force d’inertie supposé, on n’a plus besoin que de la Géométrie seule & du calcul pour découvrir les propriétés de ces sortes de mouvemens. Il est donc inutile d’avoir recours à ce principe dont tout le monde fait usage aujourd’hui, que la force accélératrice ou retardatrice est proportionnelle à l’élément de la vîtesse ; principe appuyé sur cet unique axiome vague & obscur, que l’effet est proportionnel à sa cause. Nous n’examinerons point si ce principe est de vérité nécessaire ; nous avouerons seulement que les preuves qu’on en a données jusqu’ici ne nous paroissent pas fort convaincantes : nous ne l’adopterons pas non plus, avec quelques Géometres, comme de vérité purement contingente ; ce qui ruineroit la certitude de la Méchanique, & la réduiroit à n’être plus qu’une science expérimentale. Nous nous contenterons d’observer que, vrai ou douteux, clair ou obscur, il est inutile à la Méchanique, & que par conséquent il doit en être banni. (O)
[modifier] ACCÉLÉRÉ (Mouvement)
en Physique, est un mouvement qui reçoit continuellement de nouveaux accroissemens de vîtesse. Voyez Mouvement.
Le mot accéléré vient du Latin ad & celer, prompt, vîte.
Si les accroissemens de vîtesse sont égaux dans des tems égaux, le mouvement est dit être accéléré uniformément. Voyez Acceleration.
Le mouvement des corps tombans est un mouvement accéléré ; & en supposant que le milieu par lequel ils tombent, c’est-à-dire l’air, soit sans résistance, le même mouvement peut aussi être considéré comme accéléré uniformément. Voyez Descente, &c.
Pour ce qui concerne les lois du mouvement accéléré, Voyez Mouvement, Acceleration. (O)
[modifier] Accéléré dans son mouvement.
En Astronomie, on dit qu’une Planete est accélérée dans son mouvement, lorsque son mouvement diurne réel excede son moyen mouvement diurne. On dit qu’elle est retardée dans son mouvement, lorsqu’il arrive que son mouvement réel est moindre que son mouvement moyen. Quand la Terre est le plus éloignée du soleil, elle est alors le moins accélérée dans son mouvement qu’il est possible, & c’est le contraire lorsqu’elle est le plus proche du Soleil. Les Astronomes s’apperçoivent de ces inégalités dans leurs observations, & on en tient compte dans les tables du mouvement apparent du soleil. Voyez Équation. (O)
[modifier] ACCENSES,
adject. pris subst. du Latin accensi forenses. C’étoient des Officiers attachés aux Magistrats Romains, & dont la fonction étoit de convoquer le peuple aux assemblées, ainsi que le porte leur nom, accensi ab acciendo. Ils étoient encore chargés d’assister le Préteur lorsqu’il tenoit le Siége, & de l’avertir tout haut de trois heures en trois heures quelle heure il étoit dans les Armées Romaines.
Les accenses, selon Festus, étoient aussi des surnuméraires qui servoient à remplacer les soldats tués dans une bataille ou mis hors de combat par leurs blessures. Cet Auteur ne leur donne aucun rang dans la Milice : mais Asconius Pedianus leur en assigne un semblable à celui de nos caporaux & de nos trompettes. Tite-Live en fait quelque mention, mais comme de troupes irrégulieres, & dont on faisoit peu d’estime. (G)
[modifier] ACCENT,
s. m. ce mot vient d’accentum, supin du verbe accinere qui vient de ab & canere : les Grecs l’appellent ωροσωδία, modulatio quæ syllabis adhibetur, venant de πρὸς, préposition Greque qui entre dans la composition des mots, & qui a divers usages, & ωδὴ, cantus, chant. On l’appelle aussi τόνος, ton.
Il faut ici distinguer la chose, & le signe de la chose.
La chose, c’est la voix ; la parole, c’est le mot, en tant que prononcé avec toutes les modifications établies par l’usage de la langue que l’on parle.
Chaque nation, chaque peuple, chaque province, chaque ville même, differe d’une autre dans le langage, non-seulement parce qu’on se sert de mots différens, mais encore par la maniere d’articuler & de prononcer les mots.
Cette maniere différente, dans l’articulation des mots, est appellée accent. En ce sens les mots écrits n’ont point d’accens ; car l’accent, ou l’articulation modifiée, ne peut affecter que l’oreille ; or l’écriture n’est apperçue que par les yeux.
C’est encore en ce sens que les Poëtes disent : prêtez l’oreille à mes tristes accens. Et que M. Pelisson disoit aux réfugiés : vous tâcherez de vous former aux accens d’une langue étrangere.
Cette espece de modulation dans les discours, particuliere à chaque pays, est ce que M. l’abbé d’Olivet, dans son excellent Traité de la Prosodie, appelle accent national.
Pour bien parler une langue vivante, il faudroit avoir le même accent, la même inflexion de voix, qu’ont les honnêtes gens de la capitale ; ainsi quand on dit, que pour bien parler François il ne faut point avoir d’accent, on veut dire qu’il ne faut avoir ni l’accent Italien, ni l’accent Gascon, ni l’accent Picard, ni aucun autre accent qui n’est pas celui des honnêtes gens de la capitale.
Accent, ou modulation de la voix dans le discours, est le genre dont chaque accent national est une espece particuliere ; c’est ainsi qu’on dit, l’accent Gascon, l’accent Flamand, &c. L’accent Gascon éleve la voix où, selon le bon usage, on la baisse : il abrege des syllabes que le bon usage allonge ; par exemple, un Gascon dit par consquent, au lieu de dire par conséquent ; il prononce séchement toutes les voyelles nazales an, en, in, on, un, &c.
Selon le méchanisme des organes de la parole, il y a plusieurs sortes de modifications particulieres à observer dans l’accent en général, & toutes ces modifications se trouvent aussi dans chaque accent national, quoiqu’elles soient appliquées différemment ; car si l’on veut bien y prendre garde, on trouve partout uniformité & variété. Partout les hommes ont un visage, & pas un ne ressemble parfaitement à un autre ; partout les hommes parlent & chaque pays a sa maniere particuliere de parler & de modifier la voix. Voyons donc quelles sont ces différentes modifications de voix qui sont comprises sous le mot général accent.
Premierement, il faut observer que les syllabes en toute langue ne sont pas prononcées du même ton. Il y a diverses inflexions de voix dont les unes élevent le ton, les autres le baissent, & d’autres enfin l’élevent d’abord, & le rabaissent ensuite sur la même syllabe. Le ton élevé est ce qu’on appelle accent aigu ; le ton bas ou baissé est ce qu’on nomme accent grave ; enfin, le ton élevé & baissé successivement & presque en même tems sur la même syllabe, est l’accent circonflexe.
« La nature de la voix est admirable, dit Cicéron ; toute sorte de chant est agréablement varié par le ton circonflexe, par l’aigu & par le grave : or le discours ordinaire, poursuit-il, est aussi une espece de chant ». Mira est natura vocis, cujus quidem, è tribus omninò sonis inflexo, acuto, gravi tanta sit, & tam suavis varietas perfecta in cantibus. Est autem in dicendo etiam quidam cantus. Cic. Orator. n. xvii. & xviii. Cette différente modification du ton, tantôt aigu, tantôt grave, & tantôt circonflexe, est encore sensible dans le cri des animaux, & dans les instrumens de musique.
2. Outre cette variété dans le ton, qui est ou grave, ou aigu, ou circonflexe, il y a encore à observer le tems que l’on met à prononcer chaque syllabe. Les unes sont prononcées en moins de tems que les autres, & l’on dit de celles-ci qu’elles sont longues, & de celles-là qu’elles sont breves. Les breves sont prononcées dans le moins de tems qu’il est possible ; aussi dit-on qu’elles n’ont qu’un tems, c’est-à-dire, une mesure, un battement ; au lieu que les longues en ont deux ; & voilà pourquoi les Anciens doubloient souvent dans l’écriture les voyelles longues, ce que nos Peres ont imité en écrivant aage, &c.
3. On observe encore l’aspiration qui se fait devant les voyelles en certains mots, & qui ne se pratique pas en d’autres, quoiqu’avec la même voyelle & dans une syllabe pareille : c’est ainsi que nous prononçons le héros avec aspiration, & que nous disons l’héroïne, l’héroïsme & les vertus héroïques, sans aspiration.
4. A ces trois différences que nous venons d’observer dans la prononciation, il faut encore ajoûter la variété du ton pathétique, comme dans l’interrogation, l’admiration, l’ironie, la colere & les autres passions : c’est ce que M. l’abbé d’Olivet appelle l’accent oratoire.
5. Enfin, il y a à observer les intervalles que l’on met dans la prononciation depuis la fin d’une période jusqu’au commencement de la période qui suit, & entre une proposition & une autre proposition ; entre un incise, une parenthese, une proposition incidente, & les mots de la proposition principale dans lesquels cet incise, cette parenthese ou cette proposition incidente sont enfermés.
Toutes ces modifications de la voix, qui sont très-sensibles dans l’élocution, sont, ou peuvent être marquées dans l’écriture par des signes particuliers que les anciens Grammairiens ont aussi appellés accens ; ainsi ils ont donné le même nom à la chose, & au signe de la chose.
Quoique l’on dise communément que ces signes, ou accens, sont une invention qui n’est pas trop ancienne, & quoiqu’on montre des manuscrits de mille ans, dans lesquels on ne voit aucun de ces signes, & où les mots sont écrits de suite sans être séparés les uns des autres, j’ai bien de la peine à croire que lorsqu’une langue a eu acquis un certain degré de perfection, lorsqu’elle a eu des Orateurs & des Poëtes, & que les Muses ont joüi de la tranquillité qui leur est nécessaire pour faire usage de leurs talens ; j’ai, dis-je, bien de la peine à me persuader qu’alors les copistes habiles n’ayent pas fait tout ce qu’il falloit pour peindre la parole avec toute l’exactitude dont ils étoient capables ; qu’ils n’ayent pas séparé les mots par de petits intervalles, comme nous les séparons aujourd’hui, & qu’ils ne se soient pas servis de quelques signes pour indiquer la bonne prononciation.
Voici un passage de Cicéron qui me paroît prouver bien clairement qu’il y avoit de son tems des notes ou signes dont les copistes faisoient usage. Hanc diligentiam subsequitur modus etiam & forma verborum. Versus enim veteres illi, in hâc solutâ oratione propemodum, hoc est, numeros quosdam nobis esse adhibendos putaverunt. Interspirationis enim, non defatigationis nostræ, neque Librariorum notis, sed verborum & sententiarum modò, interpunctas clausulas in orationibus esse voluerunt : idque, princeps Isocrates instituisse fertur. Cic. Orat. liv. III. n. xliv. « Les Anciens, dit-il, ont voulu qu’il y eût dans la prose même des intervalles, des séparations, du nombre & de la mesure comme dans les vers ; & par ces intervalles, cette mesure, ce nombre, ils ne veulent pas parler ici de ce qui est déjà établi pour la facilité de la respiration & pour soulager la poitrine de l’Orateur, ni des notes ou signes des copistes : mais ils veulent parler de cette maniere de prononcer qui donne de l’ame & du sentiment aux mots & aux phrases, par une sorte de modulation pathétique ». Il me semble que l’on peut conclure de ce passage, que les signes, les notes, les accens étoient connus & pratiqués dès avant Cicéron, au moins par les copistes habiles.
Isidore, qui vivoit il y a environ douze cens ans, après avoir parlé des accens, parle encore de certaines notes qui étoient en usage, dit-il, chez les auteurs célebres, & que les Anciens avoient inventées, poursuit-il, pour la distinction de l’écriture, & pour montrer la raison, c’est-à-dire, le mode, la maniere de chaque mot & de chaque phrase. Prætereà quædam sententiarum notæ apud celeberrimos auctores fuerunt, quasque antiqui ad distinctionem scripturarum carminibus & historiis apposuerunt, ad demonstrandam unamquanque verbi sententiarumque, ac versuum rationem. Isid. Orig. liv. I. c. xx.
Quoi qu’il en soit, il est certain que la maniere d’écrire a été sujette à bien des variations, comme tous les autres Arts. L’Architecture est-elle aujourd’hui en Orient dans le même état où elle étoit quand on bâtit Babylone ou les pyramides d’Egypte ? Ainsi tout ce que l’on peut conclure de ces manuscrits, où l’on ne voit ni distance entre les mots, ni accens, ni points, ni virgules, c’est qu’ils ont été écrits, ou dans des tems d’ignorance, ou par des copistes peu instruits.
Les Grecs paroissent être les premiers qui ont introduit l’usage des accens dans l’écriture. L’Auteur de la Méthode Greque de P. R. (pag. 546.) observe que la bonne prononciation de la langue Greque étant naturelle aux Grecs, il leur étoit inutile de la marquer par des accens dans leurs écrits ; qu’ainsi il y a bien de l’apparence qu’ils ne commencerent à en faire usage que lorsque les Romains, curieux de s’instruire de la langue Greque, envoyerent leurs enfans étudier à Athènes. On songea alors à fixer la prononciation, & à la faciliter aux étrangers ; ce qui arriva, poursuit cet Auteur, un peu avant le tems de Cicéron.
Au reste, ces accens des Grecs n’ont eu pour objet que les inflexions de la voix, en tant qu’elle peut être ou élevée ou rabaissée.
L’accent aigu que l’on écrivoit de droit à gauche ´, marquoit qu’il falloit élever la voix en prononçant la voyelle sur laquelle il étoit écrit.
L’accent grave, ainsi écrit `, marquoit au contraire qu’il falloit rabaisser la voix.
L’accent circonflexe est composé de l’aigu & du grave ^ ; dans la suite les copistes l’arrondirent de cette maniere ~, ce qui n’est en usage que dans le Grec. Cet accent étoit destiné à faire entendre qu’après avoir d’abord élevé la voix, il falloit la rabaisser sur la même syllabe.
Les Latins ont fait le même usage de ces trois accens. Cette élévation & cette dépression de la voix étoient plus sensibles chez les Anciens, qu’elles ne le sont parmi nous ; parce que leur prononciation étoit plus soûtenue & plus chantante. Nous avons pourtant aussi élevement & abaissement de la voix dans notre maniere de parler, & cela indépendamment des autres mots de la phrase ; ensorte que les syllabes de nos mots sont élevées & baissées selon l’accent prosodique ou tonique, indépendamment de l’accent pathétique, c’est-à-dire, du ton que la passion & le sentiment font donner à toute la phrase : car il est de la nature de chaque voix, dit l’Auteur de la Méthode Greque de P. R. (pag. 551.) d’avoir quelque élevement qui soûtienne la prononciation ; & cet élevement est ensuite modéré & diminué, & ne porte pas sur les syllabes suivantes.
Cet accent prosodique, qui ne consiste que dans l’élevement ou l’abaissement de la voix en certaines syllabes, doit être bien distingué du ton pathétique ou ton de sentiment.
Qu’un Gascon, soit en interrogeant, soit dans quelqu’autre situation d’esprit ou de cœur, prononce le mot d’examen, il élevera la voix sur la premiere syllabe, la soûtiendra sur la seconde, & la laissera tomber sur la derniere, à-peu-près comme nous laissons tomber nos e muets ; au lieu que les personnes qui parlent bien François, prononcent ce mot, en toute occasion, à-peu-près comme le dactyle des Latins, en élevant la premiere, passant vîte sur la seconde, & soûtenant la derniere. Un Gascon, en prononçant cadis, éleve la premiere syllabe ca, & laisse tomber dis, comme si dis étoit un e muet : au contraire, à Paris, on éleve la derniere dis.
Au reste, nous ne sommes pas dans l’usage de marquer dans l’écriture, par des signes ou accens, cet élevement & cet abaissement de la voix : notre prononciation, encore un coup, est moins soûtenue & moins chantante que la prononciation des anciens ; par conséquent la modification ou ton de voix dont il s’agit nous est moins sensible ; l’habitude augmente encore la difficulté de démêler ces différences délicates. Les Anciens prononçoient, au moins leurs vers, de façon qu’ils pouvoient mesurer par des battemens la durée des syllabes. Adsuetam moram pollicis sonore vel plausu pedis, discriminare, qui docent artem, solent. (Terentianus Maurus de Metris sub med.) ce que nous ne pouvons faire qu’en chantant, Enfin, en toutes sortes d’accens oratoires, soit en interrogeant, en admirant, en nous fâchant, &c. les syllabes qui précedent nos e muets ne sont-elles pas soûtenues & élevées comme elles le sont dans le discours ordinaire ?
Cette différence entre la prononciation des Anciens & la nôtre, me paroît être la véritable raison pour laquelle, quoique nous ayons une quantité comme ils en avoient une, cependant la différence de nos longues & de nos breves n’étant pas également sensible en tous nos mots, nos vers ne sont formés que par l’harmonie qui résulte du nombre des syllabes ; au lieu que les vers grecs & les vers latins tirent leur harmonie du nombre des piés assortis par certaines combinaisons de longues & de breves.
« Le dactyle, l’ïambe, & les autres piés entrent dans le discours ordinaire, dit Ciceron, & l’auditeur les reconnoît facilement, eos facilè agnoscit auditor. » (Cic. orator. n. lvi.) « Si dans nos Théatres, ajoûte-t-il, un acteur prononce une syllabe breve ou longue autrement qu’elle ne doit être prononcée, selon l’usage, ou d’un ton grave ou aigu, tout le peuple se récrie. Cependant, poursuit-il, le peuple n’a point étudié la regle de notre Prosodie ; seulement il sent qu’il est blessé par la prononciation de l’Acteur : mais il ne pourroit pas démêler en quoi ni comment ; il n’a sur ce point d’autre regle que le discernement de l’oreille ; & avec ce seul secours que la nature & l’habitude lui donnent, il connoît les longues & les breves, & distingue le grave de l’aigu ». Theatra tota exclamant, si fuit una syllaba brevior aut longior. Nec verò multitudo pedes novit, nec ullos numeros tenet : nec illud quod offendit, aut cur, aut in quo offendat Intelligit ; & tamen omnium longitudinum & brevitatum in sonis, sicut acutarum graviumque vocum, judicium ipsa natura in auribus nostris collocavit. (Cic. orat. n. li. fin.)
Notre Parterre démêle avec la même finesse, ce qui est contraire à l’usage de la bonne prononciation ; & quoique la multitude ne sache pas que nous avons un e ouvert, un e fermé & un e muet, l’acteur qui prononceroit l’un au lieu de l’autre seroit sifflé.
Le célebre Lully a eu presque toûjours une extrême attention à ajuster son chant à la bonne prononciation ; par exemple, il ne fait point de tenue sur les syllabes breves, ainsi dans l’opera d’Atis,
-
- Vous vous éveillez si matin,
l’a de matin est chanté bref tel qu’il est dans le discours ordinaire ; & un Acteur qui le feroit long comme il l’est dans mâtin, gros chien, seroit également sifflé parmi nous, comme il l’auroit été chez les anciens en pareil cas.
Dans la Grammaire greque, on ne donne le nom d’accent qu’à ces trois signes, l’aigu ´, le grave `, & le circonflexe ~, qui servoient à marquer le ton, c’est-à-dire l’élevement & l’abaissement de la voix ; les autres signes, qui ont d’autres usages, ont d’autres noms, comme l’esprit rude, l’esprit doux, &c.
C’est une question s’il faut marquer aujourd’hui ces accens & ces esprits sur les mots grecs : le P. Sanadon, dans sa préface sur Horace, dit qu’il écrit le grec sans accens.
En effet, il est certain qu’on ne prononce les mots des langues mortes que selon les inflexions de la langue vivante ; nous ne faisons sentir la quantité du grec & du latin que sur la pénultieme syllabe, encore faut-il que le mot ait plus de deux syllabes : mais à l’égard du ton ou accent, nous avons perdu sur ce point l’ancienne prononciation ; cependant, pour ne pas tout perdre, & parce qu’il arrive souvent que deux mots ne different entr’eux que par l’accent, je crois avec l’Auteur de la Méthode greque de P. R. que nous devons conserver les accens en écrivant le grec : mais j’ajoûte que nous ne devons les regarder que comme les signes d’une prononciation qui n’est plus : & je suis persuadé que les Savans qui veulent aujourd’hui regler leur prononciation sur ces accens, seroient siflés par les Grecs mêmes, s’il étoit possible qu’ils en fussent entendus.
A l’égard des Latins, on croit communément que les accens ne furent mis en usage dans l’écriture que pour fixer la prononciation, & la faciliter aux étrangers.
Aujourd’hui, dans la Grammaire latine, on ne donne le nom d’accent qu’aux trois signes dont nous avons parlé, le grave, l’aigu, & le circonflexe, & ce dernier n’est jamais marqué qu’ainsi ^, & non ~ comme en grec.
Les anciens Grammairiens latins n’avoient pas restraint le nom d’accent à ces trois signes. Priscien qui vivoit dans le sixieme siecle, & Isidore qui vivoit peu de tems après, disent également que les Latins ont dix accens. Ces dix accens, selon ces Auteurs, sont ;
- L’accent aigu ´.
- Le grave `.
- Le circonflexe ~.
- La longue barre, pour marquer une voyelle longue — ; longa linea, dit Priscien ; longa virgula, dit Isidore.
- La marque de la brieveté d’une syllabe, brevis virgula ˘.
- L’hyphen qui servoit à unir deux mots, comme ante-tulit ; ils le marquoient ainsi, selon Priscien ں, & ainsi, selon Isidore Ω. Nous nous servons du tiret ou trait d’union pour cet usage, porte-manteau, arc-en-ciel ; ce mot hyphen est purement grec, ὐωὸ, sub, & ἔυ, unum.
- La diastole au contraire étoit une marque de séparation ; on la marquoit ainsi ɔ sous le mot, supposita versui. (Isid. de fig. accentuum).
- L’apostrophe dont nous nous servons encore ; les Anciens la mettoient aussi au haut du mot pour marquer la suppression d’une lettre, l’ame pour la ame.
- La δασεῖα ; c’étoit le signe de l’aspiration d’une voyelle. RAC. δασὺς , hirsutus, hérissé, rude. On le marquoit ainsi sur la lettre ῾ ; c’est l’esprit rude des Grecs, dont les copistes ont fait l’h, pour avoir la facilité d’écrire de suite sans avoir la peine de lever la plume pour marquer l’esprit sur la lettre aspirée.
- Enfin, le ψιλὴ, qui marquoit que la voyelle ne devoit point être aspirée ; c’est l’esprit doux des Grecs, qui étoit écrit en sens contraire de l’esprit rude.
Ils avoient encore, comme nous, l’astérique & plusieurs autres notes dont Isidore fait mention, (Orig. liv. i.) & qu’il dit être très-anciennes.
Pour ce qui est des Hébreux, vers le cinquieme siecle, les Docteurs de la fameuse Ecole de Tibériade travaillerent à la critique des Livres de l’Ecriture-sainte, c’est-à-dire, à distinguer les Livres apocryphes d’avec les canoniques : ensuite ils les diviserent par sections & par versets ; ils en fixerent la lecture & la prononciation par des points, & par d’autres signes que les Hébraïsans appellent accens ; desorte qu’ils donnent ce nom, non-seulement aux signes qui marquent l’élévation & l’abaissement de la voix, mais encore aux signes de la ponctuation.
Aliorum exemplo excitati vetustiores Massoretœ huic malo obviam ierunt, vocesque à vocibus distinxerunt interjecto vacuo aliquo spatiolo ; versus verò ac periodas notulis quibusdam, seu ut vocant accentibus, quos eam ob causam accentus pausantes & distinguentes dixerunt. Masclef, Gram. Hebraïc. 1731. tom. i. pag. 34.
Ces Docteurs furent appellés Massoretes, du mot masore, qui veut dire tradition ; parce que ces Docteurs s’attacherent dans leur opération à conserver, autant qu’il leur fut possible, la tradition de leurs Peres dans la maniere de lire & de prononcer.
A notre égard, nous donnons le nom d’accent premierement aux inflexions de voix, & à la maniere de prononcer des pays particuliers ; ainsi, comme nous l’avons déjà remarqué, nous disons l’accent Gascon, &c. Cet homme a l’accent étranger, c’est-à-dire, qu’il a des inflexions de voix & une maniere de parler, qui n’est pas celle des personnes nées dans la capitale. En ce sens, accent comprend l’élévation de la voix, la quantité & la prononciation particuliere de chaque mot & de chaque syllabe.
En second lieu, nous avons conservé le nom d’accent à chacun des trois signes du ton qui est ou aigu, ou grave, ou circonflexe : mais ces trois signes ont perdu parmi nous leur ancienne destination ; ils ne sont plus, à cet égard, que des accens imprimés : voici l’usage que nous en faisons en Grec, en Latin, & en François.
A l’égard du Grec, nous le prononçons à notre maniere, & nous plaçons les accens selon les regles que les Grammairiens nous en donnent, sans que ces accens nous servent de guide pour élever, ou pour abaisser le ton.
Pour ce qui est du Latin, nous ne faisons sentir aujourd’hui la quantité des mots que par rapport à la pénultieme syllabe ; encore faut-il que le mot ait plus de deux syllabes ; car les mots qui n’ont que deux syllabes sont prononcés également, soit que la premiere soit longue ou qu’elle soit breve : par exemple, en vers, l’a est bref dans pater, & long dans mater ; cependant nous prononçons l’un & l’autre comme s’ils avoient la même quantité.
Or, dans les Livres qui servent à des lectures publiques, on se sert de l’accent aigu, que l’on place différemment, selon que la pénultieme est breve ou longue : par exemple, dans matutinus, nous ne faisons sentir la quantité que sur la pénultieme ti ; & parce que cette pénultieme est longue, nous y mettons l’accent aigu, matutínus.
Au contraire cette pénultieme ti est breve dans serótinus ; alors nous mettons l’accent aigu sur l’antépénultieme ro, soit que dans les vers cette pénultieme soit breve ou qu’elle soit longue. Cet accent aigu sert alors à nous marquer qu’il faut s’arrêter comme sur un point d’appui sur cette antépénultieme accentuée, afin d’avoir plus de facilité pour passer légerement sur la pénultieme, & la prononcer breve.
Au reste, cette pratique ne s’observe que dans les Livres d’Eglise destinés à des lectures publiques. Il seroit à souhaiter qu’elle fût également pratiquée à l’égard des Livres Classiques, pour accoûtumer les jeunes gens à prononcer régulierement le Latin.
Nos Imprimeurs ont conservé l’usage de mettre un accent circonflexe sur l’â de l’ablatif de la premiere déclinaison. Les Anciens relevoient la voix sur l’a du nominatif, & le marquoient par un accent aigu, musá ; au lieu qu’à l’ablatif ils l’élevoient d’abord, & la rabaissoient ensuite comme s’il y avoit eu musáà ; & voilà l’accent circonflexe que nous avons conservé dans l’écriture, quoique nous en ayons perdu la prononciation.
On se sert encore de l’accent circonflexe en Latin quand il y a syncope, comme virûm pour virorum ; sestertiûm pour sestertiorum.
On employe l’accent grave sur la derniere syllabe des adverbes, malè, benè, diù, &c. Quelques-uns même veulent qu’on s’en serve sur tous les mots indéclinables, mais cette pratique n’est pas exactement suivie.
Nous avons conservé la pratique des Anciens à l’égard de l’accent aigu qu’ils marquoient sur la syllabe qui est suivie d’un enclitique, arma virúmque cano. Dans virúmque on éleve la voix sur l’u de virum, & on la laisse tomber en prononçant que, qui est un enclitique. Ne, ve, sont aussi deux autres enclitiques ; desorte qu’on éleve le ton sur la syllabe qui précede l’un de ces trois mots, à-peu-près comme nous élevons en François la syllabe qui précede un e muet : ainsi quoique dans mener l’e de la premiere syllabe me soit muet, cet e devient ouvert, & doit être soûtenu dans je mene, parce qu’alors il est suivi d’un e muet qui finit le mot ; cet e final devient plus aisément muet quand la syllabe qui le précede est soûtenue. C’est le méchanisme de la parole qui produit toutes ces variétés, qui paroissent des bisarreries ou des caprices de l’usage à ceux qui ignorent les véritables causes des choses.
Au reste, ce mot enclitique est purement Grec, & vient d’ἐγκλίνω, inclino, parce que ces mots sont comme inclinés & appuyés sur la derniere syllabe du mot qui les précede.
Observez que lorsque ces syllabes, que, ne, ve, font partie essentielle du mot, desorte que si vous les retranchiez, le mot n’auroit plus la valeur qui lui est propre ; alors ces syllabes n’ayant point la signification qu’elles ont quand elles sont enclitiques, on met l’accent, comme il convient, selon que la pénultieme du mot est longue ou breve ; ainsi dans ubíque on met l’accent sur la pénultieme, parce que l’i est long ; au lieu qu’on le met sur l’antépénultieme dans dénique, úndique, útique.
On ne marque pas non plus l’accent sur la pénultieme avant le ne interrogatif, lorsqu’on éleve la voix sur ce ne, ego-ne ? sicci-ne ? parce qu’alors ce ne est aigu.
Il seroit à souhaiter que l’on accoûtumât les jeunes gens à marquer les accens dans leurs compositions. Il faudroit aussi que lorsque le mot écrit peut avoir deux acceptions différentes, chacune de ces acceptions fût distinguée par l’accent ; ainsi quand occido vient de cado, l’i est bref & l’accent doit être sur l’antépénultieme ; au lieu qu’on doit le marquer sur la pénultieme quand il signifie tuer ; car alors l’i est long, occído, & cet occído vient de cædo.
Cette distinction devroit être marquée même dans les mots qui n’ont que deux syllabes : ainsi il faudroit écrire légit, il lit, avec l’accent aigu ; & lêgit, il a lû, avec le circonflexe : vénit, il vient ; & vênit, il est venu.
A l’égard des autres observations que les Grammairiens ont faites sur la pratique des accens, par exemple, quand la Méthode de P. R. dit qu’au mot muliéris, il faut mettre l’accent sur l’e, quoique bref, qu’il faut écrire flôs avec un circonflexe, spés avec un aigu, &c. cette pratique n’étant fondée que sur la prononciation des Anciens, il me semble que nonseulement elle nous seroit inutile, mais qu’elle pourroit même induire les jeunes gens en erreur en leur faisant prononcer muliéris long pendant qu’il est bref, ainsi des autres que l’on pourra voir dans la Méthode de P. R. pag. 733. 735, &c.
Finissons cet article par exposer l’usage que nous faisons aujourd’hui, en François, des accens que nous avons reçûs des Anciens.
Par un effet de ce concours de circonstances, qui forment insensiblement une langue nouvelle, nos Peres nous ont transmis trois sons différens, qu’ils écrivoient par la même lettre e. Ces trois sons, qui n’ont qu’un même signe, ou caractere, sont,
- 1o. L’e ouvert, comme dans fèr, Jupitèr, la mèr, l’enfèr, &c.
- 2o. L’e fermé, comme dans bonté, charité, &c.
- 3o. Enfin l’e muet, comme dans les monosyllabes me, ne, de, te, se, le, & dans la derniere de donne, ame, vie, &c.
Ces trois sons différens se trouvent dans ce seul mot, fermeté ; l’e est ouvert dans la premiere syllabe fèr, il est muet dans la seconde me, & il est fermé dans la troisieme té. Ces trois sortes d’e se trouvent encore en d’autres mots, comme nètteté, évêque, sévère, repêché, &c.
Les Grecs avoient un caractere particulier pour l’e bref qu’ils appelloient épsilon, ἐψιλὸν, c’est-à-dire e petit ; & ils avoient une autre figure pour l’e long, qu’ils appelloient Eta, ῆτα; ils avoient aussi un o bref, omicron, ὀμικρὸν, & un o long, omega, ὠμέγα.
Il y a bien de l’apparence que l’autorité publique, ou quelque corps respectable, & le concert des copistes, avoient concouru à ces établissemens.
Nous n’avons pas été si heureux : ces finesses & cette exactitude grammaticale ont passé pour des minuties indignes de l’attention des personnes élevées. Elles ont pourtant occupé les plus grands des Romains, parce qu’elles sont le fondement de l’art oratoire, qui conduisoit aux grandes places de la république. Cicéron, qui d’Orateur devint Consul, compare ces minuties aux racines des arbres. « Elles ne nous offrent, dit-il, rien d’agréable : mais c’est de-là, ajoûte-t-il, que viennent ces hautes branches & ce verd feuillage, qui font l’ornement de nos campagnes ; & pourquoi mépriser les racines, puisque sans le suc qu’elles préparent & qu’elles distribuent, vous ne sauriez avoir ni les branches, ni le feuillage » ? De syllabis propemodum denumerandis & dimetiendis loquemur ; quæ etiamsi sunt, sicut mihi videntur, necessaria, tamen fiunt magnificentiùs, quam docentùr. Est enim hoc omninò verum, sed propriè in hoc dicitur. Nam omnium magnarum artium, sicut arborum, latitudo, nos delectat ; radices stirpesque non item : sed, esse illa sine his, non potest. Cic. Orat. n. xliii.
Il y a bien de l’apparence que ce n’est qu’insensiblement que l’e a eu les trois sons différens dont nous venons de parler. D’abord nos Peres conserverent le caractere qu’ils trouverent établi, & dont la valeur ne s’éloignoit jamais que fort peu de la premiere institution.
Mais lorsque chacun des trois sons de l’e est devenu un son particulier de la langue, on auroit dû donner à chacun un signe propre dans l’écriture.
Pour suppléer à ce défaut, on s’est avisé, depuis environ cent ans, de se servir des accens, & l’on a cru que ce secours étoit suffisant pour distinguer dans l’écriture ces trois sortes d’e, qui sont si bien distingués dans la prononciation.
Cette pratique ne s’est introduite qu’insensiblement, & n’a pas été d’abord suivie avec bien de l’exactitude : mais aujourd’hui que l’usage du Bureau typographique & la nouvelle dénomination des lettres ont instruit les maîtres & les éleves, nous voyons que les Imprimeurs & les Ecrivains sont bien plus exacts sur ce point, qu’on ne l’étoit il y a même peu d’années ; & comme le point que les Grecs ne mettoient pas sur leur iota, qui est notre i, est devenu essentiel à l’i, il semble que l’accent devienne, à plus juste titre, une partie essentielle à l’e fermé, & à l’e ouvert, puisqu’il les caractérise.
- 1o. On se sert de l’accent aigu pour marquer le son de l’e fermé, bonté, charité, aimé.
- 2o. On employe l’accent grave sur l’e ouvert, procès, accès, succès.
Lorsqu’un e muet est précédé d’un autre e, celui-ci est plus ou moins ouvert ; s’il est simplement ouvert, on le marque d’un accent grave, il mène, il pèse ; s’il est très-ouvert, on le marque d’un accent circonflexe ; & s’il ne l’est presque point & qu’il soit seulement ouvert bref, on se contente de l’accent aigu, mon pére, une régle : quelques-uns pourtant y mettent le grave.
Il seroit à souhaiter que l’on introduisît un accent perpendiculaire qui tomberoit sur l’e mitoyen, & qui ne seroit ni grave ni aigu.
Quand l’e est fort ouvert, on se sert de l’accent circonflexe, tête, tempête, même, &c.
Ces mots, qui sont aujourd’hui ainsi accentués, furent d’abord écrits avec une s, beste ; on prononçoit alors cette s comme on le fait encore dans nos provinces méridionales, beste, teste, &c. dans la suite on retrancha l’s dans la prononciation, & on la laissa dans l’écriture, parce que les yeux y étoient accoûtumés, & au lieu de cette s, on fit la syllabe longue ; & dans la suite on a marqué cette longueur par l’accent circonflexe. Cet accent ne marque donc que la longueur de la voyelle, & nullement la suppression de l’s.
On met aussi cet accent sur le vôtre, le nôtre, apôtre, bientôt, maître, afin qu’il donnât, &c. où la voyelle est longue : votre & notre, suivis d’un substantif, n’ont point d’accent.
On met l’accent grave sur l’a, préposition ; rendez à César ce qui appartient à César. On ne met point d’accent sur a, verbe ; il a, habet.
On met ce même accent sur là, adverbe ; il est là. On n’en met point sur la, article ; la raison. On écrit holà avec l’accent grave. On met encore l’accent grave sur où, adverbe ; où est-il ? cet où vient de l’ubi des Latins, que l’on prononçoit oubi, & l’on ne met point d’accent sur ou, conjonction alternative ; vous ou moi, Pierre ou Paul : cet ou vient de aut.
J’ajoûterai, en finissant, que l’usage n’a point encore établi de mettre un accent sur l’e ouvert quand cet e est suivi d’une consonne avec laquelle il ne fait qu’une syllabe ; ainsi on écrit sans accent, la mer, le fer, les hommes, des hommes. On ne met pas non plus d’accent sur l’e qui précede l’r de l’infinitif des verbes, aimer, donner.
Mais comme les Maîtres qui montrent à lire, selon la nouvelle dénomination des lettres, en faisant épeler, font prononcer l’e ou ouvert ou fermé, selon la valeur qu’il a dans la syllabe, avant que de faire épeler la consonne qui suit cet é, ces Maîtres, aussi-bien que les Etrangers, voudroient que, comme on met toûjours le point sur l’i, on donnât toûjours à l’e, dans l’écriture, l’accent propre à en marquer la prononciation ; ce qui seroit, disent-ils, & plus uniforme & plus utile. (F)
[modifier] Accent, quant à la formation,
c’est disent les Ecrivains, une vraie virgule pour l’aigu, un plain oblique incliné de gauche à droite pour le grave, & un angle aigu, dont la pointe est en haut, pour le circonflexe. Cet angle se forme d’un mouvement mixte des doigts & du poignet. Pour l’accent aigu & l’accent grave, ils se forment d’un seul mouvement des doigts.
[modifier] ACCEPTABLE,
adj. se dit, au Palais, des offres, des propositions, des voies d’accommodement qui sont raisonnables, & concilient autant qu’il est possible les droits & prétentions respectives des parties litigeantes. (H)
[modifier] ACCEPTATION,
s. f. dans un sens général, l’action de recevoir & d’agréer quelque chose qu’on nous offre, consentement sans lequel l’offre qu’on nous fait ne sauroit être effectuée.
Ce mot vient du latin acceptatio, qui signifie la même chose.
L'Acceptation d’une donation est nécessaire pour sa validité : c’est une solennité qui y est essentielle. Or l’acceptation, disent les Jurisconsultes, est le concours de la volonté ou l’agrément du donataire qui donne la perfection à l’acte, & sans lequel le donateur peut révoquer sa donation quand il lui plaira. Voyez Donation, &c.
En matiere bénéficiale, les Canonistes tiennent que l’acceptation doit être signifiée dans le tems même de la résignation, & non ex intervallo.
En matiere ecclésiastique, elle se prend pour une adhésion aux constitutions des Papes ou autres actes, par lesquelles ils ont été reçus & déclarés obligatoires. Voyez Constitution, Bulle, &c.
Il y a deux sortes d’acceptation, l’une solemnelle, & l’autre tacite.
L’acceptation solemnelle est un acte formel, par lequel l’acceptant condamne expressément quelque erreur ou quelque scandale que le Pape a condamné.
Quand une constitution a été acceptée par tous ceux qu’elle regarde plus particulierement, elle est supposée acceptée par tous les Prélats du monde chrétien qui en ont eu connoissance : & c’est cet acquiescement qu’on appelle acceptation tacite.
En ce sens la France, la Pologne, & autres états, ont accepté tacitement la constitution contre la doctrine de Molinos & des Quiétistes. De même l’Allemagne, la Pologne, & autres états catholiques, ont accepté tacitement la constitution contre Jansénius, Voyez Moliniste, Janseniste, &c.
Acceptation, en style de Commerce, se dit des lettres de change & billets à ordre. Or accepter une lettre de change, c’est reconnoître qu’on est débiteur de la somme y portée, & s’engager à la payer à son échéance ; ce qui se fait en apposant simplement par l’accepteur sa signature au bas. Voyez Lettre de change.
L’acceptation se fait ordinairement par celui sur qui la lettre est tirée lorsqu’elle lui est présentée par celui en faveur de qui elle est faite, ou à l’ordre de qui elle est passée. Tant que l’accepteur est maître de sa signature, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il ait remis la lettre acceptée au porteur, il peut rayer son acceptation, mais il ne le peut plus quand il l’a une fois délivrée. Voyez Accepteur.
Les lettres payables à vûe n’ont pas besoin d’acceptation, parce qu’elles doivent être payées dès qu’on les présente, ou à défaut de payement protestées. Dans les lettres tirées pour un certain nombre de jours après la vûe, l’acceptation doit être datée, parce que c’est du jour d’icelle que le tems court. La maniere d’accepter dans ce cas, est de mettre au bas, J’accepte pour tel jour, & de signer.
Les lettres de change payables à jour nommé, ou à usance, ou à double usance, n’ont pas besoin d’être datées ; l’usance servant assez pour faire connoître la date du billet. Voyez Usance. Pour accepter celles-ci, il n’est question que d’écrire au bas, Accepté, & de signer.
Si le porteur d’une lettre de change n’en fait point faire l’acceptation à tems, il n’a plus de garantie sur le tireur. Voyez Porteur. S’il se contente d’une acceptation à payer dans vingt jours après vûe, tandis que la lettre n’en portoit que huit, les douze jours de surplus sont à ses risques, ensorte que si pendant ces douze jours l’accepteur venoit à faillir, il n’auroit pas de recours contre le tireur. Et si le porteur se contente d’une moindre somme que celle qui est portée par la lettre, le restant est pareillement à ses risques. Voyez Protêt, Endossement. (H)
(*)Il y a des acceptations sous condition en certain cas, comme sont celles de payer à soi-même, celles qui se font sous protêt simple, & celles sous protêt pour mettre à compte.
[modifier] ACCEPTER une lettre de change,
c'est la souscrire, s'engager au payement de la somme qui y est portée dans le tems marqué ; ce qui s'appelle accepter pour éviter à protêt. Voyez Lettre de change & Protêt.
Il faut prendre garde à ne point accepter des lettres que l’on n’ait provision en main, ou qu’on ne soit certain qu’elle sera remise dans le tems ; car quand une fois on a accepté une lettre, on en devient le principal débiteur : il la faut absolument acquiter à son échéance, autrement on seroit poursuivi à la requête de celui qui en est le porteur, après le protêt qu’il en auroit fait faire faute de payement.
Il est d’usage de laisser les lettres de change chez ceux sur qui elles sont tirées pour les accepter : mais les Auteurs qui ont écrit du Commerce, remarquent que cet usage est dangereux, & que sur-tout quand une lettre de change est signée au dos pour acquit, & qu’elle n’est pas encore acceptée, comme il peut arriver quelquefois, alors il ne faut jamais la laisser, pour quelque raison que ce soit, chez celui qui doit l’accepter, parce que s’il étoit de mauvaise foi il pourroit en mésuser. Si cependant celui chez qui une lettre de change a été laissée pour accepter, la vouloit retenir sous quelque prétexte que ce fût, la difficulté qu’il feroit de la rendre vaudroit acceptation, & il seroit obligé d’en payer le contenu.
Nous observerons pour ceux qui veulent se mêler du commerce des lettres de change, que celles qui sont tirées des places où le vieux style est en usage, comme à Londres, sur d’autres places où l’on suit le nouveau style, comme à Paris, la date differe ordinairement de dix jours ; c’est-à-dire, que si la lettre est datée à Londres le 11 Mars, ce sera le 21 Mars à Paris ; & ainsi des autres dates. Cette observation n’est pas également sûre pour tous les lieux où l’ancien style est en usage. En Suede, par exemple, la différence est toûjours de dix jours ; ce qui a changé en Angleterre depuis 1700, où elle a commencé d’être d’onze jours, à cause que cette année n’a pas été bissextile. V. Nouveau style & Vieux style. (G)
[modifier] ACCEPTEUR,
s. m. terme de Commerce, est celui qui accepte une lettre de change. Voyez Acceptation.
L’accepteur, qui ordinairement est celui sur qui la lettre de change est tirée, devient débiteur personnel par son acceptation, & est obligé à payer quand même le tireur viendroit à faillir avant l’échéance. Voyez Change. (G)
(*) Parmi les Négocians on se sert quelquefois du terme d’acceptator, qui signifie la même chose. Voyez Acceptation.
[modifier] ACCEPTILATION,
s. f. terme de Jurisprudence Romaine ; remise qu’on fait de sa créance à son débiteur par un acte exprès ou quittance, par laquelle on le décharge de sa dette sans en recevoir le payement. (H)
[modifier] ACCEPTION,
S. f. terme de Grammaire ; c’est le sens que l’on donne à un mot. Par exemple, ce mot esprit, dans sa premiere acception, signifie vent, souffle : mais en Métaphysique il est pris dans une autre acception. On ne doit pas dans la suite du même raisonnement le prendre dans une acception différente.
Acceptio vocis est interpretatio vocis ex mente ejus qui excipit. Sicul. p. 18. L’acception d’un mot que prononce quelqu’un qui vous parle, consiste à entendre ce mot dans le sens de celui qui l’employe : si vous l’entendez autrement, c’est une acception différente. La plûpart des disputes ne viennent que de ce qu’on ne prend pas le même mot dans la même acception. On dit qu’un mot a plusieurs acceptions, quand il peut être pris en plusieurs sens différens : par exemple, coin se prend pour un angle solide, le coin de la chambre, de la cheminée ; coin signifie une piece de bois ou de fer qui sert à fendre d’autres corps ; coin, en terme de monnoie, est un instrument de fer qui sert à marquer les monnoies, les médailles & les jettons ; coin ou coing est le fruit du coignassier. Outre le sens propre qui est la premiere acception d’un mot, on donne encore souvent au même mot un sens figuré : par exemple, on dit d’un bon livre qu’il est marqué au bon coin : coin est pris alors dans une acception figurée ; on dit plus ordinairement dans un sens figuré. (F)
[modifier] Acception, en Medecine,
se dit de tout ce qui est reçû dans le corps, soit par la peau, soit par le canal alimentaire. (N)
[modifier] ACCÈS ;
ce mot vient du latin accessus, qui signifie approcher, l’action par laquelle un corps s’approche de l’autre : mais il n’est pas usité en François dans ce sens littéral. Il signifie dans l’usage ordinaire, abord, entrée, facilité d’aborder quelqu’un, d’en approcher. V. Entrée, Admission. Ainsi l’on dit : cet homme a accès auprès du Prince ; cette côte est de difficile accès, à cause des rochers qui la bordent. (F)
[modifier] (*) Accès, avoir accès, aborder, approcher.
On a accès où l’on entre ; on aborde les personnes à qui l’on veut parler ; on approche celles avec qui l’on est souvent. Les Princes donnent accès, se laissent aborder, permettent qu’on les approche ; l’accès en est facile ou difficile ; l’abord rude ou gracieux ; l’approche utile ou dangereuse. Qui a des connoissances peut avoir accès ; qui a de la hardiesse aborde ; qui joint à la hardiesse un esprit souple & flateur, peut approcher les Grands. Voyez les Synonymes de M. l’Abbé Girard.
[modifier] Accès, en Medecine,
se dit du retour périodique de certaines maladies qui laissent de tems en tems des intervalles de relâche au malade. Voyez Periodique.
Ainsi l’on dit un accès de goutte, mais plus spécialement un accès de fievre, d’épilepsie, de folie : on dit aussi un accès prophétique.
On confond bien souvent accès avec paroxysme ; cependant ce sont deux choses différentes ; l’accès n’étant proprement que le commencement ou la premiere attaque de la maladie ; au lieu que le paroxysme en est le plus fort & le plus haut degré. Voyez Paroxysme. (N)
[modifier] Accès, terme usité à la Cour de Rome,
lorsqu’à l’élection des Papes les voix se trouvant partagées, quelques Cardinaux se désistent de leur premier suffrage, & donnent leur voix à un Sujet qui en a déjà d’autres, pour en augmenter le nombre. Ce mot vient du latin accessus, dérivé d’accedo, accéder, se joindre.
[modifier] Accès, en Droit canonique,
signifioit la faculté qu’on accordoit à quelqu’un pour posséder un Bénéfice après la mort du Titulaire, ou parce que celui à qui on accordoit cette faculté n’avoit pas encore l’âge compétent, auquel cas on donnoit en attendant le Bénéfice à un autre ; & lorsqu’il avoit atteint l’âge requis, il entroit dans son Bénéfice sans nouvelle provision.
Le Concile de Trente, Session XXV. chap. vii. a abrogé les accès : il réserve seulement au Pape la faculté de nommer des Coadjuteurs aux Archevêques & Evêques, pourvû qu’il y ait nécessité pressante, & que ce soit en connoissance de cause.
La différence que les Canonistes mettent entre l’accès & le regrès, c’est que le regrès habet causam de præterito, parce qu’il faut pour l’exercer avoir eu droit au Bénéfice ; au lieu que l’accès habet causam de futuro. Voyez Regrès. (H)
[modifier] ACCESSIBLE,
adj. ce dont on peut aborder, qui peut être approché.
On dit : cette place ou cette forteresse est accessible du côté de la mer, c’est-à-dire, qu’on peut y entrer par ce côté-là.
Une hauteur ou distance accessible, en Géométrie, est celle qu’on peut mesurer méchaniquement en y appliquant la mesure ; ou bien c’est une hauteur du pié de laquelle on peut approcher, & d’où l’on peut mesurer quelque distance sur le terrein. Voyez Distance, &c.
Avec le quart de cercle on peut prendre les hauteurs, tant accessibles qu’inaccessibles. Voyez Hauteur, Quart de cercle, &c.
Un des objets de l’arpentage est de mesurer nonseulement les distances accessibles, mais aussi les inaccessibles. Voyez Arpentage. (E)
[modifier] ACCESSION,
s. f. terme de Pratique, est l’action d’aller dans un lieu. Ainsi l’on dit en ce sens : le Juge a ordonné une accession en tel endroit, pour y dresser un procès-verbal de l’état des choses.
[modifier] Accession, en Droit,
est l’union, l’adjection d’une chose à une autre, au moyen de laquelle celle qui a été ajoûtée, commence dès-lors à appartenir au propriétaire de la premiere. Voyez Accessoire & Accroissement.
Accession est encore synonyme à accès, terme usité à la Cour de Rome. Voyez ci-dessus Accès. (H)
[modifier] (*) ACCESSIT, terme Latin usité dans les colléges,
se dit dans les distributions des prix, des écoliers qui ont le mieux réussi après ceux qui ont obtenu les prix, & qui par conséquent en ont le plus approché. Il y a presque toûjours plusieurs accessit. Les Académies qui distribuent des prix donnent souvent aussi des accessit.
[modifier] ACCESSOIRE, terme de Droit civil,
est une chose ajoûtée ou survenue à une autre plus essentielle, ou d’un plus grand prix. Voyez Accession.
En ce sens, accessoire est opposé à principal.
Ainsi l’on dit en Droit que la pourpre en laquelle on a teint un drap, n’étant que l’accessoire du drap, appartient à celui qui est le maître du drap. (H)
[modifier] Accessoires,
adj. pris subst. accessoires de Willis ou par accessorium, en Anatomie, sont une paire de nerfs qui viennent de la moelle épiniere, entre la partie antérieure & postérieure de la quatrieme paire des nerfs cervicaux ; ensuite ils montent vers le crane, & y étant entrés, ils en sortent avec la paire vague ou huitieme paire, enveloppés avec elle dans une membrane commune ; après quoi ils abandonnent la huitieme paire, & vont se distribuer aux muscles du cou & de l’omoplate.
Ces nerfs-ci en montant vers le crane, reçoivent des branches de chacune des cinq premieres paires cervicales près de leur origine de la moëlle de l’épine, & fournissent des rameaux aux muscles du larynx, du pharynx, &c. s’unissant avec une branche du nerf intercostal, ils forment le plexus ganglio-forme. Voyez Plexus. (N)
Accessoires, s. m. pl. en Peinture, sont des choses qu’on fait entrer dans la composition d’un tableau, comme vases, armures, animaux, qui sans y être absolument nécessaires, servent beaucoup à l’embellir, lorsque le Peintre sait les y placer sans choquer les convenances. (R)
[modifier] (*) ACCHO,
ville de Phénicie qui fut donnée à la tribu d’Azer. Il y en a qui prétendent que c’est la même ville que Acé ou Ptolémaïs ; d’autres, que c’est Accon.
[modifier] ACCIL,
s. m. Chimie : il y en a qui se sont servis de ce mot pour signifier le Plomb. Voyez Plomb, Saturne, Alabari, Aabam (M)
[modifier] ACCIDENT,
s. m. terme de Grammaire ; il est surtout en usage dans les anciens Grammairiens ; ils ont d’abord regardé le mot comme ayant la propriété de signifier. Telle est, pour ainsi dire, la substance du mot, c’est ce qu’ils appellent nominis positio : ensuite ils ont fait des observations particulieres sur cette position ou substance Métaphysique, & ce sont ces observations qui ont donné lieu à ce qu’ils ont appellé accidens des dictions, dictionum accidentia.
Ainsi par accident les Grammairiens entendent une propriété, qui, à la vérité, est attachée au mot, mais qui n’entre point dans la définition essentielle du mot ; car de ce qu’un mot sera primitif, ou qu’il sera dérivé, simple ou composé, il n’en sera pas moins un terme ayant une signification. Voici quels sont ces accidens.
1. Toute diction ou mot peut avoir un sens propre ou un sens figuré. Un mot est au propre, quand il signifie ce pourquoi il a été premierement établi : le mot Lion a été d’abord destiné à signifier cet animal qu’on appelle Lion : je viens de la foire, j’y ai vû un beau Lion ; Lion est pris là dans le sens propre : mais si en parlant d’un homme emporté, je dis que c’est un lion, lion est alors dans un sens figuré. Quand par comparaison ou analogie un mot se prend en quelque sens autre que celui de sa premiere destination, cet accident peut être appellé l’acception du mot.
2. En second lieu, on peut observer si un mot est primitif, ou s’il est dérivé.
Un mot est primitif, lorsqu’il n’est tiré d’aucun autre mot de la Langue dans laquelle il est en usage. Ainsi en François, Ciel, Roi, bon, sont des mots primitifs.
Un mot est dérivé lorsqu’il est tiré de quelqu’autre mot comme de sa source : ainsi céleste, royal, royaume, royauté, royalement, bonté, bonnement, sont autant de dérivés. Cet accident est appellé par les Grammairiens l’espece du mot ; ils disent qu’un mot est de l’espece primitive ou de l’espece dérivée.
3. On peut observer si un mot est simple ou s’il est composé : juste, justice, sont des mots simples ; injuste, injustice, sont composés. En Latin res est un mot simple, publica est encore simple ; mais respublica est un mot composé.
Cet accident d’être simple ou d’être composé a été appellé par les anciens Grammairiens la figure. Ils disent qu’un mot est de la figure simple ou qu’il est de la figure composée ; en sorte que figure vient ici de fingere, & se prend pour la forme ou constitution d’un mot qui peut être ou simple ou composé. C’est ainsi que les Anciens ont appellé vasa fictilia, ces vases qui se font en ajoûtant matiere à matiere, & figulus l’ouvrier qui les fait, à fingendo.
4. Un autre accident des mots regarde la prononciation ; sur quoi il faut distinguer l’accent, qui est une élévation ou un abaissement de la voix toûjours invariable dans le même mot ; & le ton & l’emphase qui sont des inflexions de voix qui varient selon les diverses passions & les différentes circonstances, un ton fier, un ton soûmis, un ton insolent, un ton piteux. Voyez Accent.
Voilà quatre Accidens qui se trouvent en toutes sortes des mots. Mais de plus chaque sorte particuliere de mots a ses accidens qui lui sont propres ; ainsi le nom substantif a encore pour accidens le genre. Voyez Genre ; le cas, la déclinaison, le nombre, qui est ou singulier ou pluriel, sans parler du duel des Grecs.
Le nom adjectif a un accident de plus, qui est la comparaison ; doctus, doctior, doctissimus ; savant, plus savant, très-savant.
Les pronoms ont les mêmes accidens que les noms.
A l’égard des verbes, ils ont aussi par accident l’acception, qui est ou propre ou figurée : ce vieillard marche d’un pas ferme, marcher est là au propre : celui qui me suit ne marche point dans les ténebres, dit Jesus-Christ ; suit & marche sont pris dans un sens figuré, c’est-à-dire, que celui qui pratique les maximes de l’Evangile a une bonne conduite, & n’a pas besoin de se cacher ; il ne fuit point la lumiere, il vit sans crainte & sans remords.
2. L’espece est aussi un accident des verbes ; ils sont ou primitifs, comme parler, boire, sauter, trembler ; ou dérivés, comme parlementer, buvoter, sautiller, trembloter. Cette espece de verbes dérivés en renferme plusieurs autres ; tels sont les inchoatifs, les fréquentatifs, les augmentatifs, les diminutifs, les imitatifs, & les désidératifs.
3. Les verbes ont aussi la figure, c’est-à-dire, qu’ils sont simples, comme venir, tenir, faire ; ou composés, comme prevenir, convenir, refaire, &c.
4. La voix ou forme du verbe : elle est de trois sortes ; la voix ou forme active, la voix passive, & la forme neutre.
Les verbes de la voix active, sont ceux dont les terminaisons expriment une action qui passe de l’agent au patient, c’est-à-dire, de celui qui fait l’action sur celui qui la reçoit : Pierre bat Paul ; bat est un verbe de la forme active ; Pierre est l’agent, Paul est le patient, ou le terme de l’action de Pierre : Dieu conserve ses créatures ; conserve est un verbe de la forme active.
Le verbe est à la voix passive, lorsqu’il signifie que le sujet de la proposition est le patient, c’est-à-dire, qu’il est le terme de l’action ou du sentiment d’un autre : les méchans sont punis, vous serez pris par les ennemis ; sont punis, serez pris, sont de la forme passive.
Le verbe est à la forme neutre, lorsqu’il signifie une action ou un état qui ne passe point du sujet de la proposition sur aucun autre objet extérieur ; comme il pâlit, il engraisse, il maigrit, nous courons, il badine toûjours, il rit, vous rajeunissez, &c.
5. Le mode, c’est-à-dire, les différentes manieres d’exprimer ce que le verbe signifie, ou par l’indicatif qui est le mode direct & absolu, ou par l’impératif, ou par le subjonctif, ou enfin par l’infinitif.
6. Le sixieme accident des verbes, c’est de marquer le tems par des terminaisons particulieres : j’aime, j’aimois, j’ai aimé, j’avois aimé, j’aimerai.
7. Le septieme accident est de marquer les personnes grammaticales, c’est-à-dire, les personnes relativement à l’ordre qu’elles tiennent dans la formation du discours ; & en ce sens il est évident qu’il n’y a que trois personnes.
La premiere est celle qui fait le discours, c’est-à-dire, celle qui parle, je chante ; je est la premiere personne, & chante est le verbe à la premiere personne, parce qu’il est dit de cette premiere personne.
La seconde personne est celle à qui le discours s’adresse ; tu chantes, vous chantez, c’est la personne à qui l’on parle.
Enfin lorsque la personne ou la chose dont on parle n’est ni à la premiere ni à la seconde personne, alors le verbe est dit être à la troisieme personne : Pierre écrit, écrit est à la troisieme personne ; le soleil luit, luit est à la troisieme personne du présent de l’indicatif du verbe luire.
En Latin & en Grec les personnes grammaticales sont marquées, aussi bien que les tems, d’une maniere plus distincte, par des terminaisons particulieres ; τύπλω, τύπλεις, τύπλει, τύπλομεν, τύπλετε, τύωλουσι ; canto, cantas, cantat, cantavi, cantavisti, cantavit, cantaveram, cantabo, &c. au lieu qu’en François la différence des terminaisons n’est pas souvent bien sensible ; & c’est pour cela que nous joignons aux verbes les pronoms qui marquent les personnes ; je chante, tu chantes, il chante.
8. Le huitieme accident du verbe est la conjugaison. La conjugaison est une distribution ou liste de toutes les parties & de toutes les inflexions du verbe, selon une certaine analogie. Il y a quatre sortes d’analogies en Latin par rapport à la conjugaison ; ainsi il y a quatre conjugaisons : chacune a son paradigme, c’est-à-dire un modele sur lequel chaque verbe régulier doit être conjugué : ainsi amare, selon d’autres cantare, est le paradigme des verbes de la premiere conjugaison, & ces verbes, selon leur analogie, gardent l’a long de l’infinitif dans presque tous leurs tems & dans presque toutes les personnes. Amare, amabam, amavi, amaveram, amabo, amandum, amatum, &c.
Les autres conjugaisons ont aussi leur analogie & leur paradigme.
Je crois qu’à ces quatre conjugaisons on doit en ajoûter une cinquieme, qui est une conjugaison mixte, en ce qu’elle a des personnes qui suivent l’analogie de la troisieme conjugaison, & d’autres celle de la quatrieme ; tels sont les verbes en ere, io, comme capere, capio ; on dit à la premiere personne du passif capior, je suis pris, comme audior ; cependant on dit caperis à la seconde personne, & non capiris, quoiqu’on dise audior, audiris. Comme il y a plusieurs verbes en ere, io, suscipere, suscipio, interficere, interficio, elicere, io, excutere, io, fugere, fugio, &c. & que les commençans sont embarrassés à les conjuguer, je crois que ces verbes valent bien la peine qu’on leur donne un paradigme ou modele.
Nos Grammairiens comptent aussi quatre conjugaisons de nos verbes François.
- Les verbes de la premiere conjugaison ont l’infinitif en er, donner.
- Ceux de la seconde ont l’infinitif en ir, punir.
- Ceux de la troisieme ont l’infinitif en oir, devoir.
- Ceux de la quatrieme ont l’infinitif en re, dre, tre, faire, rendre, mettre.
La Grammaire de la Touche voudroit une cinquieme conjugaison des verbes en aindre, eindre, oindre, tels que craindre, feindre, joindre, parce que ces verbes ont une singularité qui est de prendre le g pour donner un son mouillé à l’n en certains tems, nous craignons, je craignis, je craignisse, craignant.
Mais le P. Buffier observe qu’il y a tant de différentes inflexions entre les verbes d’une même conjugaison, qu’il faut, ou ne reconnoître qu’une seule conjugaison, ou en reconnoître autant que nous avons de terminaisons différentes dans les infinitifs. Or M. l’abbé Regnier observe que la Langue Françoise a jusqu’à vingt-quatre terminaisons différentes à l’infinitif.
9. Enfin le dernier accident des verbes est l’analogie ou l’anomalie, c’est-à-dire d’être réguliers & de suivre l’analogie de leur paradigme, ou bien de s’en écarter ; & alors on dit qu’ils sont irréguliers ou anomaux.
Que s’il arrive qu’ils manquent de quelque mode, de quelque tems, ou de quelque personne, on les appelle défectifs.
A l’égard des prépositions, elles sont toutes primitives & simples, à, de, dans, avec, &c. sur quoi il faut observer qu’il y a des langues qui énoncent en un seul mot ces vûes de l’esprit, ces rapports, ces manieres d’être ; au lieu qu’en d’autres langues, ces mêmes rapports sont divisés par l’élocution & exprimés par plusieurs mots : par exemple, coram patre, en présence de son pere ; ce mot coram, en Latin, est un mot primitif & simple, qui n’exprime qu’une maniere d’être considérée par une vûe simple de l’esprit.
L’élocution n’a point en François de terme pour l’exprimer ; on la divise en trois mots, en présence de. Il en est de même de propter, pour l’amour de ; ainsi de quelques autres expressions que nos Grammairiens François ne mettent au nombre des prépositions, que parce qu’elles répondent à des prépositions Latines.
La préposition ne fait qu’ajoûter une circonstance ou maniere au mot qui précede, & elle est toûjours considérée sous le même point de vûe ; c’est toûjours la même maniere ou circonstance qu’elle exprime ; il est dans ; que ce soit dans la ville, ou dans la maison, ou dans le coffre, ce sera toûjours être dans. Voilà pourquoi les prépositions ne se déclinent point.
Mais il faut observer qu’il y a des propositions séparables, telles que dans, sur, avec, &c. & d’autres qui sont appellées inséparables, parce qu’elles entrent dans la composition des mots, de façon qu’elles n’en peuvent être séparées sans changer la signification particuliere du mot ; par exemple, refaire, surfaire, défaire, contrefaire, ces mots, re, sur, dé, contre, &c. sont alors des prépositions inséparables, tirées du Latin. Nous en parlerons plus en détail au mot Préposition.
A l’égard de l’adverbe, c’est un mot qui, dans sa valeur, vaut autant qu’une préposition & son complément. Ainsi prudemment, c’est avec prudence ; sagement, avec sagesse, &c. Voyez Adverbe.
Il y a trois accidens à remarquer dans l’adverbe outre la signification, comme dans tous les autres mots. Ces trois accidens sont,
1. L’espece, qui est ou primitive ou dérivative : ici, là, ailleurs, quand, lors, hier, où, &c. sont des adverbes de l’espece primitive, parce qu’ils ne viennent d’aucun autre mot de la Langue.
Au lieu que justement, sensément, poliment, absolument, tellement, &c. sont de l’espece dérivative ; ils viennent des noms adjectifs juste, sensé, poli, absolu, tel, &c.
2. La figure, c’est d’être simple ou composé. Les adverbes sont de la figure simple, quand aucun autre mot ni aucune préposition inséparable n’entre dans leur composition ; ainsi justement, lors, jamais, sont des adverbes de la figure simple.
Mais injustement, alors, aujourd’hui, & en Latin hodie, sont de la figure composée.
3. La comparaison est le troisieme accident des adverbes. Les adverbes qui viennent des noms de qualité se comparent, justement, plus justement, très ou fort justement, le plus justement, bien, mieux, le mieux, mal, pis, le pis, plus mal, très-mal, fort mal, &c.
A l’égard de la conjonction, c’est-à-dire, de ces petits mots qui servent à exprimer la liaison que l’esprit met entre des mots & des mots, ou entre des phrases & des phrases ; outre leur signification particuliere, il y a encore leur figure & leur position.
1. Quant à la figure, il y en a de simples, comme &, ou, mais, si, car, ni, &c.
Il y en a beaucoup de composées, & si, mais si, & même il y en a qui sont composées de noms ou de verbes ; par exemple, à moins que, desorte que, bien entendu que, pourvû que.
2. Pour ce qui est de leur position, c’est-à-dire, de l’ordre ou rang que les conjonctions doivent tenir dans le discours, il faut observer qu’il n’y en a point qui ne suppose au moins un sens précédent ; car ce qui joint doit être entre deux termes. Mais ce sens peut quelquefois être transposé, ce qui arrive avec la conditionnelle si, qui peut fort bien commencer un discours ; si vous êtes utile à la société, elle pourvoira à vos besoins. Ces deux phrases sont liées par la conjonction si ; c’est comme s’il y avoit, la société pourvoira à vos besoins, si vous y êtes utile.
Mais vous ne sauriez commencer un discours par mais, &, or, donc, &c. c’est le plus ou moins de liaison qu’il y a entre la phrase qui suit une conjonction & celle qui la précede, qui doit servir de regle pour la ponctuation.
(*) Ou s’il arrive qu’un discours commence par un or ou un donc, ce discours est censé la suite d’un autre qui s’est tenu intérieurement, & que l’Orateur ou l’écrivain a sous-entendu, pour donner plus de véhémence à son début. C’est ainsi qu’Horace a dit au commencement d’une ode :
-
- Ergo Quintilium perpetuus sopor
- Urget.....
Et Malherbe dans son ode à Louis XIII. partant pour la Rochelle :
-
- Donc un nouveau labeur à tes armes s’apprête ;
- Prens ta foudre, Louis.....
A l’égard des interjections, elles ne servent qu’à marquer des mouvemens subits de l’ame. Il y a autant de sortes d’interjections, qu’il y a de passions différentes. Ainsi il y en a pour la tristesse & la compassion, hélas, ha ! pour la douleur ai, ai, ha ! pour l’aversion & le dégoût, fi. Les interjections ne servant qu’à ce seul usage, & n’étant jamais considérées que sous la même face, ne sont sujettes à aucun autre accident. On peut seulement observer qu’il y a des noms, des verbes, & des adverbes, qui étant prononcés dans certains mouvemens de passions, ont la force de l’interjection, courage, allons, bon-Dieu, voyez, marche, tout-beau, paix, &c. c’est le ton plûtôt que le mot qui fait alors l’interjection. (F)
[modifier] Accident,
s. m. en Logique, quand on joint une idée confuse & indéterminée de substance avec une idée distincte de quelque mode : cette idée est capable de représenter toutes les choses où sera ce mode ; comme l’idée de prudent, tous les hommes prudens ; l’idée de rond, tous les corps ronds. Cette idée exprimée par un terme adjectif, prudent, rond, donne le cinquieme universel qu’on appelle accident, parce qu’il n’est pas essentiel à la chose à laquelle on l’attribue ; car s’il l’étoit, il seroit différence ou propre.
Mais il faut remarquer ici, que quand on considere deux substances ensemble, on peut en considérer une comme mode de l’autre. Ainsi un homme habillé peut être considéré comme un tout composé de cet homme & de ses habits : mais être habillé à l’égard de cet homme, est seulement un mode ou une façon d’être, sous laquelle on le considere, quoique ses habits soient des substances. V. Universaux. (X)
(*) Les Aristotéliciens, après avoir distribué les êtres en dix classes, réduisoient ces dix classes à deux générales ; à la classe de la substance, ou de l’être qui existe par lui-même, & à la classe de l’accident, ou de l’être qui est dans un autre comme dans un sujet.
De la classe de l’accident, ils en faisoient neuf autres, la quantité, la relation, la qualité, l’action, la passion, le tems, le lieu, la situation, & l’habitude.
[modifier] Accident, en Medecine,
signifie une révolution qui occasionne une maladie, ou quelqu’autre chose de nouveau qui donne de la force à une maladie déjà existante. La suppression subite des crachats dans la péripneumonie est un accident fâcheux. Les plus fameux praticiens en Medecine recommandent d’avoir communément plûtôt égard à la violence des accidens qu’à la cause de la maladie ; parce que leur durée pourroit tellement augmenter la maladie, qu’elle deviendroit incurable. Voyez Symptome. (N)
[modifier] Accident, en Peinture.
On dit des accidens de lumiere, lorsque les nuages interposés entre le soleil & la terre produisent sur la terre des ombres qui l’obscurcissent par espace ; l’effet que produit le soleil sur ces espaces qui en restent éclairés, s’appelle accident de lumiere. Ces accidens produisent des effets merveilleux dans un tableau.
On appelle encore accident de lumiere, les rayons qui viennent par une porte, par une lucarne, ou d’un flambeau, lorsque cependant ils ne font pas la lumiere principale d’un tableau. (R)
[modifier] Accident, se dit aussi en Fauconnerie.
Les oiseaux de proie sont sujets à plusieurs accidens ; il arrive quelquefois que les faucons sont blessés en attaquant le milan ou le héron : si la blessure est légere, vous la guérirez avec le remede suivant : mettez dans un pot verni une pinte de bon verjus ; faites-y infuser pendant douze heures pimprenelle & consoude de chacune une poignée, avec deux onces d’aloès & autant d’encens, une quantité suffisante d’origan, & un peu de mastic : l’infusion étant faite, passez le tout par un linge avec expression, & gardez ce remede pour le besoin. On se sert de cette colature pour étuver doucement la blessure qui se guérit par ce moyen aisément.
Si la blessure est considérable, il faut d’abord couper la plume pour empêcher qu’elle ne s’y attache, & y mettre une tente imbibée de baume ou d’huile de millepertuis.
Si la blessure est interne, ayant été causée par l’effort qu’a fait le faucon en fondant sur sa proie, il faut prendre un boyau de poule ou de pigeon, vuider & laver bien ce boyau, puis mettre dedans de la momie, & faire avaler le tout à l’oiseau ; il vomira sur le champ le sang qui sera caillé dans son corps, & peu de tems après il sera guéri.
Si la blessure de l’oiseau est considérable, mais extérieure, & que les nerfs soient offensés, il faudra premierement la bien étuver avec un liniment fait avec du vin blanc, dans lequel on aura fait infuser des roses seches, de l’écorce de grenade, un peu d’absinthe & d’alun ; ensuite on y appliquera de la térébenthine.
[modifier] ACCIDENTEL,
adj. en Physique, se dit d’un effet qui arrive, ou d’une cause qui arrive par accident, pour ainsi dire, sans être ou du moins sans paroître sujette à des lois, ni à des retours réglés. En ce sens accidentel est opposé à constant & principal. Ainsi la situation du soleil à l’égard de la terre, est la cause constante & principale du chaud de l’été, & du froid de l’hyver : mais les vents, les pluies, &c. en sont les causes accidentelles, qui alterent & modifient souvent l’action de la cause principale.
Point accidentel, en Perspective, est un point de la ligne horisontale où se rencontrent les projections de deux lignes qui sont paralleles l’une à l’autre, dans l’objet qu’on veut mettre en perspective, & qui ne sont pas perpendiculaires au tableau. On appelle ce point accidentel, pour le distinguer du point principal, qui est le point où tombe la perpendiculaire menée de l’œil au tableau, & où se rencontrent les projections de toutes les lignes perpendiculaires au tableau. Voyez Ligne horisontale. (O)
[modifier] ACCISE,
s. f. terme de Commerce, droit qui se paye à Amsterdam, & dans tous les états des Provinces-Unies, sur diverses sortes de marchandises & de denrées, comme sont le froment, & d’autres grains, la biere, les tourbes, le charbon de terre.
Les droits d’accise du froment se payent à Amsterdam à raison de trente sous le lost, soit que les grains soient chers, soit qu’ils soient à bon marché, outre les droits d’entrée qui sont de dix florins, non compris ce que les Boulangers & les bourgeois payent pour le mesurage, le courtage, & le port à leurs maisons. (G)
[modifier] ACCLAMATION,
s. f. marque de joie ou d’applaudissement par lequel le public témoigne son estime ou son approbation. L’antiquité nous a transmis plusieurs sortes d’acclamations. Les Hébreux avoient coûtume de crier hosanna ; les Grecs ἄγαβη τυκὴ, bonne fortune. Il est parlé dans les Historiens, de quelques magistrats d’Athenes qui étoient élûs par acclamation. Cette acclamation ne se manifestoit point par des cris, mais en élevant les mains. Les Barbares témoignoient leur approbation par un bruit confus de leurs armes. Nous connoissons plus en détail sur ce point les usages des Romains, dont on peut réduire les acclamations à trois especes différentes ; celles du peuple, celles du Sénat, & celles des assemblées des gens de Lettres.
Les acclamations du peuple avoient lieu aux entrées des Généraux & des Empereurs, aux spectacles donnés par les Princes ou les Magistrats, & aux triomphes des vainqueurs. D’abord ce n’étoit que les cris confus d’une multitude transportée de joie, & l’expression simple & sans fard de l’admiration publique, plausus tunc arte carebat, dit Ovide. Mais sous les Empereurs, & même dès Auguste, ce mouvement impétueux auquel le peuple s’abandonnoit comme par enthousiasme, devint un art, un concert apprêté. Un Musicien donnoit le ton, & le peuple faisant deux chœurs répétoit alternativement la formule d’acclamation. La fausse nouvelle de la convalescence de Germanicus s’étant répandue à Rome, le peuple courut en foule au Capitole avec des flambeaux & des victimes en chantant, salva Roma, salva patria, salvus est Germanicus. Néron, passionné pour la musique, lorsqu’il joüoit de la lyre sur le théatre, avoit pour premiers acclamateurs Seneque & Burrhus, puis cinq mille soldats nommés Augustales, qui entonnoient ses loüanges, que le reste des spectateurs étoit obligé de répéter. Ces acclamations en musique durerent jusqu’à Théodoric. Aux acclamations se joignoient les applaudissemens aussi en cadence. Les formules les plus ordinaires étoient feliciter, longiorem vitam, annos felices ; celles des triomphes étoient des vers à la loüange du Général, & les soldats & le peuple crioient par intervalles ïo triumphe : mais à ces loüanges le soldat mêloit quelquefois des traits piquans & satyriques contre le vainqueur.
Les acclamations du Sénat, quoique plus sérieuses, avoient le même but d’honorer le Prince, & souvent de le flatter. Les Sénateurs marquoient leur consentement à ses propositions par ces formules, omnes, omnes, æquum est, justum est. On a vû des élections d’Empereurs se faire par acclamation, sans aucune délibération précédente.
Les gens de Lettres récitoient ou déclamoient leurs pieces dans le Capitole ou dans les Temples, & en présence d’une nombreuse assemblée. Les acclamations s’y passoient à-peu-près comme celles des spectacles, tant pour la musique que pour les accompagnemens. Elles devoient convenir au sujet & aux personnes ; il y en avoit de propres pour les Philosophes, pour les Orateurs, pour les Historiens, pour les Poëtes. Une des formules les plus ordinaires étoit le sophos qu’on répétoit trois fois. Les comparaisons & les hyperboles n’étoient point épargnées, surtout par les admirateurs à gages payés pour applaudir ; car il y en avoit de ce genre, au rapport de Philostrate. (G)
[modifier] ACCLAMPER, acclampe, mât acclampé, mât jumellé.
C’est un mât fortifié par les pieces de bois attachées à ses côtés. Voyez Clamp & Jumelle. (Z)
[modifier] ACCLIVITAS,
sub. f. pente d’une ligne ou d’un plan incliné à l’horison, prise en montant. Voyez Plan incliné.
Ce mot est tout Latin : il vient de la proposition ad, & de clivus, pente, penchant.
La raison pour laquelle nous insérons ici ce mot, c’est qu’il se trouve dans quelques ouvrages de Physique & de Méchanique, & qu’il n’y a point de mot François qui lui réponde.
La pente, prise en descendant, se nomme declivitas.
Quelques auteurs de fortifications ont employé acclivitas pour synonyme à talud.
Cependant le mot talud est d’ordinaire employé indifféremment pour désigner la pente, soit en montant, soit en descendant. (O)
[modifier] ACCOINTANCE,
s. f. vieux mot qui s’employe encore quelquefois au Palais, pour signifier un commerce illicite avec une femme ou une fille. (H)
[modifier] ACCOISEMENT,
s. m. terme de Medecine. Il n’est d’usage que dans cette phrase, l’accoisement des humeurs ; & il désigne alors la cessation d’un mouvement excessif excité en elles par quelque cause que ce soit. Voyez Calme. (N)
[modifier] ACCOISER,
v. act. en Medecine, calmer, appaiser, rendre coi. Accoiser les humeurs, les humeurs sont accoisées. (N)
[modifier] ACCOLADE,
s. f. cérémonie qui se pratiquoit en conférant un Ordre de Chevalerie, dans le tems où les Chevaliers étoient reçûs en cette qualité par les Princes Chrétiens. Elle consistoit en ce que le Prince armoit le nouveau Chevalier, l’embrassoit ensuite en signe d’amitié, & lui donnoit sur l’épaule un petit coup du plat d’une épée. Cette marque de faveur & de bienveillance est si ancienne, que Grégoire de Tours écrit que les Rois de France de la premiere race, donnant le baudrier & la ceinture dorée, baisoient les Chevaliers à la joue gauche, en proférant ces paroles, au nom du Pere & du Fils & du Saint-Esprit, & comme nous venons de dire, les frappoient de l’épée legerement sur l’épaule. Ce fut de la sorte que Guillaume le conquérant, Roi d’Angleterre, conféra la Chevalerie à Henri son fils âgé de dix-neuf ans, en lui donnant encore des armes ; & c’est pour cette raison que le Chevalier qui recevoit l’accolade étoit nommé Chevalier d’armes, & en Latin Miles ; parce qu’on le mettoit en possession de faire la guerre, dont l’épée, le haubert, & le heaume, étoient les symboles. On y ajoûtoit le collier comme la marque la plus brillante de la Chevalerie. Il n’étoit permis qu’à ceux qui avoient ainsi reçu l’accolade, de porter l’épée & de chausser des éperons dorés ; d’où ils étoient nommés Equites aurati, différant par-là des Ecuyers qui ne portoient que des éperons argentés. En Angleterre, les simples Chevaliers ne pouvoient porter que des cornettes chargées de leurs armes : mais le Roi les faisoit souvent Chevaliers Bannerets en tems de guerre, leur permettant de porter la banniere comme les Barons. Voyez Banneret. (G)
[modifier] Accolade, en Musique,
est un trait tiré à la marge de haut en bas, par lequel on joint ensemble dans une partition les portées de toutes les différentes parties. Comme toutes ces parties doivent s’exécuter en même tems, on compte les lignes d’une partition, non par le nombre des portées, mais par celui des accolades ; car tout ce qui est sous une accolade ne forme qu’une seule ligne. V. Partition. (S)
[modifier] ACCOLAGE,
s. m. se dit de la vigne : c’est un travail qui consiste à attacher les sarmens aux échalas. Il y a des pays où on les lie ou accole, car ces termes sont synonymes, aussitôt qu’ils sont taillés. Il y en a d’autres où on n’accole que ceux qui sont crûs depuis la taille.
Il faut commencer l’accolage de bonne heure. On dit que pour qu’il fût aussi utile qu’il doit l’être, il faudroit s’y prendre à deux fois : la premiere, on accoleroit les bourgeons des jeunes vignes au bas seulement, afin qu’ils ne se mêlassent point les uns avec les autres, ni par le milieu, ni par le haut ; cette précaution empêcheroit qu’on ne les cassât, quand il s’agiroit de les séparer pour les accoler entierement. La seconde fois on les accoleroit tous généralement. Quoiqu’entre les bourgeons il y en eût de plus grands les uns que les autres, il seroit nécessaire de les accoler tous la premiere fois & par le haut & par le bas : si on attendoit qu’ils fussent tous à-peu-près de la même hauteur pour leur donner la même façon, un vent qui surviendroit pourroit les casser : mais les vignerons n’ont garde d’avoir toutes ces attentions, à moins que la vigne ne leur appartienne.
[modifier] ACCOLER,
verb. act. c’est attacher une branche d’arbre ou un sep de vigne à un échalas ou sur un treillage d’espalier, afin qu’en donnant plus d’air aux fruits & aux raisins, leur maturité soit plus parfaite, & leur goût plus exquis. (K)
On dit accoler la vigne à l’échalas ; c’est l’attacher à l’échalas avec les branches les plus petites du saule qu’on reserve pour cet usage.
[modifier] Accoler, terme de Commerce,
signifie faire un certain trait de plume en marge d’un livre, d’un compte, d’un mémoire, d’un inventaire, qui marque que plusieurs articles sont compris dans une même supputation, ou dans une seule somme, laquelle est tirée à la marge du côté où sont posés les chiffres dont on doit faire l’addition à la fin de la page.
[modifier] Accolé,
adj. se prend dans le Blason en quatre sens différens : 1o. pour deux choses attenantes & jointes ensemble, comme les écus de France & de Navarre qui sont accolés sous une même couronne, pour les armoiries de nos Rois. Les femmes accolent leurs écus à ceux de leurs maris. Les fusées, les losanges & les macles, sont aussi censées être accolées quand elles se touchent de leurs flancs ou de leurs pointes, sans remplir tout l’écu : 2o. Accolé se dit des chiens, des vaches, ou autres animaux qui ont des colliers ou des couronnes passées dans le col, comme les cignes, les aigles : 3o. des choses qui sont entortillées à d’autres, comme une vigne à l’échalas, un serpent à une colonne ou à un arbre, &c. 4o. On se sert enfin de ce terme pour les chefs, bâtons, masses, épées, bannieres & autres choses semblables qu’on passe en sautoir derriere l’écu. Voyez Ecu, Fusée, Lozange, Macle, Chef, Baston, &c.
Rohan en Bretagne, de gueules à neuf macles d’or, accolées & aboutées trois trois en trois fasces. (V)
[modifier] Accoler,
c’est unir deux ou plusieurs pieces de bois ensemble sans aucun assemblage, simplement pour les fortifier les unes par les autres, & leur donner la force nécessaire pour le service qu’on en veut tirer.
[modifier] ACCOLURE,
s. f. piece de bois servant dans la composition d’un train. Voyez Train.
[modifier] ACCOMMODAGE,
sub. m. qui signifie l’action d’arranger les boucles d’une tête ou d’une perruque : ainsi accommoder une tête, c’est en peigner la frisure, arranger les boucles, y mettre de la pommade & de la poudre ; pour cet effet après que les cheveux ont été mis en papillotes & passés au fer, on les laisse refroidir, & quand ils sont refroidis, on ôte les papillotes, on peigne la frisure, & on arrange les boucles avec le peigne, de façon à pouvoir les étaler & en former plusieurs rangs, après quoi on y met un peu de pommade qu’on a fait fondre dans la main. Cette pommade nourrit les cheveux, y entretient l’humidité nécessaire, & sert outre cela à leur faire tenir la poudre.
[modifier] ACCOMMODATION,
s. f. terme de Palais qui est vieilli. Voyez Accommodement, qui signifie la même chose. (H)
[modifier] ACCOMMODEMENT,
sub. m. en terme de Pratique, est un traité fait à l’amiable, par lequel on termine un différend, une contestation ou un procès. On dit qu’un mauvais accommodement vaut mieux que le meilleur procès.
Il se peut faire par le seul concours des parties, ou par l’entremise d’un tiers arbitre, ou de plusieurs à qui ils s’en sont rapportés. C’est à-peu-près la même chose que transaction. Voyez Transaction, Arbitrage. (H)
[modifier] ACCOMMODER,
v. act. c’est apprêter des mets ou les préparer par le moyen du feu ou autrement, pour servir de nourriture ou d’aliment. Voyez Nourriture ou Aliment.
Le dessein de l’accommodage des mets devroit être de détacher la tissure trop compacte de la chair ou des viandes, pour les préparer à la dissolution & à la digestion dans l’estomac, la viande n’étant pas un aliment propre à l’homme lorsqu’elle n’est pas préparée. Il y en a qui pensent que la nature n’a pas eu en vûe d’en faire un animal carnacier. Voyez Carnacier.
Les opérations les plus ordinaires sont le rôti, le bouilli, l’étuvée. Il faut observer que dans le rôti, les mets supporteront une chaleur plus grande & plus longue que dans le bouilli ou l’étuvée, & dans le bouilli, plus grande & plus longue que dans l’étuvée. La raison en est que le rôti se faisant en plein air, comme les parties commencent à s’échauffer extérieurement, elles s’étendent, elles se dilatent, & ainsi elles donnent par degrés un passage aux parties raréfiées de l’air qu’elles renferment ; moyennant quoi les secousses intérieures qui operent la dissolution, en deviennent plus foibles & plus ralenties. Le bouilli se faisant dans l’eau, sa compression en est plus considérable, & par une suite nécessaire, les secousses qui doivent soulever le poids sont à proportion plus fortes ; ainsi la coction des mets s’en fait beaucoup plus vîte : & même dans cette maniere de les préparer, il y a de grandes différences ; car l’opération est plûtôt faite, à mesure que le poids d’eau est plus grand.
Dans l’étuvée, quoique la chaleur dure infiniment moins que dans les autres manieres d’accommoder, l’opération est beaucoup plus vive, à cause qu’elle se fait dans un vaisseau plein & bien clos ; ce qui cause des secousses beaucoup plus souvent réitérées & reverberées avec beaucoup plus de vigueur : c’est delà que procede la force extrème du digesteur, ou de la machine de Papin, & que l’on peut concevoir plus clairement l’opération de la digestion. Voyez Digesteur & Digestion.
M. Cheyne observe que le bouilli sépare ou détache une plus grande partie des jus succulens que contiennent les mets, qu’ils en deviennent moins nourrissans, plus détrempés, plus légers, & d’une digestion plus aisée : que le rôti, d’un autre côté, laisse les mets trop pleins de sucs nourrissans, trop durs de digestion, & qui ont besoin d’être plus détrempés ou délayés. C’est pourquoi on doit faire bouillir les animaux robustes, grands & adultes, dont on veut faire sa nourriture : mais on doit faire rôtir les plus jeunes & les plus tendres.
[modifier] ACCOMPAGNAGE,
s. f. terme de Soierie, trame fine de même couleur que la dorure dont l’étoffe est brochée, servant à garnir le fond sous lequel elle passe, pour empêcher qu’il ne transpire au-travers de cette même dorure, ce qui en diminueroit l’éclat & le brillant.
Toutes les étoffes riches dont les chaînes sont de couleur différente de la dorure, doivent être accompagnées. Voyez Fond or, Brocards, Tissus, &c. & Lisses de poil.
[modifier] ACCOMPAGNATEUR,
sub. m. en Musique. On appelle ainsi celui qui dans un concert accompagne ou de l’orgue ou du clavecin.
Il faut qu’un bon accompagnateur soit excellent Musicien, qu’il sache bien l’harmonie, qu’il connoisse à fond son clavier, qu’il ait l’oreille excellente, les doigts souples, & le goût bon.
Nous aurons occasion de parler au mot Accompagnement de quelques-unes des qualités nécessaires à l’accompagnateur. (S)
[modifier] ACCOMPAGNÉ,
adj. terme de Blason : il se dit de quelques pieces honorables qui en ont d’autres en séantes partitions. Ainsi on dit que la croix est accompagnée de quatre étoiles, de quatre coquilles, & seize alérions, de vingt billettes, lorsque les choses sont également disposées dans les quatre cantons qu’elle laisse vuides dans l’écu. Voyez Croix, Alérion, Billettes, &c. Le chevron peut être accompagné de trois croissans, deux en chef & un en pointe, de trois roses, de trois besans, &c. La fasce peut être accompagnée de deux losanges, deux molettes, deux croisettes, &c. l’une en chef, l’autre en pointe, ou de quatre tourteaux, quatre aiglettes, &c. deux en chef & deux en pointe. Le pairle de trois pieces semblables, une en chef & deux aux flancs, & le sautoir de quatre ; la premiere en chef, la seconde en pointe, & les deux autres aux flancs. On dit la même chose des pieces mises dans le sens de celles-là, comme deux clefs en sautoir, trois poissons mis en pairle, &c. Voyez Sautoir, Pairle, &c.
Esparbez en Guienne, d’argent à la fasce de gueules, accompagné de trois merlettes de sable. (V)
[modifier] ACCOMPAGNEMENT,
S. m. c’est l’exécution d’une harmonie complete & réguliere sur quelque instrument, tel que l’orgue, le clavecin, le théorbe, la guittare, &c. Nous prendrons ici le clavecin pour exemple.
On y a pour guide une des parties de la Musique, qui est ordinairement la basse. On touche cette basse de la main gauche, & de la droite l’harmonie indiquée par la marche de la basse, par le chant des autres parties qu’on entend en même tems, par la partition qu’on a devant les yeux, ou par des chiffres qu’on trouve communément ajoûtés à la basse. Les Italiens méprisent les chiffres ; la partition même leur est peu nécessaire ; la promptitude & la finesse de leur oreille y supplée, & ils accompagnent fort bien sans tout cet appareil : mais ce n’est qu’à leur disposition naturelle qu’ils sont redevables de cette facilité ; & les autres Peuples qui ne sont pas nés comme eux pour la Musique, trouvent à la pratique de l’accompagnement des difficultés infinies ; il faut des dix à douze années pour y réussir passablement. Quelles sont donc les causes qui retardent l’avancement des éleves, & embarrassent si long-tems les maîtres ? La seule difficulté de l’Art ne fait point cela.
Il y en a deux principales : l’une dans la maniere de chiffrer les basses ; l’autre dans les méthodes d’accompagnement.
Les signes dont on se sert pour chiffrer les basses sont en trop grand nombre. Il y a si peu d’accords fondamentaux ! pourquoi faut-il une multitude de chiffres pour les exprimer ? les mêmes signes sont équivoques, obscurs, insuffisans. Par exemple, ils ne déterminent presque jamais la nature des intervalles qu’ils expriment, ou, ce qui pis est, ils en indiquent d’opposés : on barre les uns pour tenir lieu de dièse, on en barre d’autres pour tenir lieu de bémol : les intervalles majeurs & les superflus, même les diminués, s’expriment souvent de la même maniere. Quand les chiffres sont doubles, ils sont trop confus ; quand ils sont simples, ils n’offrent presque jamais que l’idée d’un seul intervalle ; de sorte qu’on en a toûjours plusieurs autres à sousentendre & à exprimer.
Comment remédier à ces inconvéniens ? faudra-t-il multiplier les signes pour tout exprimer ? mais on se plaint qu’il y en a déjà trop. Faudra-t-il les réduire ? on laissera plus de choses à deviner à l’accompagnateur, qui n’est déjà que trop occupé. Que faire donc ? Il faudroit inventer de nouveaux signes, perfectionner le doigter, & faire des signes & du doigter deux moyens combinés qui concourent en même tems à soulager l’accompagnateur. C’est ce que M. Rameau a tenté avec beaucoup de sagacité dans sa dissertation sur les différentes méthodes d’accompagnement. Nous exposerons aux mots Chiffrer & Doigter, les moyens qu’il propose. Passons aux méthodes.
Comme l’ancienne Musique n’étoit pas si composée que la nôtre, ni pour le chant, ni pour l’harmonie, & qu’il n’y avoit guere d’autre basse que la fondamentale, tout l’accompagnement ne consistoit que dans une suite d’accords parfaits, dans lesquels l’accompagnateur substituoit de tems en tems quelque sixte à la quinte, selon que l’oreille le conduisoit. Ils n’en savoient pas davantage. Aujourd’hui qu’on a varié les modulations, surchargé, & peut-être gâté l’harmonie par une foule de dissonances, on est contraint de suivre d’autres regles. M. Campion imagina celle qu’on appelle regle de l’octave ; & c’est par cette méthode que la plûpart des maîtres montrent aujourd’hui l’accompagnement.
Les accords sont déterminés par la regle de l’octave, relativement au rang qu’occupent les notes de la basse dans un ton donné. Ainsi le ton connu, la note de la basse continue, le rang de cette note dans le ton, le rang de la note qui la précede immédiatement, le rang de celle qui la suit, on ne se trompera pas beaucoup en accompagnant par la regle de l’octave, si le compositeur a suivi l’harmonie la plus simple & la plus naturelle : mais c’est ce qu’on ne doit guere attendre de la Musique d’aujourd’hui. D’ailleurs, le moyen d’avoir toutes ces choses présentes ? & tandis que l’accompagnateur s’en instruit, que deviennent les doigts ? A peine est-on arrivé à un accord qu’un autre se présente ; le moment de la réflexion est précisément celui de l’exécution : il n’y a qu’une habitude consommée de Musique, une expérience refléchie, la facilité de lire une ligne de Musique d’un coup d’œil, qui puissent secourir ; encore les plus habiles se trompent-ils avec ces secours.
Attendra-t-on pour accompagner que l’oreille soit formée, qu’on sache lire rapidement la Musique, qu’on puisse débrouiller à livre ouvert une partition ? mais en fût-on là, on auroit encore besoin d’une habitude du doigter, fondée sur d’autres principes d’accompagnement que ceux qu’on a donnés jusqu’à M. Rameau.
Les maîtres zélés ont bien senti l’insuffisance de leurs principes. Pour y remédier ils ont eu recours à l’énumération & à la connoissance des consonances, dont les dissonnances se préparent & se sauvent. Détail prodigieux, dont la multitude des dissonnances fait suffisamment appercevoir.
Il y en a qui conseillent d’apprendre la composition avant que de passer à l’accompagnement ; comme si l’accompagnement n’étoit pas la composition même, aux talens près, qu’il faut joindre à l’un pour faire usage de l’autre. Combien de gens au contraire veulent qu’on commence par l’accompagnement à apprendre la composition ?
La marche de la basse, la regle de l’octave, la maniere de préparer & de sauver les dissonnances, la composition en général, ne concourent qu’à indiquer la succession d’un seul accord à un autre ; de sorte qu’à chaque accord, nouvel objet, nouveau sujet de réflexion. Quel travail pour l’esprit ! Quand l’esprit sera-t-il assez instruit & l’oreille assez exercée pour que les doigts ne soient plus arrêtés ?
C’est à M. Rameau, qui par l’invention de nouveaux signes & la perfection du doigter, nous a aussi indiqué les moyens de faciliter l’accompagnement ; c’est à lui, dis-je, que nous sommes redevables d’une méthode nouvelle, qui garantit des inconvéniens de toutes celles qu’on avoit suivies jusqu’à présent. C’est lui qui le premier a fait connoître la basse fondamentale, & qui par-là nous a découvert les véritables fondemens d’un art où tout paroissoit arbitraire.
Voici en peu de mots les principes sur lesquels sa méthode est fondée.
Il n’y a dans l’harmonie que des consonances & des dissonances. Il n’y a donc que des accords consonnans & dissonans.
Chacun de ces accords est fondamentalement divisé par tierces. (C’est le système de M. Rameau) Le consonnant est composé de 3 notes, comme ut, mi, sol ; & le dissonant de quatre, comme sol, si, ré, fa.
Quelque distinction ou distribution que l’on fasse de l’accord consonnant, on y aura toûjours trois notes, comme ut, mi, sol. Quelque distribution qu’on fasse de l’accord dissonant, on y trouvera toûjours quatre notes, comme sol, si, ré, fa, laissant à part la supposition & la suspension qui en introduisent d’autres dans l’harmonie comme par licence. Ou des accords consonnans se succedent, ou des accords dissonans sont suivis d’autres dissonans, ou les consonnans & les dissonans sont entrelacés.
L’accord consonnant parfait ne convenant qu’à la tonique, la succession des accords consonnans fournit autant de toniques, & par conséquent de changemens de ton.
Les accords dissonans se succedent ordinairement dans un même ton. La dissonance lie le sens harmonique. Un accord y fait souhaiter l’autre, & fait sentir en même tems que la phrase n’est pas finie. Si le ton change dans cette succession, ce changement est toûjours annoncé par un dièse ou par un bémol. Quant à la troisieme succession, savoir l’entrelacement des accords consonnans & dissonans, M. Rameau réduit à deux cas cette succession, & il prononce en général, qu’un accord consonnant ne peut être précédé d’un autre dissonant que de celui de septieme de la dominante, ou de celui de sixte-quinte de la soûdominante, excepté dans la cadence rompue & dans les suspensions ; encore prétend-il qu’il n’y a pas d’exception quant au fond. Il nous paroît que l’accord parfait peut encore être précédé de l’accord de septieme diminuée, & même de celui de sixte superflue ; deux accords originaux, dont le dernier ne se renverse point.
Voilà donc trois textures différentes de phrases harmoniques : des toniques qui se succedent & qui font changer de ton : des consonances qui se succedent ordinairement dans le même ton ; & des consonances & des dissonances qui s’entrelacent, & où la consonnance est, selon M. Rameau, nécessairement précédée de la septieme de la dominante, ou de la sixte-quinte de la soûdominante. Que reste-t-il donc à faire pour la facilité de l’accompagnement, sinon d’indiquer à l’accompagnateur quelle est celle de ces textures qui regne dans ce qu’il accompagne ? Or c’est ce que M. Rameau veut qu’on exécute avec des caracteres.
Un seul signe peut aisément indiquer le ton, la tonique & son accord.
On tire de là la connoissance des dièses & des bémols qui doivent entrer dans le courant des accords d’une tonique à une autre.
La succession fondamentale par quintes ou par tierces, tant en montant qu’en descendant, donne la premiere texture de phrases harmoniques toute composée d’accords consonnans.
La succession fondamentale par tierces ou par quintes en descendant, donne la seconde texture, composée d’accords dissonans, savoir des accords de septieme, & cette succession donne l’harmonie descendante.
L’harmonie ascendante est fournie par une succession de quintes en montant, ou de quartes en descendant, accompagnées de la dissonance propre à cette succession, qui est la sixte ajoûtée ; & c’est la troisieme texture des phrases harmoniques, qui n’a jusqu’ici été observée de personne, quoique M. Rameau en ait trouvé le principe & l’origine dans la cadence irréguliere. Ainsi par les regles ordinaires, l’harmonie qui naît d’une succession de dissonances descend toûjours, quoique selon ses vrais principes & selon la raison, elle doive avoir en montant une progression tout aussi réguliere qu’en descendant. Voyez Cadence.
Les cadences fondamentales donnent la quatrieme texture de phrases harmoniques, où les consonances & les dissonances s’entrelacent.
Toutes ces textures peuvent être désignées par des caracteres simples, clairs & peu nombreux, qui indiqueront en même tems, quand il le faut, la dissonance en général ; car l’espece en est toûjours déterminée par la texture même. Voyez Chiffrer. On commence par s’exercer sur ces textures prises séparément, puis on les fait se succéder les unes aux autres sur chaque ton & sur chaque mode successivement.
Avec ces précautions, M. Rameau prétend qu’on sait plus d’accompagnement en six mois, qu’on n’en savoit auparavant en six ans, & il a l’expérience pour lui. Voyez Musique, Harmonie, Basse fondamentale, Basse continue, Partition, Chiffrer, Doigter, Consonnance, Dissonance, Regle de l’octave, Composition, Supposition, Suspension, Ton, Cadence, Modulation, &c.
A l’égard de la maniere d’accompagner avec intelligence, elle dépend plus de l’habitude & du goût que des regles qu’on en peut donner. Voici pourtant quelques observations générales qu’on doit toûjours faire en accompagnant.
1o. Quoique suivant les principes de M. Rameau il faille toucher tous les sons de chaque accord, il ne faut pas toûjours prendre cette regle à la lettre. Il y a des accords qui seroient insupportables avec tout ce remplissage. Dans la plûpart des accords dissonans, surtout dans les accords par supposition, il y a quelque son à retrancher pour en diminuer la dureté ; ce son est souvent la septieme, quelquefois la quinte, quelquefois l’une & l’autre. On retranche encore assez souvent la quinte ou l’octave de la basse dans les accords dissonans, pour éviter des octaves ou des quintes de suite, qui font souvent un fort mauvais effet, surtout dans le haut ; & par la même raison, quand la note sensible est dans la basse, on ne la met pas dans l’accompagnement ; au lieu de cela, on double la tierce ou la sixte de la main droite. En général on doit penser en accompagnant, que quand M. Rameau veut qu’on remplisse tous les accords, il a bien plus d’égard à la facilité du doigter & à son système particulier d’accompagnement, qu’à la pureté de l’harmonie.
2o. Il faut toûjours proportionner le bruit au caractere de la Musique, & à celui des instrumens ou des voix qu’on a à accompagner : ainsi dans un chœur on frappe les accords pleins de la main droite, & l’on redouble l’octave ou la quinte de la main gauche, & quelquefois tout l’accord. Au contraire dans un récit lent & doux, quand on n’a qu’une flûte ou une voix foible à accompagner, on retranche des sons, on les arpege doucement, on prend le petit clavier : en un mot, on a toûjours attention que l’accompagnement, qui n’est fait que pour soûtenir & embellir le chant, ne le gâte & ne le couvre pas.
3o. Quand on a à refrapper les mêmes touches dans une note longue ou une tenue, que ce soit plûtôt au commencement de la mesure ou du tems fort, que dans un autre moment : en un mot, il faut ne rebattre qu’en bien marquant la mesure.
4o. Rien n’est si desagréable que ces traits de chant, ces roulades, ces broderies, que plusieurs accompagnateurs substituent à l’accompagnement. Ils couvrent la voix, gâtent l’harmonie, embrouillent le sujet ; & souvent ce n’est que par ignorance qu’ils font les habiles mal-à-propos, pour ne savoir pas trouver l’harmonie propre à un passage. Le véritable accompagnateur va toûjours au bien de la chose, & accompagne simplement. Ce n’est pas que dans de certains vuides on ne puisse au défaut des instrumens placer quelque joli trait de chant : mais il faut que ce soit bien à-propos, & toûjours dans le caractere du sujet. Les Italiens jouent quelquefois tout le chant au lieu d’accompagnement ; & cela fait assez bien dans leur genre de Musique. Mais quoi qu’ils en puissent dire, il y a souvent plus d’ignorance que de goût dans cette maniere d’accompagner.
5o. On ne doit pas accompagner la Musique Italienne comme la Françoise. Dans celle-ci il faut soûtenir les sons, les arpéger gracieusement du bas en haut ; s’attacher à remplir l’harmonie, à joüer proprement la basse : car les compositeurs François lui donnent aujourd’hui tous les petits ornemens & les tours de chant des dessus. Au contraire, en accompagnant de l’Italien, il faut frapper simplement les notes de la basse, n’y faire ni cadences, ni broderie, lui conserver la marche grave & posée qui lui convient : l’accompagnement doit être sec & sans arpéger. On y peut retrancher des sons sans scrupule ; mais il faut bien choisir ceux qu’on fait entendre. Les Italiens font peu de cas du bruit ; une tierce, une sixte bien adaptée, même un simple unisson, quand le bon goût le demande, leur plaisent plus que tout notre fracas de parties & d’accompagnement : en un mot, ils ne veulent pas qu’on entende rien dans l’accompagnement, ni dans la basse, qui puisse distraire l’oreille du sujet principal, & ils sont dans l’opinion que l’attention s’évanoüit en se partageant.
6o. Quoique l’accompagnement de l’orgue soit le même que celui du clavecin, le goût en est différent. Comme les sons y sont soûtenus, leur marche doit être plus douce & moins sautillante. Il faut lever la main entiere le moins qu’on peut, faire glisser les doigts d’une touche à l’autre sans lever ceux qui, dans la place où ils sont, peuvent servir à l’accord où l’on passe ; rien n’est si desagréable que d’entendre sur l’orgue cette espece d’accompagnement sec & détaché, qu’on est forcé de pratiquer sur le clavecin. Voyez le mot Doigter.
On appelle encore accompagnement, toute partie de basse ou autre instrument, qui est composée sur un chant principal pour y faire harmonie. Ainsi un solo de violon s’accompagne du violoncelle ou du clavecin, & un accompagnement de flûte se marie fort bien à la voix ; cette harmonie ajoûte à l’agrément du chant : il y a même par rapport aux voix une raison particuliere pour les faire toûjours accompagner de quelques instrumens : car quoique plusieurs prétendent qu’en chantant on modifie naturellement sa voix selon les lois du tempérament, cependant l’expérience nous montre que les voix les plus justes & les mieux exercées ont bien de la peine à se maintenir long-tems dans le même ton quand rien ne les y soûtient. A force de chanter on monte ou l’on descend insensiblement ; & en finissant, rarement se trouve-t-on bien juste dans le même ton d’où l’on étoit parti. C’est en vûe d’empêcher ces variations, que l’harmonie d’un instrument est employée pour maintenir toûjours la voix dans le même diapason, ou pour l’y rappeller promptement lorsqu’elle s’en égare. V. Basse continue. (S)
[modifier] Accompagnement se dit, en Peinture,
des objets qui sont ajoûtés, ou pour l’ornement, ou pour la vraisemblance. Il est naturel que dans un tableau représentant des chasseurs, on voie des fusils, des chiens, du gibier, & autres équipages de chasse : mais il n’est pas nécessaire pour le vraisemblable qu’on y en mette de toutes les especes ; lorsqu’on les y introduit, ce sont des accompagnemens qui ornent toûjours beaucoup un tableau. On dit d’un tableau représentant des chasseurs : il faudroit à ce tableau quelque accompagnement, comme de fusils, gibier, &c. On dit de beaux accompagnemens. Cette chose accompagne bien cette partie, ce grouppe, &c. (R)
[modifier] ACCOMPAGNER, terme de Soierie,
c’est l’action de passer l’accompagnage. Voyez Accompagnage.
[modifier] ACCOMPLISSEMENT,
s. m. signifie l’exécution, l’achevement, le succès d’une chose qu’on se proposoit de faire ou qu’on a entreprise.
Ce mot vient du Latin ad & complere, remplir.
L’accomplissement des Prophéties de l’ancien Testament dans la personne du Sauveur, démontre assez clairement qu’il étoit le Messie. V. Prophétie.
L’accomplissement d’une Prophétie peut se faire ou directement, ou par accommodation.
Car une même Prophétie peut avoir plusieurs accomplissemens en différens tems : telle est, par exemple, celle que Jesus-Christ fait touchant la ruine de Jérusalem, laquelle doit avoir un second accomplissement dans le tems qui précédera immédiatement le jugement dernier.
Ce principe n’est pas universel, & pourroit même être dangereux à bien des égards, en retombant dans le système de Grotius sur l’accomplissement des Prophéties. Il faut donc dire que l’accomplissement du sens littéral d’une Prophétie est son accomplissement direct, & que l’accomplissement du sens figuré d’une Prophétie est son accomplissement par accommodation. Ce n’est qu’entant que les Prophéties ont été accomplies à la lettre dans la personne de Jesus-Christ, qu’elles prouvent qu’il est le Messie. Quant à l’accomplissement d’accommodation, il ne fait preuve qu’autant qu’il est contenu ou clairement indiqué dans les Ecritures, ou constamment enseigné par la tradition ; car on n’ignore pas jusqu’où peut aller sur cette matiere le fanatisme & le déreglement d’imagination, quand on veut interpréter le sens des Prophéties, & en fixer l’accomplissement à sa fantaisie. Les systèmes extravagans de Joseph Mede & du ministre Jurieu sur celles de l’Apocalypse, & le succès ridicule qu’ont eu leurs visions, devroient bien guérir les Théologiens de cette manie. Ceux qui sont persuadés que l’esprit humain n’est pas plus capable par lui-même de fixer l’accomplissement d’une Prophétie, que de prédire l’avenir d’une maniere sûre & circonstanciée, s’en tiendront toûjours à cette regle : Omnis prophetia scripturæ propriâ interpretatione non fit. Voyez Sens litteral, Sens figuré, Prophétie, Semaines, &c.
Nous ajoûtons cependant qu’il y a des Prophéties qui s’accomplissent en partie dans un premier sens, & par rapport à un certain objet, & qui n’ont leur parfait accomplissement que dans un autre. Telles sont les prédictions de la ruine de Jérusalem, & quelques-unes de celles de l’Apocalypse. (G)
[modifier] ACCON,
s. m. petit bateau à fond plat dont on se sert dans le pays d’Aunix pour aller sur la vase, après que la mer s’est retirée. (Z)
[modifier] ACCORD,
s. m. en Droit, soit en matiere civile, soit en matiere criminelle, signifie un accommodement entre les parties contestantes, au moyen de ce que l’une des deux parties fait des offres que l’autre accepte. Ainsi l’on dit, les parties sont d’accord, pour dire qu’elles sont accommodées. V. TRANSACTION.
[modifier] Accords au plur.
est synonyme à accordailles. Voyez ce dernier. (H)
[modifier] Accords, en Peinture,
se dit de l’harmonie qui regne dans la lumiere & les couleurs d’un tableau. On dit un tableau d’un bel accord. Il faudroit un peu diminuer cette lumiere pour l’accorder avec cette autre ; éteindre la vivacité de la couleur de cette draperie, de ce ciel, qui ne se distingue pas de telle ou telle partie, &c. (R)
[modifier] Accords, en Musique,
est l’union de deux ou plusieurs sons entendus à la fois, formant ensemble une harmonie réguliere.
L’harmonie naturelle produite par la résonante d’un corps sonore, est composée de trois sons différens, sans compter leurs octaves, lesquels forment entr’eux l’accord le plus agréable & le plus parfait que l’on puisse entendre, d’où on l’appelle par excellence accord parfait. Ainsi, pour rendre l’harmonie complete , il faut que l’accord soit composé de trois sons ; aussi les Musiciens trouvent-ils dans le trio la perfection harmonique, soit parce qu’ils y employent les accords en entier ; soit parce que dans les occasions où ils ne les employent pas en entier, ils ont du moins l’art de faire croire le contraire à l’oreille, en lui présentant les sons principaux des accords : comme dans les consonnans, la tierce avec l’octave sousentendant la quinte, la sixte avec l’octave sousentendant la tierce, &c. & dans les dissonans, la septieme avec la tierce sousentendant la quinte, de même la neuvieme, &c. dans la grande sixte, la sixte avec la quinte sousentendant la tierce, la quarte avec la seconde sousentendant la sixte, &c. Cependant l’octave du son principal produisant de nouveaux rapports & de nouvelles consonances par les complémens des intervalles (Voyez Complément), on ajoûte ordinairement cette octave pour avoir l’ensemble de toutes les consonances dans un même accord. De plus, l’addition de la dissonance (Voyez Dissonance) produisant un quatrieme son ajoûté à l’accord parfait, c’est une nécessité, si l’on veut remplir l’accord, d’avoir une quatrieme partie pour exprimer cette dissonance. Ainsi quand on veut faire entendre l’harmonie complete , ce ne peut être que par le moyen de quatre parties réunies ensemble.
On divise les accords en parfaits & imparfaits. L’accord parfait est celui dont nous venons de parler, qui est composé du son fondamental au grave, de sa tierce, de sa quinte, & de son octave ; & en général on appelle quelquefois parfait tout accord, même dissonant, dont le fondamental est au grave. Les accords imparfaits sont ceux où regne la sixte au lieu de la quinte, & en général tous ceux où le son grave n’est pas le fondamental. Ces dénominations qui ont été données avant qu’on connût la basse fondamentale, sont fort mal appliquées. Celles d’accords directs ou renversés, sont beaucoup plus convenables dans le même sens. Voyez Renversement.
Les accords se distinguent encore en consonnans & dissonans. Les accords consonnans sont l’accord parfait & ses dérivés ; tout autre accord est dissonant.
Nous parlerons aux mots Harmonie, Basse fondamentale, Modulation, Composition, Dissonance, de la maniere d'employer tous ces accords pour en former une harmonie réguliere. Nous ajoûterons seulement ici les observations suivantes.
- C’est une grande erreur de penser que le choix des divers renversemens d’un même accord soit indifférent pour l’harmonie ou pour l’expression ; il n’y a pas un de ces renversemens qui n’ait son caractere propre. Tout le monde sent l’opposition qui se trouve entre la douceur de la fausse quinte & l’aigreur du triton ; & cependant l’un de ces intervalles est renversé de l’autre : il en est de même de la septieme diminuée & de la seconde superflue, de la seconde ordinaire, & de la septieme. Qui ne sait combien la quinte est plus sonore que la quarte ? L’accord de grande sixte & celui de sixte mineure sont deux faces du même accord : mais de combien l’une n’est-elle pas plus harmonieuse que l’autre ? L’accord de petite sixte majeure au contraire n’est-il pas plus brillant que celui de fausse quinte ? & pour ne parler que du plus simple de tous les accords, considérez la majesté de l’accord parfait, la douceur de la sixte, & la fadeur de la sixte quarte, tous accords composés des mêmes sons. En général les intervalles superflus, les dièses dans le haut, sont propres par leur dureté à exprimer l’emportement & la colere ; au contraire les bémols, les intervalles diminués, forment une harmonie plaintive qui attendrit le cœur. C’est une multitude d’observations semblables, lorsqu’on sait s’en prévaloir, qui rend un Musicien intelligent, maître des dispositions de ceux qui l’écoutent.
- Le choix des intervalles n’est gueres moins important que celui des accords, pour la place où l’on veut les employer. C’est par exemple, dans le bas qu’il faut placer les quintes & les octaves ; dans le haut, les tierces & les sixtes : transposez cet ordre, vous gâterez l’harmonie en laissant les mêmes accords.
- Enfin on rend encore les accords plus harmonieux, en les rapprochant dans de petits intervalles plus convenables à la capacité de l’oreille ; c’est ce qu’on appelle resserrer l’harmonie, & ce que si peu de Musiciens savent pratiquer dans la composition de leurs chœurs, où souvent l’on entend des parties si éloignées les unes des autres, qu’elles semblent n’avoir plus de rapport entr’elles. (S)
[modifier] Accord de l'orgue.
Ce mot a deux significations; premierement, il signifie la même chose que partition. Voyez Partition. Secondement, il signifie l’accord respectif de tous les jeux. C’est dans ce sens qu’il est pris dans cet article.
La partition est le fondement de l’accord : elle se fait sur le prestant qui tient le milieu entre tous les jeux de l’orgue. Quant au grave & à l’aigu, pour bien accorder, il est nécessaire d’être doüé d’une oreille extrèmement fine, ce qui s’appelle parmi les facteurs & les gens de l’art, avoir de l’oreille ; c’est un don de la nature qu’un Maître ne sauroit communiquer.
Après que la partition est faite sur le prestant (ou sur la flûte, s’il n’y a point de prestant à l’orgue) on accorde à l’octave en-dessous le bourdon de quatre piés bouché. Ensuite on accorde le huitieme pié ouvert à l’unisson du bourdon de quatre piés bouché, & à l’octave au-dessous du prestant ; on accorde ensuite la montre de seize piés à l’octave en-dessous du huitieme pié ouvert, du quatrieme pié bouché, & à la double octave en-dessous du prestant : on accorde ensuite le bourdon de seize piés à l’unisson de la montre de 16 piés, & à l’octave en-dessous du huitieme pié ouvert, du quatrieme pié bouché, & à la double octave en-dessous du prestant. Voyez la table du rapport des jeux. fig. 67. Planche d’orgue.
On accorde ensuite le grand cornet composé de cinq tuyaux sur le prestant seul. Il faut remarquer que le grand cornet n’a que deux octaves, & que des cinq tuyaux qui le composent, il n’y a que le dessus de flûte qui s’accorde à l’unisson des tailles & des dessus du prestant ; que les autres tuyaux, le dessus de bourdon, le dessus de nazard, le dessus de quarte nazard, & le dessus de tierce, s’accordent à l’unisson des jeux dont ils portent le nom. On accorde ensuite le cornet de récit & le cornet d’écho sur le prestant, comme on a accordé le grand cornet. On accorde ensuite la flûte sur le prestant seul, à l’unisson de laqueile elle doit être. Ensuite on accorde la double tierce à la tierce au-dessus du prestant, & sur tous les fonds de l’orgue. Ce qu’on appelle les fonds de l’orgue, sont tous les jeux de mutation plus graves que le preftant ; comme qui diroit les basses de l’orgue, dont le prestant tient le milieu, y ayant autant d’octaves dans l’étendue de l’orgue au-dessus & au-dessous des quatre dont le prestant est composé. On accorde ensuite le nazard sur les fonds & à la quinte au-dessus du prestant. Le gros nazard s’accorde aussi sur les fonds à l’octave au-dessous du nazard & à la quarte au-dessous du prestant. On accorde ensuite la quarte de nazard sur les fonds & avec la double tierce, & le nazard : ce jeu doit sonner l’octave du prestant. On accorde ensuite la tierce sur les fonds & la double tierce, dont elle doit sonner l’octave, & sur le nazard & la quarte nazard. Ensuite on accorde le larigot sur les fonds accompagnés de la double tierce du nazard, dont il doit sonner l’octave de la quarte nazard, de la tierce. On accorde ensuite la doublette sur tous les fonds : elle doit sonner l’octave au-dessus du prestant. Sur la doublette & les fonds on accorde les deux parties du plein jeu, la fourniture & la cimbale, dont on bouche les tuyaux des rangs que l’on n’accorde pas avec des plumes d’oie ou de pigeon, afin de les empêcher de parler, & de mieux entendre l’accord de ceux qu’on laisse libres. Ensuite quand un rang est accordé, on accorde le rang suivant, dont on ôte les plumes que l’on remet dans le rang accordé, s’il est nécessaire. Voyez Fourniture & Cimbale.
La pédale de quarte s’accorde sur les fonds & à l’unisson des basses du prestant.
La pédale de huit ou flûte s’accorde aussi sur les fonds & à l’unisson du huitieme pié ouvert, ou à l’octave au-dessous du prestant.
Lorsque tous les jeux de mutation sont accordés, on accorde les jeux d’anches, à commencer par la trompette que l’on accorde à l’octave au-dessous du prestant seul. Sur la trompette on accorde la cromorne à l’unisson, à l’octave au-dessous de la trompette. On accorde la bombarde à l’octave au-dessus de la même trompette ; on accorde le clairon qui sonne l’unisson du prestant. La voix humaine qui sonne l’unisson de la trompette s’accorde à l’octave au-dessous du prestant seul, & la voix angélique à l’unisson du même prestant. La trompette de récit qui n’a que deux octaves, sonne l’unisson des dessus de la trompette, dont elle ne differe qu’en ce qu’elle a le son plus net.
Les pédales des jeux d’anches s’accordent, savoir, celle de clairon à l’unisson des basses du clairon ; s’il y a ravalement au clavier de pédale, le ravalement descend dans le huitieme pié à l’unisson de la trompette.
La pédale de trompette sonne l’unisson des basses de la trompette ; le ravalement descend dans le seizieme pié à l’unisson de la bombarde.
La pédale de bombarde s’accorde à l’octave au-dessous des basses de la trompette, par conséquent elle sonne le seizieme pié ; s’il y a ravalement, il descend dans le trente-deuxieme pié. Voyez la table du rapport des jeux, Fig. 67. & pour le mélange des jeux, l’article Jeux, & pour leur construction, leurs articles particuliers.
On accorde tous les jeux de mutation avec les accordoirs représentés, Fig. 49. Planche d’orgue. dont on coëffe les tuyaux ouverts ou à cheminée, pour diminuer l’orifice du tuyau & le faire baisser de ton ; on enfonce au contraire les accordoirs dans les tuyaux, ce qui élargit leur ouverture quand on veut les faire hausser de ton. Dans un orgue bien accordé, la partition de chaque jeu doit être semblable à celle du prestant.
[modifier] ACCORDAILLES,
s. f. pl. terme de Palais, consentement à un mariage donné solennellement par les parens des deux futurs époux assemblés à cet effet. Hors des matieres de Palais, on dit plus ordinairement accords. Accordailles est antique. (H)
[modifier] ACCORDE, s’accorder,
terme de commandement qu’on fait à l’équipage d’une chaloupe pour le faire nager ensemble, afin que le mouvement des avirons soit uniforme. Voyez Chaloupe, Aviron. (Z)
[modifier] ACCORDER des instruments,
c'est tendre ou lâcher les cordes, allonger ou raccourcir les tuyaux jusqu'à ce que les parties de l'instrument soient au ton qu'elles doivent avoir.
Pour accorder un instrument, il faut d’abord déterminer un son qui doit servir aux autres de terme de comparaison ; c’est ce qu’on appelle prendre ou donner le ton : ce son est ordinairement l’ut pour l’orgue & le clavecin, & le la pour le violon & la basse, qui ont ce la sur une corde à vuide, & dans un medium propre à être aisément saisi par l’oreille : telle est la chanterelle du violoncelle & la seconde du violon.
A l’égard des flûtes, hautbois, & autres instrumens semblables, ils ont leur ton à peu près fixe, qu’on ne sauroit guere changer qu’en changeant quelque piece de l’instrument. On peut encore les allonger un peu à l’emboîture des pieces, ce qui baisse le ton de quelque chose : mais il doit nécessairement résulter des tons faux de toutes ces variations, parce que la juste proportion est rompue entre la longueur totale de l’instrument, & les intervalles d’un trou à l’autre.
Quand le ton est déterminé, on y fait rapporter tous les autres sons de l’instrument, qui doivent être fixés par l’accord selon les intervalles qui leur sont assignés. L’orgue & le clavecin s’accordent par quintes & par octaves ; la basse & le violon par quintes ; la viole par quartes & par tierces. En général on choisit toûjours des intervalles consonnans & harmonieux, afin que l’oreille soit mieux en état de juger de leur justesse.
On remarque que les instrumens dont on tire le son par inspiration, comme la flûte & le hautbois, montent sensiblement quand on en a joüé quelque tems ; ce qui vient, selon quelques-uns, de l’humidité qui, sortant de la bouche avec l’air, les renfle & les raccourcit ; ou plûtôt c’est que la chaleur & la raréfaction que l’air reçoit pendant l’inspiration rendent ses vibrations plus fréquentes, diminuent son poids, & augmentant ainsi le poids relatif de l’atmosphere, rendent le son un peu plus aigu, suivant la doctrine de M. Euler.
Quoi qu’il en soit de la cause, il faut au moment de l’accord, avoir égard à l’effet, & forcer modérément le vent quand on donne le ton avec ces instrumens ; car pour qu’ils restent d’accord durant le concert, il faut qu’ils soient un peu trop bas en commençant. (S)
[modifier] ACCORDOIR,
s. m. c’est un outil ou instrument dont les Luthiers & Facteurs se servent pour mettre d’accord les instrumens de Musique. Cet outil est différent suivant les différens instrumens qu’on veut accorder. L’accordoir du clavecin est de fer ; il a la forme d’un petit marteau, dont le manche est creusé de façon à pouvoir y faire entrer la tête des fiches, afin de tendre ou lâcher les cordes de l’instrument, & par ce moyen en hausser ou baisser les tons. Voyez Accord, Accordoir d’orgue, & les Figures, Planches d’orgues.
[modifier] Accordoirs,
s. m. pl. ces instrumens qui servent aux Facteurs d’orgues pour accorder les tuyaux d’etain & de plomb de l’espece des tuyaux de mutation, sont des cones de cuivre creux représentés, Fig. 49, Planches d’orgues, & fig. 49. no. 2.
Les premiers ABC servent pour les plus gros tuyaux, & les seconds abc qui ont une poignée, servent pour les moindres. On élargit l’ouverture des tuyaux en faisant entrer la pointe du cone dedans jusqu’à ce que le tuyau soit baissé au ton convenable ; lorsqu’au contraire le tuyau se trouve trop bas, on le fait monter en le coëffant du cone concave pour resserrer l’ouverture.
[modifier] Accords ou Acores,
s. m. terme de Marine. C’est ainsi que les Constructeurs nomment deux grandes pieces de bois qui servent à soûtenir un navire tant qu’il demeure sur le chantier.
[modifier] Accords de l’étrave.
Voyez Étrave.
[modifier] ACCORNÉ,
adj. terme de Blason ; il se dit de tout animal qui est marqué dans l’écu, lorsque ses cornes sont d’autres couleurs que l’animal.
Masterton, en Angleterre, de gueules à une licorne passante d’argent, accornée & onglée d’or. (V)
[modifier] ACCORRE de triangle.
Voyez Triangle.
[modifier] Accorre droite, terme de Marine ;
c’est celle qui appuie sur terre, au lieu que les autres vont appuyer de travers sur les préceintes du vaisseau.
[modifier] ACCORRER ou ACCOSTER,
c'est approcher une chose d'une autre. On dit accoster une manœuvre.
[modifier] ACCOSTÉ,
adj. terme de Blason, dont on se sert en parlant de toutes les pieces de longueur mises en pal, c’est-à-dire, occupant le tiers de l’écu de haut en bas par le milieu, ou mises en bandes ; ce qui veut dire occupant diagonalement le tiers de l’écu de droite à gauche, quand elles ont d’autres pieces à leurs côtés. Le pal est dit accosté de six annelets, quand il y en a trois d’un côté & autant de l’autre ; & la bande est dite accostée, quand les pieces qui sont à ses côtés sont couchées du même sens, & qu’il y en a le même nombre de chaque côté. Lorsqu’on employe des besans, des tourteaux, des roses, des annelets, qui sont des pieces rondes, on peut dire accompagné au lieu d’accosté. Voyez Accompagné.
Villeprouvée, en Anjou & en Champagne, de gueule à la bande d’argent accostée de deux cotices d’or. (V)
[modifier] ACCOSTE-ABORD,
c’est ce qu’on dit pour obliger un petit vaisseau ou une chaloupe à s’approcher d’un plus grand navire. (Z)
[modifier] ACCOSTER les huniers, accoster les perroquets ;
c'est faire toucher les coins ou les points de huniers pour cet effet au bout des vergues. Voyez Hunier, Perroquet, Vergue.
[modifier] ACCOTAR, ACCOTARD,
s. m. terme de Marine ; piece d’abordage que l’on endente entre les membres, & que l’on place sur le haut d’un vaisseau pour empêcher que l’eau ne tombe sur les membres. Les accotars d’un vaisseau de cent trente-quatre piés de long, doivent avoir un pouce & demi d’épaisseur. Voyez Fig. de Marine, Planche V. Fig. 1. comment l’accotar est posé sur le bout des allonges. (Z)
[modifier] ACCOUCHÉ, ÉE,
part. Voyez Accouchement.
[modifier] Accouchée,
sub. f. femme qui est en couche. Voyez Accouchement.
[modifier] ACCOUCHEMENT,
s. m. dans l’œconomie animale, action par laquelle la matrice se décharge au bout d’un certain tems du fruit de la conception. Voyez Matrice & Conception.
Il s’agit de trouver une cause qui au bout de neuf mois nous délivre de la prison où la nature nous a fait naître : mais malheureusement en Physiologie, comme dans toute autre science, lorsqu’il s’agit des causes premieres, l’imagination a toûjours beaucoup plus de part dans leur recherche que la vérité ; delà cette diversité si grande dans l’explication de toutes les actions principales des corps animés. C’est ainsi que les uns ont prétendu que c’étoit le défaut d’alimens qui faisoit que le fœtus cherchoit à sortir : d’autres, que l’enfant se détachoit de la matrice par la même raison que le fruit se détache de l’arbre ; ceux-ci ont avancé que l’acreté des eaux renfermées dans l’amnios obligeoit l’enfant à se mouvoir & à chercher la sortie ; & ceux-là ont pensé que l’urine & les excrémens formoient une certaine masse, que leur acreté qui incommodoit le fœtus, de concert avec cette pesanteur, le contraignoit à se mouvoir ; que par ses mouvemens la tête se tournoit du côté de la matrice, & que le visage regardoit ordinairement le coccyx ; que dans cette situation les intestins & la vessie picotés par l’urine & par les excrémens, causoient encore plus d’inquiétude au fœtus dans le bassin ; que cette action de la mere augmentoit le tenesme, & par conséquent les efforts ; & que le concours de ces causes ouvroit la matrice, &c.
Pechelin & Bohn n’ont pas été satisfaits de cette opinion ; ils ont crû mieux expliquer le phénomene dont il s’agit, en disant qu’il résultoit d’un effort du fœtus pour respirer, qui le faisoit tourner vers l’orifice de la matrice. Bergerus est plus porté à croire que la situation gênante où se trouve le fœtus, est la cause par laquelle il se tourne, & qu’il change de place. Marinus attribue, contre toute vérité anatomique, l’accouchement au changement de l’utérus, qui perd de son diametre, & devient un sphéroïde plus allongé & moins étendu.
Toutes ces idées ne sont que des dépenses d’esprit qu’ont fait divers Philosophes, pour éclairer le premier passage qui nous a conduit à la lumiere. La premiere cause irritante est sans doute, comme l’observe le Docteur Haller (Comment. Boerhaav.) dans le fœtus. En effet, dans les animaux il rompt l’œuf par son propre effort, & il éclot : cela se voit quelquefois dans les quadrupedes, toûjours dans les oiseaux, dans les viperes, & dans les insectes. Ce fœtus se trouve de plus en plus incommodé, tant par son méchonium, que par l’angustie même du lieu, & par la diminution des eaux ; ce qui produit de plus fréquens froissemens contre la matrice, qui naissent du mal-aise que le fœtus sent, d’autant plus que le cerveau s’accroît davantage, & que ses organes se perfectionnent : de-là tous ces fœtus venus vivans après la mort de la mere, ou sortis par une chûte de la matrice qui étoit sans action. Ensuite, il est indubitable que l’irritation se communique à la matrice proportionnellement aux plus grandes inquiétudes du fœtus, à sa pesanteur, à sa force, à la petite quantité d’eaux qui l’enveloppent ; d’ailleurs il paroît que la matrice ne peut s’étendre que jusqu’à un certain point fixe, & il est raisonnable de penser que la mere ne peut manquer de beaucoup souffrir d’une dilatation forcée par le fœtus. Cette irritation engage d’abord la matrice à se resserrer : mais la cause prochaine efficiente est l’inspiration de la mere qui est énormément augmentée, & qui la délivre d’un fardeau qu’elle ne peut plus supporter ; c’est cette inspiration qui a ici le plus d’efficacité, puisque nous voyons tous les jours des accouchemens de fœtus morts, & qu’il est à croire que le fœtus vivant a encore trop peu d’instinct pour pouvoir s’aider, & que l’accouchement naturel ne se fait jamais sans des efforts violens : ces trois causes sont jointes par Verheyen. Harvey montre de la sagacité lorsqu’il dit, que si la couche est attendue de l’action du fœtus, il le faut tirer par la tête ; & par les piés, quand on l’attend de l’utérus.
Ces enfans remuent les piés, & en donnent des coups assez forts. Depuis trois ou quatre mois jusqu’à neuf, les mouvemens augmentent sans cesse, de sorte qu’enfin ils excitent efficacement la mere à faire ses efforts pour accoucher ; parce qu’alors ces mouvemens & le poids du fœtus ne peuvent plus être endurés par la matrice : c’est une rêverie d’imaginer que dans un tems plûtôt que dans un autre, le fœtus ne puisse plus supporter le défaut d’air qui manque à son sang, & qu’il veuille qu’on le rende à la lumiere qu’il ignore, & que par conséquent il ne peut desirer.
Les sentimens qui précedent ne sont pas les seuls qu’on ait eus sur les causes de l’accouchement, & l’opinion d’Haller n’est pas la seule vraisemblable. Nous exposerons plus bas celle de M. de Buffon.
La matrice s’éloigne dans la grossesse, de l’orifice externe de la vulve, & sans cesse elle monte dans le bas-ventre, qui lui oppose moins de résistance, & se dilate sur-tout entre les trompes, où il y a plus de sinus. Une matrice pleine d’un fœtus formé, occupe presque tout le bas-ventre, & fait remonter quelquefois le diaphragme dans le thorax. Quelquefois la femme ne paroît guere grosse, quoique prête d’accoucher, & elle accouche d’un gros enfant ; la raison en est que l’uterus est plus dilaté postérieurement qu’antérieurement : mais il est facile, comme on voit, de s’assûrer, en touchant une femme, si elle est grosse ; cet éloignement de l’uterus étant le premier signe de grossesse. (L)
Il s’ensuit de tout ce qui précede, qu’on peut considérer la matrice comme un muscle creux, dont la dilatation est passive pendant tout le tems de la grossesse, & qui enfin se met en contraction, & procure la sortie du fœtus. On a vû au commencement de cet article ce qu’il faut penser de divers raisonnemens sur ce qui sert d’aiguillon à cette contraction de la matrice : quoi qu’il en soit de la cause, il est constant que cette contraction est accompagnée de douleurs fort vives, qu’on nomme douleurs de l’enfantement. Elles se distinguent des douleurs de colique, en ce que celles-ci se dissipent, ou du moins reçoivent quelque soulagement par l’application des linges chauds sur le bas-ventre, l’usage intérieur de l’huile d’amandes douces, la saignée, les lavemens adoucissans, &c. au lieu que tous ces moyens semblent exciter plus fortement les douleurs de l’enfantement. Un autre signe plus distinctif, est le siége de la douleur : dans les coliques venteuses, elle est vague ; dans l’inflammation, elle est fixe, & a pour siége les parties enflammées : mais les douleurs de l’enfantement sont alternatives, répondent au bas, & sont toutes déterminées vers la matrice. Ces signes pourroient néanmoins induire en erreur (car ils sont équivoques) & être produits par un flux de ventre, un tenesme, &c. Il faut donc, comme on l’a dit plus haut, toucher l’orifice de la matrice, & son état fournira des notions plus certaines sur la nature des douleurs, & les signes caractéristiques du futur accouchement. Lorsque le corps de la matrice agit sur l’enfant qu’elle renferme, elle tend à surmonter la résistance de l’orifice, qui s’amincit peu-à-peu & se dilate. Si l’on touche cet orifice dans le tems des douleurs, on sent qu’il se resserre ; & lorsque la douleur est dissipée, l’orifice se dilate de nouveau. On juge du tems que l’accouchement mettra à se terminer par l’augmentation des douleurs, & par le progrès de la dilatation de l’orifice lorsqu’elles sont cessées.
Il est donc naturel de présumer, dit M. de Buffon, que ces douleurs qu’on désigne par le nom d’heures du travail, ne proviennent que de la dilatation de l’orifice de la matrice, puisque cette dilatation est le plus sûr moyen pour reconnoître si les douleurs que ressent une femme grosse sont en effet les douleurs de l’enfantement : la seule chose qui soit embarrassante, continue l’Auteur que nous venons de citer, est cette alternative de repos & de souffrance qu’éprouve la mere. Lorsque la premiere douleur est passée, il s’écoule un tems considérable avant que la seconde se fasse sentir ; & de même il y a des intervalles souvent très-longs entre la seconde & la troisieme, entre la troisieme & la quatrieme douleur, &c. Cette circonstance de l’effet ne s’accorde pas parfaitement avec la cause que nous venons d’indiquer ; car la dilatation d’une ouverture qui se fait peu-à-peu, & d’une maniere continue, devroit produire une douleur constante & continue, & non pas des douleurs par accès. Je ne sai donc si on ne pourroit pas les attribuer à une autre cause qui me paroît plus convenable à l’effet ; cette cause seroit la séparation du placenta : on sait qu’il tient à la matrice par un certain nombre de mamelons qui pénetrent dans les petites lacunes ou cavités de ce viscere ; dès-lors ne peut-on pas supposer que ces mamelons ne sortent pas de leurs cavités tous en même tems ? Le premier mamelon qui se séparera de la matrice, produira la premiere douleur ; un autre mamelon qui se séparera quelque tems après, produira une autre douleur, &c. L’effet répond ici parfaitement à la cause, & on peut appuyer cette conjecture par une autre observation ; c’est qu’immédiatement avant l’accouchement il sort une liqueur blanchâtre & visqueuse, semblable à celle que rendent les mamelons du placenta, lorsqu’on les tire hors des lacunes, où ils ont leur insertion ; ce qui doit faire penser que cette liqueur qui sort alors de la matrice, est en effet produite par la séparation de quelques mamelons du placenta. M. de Buffon, Hist. nat. (I)
Lorsque le Chirurgien aura reconnu que la femme est dans un véritable travail, il lui fera donner quelques lavemens pour vuider le rectum avant que l’enfant se trouve au passage : il est aussi fort à-propos de faire uriner la femme ou la sonder, si le col de la vessie étoit déjà comprimé par la tête de l’enfant. Lorsque la femme est assez forte, on gagne beaucoup à lui faire une saignée dans le travail ; la déplétion qu’on occasionne par ce moyen, relâche toutes les parties & les dispose très-avantageusement. On prépare ensuite un lit autour duquel on puisse tourner commodément. Le Chirurgien touchera la femme de tems en tems, pour voir si les membranes qui enveloppent l’enfant sont prêtes à se rompre. Lorsque les eaux ont percées, on porte le doigt dans l’orifice de la matrice pour reconnoître quelle partie l’enfant présente ; c’est la tête dans l’accouchement naturel : on sent qu’elle est dure, grosse, ronde, & égale ; les autres parties ont des qualités tactiles différentes dont il est assez facile de s’appercevoir, même à-travers les membranes. Les choses étant dans cet état, (les eaux étant percées) il faut faire coucher promptement la femme sur le lit préparé particulierement pour l’accouchement. Ce lit doit être fait d’un ou de plusieurs matelas garnis de draps pliés en plusieurs doubles, pour recevoir le sang & les eaux qui viendront en abondance. Il ne faut pas que la femme soit tout-à-fait couchée, ni assise tout-à-fait : on lui éleve la poitrine & la tête par des oreillers ; on lui met un traversin sous l’os sacrum pour lui élever le bassin ; les cuisses & les jambes seront fléchies, & il est bon que les piés puissent être appuyés contre quelque chose qui résiste. Chez les personnes mal à leur aise, où l’on n’a pas la commodité de disposer un lit extraordinaire, on met les femmes au pié de leur lit, qu’on traverse d’une planche appuyée contre les quenouilles. La femme en travail tiendra quelqu’un par les mains, pour mieux se roidir & s’en servir de point d’appui dans le tems des douleurs. Il ne faut point presser le ventre comme le font quelques Sages-femmes. Le Chirurgien oindra ses mains avec quelque graisse, comme sain-doux, beurre frais, ou avec quelques huiles, afin de lubrifier tout le passage. Il mettra ensuite le bout du ses doigts dans le vagin, en les tenant, autant qu’il le pourra, écartés les uns des autres dans le tems des douleurs.
Quand la tête de l’enfant commencera à avancer, le Chirurgien se disposera à recevoir l’enfant. Lorsqu’elle sera avancée jusqu’aux oreilles, on tâchera de glisser quelques doigts sur la mâchoire inférieure, & à la premiere douleur un peu forte on tirera l’enfant. Il ne faut pas tirer l’enfant tout droit, mais en vacillant un peu de côté & d’autre, afin de faire passer les épaules. Ces mouvemens se doivent faire sans perdre de tems, de crainte que l’enfant ne soit suffoqué par l’action de l’orifice sur le cou, si cette partie restoit arrêtée trop long-tems au passage. Aussitôt que les épaules seront dehors, on coule les doigts sous les aisselles pour tirer le reste du corps.
Dès que l’enfant sera tiré, le Chirurgien le rangera de côté, lui tournant la face de façon qu’il ne puisse être incommodé, ou même étouffé par le sang & les eaux qui sortent immédiatement après, & qui tomberoient dans la bouche & dans le nez du nouveau-né s’il étoit couché sur le dos.
Après avoir mis l’enfant dans une position où l’on ne puisse pas craindre ces inconvéniens, on fait deux ligatures au cordon ombilical avec un fil ciré en plusieurs doubles : ces ligatures se font à quatre travers de doigts de distance, & le plus proche de l’enfant, à peu-près à cet intervalle de son nombril. On coupe le cordon avec des ciseaux ou avec un bistouri entre les deux ligatures, dont l’effet est d’empêcher que la mere ne perde du sang par la veine ombilicale qui le porte à l’enfant, & que l’enfant ne souffre point de l’hémorrhagie des arteres ombilicales qui reportent le sang de l’enfant au placenta.
On entortille alors l’extrémité du cordon qui sort de la matrice autour de deux doigts, & on le tire doucement après avoir donné de légeres secousses en tous sens pour décoller le placenta, dont la sortie est l’effet de la contraction de la matrice déterminée encore par quelques douleurs. Ce viscere tend à se débarrasser de l’arriere-faix qui deviendroit corps étranger. On doit considérer la sortie du placenta comme un second accouchement. Lorsque le cordon ombilical est rompu, ou lorsque le placenta résiste un peu trop à sa séparation de l’intérieur de la matrice, il faut que le Chirurgien y porte la main promptement tandis que l’orifice est encore béant : le délai deviendroit par le resserrement de l’orifice un grand obstacle à l’introduction de la main. Si dans le second cas que nous venons d’exposer, on ne portoit pas la main dans la matrice pour en détacher le placenta, & qu’on s’obstinât à vouloir tirer par le cordon, on pourroit occasionner le renversement de la matrice dont nous parlerons en son lieu. Il faut de même porter la main dans la matrice, lorsqu’après avoir tiré le placenta on s’apperçoit qu’il n’est pas dans son entier. On débarrasse en même tems dans toutes ces occasions la cavité de cet organe des caillots de sang qui pourroient s’y trouver.
Si après avoir tiré l’enfant on reconnoissoit que le ventre ne se fût point affaissé, comme il le fait ordinairement, & que les douleurs continuassent assez vivement, il faudroit avant que de faire des tentatives pour avoir le placenta, reporter la main dans la matrice. Il y a presque toûjours dans cette circonstance un second enfant dont il faudroit accoucher de nouveau la femme, après avoir rompu les membranes qui enveloppent le second enfant ; & il ne faudroit délivrer la mere du placenta du premier enfant qu’après le second accouchement, parce que les arriere-faix pouvant être collés l’un à l’autre, on ne pourroit en arracher un sans décoller l’autre, ce qui donneroit lieu à une perte de sang qui pourroit causer la mort à l’enfant qui resteroit, & même être préjudiciable à la mere.
Si un enfant avoit beaucoup souffert au passage, s’il étoit froissé & contus, comme cela arrive dans les accouchemens laborieux, on pourroit couper le cordon ombilical après avoir fait une seule ligature, & tiré quelques cuillerées de sang par le bout du cordon qui tient à l’enfant avant que de le lier : cette saignée rempliroit l’indication que demande un pareil état.
L’accouchement où l’enfant présente les piés pourroit à la rigueur passer pour naturel, puisqu’il sort facilement de cette façon par l’aide d’un Accoucheur, & que c’est ainsi qu’il faut terminer les accouchemens laborieux dans lesquels les enfans présentent quelques autres parties, à moins que ce ne soient les fesses, l’enfant pouvant alors être tiré en double.
Lorsqu’on a été obligé d’aller chercher les piés de l’enfant, on les amene à l’orifice de la matrice : si l’on n’en a pû saisir qu’un, l’autre ne fait point d’obstacle ; il faut tirer celui qu’on tient jusqu’à ce qu’on puisse dégager l’autre cuisse. Lorsque l’enfant a la poitrine dans l’orifice de la matrice, il faut, sans cesser de tirer, donner un demi-tour si les doigts des piés regardoient l’os pubis, afin de retourner l’enfant dont le menton pourroit s’accrocher à ces os, si l’on continuoit de le tirer dans cette premiere situation.
Un accouchement naturel par rapport à la bonne situation de l’enfant, peut être difficile lorsque la femme n’aura point été aidée à-propos, qu’il y aura long-tems que les eaux se seront écoulées, & que les douleurs deviendront languissantes, ou même cesseront tout-à-fait. On peut bien remédier en quelque sorte à la sécheresse de l’accouchement, en exposant la femme à la vapeur de l’eau tiede qui relâche les parties : mais rien ne supplée au défaut des douleurs : les lavemens acres que quelques auteurs conseillent peuvent irriter le rectum & la matrice par communication ; mais cela peut être infructueux & nuisible : le plus court dans ces conjonctures est de se servir du tire-tête, dont nous parlerons au mot Forceps.
Lorsque le fœtus est mort, & qu’on ne peut pas l’avoir par l’instrument dont nous venons de parler, on est contraint de se servir des moyens extrèmes, & de dépecer l’enfant avec les crochets, pour délivrer la mere de ce fruit infortuné. Voyez Crochet.
Si toutes choses bien disposées d’ailleurs, il y a une impossibilité physique de tirer l’enfant en vie par les voies ordinaires, en conséquence de la mauvaise conformation des os du bassin de la mere, &c. il faut faire l’opération césarienne. V. Césarienne.
Mais la nature tend trop efficacement à la conservation des especes, pour avoir rendu les accouchemens laborieux les plus fréquens. Au contraire, il arrive quelquefois que le fœtus sort de la matrice sans déchirer les membranes qui l’enveloppent, & par conséquent sans que la liqueur qu’elles contiennent se soit écoulée : cet accouchement paroît être le plus naturel, & ressemble à celui de presque tous les animaux ; cependant le fœtus humain perce ordinairement ses membranes à l’endroit qui se trouve sur l’orifice de la matrice, par l’effort qu’il fait contre cette ouverture ; & il arrive assez souvent que l’amnios, qui est fort mince, ou même le chorion, se déchirent sur les bords de l’orifice de la matrice, & qu’il en reste une partie sur la tête de l’enfant en forme de calotte ; c’est ce qu’on appelle naître coeffé. Dès que cette membrane est percée ou déchirée, la liqueur qu’elle contient s’écoule : on appelle cet écoulement le bain ou les eaux de la mere : les bords de l’orifice de la matrice & les parois du vagin en étant humectés, se prêtent plus facilement au passage de l’enfant. Après l’écoulement de cette liqueur, il reste dans la capacité de la matrice un vuide dont les Accoucheurs intelligens savent profiter pour retourner le fœtus, s’il est dans une position desavantageuse pour l’accouchement, ou pour le débarrasser des entraves du cordon ombilical qui l’empêchent quelquefois d’avancer. M. de Buffon, Hist. nat.
Pour que l’Accouchement soit naturel, il faut, selon les Medecins, trois conditions : la premiere, que la mere & l’enfant fassent réciproquement leurs efforts, la mere pour mettre au monde l’enfant, & l’enfant pour sortir du ventre de sa mere. La seconde, que l’enfant vienne au monde la tête la premiere, cela étant sa situation naturelle ; & la troisieme, que l’accouchement soit prompt & facile, sans aucun mauvais accident.
Lorsque l’enfant présente les piés, ou qu’il vient de travers ou double, l’accouchement n’est point naturel. Les Latins appelloient les enfans ainsi nés agrippæ, comme qui diroit œgrè parti. Voyez Agrippa.
L’Accouchement naturel est celui qui se fait au terme juste, c’est-à-dire, dans le dixieme mois lunaire : l’accouchement n’est point naturel, lorsque l’enfant vient au monde ou plûtôt ou plûtard, comme dans le huitieme mois.
Les femmes accouchent au bout de sept, huit, neuf, dix, & onze mois : mais elles ne portent pas plus long-tems, nonobstant que quelques Medecins prétendent qu’un accouchement peut être naturel dans le quatorzieme mois.
On a remarqué que les Accouchemens sont plus heureux dans le septieme mois que dans le huitieme, c’est-à-dire, qu’il est plus aisé de sauver l’enfant quand il vient dans le septieme mois que quand il vient dans le huitieme, & que ces premiers vivent plus souvent que les derniers.
Peysonnel, Medecin à Lyon, a écrit un Traité Latin du terme de l’Accouchement des femmes, où il entreprend de concilier toutes les contradictions apparentes d’Hippocrate sur ce sujet. Il prétend que le terme le plus court de l’Accouchement naturel, suivant Hippocrate, est de cent quatre-vingts-deux jours, ou de six mois entiers & complets ; & le plus long, de deux cens quatre-vingts jours, ou de neuf mois complets & dix jours ; & que les enfans qui viennent devant ou après ce terme ne vivent point, ou ne sont pas légitimes.
Bartholin a écrit un Livre de insolitis partûs viis, des conduits extraordinaires par où sort le fœtus : il rapporte différens exemples d’accouchemens fort extraordinaires. Dans les uns le fœtus est sorti par la bouche ; dans d’autres par l’anus. Voyez Salmuthus, Obs. 94. Cent. III. Transact. Philosoph. no. 416. p. 435.
(0)* Il est fait mention dans les Mémoires de l’Académie des Sciences, année 1702, page 235, d’un fœtus humain tiré du ventre de sa mere par le fondement. Cette espece d’accouchement est assez extraordinaire pour trouver place ici. Au mois de Mars 1702, M. Cassini ayant donné avis à l’Académie des Sciences, qu’une femme, sans avoir eu aucun signe de grossesse, avoit rendu par le siége plusieurs os qui sembloient être les os d’un fœtus, la chose parut singuliere, d’autant plus que quelques-uns se souvinrent qu’on avoit autrefois proposé des faits semblables, qui s’étoient trouvé faux par l’examen qu’on en avoit fait ; & M. Littre s’offrit à vérifier celui-ci.
Il trouva dans le lit une femme de 31 ans, autrefois fort grasse, alors horriblement décharnée & très-foible. Il y avoit douze ans qu’elle étoit mariée : elle avoit eu trois enfans pendant les six premieres années de son mariage ; elle avoit fait quatre fausses couches dans les trois années suivantes ; & le 15 du mois d’Août de l’année précédente, elle avoit senti une douleur aiguë à la hanche droite ; & cette douleur qui étoit diminuée quelque tems après, avoit entierement cessé au bout de cinq semaines. Au commencement du mois de Novembre de la même année, elle avoit senti sous le foie une autre douleur, accompagnée d’un grand étouffement ; & en appuyant sur la région douloureuse, on y avoit remarqué une tumeur ronde & grosse qui ne paroissoit pas au-dehors, & qu’on sentoit au toucher. Environ deux mois après, ce qui faisoit cette tumeur étoit tombé dans le côté droit du bassin de l’hypogastre, & la douleur & l’étouffement avoient cessé sur le champ.
Voyez la suite effrayante des symptomes de cet accident dans le Mémoire de M. Littre ; la fievre continue pendant quatre mois sans relâche, avec redoublemens par jour, & frissons ; l’aversion pour les alimens, les défaillances, les hoquets, le vomissement de sang, un cours de ventre purulent & sanglant qui entraînoit des os, des chairs, des cheveux, &c. les épreintes, les coliques, la toux, le crachement de sang, les insomnies, les délires, &c.
À l’inspection des os rendus, M. Littre s’apperçut qu’ils appartenoient à un fœtus d’environ six mois : cependant cette femme n’avoit jamais eu aucun soupçon de grossesse ; son ventre n’avoit jamais sensiblement grossi, & elle n’y avoit point senti remuer d’enfant : mais d’un autre côté elle avoit eu quelques autres signes de grossesse que M. Littre rapporte. M. Littre examina ensuite la matrice & le gros boyau de la malade : la matrice étoit dans son état naturel, & il n’en étoit rien sorti que dans le tems reglé pour les femmes saines qui ne sont pas grosses. Mais le fondement étant bordé d’hémorrhoïdes, son orifice étoit serré & rétréci par une dureté considérable qui en occupoit toute la circonférence ; & en introduisant avec beaucoup de peine de sa part, & de douleur de la part de la malade, le doigt & les instrumens, le rectum lui parut ulcéré & percé en-dedans d’un trou large d’environ un pouce & demi. Ce trou situé à la partie postérieure de l’intestin du côté droit, deux pouces & demi au-dessus du fondement, ne laissoit plus de doute sur le chemin que les os & les autres matieres étrangeres avoient tenu.
En examinant avec le doigt cette plaie, M. Littre sentit la tête d’un fœtus qui étoit si fortement appliquée, qu’il ne put la déranger, & que depuis trois jours la malade ne rendoit plus de matieres extraordinaires.
L’état de la malade étant constaté, il s’agissoit de la guérir : pour cet effet, M. Littre commença par lui donner des forces, en lui prescrivant les meilleurs alimens & les remedes les plus capables d’affoiblir les symptomes du mal ; ensuite il travailla à tirer le reste du fœtus ; ce qu’il ne put exécuter qu’avec des précautions infinies, & dans un tems très-considérable. Il tira avec ses doigts tous les petits os & les chairs ; il inventa des instrumens à l’aide desquels il coupa les gros os, sans aucun danger pour la femme ; & ce traitement commencé au mois de Mars dura cinq mois, au bout desquels la malade se trouva en état de vaquer à ses affaires. Ceux qui le suivront dans tout son détail, douteront si l’art a moins de ressources que la nature, & s’il n’y a pas des cas où le Chirurgien & le Medecin ne font pas plus qu’elle pour notre conservation : cependant on sait qu’elle conserve tout ce qu’elle peut empêcher de périr, & que de tous les moyens qui lui sont possibles, il n’y en a presqu’aucun qu’elle n’employe.
M. Littre cherche, après avoir fait l’histoire de la guérison, dans quel endroit ou dans quelle partie du ventre de la malade le fœtus étoit contenu pendant qu’il vivoit. On peut d’abord soupçonner quatre endroits différens ; la simple capacité du ventre, la matrice, les trompes, & les ovaires.
Il n’étoit pas dans la simple capacité du ventre, parce qu’en pressant la partie inférieure du ventre de haut en bas, on touchoit une espece de poche d’une grandeur à contenir un petits fœtus d’environ six mois, ronde, peu stable dans son assiette, & percée d’un trou. Cette poche n’étoit pas les membranes du fœtus, mais une partie de la mere, car les membranes du fœtus avoient été extraites par l’ouverture du gros boyau.
Il n’étoit pas non plus dans la cavité de la matrice ; 1o. parce que la malade a eu réglément ses ordinaires pendant cette grossesse : 2o. que le trou de la poche étoit situé à sa partie latérale gauche : 3o. que trois mois après la sortie du fœtus, cette poche étoit encore grosse : 4o. que pendant le traitement il n’étoit survenu aucune altération aux parties naturelles, aucun écoulement, &c. 5o. que la matrice pleine d’un fœtus de six mois ne s’étend point jusqu’aux fausses côtes : 6o. que s’il eût été dans la matrice, il en eût rongé les parois pour en sortir.
D’où M. Littre conclut que c’est donc ou la trompe ou l’ovaire qui avoit servi de matrice au fœtus : mais il ne se décide point pour l’une de ces parties plûtôt que pour l’autre ; il conjecture seulement que la poche formée par l’une ou l’autre s’est ouverte, & que le fœtus est tombé dans la capacité de l’hypogastre où il est mort.
On a vû par le commencement de cet article, ce qu’il produisit là, & quelles furent les suites de cet accident.
Vers la fin de Septembre la malade fut aussi forte & dans le même embonpoint qu’auparavant. Elle joüissoit d’une parfaite santé lorsque M. Littre faisoit l’histoire de sa maladie.
Le fait précedent est remarquable par la maniere dont une femme s’est débarrassée d’un enfant mort : en voici un autre qui ne l’est guere moins par le nombre des enfans qu’une femme a mis au monde tous vivans. On lit, Hist. de l’Acad. 1709, pag. 22. que dans la même année la femme d’un Boucher d’Aix étoit accouchée de quatre filles, qui paroissoient de différens termes, ensuite d’une masse informe, puis de deux jours en deux jours de nouveaux enfans bien formés, tant garçons que filles, jusqu’au nombre de cinq ; de sorte qu’en tout il y en avoit neuf, sans compter la masse : ils étoient tous vivans, & furent tous baptisés ou ondoyés. On n’avoit point encore ouvert la masse informe, qui apparemment contenoit un autre enfant. Le nombre des enfans, & quelques soupçons de superfétation, sont ici des choses très-dignes d’observation.
Il est vrai que l’histoire de la fameuse Comtesse de Hollande seroit bien plus merveilleuse : mais aussi n’a-t-elle pas l’air d’une histoire.
En 1685, à Leckerkerch, qui est à huit ou dix lieues de la Haye, la femme d’un nommé Chrétien Clæs accoucha de cinq enfans. Le premier fut un garçon qui vécut deux mois. Dix-sept heures après la naissance de celui-là, vint un second fils, mais mort. Vingt-quatre heures après cette femme mit au monde un troisieme garçon, qui vécut environ deux heures. Autres vingt-quatre heures après elle eut un quatrieme mort-né. Elle mourut elle-même en mettant au monde un cinquieme garçon, qui périt dans le travail.
Je terminerai cet article par une question physiologique relative à la méchanique des accouchemens. On demande s’il se fait un écartement des os pubis dans cette opération de la nature. Quelques auteurs pensent que ceux qui tiennent l’affirmative le font avec trop de crédulité, & peu d’exactitude : mais il y a des faits très-circonstanciés qui détruisent ces imputations. M. Verdier, célebre Anatomiste, de l’Académie Royale de Chirurgie, & Démonstrateur royal des Ecoles, a traité amplement cette matiere dans son Traité d’Ostéologie, à l’article des os du bassin. M. Loüis a fait des observations sur un grand nombre de cadavres, à la sollicitation de M. Levret, membre de la même Académie ; & tous deux ont vû par le parallele de la jonction des os du bassin des femmes & des hommes, que dans celles-là il y avoit des dispositions très-naturelles à l’écartement non-seulement des os pubis, mais encore des iléons avec l’os sacrum ; & l’examen des cadavres des femmes mortes en couche à l’Hôtel-Dieu, que M. Levret a fait avec M. Moreau, Chirurgien Major de cette Maison en survivance de M. Boudou ; confirme que toute la charpente osseuse du bassin prête plus ou moins dans les accouchemens les plus naturels.
Les Chirurgiens François ont beaucoup travaillé sur la matiere des accouchemens : tels sont Portail, Peu, Viardel, Amand, Mauriceau, Lamotte, Levret, &c. M. Puzos a donné à l’Académie de Chirurgie plusieurs Mémoires sur cette matiere : il y en a un inséré dans le premier volume sur les pertes de sang des femmes grosses, digne de la réputation de l’Auteur.
[modifier] ACCOUCHER,
v. n. enfanter. Accoucher heureusement. Elle a accouché en tel endroit. Elle est accouchée. Accoucher à terme. Accoucher d’un enfant mort. (L)
[modifier] Accoucher,
v. act. aider à une femme à accoucher. C’est cette Sage-femme qui a accouché une telle dame. Elle accouche bien. Un Chirurgien accouche mieux qu’une Sage-Femme. (L)
[modifier] ACCOUCHEUR,
s. m. Chirurgien dont le talent principal est d’accoucher les femmes. Ce Chirurgien est un bon Accoucheur. (L)
[modifier] ACCOUCHEUSE,
s. f. femme qui fait profession d’accoucher. Habile Accoucheuse. On dit plûtôt Sage-Femme. (L)
(*) Il y a des maladies, dit Boerhaave, qui viennent de causes toutes particulieres & qu’il faut bien remarquer, parce qu’elles donnent lieu à une mauvaise conformation. Les principales sont l’imagination de la mere, l’imprudence de l’Accoucheuse, &c. Il arrive fort souvent, ajoûte son Commentateur, M. de la Metrie, « que ces femmes rendent les corps mous des enfans tout difformes, & qu’elles gâtent la figure de la tête en la maniant trop rudement. Delà tant de sots dont la tête est mal faite, oblongue ou angulaire, ou de toute autre forme différente de la naturelle. Il vaudroit mieux pour les femmes, ajoûte M. de la Metrie, qu’il n’y eût point d’Accoucheuses. L’art des accouchemens ne convient que lorsqu’il y a quelque obstacle : mais ces femmes n’attendent pas le tems de la nature ; elles déchirent l’œuf, & elles arrachent l’enfant avant que la femme ait de vraies douleurs. J’ai vû des enfans dont les membres ont été luxés dans cette opération ; d’autres qui en ont eu un bras cassé. Lorsqu’un membre a été luxé, l’accident restant inconnu, l’enfant en a pour le reste de la vie. Lorsqu’il y a fracture, le raccourcissement du membre l’indique. Je vous conseille donc, lorsque vous pratiquerez, de réprimer ces téméraires Accoucheuses ». Voyez Inst. de Boerhaave.
Je me crois obligé par l’intérêt que tout honnête homme doit prendre à la naissance des citoyens, de déclarer que poussé par une curiosité qui est naturelle à celui qui pense un peu, la curiosité de voir naître l’homme après l’avoir vû mourir tant de fois, je me fis conduire chez une de ces Sages-femmes qui font des éleves & qui reçoivent des jeunes gens qui cherchent à s’instruire de la matiere des accouchemens, & que je vis là des exemples d’inhumanité qui seroient presque incroyables chez des barbares. Ces Sages-femmes, dans l’espérance d’attirer chez elles un plus grand nombre de spectateurs, & par conséquent de payans, faisoient annoncer par leurs émissaires qu’elles avoient une femme en travail dont l’enfant viendroit certainement contre nature. On accouroit ; & pour ne pas tromper l’attente, elles retournoient l’enfant dans la matrice, & le faisoient venir par les piés. Je n’oserois pas avancer ce fait si je n’en avois pas été témoin plusieurs fois, & si la Sage-femme elle-même n’avoit eu l’imprudence d’en convenir devant moi, lorsque tous les assistans s’étoient retirés. J’invite donc ceux qui sont chargés de veiller aux desordres qui se passent dans la société, d’avoir les yeux sur celui-là.
[modifier] ACCOUER,
v. act. Quand le Veneur court un cerf qui est sur ses fins, & le joint pour lui donner le coup d’épée au défaut de l’épaule, ou lui couper le jarret ; on dit, le Veneur vient d’accouer le cerf, ou le cerf est accoué.
[modifier] (*) ACCOUPLE,
s. f. lien dont on attache les chiens de chasse, ou deux à deux, ou quelquefois trois à trois.
[modifier] ACCOUPLEMENT,
S. m. jonction du mâle & de la femelle pour la génération. Les animaux s’accouplent de différentes façons, & il y en a plusieurs qui ne s’accouplent point du tout. M. de Buffon nous donne une idée générale de cette variété de la nature dans le 2e vol. de l’Hist. nat. gén. & part. avec la description du Cabinet du Roi, page 311. & suivantes. Voici ses propres termes :
« La plus grande partie des animaux se perpétuent par la copulation ; cependant parmi les animaux qui ont des sexes, il y en a beaucoup qui ne se joignent pas par une vraie copulation ; il semble que la plûpart des oiseaux ne fassent que comprimer fortement la femelle, comme le coq, dont la verge quoique double est fort courte, les moineaux, les pigeons, &c. D’autres, à la vérité, comme l’autruche, le canard, l’oie, &c. ont un membre d’une grosseur considérable, & l’intromission n’est pas équivoque dans ces especes : les poissons mâles s’approchent de la femelle dans le tems du frai ; il semble même qu’ils se frottent ventre contre ventre, car le mâle se retourne quelquefois sur le dos pour rencontrer le ventre de la femelle, mais avec cela il n’y a aucune copulation ; le membre nécessaire à cet acte n’existe pas ; & lorsque les poissons mâles s’approchent de si près de la femelle, ce n’est que pour répandre la liqueur contenue dans leurs laites sur les œufs que la femelle laisse couler alors ; il semble que ce soient les œufs qui les attirent plûtôt que la femelle ; car si elle cesse de jetter des œufs, le mâle l’abandonne, & suit avec ardeur les œufs que le courant emporte, ou que le vent disperse : on le voit passer & repasser cent fois dans tous les endroits où il y a des œufs : ce n’est sûrement pas pour l’amour de la mere qu’il se donne tous ces mouvemens ; il n’est pas à présumer qu’il la connoisse toûjours ; car on le voit répandre sa liqueur sur tous les œufs qu’il rencontre, & souvent avant que d’avoir rencontré la femelle.
Il y a donc des animaux qui ont des sexes & des parties propres à la copulation, d’autres qui ont aussi des sexes & qui manquent de parties nécessaires à la copulation ; d’autres, comme les limaçons, ont des parties propres à la copulation & ont en même tems les deux sexes ; d’autres, comme les pucerons, n’ont point de sexe, sont également peres ou meres & engendrent d’eux-mêmes & sans copulation, quoiqu’ils s’accouplent aussi quand il leur plaît, sans qu’on puisse savoir trop pourquoi, ou pour mieux dire, sans qu’on puisse savoir si cet accouplement est une conjonction de sexes, puisqu’ils en paroissent tous également privés ou également pourvûs ; à moins qu’on ne veuille supposer que la nature a voulu renfermer dans l’individu de cette petite bête plus de faculté pour la génération que dans aucune autre espece d’animal, & qu’elle lui aura accordé non-seulement la puissance de se reproduire tout seul, mais encore le moyen de pouvoir aussi se multiplier par la communication d’un autre individu ».
Et à la page 313. « Presque tous les animaux, à l’exception de l’homme, ont chaque année des tems marqués pour la génération : le printems est pour les oiseaux la saison de leurs amours ; celle du frai des carpes & de plusieurs autres especes de poissons est le tems de la plus grande chaleur de l’année, comme aux mois de Juin & d’Août ; celle du frai des brochets, des barbeaux & d’autres especes de poissons, est au printems ; les chats se cherchent au mois de Janvier, au mois de Mai, & au mois de Septembre ; les chevreuils au mois de Decembre ; les loups & les renards en Janvier ; les chevaux en été ; les cerfs au mois de Septembre & Octobre ; presque tous les insectes ne se joignent qu’en automne, &c. Les uns, comme ces derniers, semblent s’épuiser totalement par l’acte de la génération, & en effet ils meurent peu de tems après, comme l’on voit mourir au bout de quelques jours les papillons qui produisent les vers à soie ; d’autres ne s’épuisent pas jusqu’à l’extinction de la vie, mais ils deviennent comme les cerfs, d’une maigreur extrème & d’une grande foiblesse, & il leur faut un tems considérable pour réparer la perte qu’ils ont faite de leur substance organique ; d’autres s’épuisent encore moins & sont en état d’engendrer plus souvent ; d’autres enfin, comme l’homme, ne s’épuisent point du tout, ou du moins sont en état de réparer promptement la perte qu’ils ont faite, & ils sont aussi en tout tems en état d’engendrer, cela dépend uniquement de la constitution particuliere des organes de ces animaux : les grandes limites que la nature a mises dans la maniere d’exister, se trouvent toutes aussi étendues dans la maniere de prendre & de digérer la nourriture, dans les moyens de la rendre ou de la garder, dans ceux de la séparer & d’en tirer les molécules organiques nécessaires à la reproduction ; & par-tout nous trouverons toûjours que tout ce qui peut être est ». (I)
[modifier] ACCOUPLEMENT, s'entend en Architecture
de la maniere d'espacer les colopnnes le plus près les unes des autres, qu'il est possible, en évitant néanmoins la pénétration des bases & des chapitaux, comme au portail des Minimes par Mansard. De tous les ordres, le Dorique est le plus difficile à accoupler, à cause de la distribution des métopes, de la frise, de son entablement ; lesquels, selon le système des anciens, doivent être quarrés, quoique plusieurs Architectes modernes ayant négligé ce précepte, tels que Desbrosses à S. Gervais & au Luxembourg, & le Mercier au Palais Royal. (P)
[modifier] ACCOUPLER,
v. act. apparier ensemble le mâle & la femelle. Voyez Accouplement. (L)
[modifier] Accoupler, terme de riviere,
c’est lier plusieurs bateaux ensemble.
[modifier] Accoupler, terme d’Agriculture,
c’est appareiller deux chevaux, deux bœufs, pour les employer au labour des terres & à d’autres ouvrages de la campagne.
[modifier] Accoupler.
On dit au trictrac accoupler ses dames, c’est proprement les disposer deux à deux sur une fleche. Voyez Dames.
[modifier] ACCOURCIR la bride dans sa main,
c'est une action par laquelle le cavalier, après avoir tiré vers lui les rênes de la bride, en les prenant par lebout uù est le bouton avec la main droite, les reprend ensuite avec la gauche qu'il avoit ouverte tant soit peu, pour laisser couler les rênes pendant qu'il les tiroit à lui. (V)
[modifier] Accourir le trait, terme de Chasse,
c’est le ployer à demi ou tout-à-fait pour tenir le limier.
[modifier] ACCOURSE,
s. f. terme de Marine, c’est le passage qu’on laisse au fond de calle dans le milieu & des deux côtés du vaisseau, pour aller de la poupe à la proue le long du vaisseau. (Z)
[modifier] ACCOUTREMENT,
s. m. vieux mot qui signifie parure, ajustement. Il signifioit aussi l’habillement & l’équipage militaire d’un Soldat, d’un Chevalier, d’un Gentilhomme.
Quelques Auteurs font venir ce mot de l’Allemand custer, d’où l’on a fait coûtre, qui est encore en usage dans quelques Cathédrales de France, & entre autres dans celle de Bayeux, pour signifier un Sacristain ou Officier qui a soin de parer l’autel ou l’Eglise. D’autres le font venir du mot acculturare, qui dans la basse Latinité équivaut à culturam dare ou ornare. Quoi qu’il en soit, ce terme est suranné, & n’est plus d’usage que dans la conversation ou dans le style familier. (G)
[modifier] ACCOUTUMER un cheval,
c'est le styler, le faire à quelque exercice ou à quelque bruit que ce soit, pour qu'il n'en ait point peur. (V)
[modifier] ACCRÉTION,
s. f. en Medecine. Voyez Accroissement.
[modifier] ACCROCHEMENT,
s. m. parmi les Horlogers, signifie un vice de l’échappement qui fait arrêter l’horloge. Il vient de ce qu’une dent de la roue de rencontre s’appuie sur une palette avant que son opposée ait échappé de dessus l’autre palette. Cet accident arrive aux montres dont l’échappement est trop juste ou mal fait, & à celles dont les trous des pivots du balancier, ceux de la roue de rencontre, & les pointes des dents de cette roue, ont souffert beaucoup d’usure.
On dit qu’une montre a une feinte d’accrochement, lorsque les dents opposées de sa roue de rencontre touchent en échappant les deux palettes en même tems, mais si légerement qu’elles ne font, pour ainsi dire, que frotter sur la palette qui échappe, & que cela n’est pas assez considérable pour la faire arrêter. Voyez Echappement. (T)
[modifier] ACCROCHER,
v. act. (Marine) c’est aborder un vaisseau en y jettant des grapins. V. Abordage. (Z)
[modifier] ACCROISSANCE,
s. f. V. Accroissement.
[modifier] ACCROISSEMENT,
s. m. en Droit, est l’adjection & la réunion d’une portion devenue vacante à celle qui est déjà possédée par quelqu’un. Voyez Accession.
Dans le Droit civil un legs fait à deux personnes conjointes, tam re quam verbis, tombe tout entier par droit d’accroissement à celui des deux légataires qui survit au testateur, si l’un des deux est mort auparavant. L’alluvion est une autre espece d’accroissement. Voyez Alluvion. (H)
[modifier] Accroissement, en Physique,
se dit de l’augmentation d’un corps organisé qui croît par de nouvelles parties qui s’y ajoûtent.
L’accroissement est de deux sortes : l’un consiste dans une simple apposition extérieure de nouvelle matiere ; c’est ce qu’on nomme autrement juxta-position, & c’est ainsi, selon plusieurs Physiciens, que croissent les pierres, les coquilles, &c. V. Pierre & Coquille.
L’autre se fait par un fluide qui est reçû dans des vaisseaux, & qui y étant porté peu-à-peu, s’attache à leurs parois ; c’est ce qu’on appelle intus-susception ; & c’est ainsi, selon les mêmes auteurs, que croissent les animaux & les plantes. V. Plante, Animal ; voyez aussi Vegetation & Nutrition. (O)
[modifier] Accroissement,
action par laquelle les pertes du corps sont plus que compensées par la nutrition. Voyez Nutrition.
Il y a quelque chose d’assez remarquable dans l’accroissement du corps humain : le fœtus dans le sein de la mere croît toûjours de plus en plus jusqu’au moment de la naissance ; l’enfant au contraire croît toûjours de moins en moins jusqu’à l’âge de puberté, auquel il croît, pour ainsi dire, tout-à-coup, & arrive en fort peu de tems à la hauteur qu’il doit avoir pour toûjours. Il ne s’agit pas ici du premier tems après la conception, ni de l’accroissement qui succede immédiatement à la formation du fœtus ; on prend le fœtus à un mois, lorsque toutes ses parties sont développées ; il a un pouce de hauteur alors ; à deux mois, deux pouces un quart ; à trois mois, trois pouces & demi ; à quatre mois, cinq pouces & plus ; à cinq mois, six pouces & demi ou sept pouces ; à six mois, huit pouces & demi ou neuf pouces ; à sept mois, onze pouces & plus ; à huit mois, quatorze pouces ; à neuf mois, dix-huit pouces. Toutes ces mesures varient beaucoup dans les différens sujets, & ce n’est qu’en prenant les termes moyens qu’on les a déterminées. Par exemple, il naît des enfans de vingt-deux pouces & de quatorze ; on a pris dix-huit pouces pour le terme moyen, il en est de même des autres mesures : mais quand il y auroit des variétés dans chaque mesure particuliere, cela seroit indifférent à ce que M. de Buffon, d’où ces observations sont tirées, en veut conclure. Le résultat sera toûjours que le fœtus croît de plus en plus en longueur tant qu’il est dans le sein de la mere : mais s’il a dix-huit pouces en naissant, il ne grandira pendant les douze mois suivans que de six ou sept pouces au plus ; c’est-à-dire, qu’à la fin de la premiere année il aura vingtquatre ou vingt-cinq pouces ; à deux ans, il n’en aura que vingt-huit ou vingt-neuf ; à trois ans, trente ou trente-deux au plus, & ensuite il ne grandira guere que d’un pouce & demi ou deux pouces par an jusqu’à l’âge de puberté : ainsi le fœtus croît plus en un mois sur la fin de son séjour dans la matrice, que l’enfant ne croît en un an jusqu’à cet âge de puberté, où la nature semble faire un effort pour achever de développer & de perfectionner son ouvrage, en le portant, pour ainsi dire, tout-à-coup au dernier degré de son accroissement.
Le fœtus n’est dans son principe qu’une goutte de liqueur limpide, comme on le verra ailleurs ; un mois après toutes les parties qui dans la suite doivent devenir osseuses, ne sont encore que des cellules remplies d’une espece de colle très-déliée. Le fœtus passe promptement du néant, ou d’un état si petit que la vûe la plus fine ne peut rien appercevoir, à un état d’accroissement si considérable au moyen de la nourriture qu’il reçoit du suc laiteux ; qu’il acquiert dans l’espace de neuf mois la pesanteur de douze livres environ, poids dont le rapport est certainement infini avec celui de son premier état. Au bout de ce terme, exposé à l’air, il croît plus lentement, & il devient dans l’espace de vingt ans environ douze fois plus pesant qu’il n’étoit, & trois ou quatre fois plus grand. Examinons la cause & la vîtesse de cet accroissement dans les premiers tems, & pourquoi il n’est pas aussi considérable dans la suite. La facilité surprenante qu’a le fœtus pour être étendu, se concevra si on fait attention à la nature visqueuse & muqueuse des parties qui le composent, au peu de terre qu’elles contiennent, à l’abondance de l’eau dont elles sont chargées, enfin au nombre infini de leurs vaisseaux, que les yeux & l’injection découvrent dans les os, dans les membranes, dans les cartilages, dans les tuniques des vaisseaux, dans la peau, dans les tendons, &c. Au lieu de ces vaisseaux, on n’observe dans l’adulte qu’un tissu cellulaire épais, ou un suc épanché : plus il y a de vaisseaux, plus l’accroissement est facile. En effet le cœur alors porte avec une vîtesse beaucoup plus grande les liquides ; ceux qui sont épanchés dans le tissu cellulaire s’y meuvent lentement, & ils ont moins de force pour étendre les parties. Il doit cependant y avoir une autre cause ; savoir, la plus grande force & le plus grand mouvement du cœur qui soit dans le rapport des fluides & des premiers vaisseaux : ce point saillant déjà vivifié dans le tems que tous les autres visceres dans le fœtus, & tous les autres solides, ne sont pas encore sensibles, la fréquence du pouls dans les jeunes animaux, & la nécessité, nous le font voir. Effectivement l’animal pourroit-il croître, si le rapport du cœur du tendre fœtus à ses autres parties, étoit le même que celui du cœur de l’adulte à toutes les siennes. La force inconnue, quelle qu’elle puisse être, qui met les parties des corps animés en mouvement, paroît produire un plus grand effet dans le fœtus que dans l’adulte, dans lequel tous les organes des sensations s’endurcissent, tandis qu’ils sont extrèmement tendres & sensibles dans le fœtus. Telles sont l’œil, l’oreille, la peau, le cerveau même. Ceci ne peut-il pas encore s’expliquer, en ce que le fœtus a la tête plus grosse, par le rapport plus grand des nerfs des jeunes animaux au reste de leurs parties ?
Ne doit-il donc pas arriver que le cœur faisant effort contre des vaisseaux muqueux, il les étende aisément, de même que le tissu cellulaire qui les environne, & les fibres musculaires arrosées par des vaisseaux ? Or toutes ces parties cedent facilement, parce qu’elles renferment peu de terre, & qu’au contraire elles sont chargées de beaucoup de gluten qui s’unit & qui se prête aisément. L’ossification doit donc se faire lorsque le suc gelatineux renfermé entre deux vaisseaux paralleles, devient osseux à la suite du battement réitéré de ces vaisseaux. Les os s’accroissent lorsque les vaisseaux placés le long de leurs fibres viennent à être étendus par le cœur ; ces vaisseaux en effet entraînent alors avec eux les fibres osseuses, ils les allongent, & elles repoussent les cartilages qui limitent les os & toutes les autres parties qui, quoique cellulaires, sont cependant élastiques. Ces fibres s’étendent entre leurs épiphyses, de sorte qu’elles les rendent plus courtes, mais plus solides. Tel est le méchanisme par lequel les parties du corps s’allongent, & par lequel il se forme des intervalles entre les fibres osseuses, cellulaires & terreuses qui se sont allongées. Ces intervalles sont remplis par les liquides, qui sont plus visqueux & plus gelatineux dans les jeunes animaux que les adultes. Ces liquides contractent donc plus facilement des adhérences, & se moulent sur les petites cavités dans lesquelles ils entrent. La souplesse des os dans le fœtus, la facilité avec laquelle ils se consolident, la plus grande abondance du suc glutineux & de l’humeur gelatineuse dans les membres des jeunes animaux, & le rapport des cartilages aux grands os, font voir que les os dans les jeunes sujets sont d’une nature plus visqueuse que dans les vieillards : mais plus l’animal approche de l’adolescence, & plus l’accroissement se fait lentement. La roideur des parties qui étoient souples & flexibles dans le fœtus ; la plus grande partie des os qui auparavant n’étoient que des cartilages, en sont des preuves. En effet, plusieurs vaisseaux s’affaissant à la suite du battement des gros troncs qui leur sont voisins, ou dans les membranes desquels ils se distribuent, ces vaisseaux sont remplacés par des parties solides qui ont beaucoup plus de consistance. Effectivement le suc osseux s’écoule entre les fibres osseuses ; toutes les membranes & les tuniques des vaisseaux sont formées d’un tissu cellulaire plus épais : d’ailleurs une grande quantité d’eau s’évaporant de toutes les parties, les filets cellulaires se rapprochent, ils s’attirent avec plus de force, ils s’unissent plus étroitement, ils résistent davantage à leur séparation ; l’humeur glaireuse, qui est adhérente aux os & aux parties solides, se seche ; la compression des arteres & des muscles dissipe le principe aqueux : les parties terreuses sont en conséquence dans un plus grand rapport avec les autres.
Toutes ces choses se passent ainsi jusqu’à ce que les forces du cœur ne soient plus suffisantes pour étendre les solides au-delà. Ceci a lieu lorsque les épiphyses cartilagineuses dans les os longs, se sont insensiblement diminuées au point qu’elles ne peuvent l’être davantage, & que devenues extrèmement minces & très-dures, elles se résistent à elles-mêmes, & au cœur en même tems. Or comme la même cause agit de même sur toutes les parties du corps, si on en excepte un petit nombre, tout le tissu cellulaire, toutes les membranes des arteres, les fibres musculaires, les nerfs, doivent acquérir insensiblement la consistance qu’ils ont par la suite, & devenir tels que la force du cœur ne soit plus capable de les étendre.
Cependant le tissu cellulaire lâche & entrecoupé de plusieurs cavités, se prête dans différens endroits à la graisse qui s’y insinue, & quelquefois au sang : ce tissu se gonfle dans différentes parties ; ainsi quoiqu’on ne croisse plus, on ne laisse pas de grossir. Il paroît que cela arrive, parce que l’accroissement n’ayant plus lieu, il se sépare du sang une plus petite quantité de sucs nourriciers, il reste plus de matiere pour les secrétions ; la résistance que trouve le sang dans les plus petits vaisseaux, devient plus grande par leur endurcissement : les secrétions lentes doivent alors être plus abondantes, le rapport de la force du cœur étant moindre, puisque la roideur des parties augmente la résistance, & que d’ailleurs la force du cœur ne paroît pas devenir plus grande. En effet, le cœur est un muscle qui tire principalement sa force de sa souplesse, de la grande quantité du suc nerveux qui s’y distribue, eu égard à la solidité de la partie rouge du sang, comme nous le dirons ailleurs. Or bien loin que la vieillesse augmente toutes ces choses, elle les diminue certainement : ainsi le corps humain n’a point d’état fixe, comme on le pourroit penser. Quelques vaisseaux sont continuellement détruits, & se changent en fibres d’autant plus solides, que la pression du poids des muscles & du cœur a plus de force dans différentes parties : c’est pour cela que les parties dont les ouvriers se servent plus fréquemment se roidissent ; le tissu cellulaire devient aussi continuellement plus épais, plus dur ; l’humeur glutineuse plus seche & plus terreuse ; les os des vieillards deviennent en conséquence roides ; les cartilages s’ossifient. Lorsque le gluten, dont toutes les parties tiennent leur souplesse, vient à être détruit, elles deviennent dures, le tissu cellulaire même du cerveau, du cœur, des arteres, sont dans ce cas ; la pesanteur spécifique des différentes parties du corps devient plus grande & même celle du crystallin : enfin la force attractive des particules glutineuses des liqueurs du corps humain diminue par les alimens salés dont on a fait usage, par les boissons inflammables, par les excès de tout genre. Le sang dégénere donc en une masse friable, acre, & qui n’est point gelatineuse : c’est ce que font voir la lenteur des cicatrices des plaies & des fractures, la mauvaise odeur de l’haleine, de l’urine, la plus grande quantité des sels du sang, la diminution de sa partie aqueuse, & l’opacité des humeurs qui étoient autrefois transparentes.
C’est pourquoi les ligamens intervertébraux venant à se sécher, à se durcir, & à s’ossifier, ils rapprochent insensiblement en devant les vertebres les unes des autres ; on devient plus petit & tout courbé. Les tendons deviennent très-transparens, très-durs & cartilagineux, lorsque le gluten qui étoit dans l’interstice de leurs fibres est presque détruit. Les fibres musculaires, les vaisseaux, & sur-tout les arteres, deviennent plus dures, l’eau qui les rendoit molles étant dissipée : elles s’ossifient même quelquefois. Le tissu cellulaire lâche se contracte, forme des membranes d’une tissure plus serrée : les vaisseaux excréteurs sont en conséquence comprimés de part & d’autre, & leurs petits orifices se ferment : la sécheresse des parties diminue donc les secrétions nécessaires du sang, les parties se roidissent, la température du sang devient plus seche & plus terreuse ; de maniere qu’au lieu de l’humeur que le sang déposoit auparavant dans toutes les parties du corps, il n’y porte plus qu’une vraie terre, comme on le sait par les endurcissemens qui arrivent, par les croûtes osseuses, répandues dans les arteres, dans les membranes, dans la superficie de la plûpart des os, surtout des vertebres, & quelquefois dans les parties les plus molles, comme on l’a observé dans toutes les parties du corps.
C’est la voie naturelle qui conduit à la mort, & cela doit arriver lorsque le cœur devient plus compact ; que sa force n’augmente pas à proportion des résistances qu’il rencontre ; & que par conséquent il succombe sous la charge. Lorsque le poumon, qui est moins susceptible de dilatation, résiste au ventricule droit du cœur, de même que tout le système des arteres capillaires, qui d’ailleurs font beaucoup de résistance au cœur, le mouvement du sang se ralentit insensiblement, il s’arrête, & le sang s’accumule surtout dans le ventricule droit, parce qu’il ne trouve plus de passage libre par le poumon, jusqu’à ce qu’enfin le cœur palpitant pendant quelque tems, le sang s’arrête, se coagule, & le mouvement du cœur cesse.
La nature a presque marqué le terme auquel tous les animaux doivent arriver : on n’en sait pas bien les raisons. L’homme qui vit long-tems vit naturellement deux fois plus que le bœuf & que le cheval, & il s’en est trouvé assez fréquemment qui ont vécû cent ans, & d’autres qui sont parvenus à 150. Les oiseaux vivent plus long-tems que les hommes ; les poissons vivent plus que les oiseaux, parce qu’au lieu d’os ils n’ont que des cartilages, & ils croissent continuellement.
La durée totale de la vie peut se mesurer en quelque façon par celle du tems de l’accroissement. Un arbre ou un animal qui prend en peu de tems son accroissement, périt beaucoup plûtôt qu’un autre auquel il faut plus de tems pour croître. Dans les animaux comme dans les végétaux, l’accroissement en hauteur est celui qui est achevé le premier. Un chêne cesse de grandir long-tems avant qu’il cesse de grossir. L’homme croît en hauteur jusqu’à seize ou dix-huit ans, & cependant le développement entier de toutes les parties de son corps en grosseur, n’est achevé qu’à trente ans. Les chiens prennent en moins d’un an leur accroissement en longueur ; & ce n’est que dans la seconde année qu’ils achevent de prendre leur grosseur. L’homme qui est trente ans à croître, vit quatre-vingts-dix ans ou cent ans ; le chien qui ne croît que pendant deux ou trois ans, ne vit aussi que dix ou douze ans : il en est de même de la plûpart des autres animaux. Les poissons qui ne cessent de croître qu’au bout d’un très-grand nombre d’années, vivent des siecles, &c. comme nous l’avons déjà insinué. Cette longue durée de leur vie doit dépendre de la constitution particuliere de leurs arêtes, qui ne prennent jamais autant de solidité que les os des animaux terrestres.
Les animaux qui ne produisent qu’un petit nombre de fétus, prennent la plus grande partie de leur accroissement, & même leur accroissement tout entier, avant que d’être en état d’engendrer ; au lieu que les animaux qui multiplient beaucoup, engendrent avant même que leur corps ait pris la moitié, ou même le quart de son accroissement. L’homme, le cheval, le bœuf, l’âne, le bouc, le bélier, ne sont capables d’engendrer que quand ils ont pris la plus grande partie de leur accroissement ; il en est de même des pigeons & des autres oiseaux qui ne produisent qu’un petit nombre d’œufs : mais ceux qui en produisent un grand nombre, comme les coqs, les poules, les poissons, &c. engendrent bien plûtôt. Un coq est capable d’engendrer à l’âge de trois mois, & il n’a pas alors pris plus d’un tiers de son accroissement ; un poisson qui doit au bout de vingt ans peser trente livres, engendre dès la premiere ou la seconde année, & cependant il ne pese peut-être pas alors une demi-livre. Mais il y auroit des observations particulieres à faire sur l’accroissement & la durée de la vie des poissons : on peut reconnoître à-peu-près leur âge en examinant avec une loupe ou un microscope les couches annuelles dont sont composées leurs écailles : mais on ignore jusqu’où il peut s’étendre. On voit des carpes chez M. le Comte de Maurepas, dans les fossés de son château de Pontchartrain, qui ont au moins cent cinquante ans bien avérés, & elles paroissent aussi agiles & aussi vives que des carpes ordinaires. Il ne faut pas dire avec Leuwenhoek, que les poissons sont immortels, ou du moins qu’ils ne peuvent mourir de vieillesse. Tout doit périr avec le tems ; tout ce qui a eu une origine, une naissance, un commencement, doit arriver à un but, à une mort, à une fin : mais il est vrai que les poissons vivant dans un élément uniforme, & qu’étant à l’abri des grandes vicissitudes, & de toutes les injures de l’air, ils doivent se conserver plus long-tems dans le même état que les autres animaux : & si ces vicissitudes de l’air sont, comme le prétend un grand Philosophe (le Chancelier Bacon)(Voyez son traité de la vie & de la mort), les principales causes de la destruction des êtres vivans, il est certain que les poissons étant de tous les animaux ceux qui y sont les moins exposés, ils doivent durer beaucoup plus long-tems que les autres. Mais ce qui doit contribuer encore plus à la longue durée de leur vie, c’est que leurs os sont d’une substance plus molle que ceux des autres animaux, & qu’ils ne se durcissent pas, & ne changent presque point du tout avec l’âge. Les arêtes des poissons s’allongent, grossissent, & prennent de l’accroissement sans prendre plus de solidité, du moins sensiblement ; au lieu que les os des autres animaux, aussi-bien que toutes les autres parties solides de leurs corps, prennent toûjours plus de dureté & de solidité : & enfin lorsqu’elles sont absolument remplies & obstruées, le mouvement cesse, & la mort suit. Dans les arêtes au contraire, cette augmentation de solidité, cette replétion, cette obstruction qui est la cause de la mort naturelle, ne se trouve pas, ou du moins ne se fait que par degrés beaucoup plus lents & plus insensibles, & il faut peut-être beaucoup de tems pour que les poissons arrivent à la vieillesse.
La mort est donc d’une nécessité indispensable suivant les lois des corps qui nous sont connues, quoique la différente proportion de la force du cœur aux parties solides, la coction des alimens, le caractere du sang, la chaleur de l’air extérieur, puissent plus ou moins en éloigner le terme. En conséquence de ces lois, les vaisseaux les plus petits devoient être comprimés par les plus gros, le gluten devoit s’épaissir insensiblement, les parties aqueuses s’évaporer, & par conséquent les filets du tissu cellulaire s’approcher de plus en plus. Au reste, un régime de vie tranquille, qui n’est point troublé par les passions de l’ame & par les mouvemens violens du corps ; une nourriture tirée des végétaux ; la tempérance, & la fraîcheur extérieure, peuvent empêcher les solides de devenir sitôt roides, suspendre la secheresse & l’acreté du sang.
Est-il croyable qu’il naisse ou renaisse de nouvelles parties dans le corps humain ? La maniere dont les polypes, & presque toute la famille des testacées se reproduisent ; la régénération des vers, des chenilles, des serres des écrevisses ; tous les différens changemens qui arrivent à l’estomac, la reproduction des queues des lésards, & des os qui occupent la place de ceux que l’on a perdus, prouvent-ils qu’il se fait une pareille régénération dans toutes les parties des corps animés ? doit-on lui attribuer la réparation naturelle des cheveux (qui sont des parties organiques) des ongles, des plumes, la production des nouvelles chairs dans les plaies, celle de la peau, la réduction du scrotum, le cal des os ? La question est difficile à décider. Ceci a néanmoins lieu dans les insectes, dont la structure est simple & gélatineuse, & dont les humeurs lentes ne s’écoulent point, mais restent adhérentes aux autres parties du corps. Les membranes dans lesquelles se forment les hydatides dans l’homme, la génération des chairs dans les blessures, le cal qui fortifie non-seulement les os fracturés, mais qui encore tient lieu des os entiers, se forment d’une liqueur gélatineuse rendue compacte par la pulsation des arteres voisines prolongées : on n’a cependant jamais observé que de grandes parties organiques se soient régénérées. La force du cœur dans l’homme, & la tendance que les humeurs qui y séjournent ont à la pourriture, la structure composée du corps, qui est fort différente de celle des insectes, s’opposent à de pareilles régénérations.
Il y a une autre espece d’accroissement qui a paru merveilleux quand le hasard l’a découvert : on remarqua en Angleterre que nos corps étoient constamment plus grands le matin que le soir, & que cet accroissement montoit à six & sept lignes : on examina ce nouveau phénomene, & on en donna l’explication dans les Transactions Philosophiques. Un esprit qui n’auroit pû étendre ses vûes que sur des objets déjà découverts, auroit vérifié grossierement ce phénomene, l’auroit étalé aux yeux du public sous une autre forme, l’auroit paré de quelque explication physique mal ajustée, auroit promis de dévoiler de nouvelles merveilles : mais M. l’Abbé Desfontaines s’est rendu maître de cette nouvelle découverte ; il a laissé si loin ceux qui l’avoient donnée au public, qu’ils n’ont osé publier leurs idées ; il est fâcheux que l’ouvrage où il a rassemblé ses observations n’ait pas été imprimé. Nous ne donnerons pas ici le détail de toutes les découvertes qu’il a faites sur cette matiere : mais nous allons donner des principes dont on pourra les déduire. 1o. L’épine est une colonne composée de parties osseuses séparées par des cartilages épais, compressibles & élastiques ; les autres cartilages qui se trouvent à la tête des os, & dans les jointures, ne paroissent pas avoir la même élasticité. 2o. Tout le poids du tronc, c’est-à-dire, le poids de cent livres au moins, porte sur l’épine ; les cartilages qui sont entre les vertebres sont donc comprimés quand le corps est debout : mais quand il est couché, ils ne portent plus le même poids ; ils doivent se dilater, & par conséquent éloigner les vertebres ; ainsi le tronc doit devenir plus long, mais ce sera là précisément une force élastique qui augmentera le volume des cartilages. Les fluides sont poussés continuellement par le cœur, & ils trouvent moins de résistance dans les cartilages lorsqu’ils ne sont pas comprimés par le poids du tronc ; ils doivent donc y entrer en plus grande quantité & dilater les vaisseaux : mais ces vaisseaux ne peuvent se dilater sans augmenter le volume des cartilages, & sans écarter les vertebres : d’abord les cartilages extrèmement comprimés se rétablissent avec plus de force ; ensuite cette force diminuera par degrés, comme dans les bâtons fléchis, qui se restituent ; il est donc évident que l’accroissement qui se fait quand on est couché demande un certain espace de tems, parce que les cartilages, toûjours pressés, ne peuvent se rétablir dans un instant. De plus, supposons que l’accroissement soit de six lignes, chaque ligne d’augmentation ne se fait pas dans le même espace de tems ; les dernieres lignes demanderont un tems beaucoup plus long, parce que les cartilages ont moins de force dans le dernier tems de la restitution ; de même qu’un ressort qui se débande, a moins de force sur la fin de sa détente. 3o. L’accroissement dans les cartilages, doit produire une augmentation dans le diametre de la poitrine ; car les côtes en général sont plus éloignées sur l’épine que sur le sternum, ou dans leur marche. Suivant cette idée, prenons-en deux du même côté, regardons-les comme formant un angle dont une vertebre & un cartilage sont la base. Il est certain que de deux triangles qui ont les côtés égaux & les bases inégales, celui qui a la base plus petite a plus de hauteur perpendiculaire : or la base de l’angle que forment ces deux côtés le soir, est plus petite que la base de l’angle qu’ils forment le matin ; il faut donc que le soir il y ait plus de distance de l’épine au sternum, ou bien il faut que les côtés se soient voûtés, & par conséquent la poitrine aura plus de distance le soir que le matin. 4o. Après le repas les vaisseaux sont plus pleins, le cœur pousse le sang & les autres fluides avec plus de force, les vaisseaux agissent donc plus fortement sur les cartilages ; ils doivent donc porter dans leur intérieur plus de fluide, & par conséquent les dilater ; les vertebres doivent donc s’éloigner, & par conséquent il y aura un accroissement après le repas, & il se fera en plus ou moins de tems, selon la force des vaisseaux, ou selon la situation du corps ; car si le corps est appuyé sur le dossier d’une chaise, le poids du tronc portera moins sur les cartilages, ils seront donc moins pressés ; l’action des vaisseaux qui arrivent dans les cartilages trouvera donc moins de résistance, elle pourra donc mieux les dilater : mais quand l’action des vaisseaux commencera à diminuer, le décroissement arrivera, parce que la pesanteur du corps l’emportera alors sur l’action des vaisseaux, laquelle ne sera plus aussi vigoureuse quand la digestion sera faite, & quand la transpiration, qui est très-abondante trois heures après le repas, aura diminué le volume, & par conséquent l’action des vaisseaux, & la chaleur qui porte partout la raréfaction. 5o. Il y a un accroissement & un décroissement auquel toutes ces causes n’ont pas la même part ; quand on est couché on devient plus long d’un demi-pouce, même davantage : mais cette augmentation disparoît dès qu’on est levé. Deux faits expliqueront ce phénomene. 1o. L’épine est plus droite quand on est couché, que lorsque le corps est sur ses piés. 2o. Le talon se gonfle, & ce gonflement disparoît par le poids du corps ; au reste cet accroissement & ce décroissement sont plus considérables dans la jeunesse, que dans l’âge avancé. M. Senac, Essais de Physique. (L)
[modifier] Accroissement, se dit, en Medecine,
de l’augmentation d’une maladie. Le tems de l’accroissement est un tems fâcheux ; c’est celui où les accidens augmentent en nombre, en durée, & en violence ; si l’on saisit la maladie dès son commencement, on pourra prévenir la force de l’accroissement. Voyez Maladie. (N)
[modifier] Accroissement, en Jardinage,
se dit des plantes lorsqu’elles ont fait un grand progrès, & de belles pousses. Voyez Vegetation. (K)
[modifier] ACCROIST.
Voyez Accroissement.
[modifier] ACCROISTRE (Commerce)
en un sens neutre, se dit d’une chose qui passe à un associé ou co-propriétaire, par droit d’accroissement, en conséquence de ce que celui qui possédoit cette portion est mort ou l’a abandonnée. (G)
[modifier] ACCROUPI,
adject. en terme de Blason, se dit du Lion quand il est assis, comme celui de la ville d’Arles, & celui de Venise. On dit la même chose de tous les animaux sauvages qui sont dans cette posture, & des lievres, lapins & conils qui sont ramassés, ce qui est leur posture ordinaire, lorsqu’ils ne courent pas.
Paschal Colombier, en Dauphiné, d’argent à un singe accroupi de gueules : quelques-uns de la même famille l’ont porté rampant. (V)
[modifier] ACCRUES, terme de marchands de filets ;
faire des boucles au lieu de mailles pour accrocher les filets ; c’est ce qu’ils appellent jetter des accrues.
[modifier] ACCUBITEUR,
s. m. (Hist. anc.) officier du Palais des Empereurs de Constantinople. C’étoit un Chambellan qui couchoit auprès du Prince, pour la sûreté de sa personne. (G)
[modifier] ACCUL,
s. m. terme de Marine : les navigateurs de l’Amérique se servent de ce mot pour désigner l’enfoncement d’une baie. Le mot de cul-de-sac a parmi eux la même signification. Ils disent l’accul du petit Goave, & le cul-de-sac de la Martinique. (Z)
[modifier] ACCULÉ, terme de Blason ;
il se dit d’un cheval cabré quand il est sur le cul en arriere, & de deux canons opposés sur leurs affuts, comme les deux que le Grand-Maître de l’Artillerie met au bas de ses armoiries pour marque de sa dignité.
Harling en Angleterre, d’argent à la licorne acculée de sable, accornée & onglée d’or. (V)
[modifier] ACCULEMENT ou ACULEMENT,
s. m. terme de Marine : c’est la proportion suivant laquelle chaque gabarit s’éleve sur la quille plus que la maîtresse côte, ou premier gabarit, ou l’évidure des membres qu’on place à l’avant & à l’arriere du vaisseau. Voy. Varangue acculée. (Z)
[modifier] ACCULER (Manege.)
se dit lorsque le cheval qui manie sur les voltes ne va pas assez en avant à chacun de ses tems & de ses mouvemens ; ce qui fait que ses épaules n’embrassent pas assez de terrein, & que sa croupe s’approche trop près du centre de la volte. Cheval acculé, votre cheval s’accule & s’entable tout à la fois. Les chevaux ont naturellement de l’inclination à s’acculer en faisant les demi-voltes. Quand les Italiens travaillent les chevaux au répolon, ils affectent de les acculer. Acculer a un autre sens parmi le vulgaire, & se dit d’un cheval qui se jette & s’abandonne sur la croupe en desordre lorsqu’on l’arrête ou qu’on le tire en arriere. Voyez Volte, Répolon, &c. (V)
[modifier] ACCUMULATION,
subst. f. entassement, amas de plusieurs choses ensemble. Ce mot est fait du Latin ad, & cumulus, monceau.
[modifier] Accumulation ou Cumulation, en Droit,
est la jonction de plusieurs titres avec lesquels un prétendant se présente pour obtenir un héritage ou un bénéfice, qu’un seul de ces titres pourroit lui acquérir. Voyez Cumulation. (H)
[modifier] ACCUSATEUR,
s. m. en Droit, est celui qui poursuit quelqu’un en Justice pour la réparation d’un crime qu’il lui impute. Chez les Romains l’accusation étoit publique, & tout citoyen se pouvoit porter accusateur. En France un particulier ne se peut porter accusateur qu’entant que le crime lui a apporté personnellement du dommage, & il ne peut conclure qu’à des réparations civiles : mais il n’appartient qu’au ministere public, c’est-à-dire au Procureur Général ou son Substitut, de conclure à des réparations pénales ; c’est lui seul qui est chargé de la vindicte publique. Et le particulier qui révele en justice un crime où il n’est point intéressé, n’est point accusateur, mais simple dénonciateur, attendu qu’il n’entre pour rien dans la procédure, & n’est point poursuivant concurremment avec le Procureur Général, comme l’est l’accusateur intéressé.
Dans le cas où l’accusé se trouveroit innocent par l’évenement du procès, l’accusateur privé doit être condamné à des dommages & intérêts, à l’exception d’un petit nombre de cas ; au contraire du Procureur Général, contre lequel l’accusé absous ne peut prétendre de recours pour raison de dommages & intérêts ; parce que l’usage de ce recours nuiroit à la recherche des crimes, attendu que les Procureurs du Roi ne l’entreprendroient qu’en tremblant, s’ils étoient responsables en leur nom de l’évenement du procès. Seulement, si au défaut de partie civile il y a un dénonciateur, l’accusé absous pourra s’en prendre à lui pour ses dommages & intérêts.
Accusateur differe de dénonciateur, en ce qu’on suppose que le premier est intéressé à la recherche du crime qu’il révele, au contraire du dénonciateur.
[modifier] ACCUSATIF,
S. m. terme de Grammaire ; c’est ainsi qu’on appelle le 4e cas des noms dans les Langues qui ont des déclinaisons, c’est-à-dire, dans les Langues dont les noms ont des terminaisons particulieres destinées à marquer différens rapports ou vûes particulieres, sous lesquelles l’esprit considere le même objet. « Les cas ont été inventés, dit Varron, afin que celui qui parle puisse faire connoître, ou qu’il appelle, ou qu’il donne, ou qu’il accuse ». Sunt destinati casus ut qui de altero diceret, distinguere posset, quùm vocaret, quùm daret, quùm accusaret ; sic alia quædam discrimina quæ nos & Græcos ad declinandum duxerunt. Varro, lib. I. de Anal.
Au reste les noms que l’on a donnés aux différens cas ne sont tirés que de quelqu’un de leurs usages, & sur-tout de l’usage le plus fréquent ; ce qui n’empêche pas qu’ils n’en ayent encore plusieurs autres, & même de tout contraires : car on dit également donner à quelqu’un, & ôter à quelqu’un, défendre & accuser quelqu’un ; ce qui a porté quelques Grammairiens (tel est Scaliger) à rejetter ces dénominations, & à ne donner à chaque cas d’autre nom que celui de premier, second, & ainsi de suite jusqu’à l’ablatif, qu’ils appellent le sixieme cas.
Mais il suffit d’observer que l’usage des cas n’est pas restraint à celui que leur dénomination énonce. Tel est un Seigneur qu’on appelle Duc ou Marquis d’un tel endroit ; il n’en est pas moins Comte ou Baron d’un autre. Ainsi nous croyons que l’on doit conserver ces anciennes dénominations, pourvû que l’on explique les différens usages particuliers de chaque cas.
L’accusatif fut donc ainsi appellé, parce qu’il servoit à accuser, accusare aliquem : mais donnons à accuser la signification de déclarer, signification qu’il a même souvent en François, comme quand les Négocians disent accuser la réception d’une lettre ; & les joüeurs de Piquet, accuser le point. En déterminant ensuite les divers usages de ces cas, j’en trouve trois qu’il faut bien remarquer.
1. La terminaison de l’accusatif sert à faire connoître le mot qui marque le terme ou l’objet de l’action que le verbe signifie. Augustus vicit Antonium, Auguste vainquit Antoine : Antonium est le terme de l’action de vaincre ; ainsi Antonium est à l’accusatif, & détermine l’action de vaincre. Vocem præcludit metus, dit Phedre en parlant des grenouilles épouvantées du bruit que fit le soliveau que Jupiter jetta dans leur marais ; la peur leur étouffa la voix : vocem est donc l’action de prœcludit. Ovide parlant du palais du Soleil, dit que materiem superabat opus ; materiem ayant la terminaison de l’accusatif, me fait entendre que le travail surpassoit la matiere. Il en est de même de tous les verbes actifs transitifs, sans qu’il puisse y avoir d’exception, tant que ces verbes sont présentés sous la forme d’actifs transitifs.
Le second service de l’accusatif c’est de terminer une de ces prépositions qu’un usage arbitraire de la langue Latine détermine par l’accusatif. Une préposition n’a par elle-même qu’un sens appellatif ; elle ne marque qu’une sorte, une espece de rapport particulier ; mais ce rapport est ensuite appliqué, & pour ainsi dire individualisé par le nom qui est le complément de la préposition : par exemple, il s’est levé avant, cette préposition avant marque une priorité. Voilà l’espece de rapport : mais ce rapport doit être déterminé. Mon esprit est en suspens jusqu’à ce que vous me disiez avant qui ou avant quoi. Il s’est levé avant le jour, ante diem ; cet accusatif diem détermine, fixe la signification de ante. J’ai dit qu’en ces occasions ce n’étoit que par un usage arbitraire que l’on donnoit au nom déterminant la terminaison de l’accusatif ; car au fond ce n’est que la valeur du nom qui détermine la préposition : & comme les noms Latins & les noms Grecs ont différentes terminaisons, il falloit bien qu’alors ils en eussent une ; or l’usage a consacré la terminaison de l’accusatif après certaines prépositions, & celle de l’ablatif après d’autres ; & en Grec il y a des prépositions qui se construisent aussi avec le génitif.
Le troisieme usage de l’accusatif est d’être le suppôt de l’infinitif, comme le nominatif l’est avec les modes finis ; ainsi comme on dit à l’indicatif Petrus legit, Pierre lit, on dit à l’infinitif Petrum legere, Pierre lire, ou Petrum legisse, Pierre avoir lû. Ainsi la construction de l’infinitif se trouve distinguée de la construction d’un nom avec quelqu’un des autres modes ; car avec ces modes le nom se met au nominatif.
Que si l’on trouve quelquefois au nominatif un nom construit avec un infinitif, comme quand Horace a dit patiens vocari Cæsaris ultor, au lieu de patiens te vocari ultorem ; c’est ou par imitation des Grecs qui construisent indifféremment l’infinitif, ou avec un nominatif, ou avec un accusatif, ou bien c’est par attraction ; car dans ce passage d’Horace, ultor est attiré par patiens, qui est au même cas que filius Maiæ : tout cela se fait par le rapport d’identité. Voyez Construction.
Pour épargner bien des peines, & pour abreger bien des regles de la méthode ordinaire au sujet de l’accusatif, observez :
1o. Que lorsqu’un accusatif est construit avec un infinitif, ces deux mots forment un sens particulier équivalent à un nom, c’est-à-dire, que ce sens seroit exprimé en un seul mot par un nom, si un tel nom avoit été introduit & autorisé par l’usage. Par exemple, pour dire Herum esse semper lenem, mon maître est toûjours doux, Terence a dit heri semper lenitas.
2o. D’où il suit que comme un nom peut être le sujet d’une proposition, de même ce sens total exprimé par un accusatif avec un infinitif, peut aussi être & est souvent le sujet d’une proposition.
En second lieu, comme un nom est souvent le terme de l’action qu’un verbe actif transitif signifie, de même le sens total énoncé par un nom avec un infinitif est aussi le terme ou objet de l’action que ces sortes de verbes expriment. Voici des exemples de l’un & de l’autre, & premierement du sens total qui est le sujet de la proposition ; ce qui, ce me semble, n’est pas assez remarqué. Humanam rationem præcipitationi & præjudicio esse obnoxiam satis compertum est. Cailly, Phil. Mot à mot, l’entendement humain être sujet à la précipitation & au préjugé est une chose assez connue. Ainsi la construction est, hoc, nempe humanam rationem esse obnoxiam præcipitationi & præjudicio, est seu negotium satis compertum. Humanam rationem esse obnoxiam præcipitationi & præjudicio, voilà le sens total qui est le sujet de la proposition ; est satis compertum en est l’attribut.
Caton dans Lucain, Liv. II. v. 288. dit que s’il est coupable de prendre le parti de la République, ce sera la faute des Dieux. Crimen erit Superis & me fecisse nocentem. Hoc, nempe Deos fecisse me nocentem, de m’avoir fait coupable ; voilà le sujet dont l’attribut est erit crimen Superis. Plaute, Miles gl. act. III. scen. j. v. 109. dit que c’est une conduite loüable pour un homme de condition qui est riche, de prendre soin lui-même de l’éducation de ses enfans ; que c’est élever un monument à sa maison & à lui-même. Laus est magno in genere & in divitiis maximis liberos, hominem educare, generi monumentum & sibi. Construisez, hominem constitutum magno in genere & divitiis maximis educare liberos, monumentum generi & sibi ; hoc, inquam, est laus ; ainsi est laus est l’attribut, & les mots qui précedent font un sens total, qui est le sujet de la proposition.
Il y a en François & dans toutes les Langues un grand nombre d’exemples pareils ; on en doit faire la construction suivant le même procédé. Il est doux de trouver dans un amant qu’on aime, un époux que l’on doit aimer, Quinault. Il, illud, à savoir l’avantage, le bonheur de trouver dans un amant qu’on aime un époux que l’on doit aimer : voilà un sens total, qui est le sujet de la proposition ; on dit de ce sens total, de ce bonheur, de ce il, qu’il est doux ; ainsi est doux, c’est l’attribut.
Quam bonum est correptum manifestare pænitentiam ! est negotium quam bonum. Eccli, c. xx. v. 4. construisez : Hoc, nempe hominem correptum manifestare pænitentiam, est negotium quàm bonum. Il est beau pour celui qu’on reprend de quelque faute, de faire connoître son repentir. Il vaut mieux pour un esclave d’être instruit que de parler, plus scire satius est quàm loqui hominem servum. Plaute, act. I. scen. j. v. 57. construisez : Hoc, nempe hominem servum plus scire, est satius quam hominem servum loqui. Homines esse amicos Dei, quanta est dignitas ! Qu’il est glorieux pour les hommes, dit Saint Grégoire le Grand, d’être les amis de Dieu ! où vous voyez que le sujet de la proposition est ce sens total, homines esse amicos Dei. Le même procédé peut faire la construction en François, & dans quelqu’autre Langue que ce puisse être. Il, illud, à savoir d’être les amis de Dieu, est combien glorieux pour les hommes ! Mihi semper placuit non rege solum, sed regno liberari Rempublicam. Lett. vii. de Brutus à Ciceron. Hoc, scilicet Rempublicam liberari non solum, à rRege, sed regno, placuit mihi. J’ai toûjours souhaité que la République fût délivrée non-seulement du Roi, mais même de l’autorité royale.
Je pourrois rapporter un bien plus grand nombre d’exemples pareils d’accusatifs qui forment avec un infinitif un sens qui est le sujet d’une proposition : passons à quelques exemples où le sens formé par un accusatif & un infinitif, est le terme de l’action d’un verbe actif transitif.
A l’égard du sens total, qui est le terme de l’action d’un verbe actif, les exemples en sont plus communs. Puto te esse doctum ; mot à mot, je crois toi être sçavant ; & selon notre construction usuelle, je crois que vous êtes savant. Sperat se palmam esse relaturum ; il espere soi être celui qui doit remporter la victoire, il espere qu’il remportera la victoire.
La raison de ces accusatifs Latins est donc qu’ils forment un sens qui est le terme de l’action d’un verbe actif ; c’est donc par l’idiotisme de l’une & de l’autre langue qu’il faut expliquer ces façons de parler, & non par les regles ridicules du que retranché.
A l’égard du François, nous n’avons ni déclinaison ni cas ; nous ne faisons usage que de la simple dénomination des noms, qui ne varient leur terminaison que pour distinguer le pluriel du singulier. Les rapports ou vûes de l’esprit que les Latins font connoître par la différence de la terminaison d’un même nom, nous les marquons, ou par la place du mot, ou par le secours des prépositions. C’est ainsi que nous marquons le rapport de l’accusatif en plaçant le nom après le verbe. Auguste vainquit Antoine, le travail surpassoit la matiere. Il n’y a sur ce point que quelques observations à faire par rapport aux pronoms. Voyex Article, Cas, Construction. (F)
[modifier] ACCUSATION,
s. f. en Droit, est la délation d’un crime ou délit faite en justice, ou par une partie privée, ou par la Partie Publique, c’est-à-dire le Procureur Général ou son Substitut. Voyez Action & Information. Ce mot vient du Latin accusatio, qui signifie la même chose.
Chez les Romains il n’y avoit point d’accusateur public pour les crimes publics : chaque particulier, soit qu’il y fût intéressé ou non, en pouvoit poursuivre la vindicte : mais l’accusation des crimes privés n’étoit recevable qu’en la bouche de ceux qui y avoient intérêt. Personne, par exemple, ne pouvoit accuser une femme d’adultere que son mari ; & cette loi s’observe encore parmi nous, au moins dans ce cas particulier. Voyez Adultere.
Le terme d’accusation n’avoit lieu même qu’à l’égard des crimes publics : la poursuite d’un crime ou délit particulier s’appelloit simplement action. Voyez Action.
Caton, le plus honnête homme de son siecle, fut accusé quarante-deux fois, & absous autant de fois. Voyez Absolution.
Quand l’accusé accuse son accusateur, cela s’appelle récrimination, laquelle n’est point admise que l’accusé n’ait commencé par se purger. Voyez Récrimination.
Les lois cruelles de l’inquisition exigent de l’accusé qu’il s’accuse lui-même du crime qu’on lui impute. Voyez Inquisition.
C’étoit autrefois la coûtume dans quelques parties de l’Europe, lorsque l’accusation étoit grave, qu’on la décidât par le combat, ou qu’on obligeât l’accusé à se purger par serment ; serment qui néanmoins ne suffisoit pas pour le purger, à moins qu’un certain nombre de ses voisins ou de ses connoissances ne jurassent conjointement avec lui. Voyez Duel, Combat, Serment, Purgation, &c.
C’est sans doute par une suite de cet usage qui a été long-tems en vigueur en Angleterre, qu’on y appelle encore celui qui s’intéressant à la personne d’un mort, se porte accusateur du meurtrier, appellant, & l’accusé appellé. (H)
[modifier] ACCUSÉ, en Droit,
est celui qu’on poursuit en Justice pour la réparation d’un crime qu’on lui impute. Il est de l’essence de la procédure criminelle, qu’il soit entendu avant que d’être jugé, si ce n’est qu’il soit contumax ou refuse de répondre ; auxquels cas, après l’avoir sommé de se représenter ou de répondre, on passe outre au jugement du procès. Il doit répondre présent & en personne, & non pas par Procureur, si ce n’est qu’il ne sût pas le François, auquel cas on lui adjoindroit un interprete qui expliqueroit ses réponses au Juge. Voyez Interprete, Muet, & Contumax.
Il n’est point reçu à user de récrimination, qu’il n’ait purgé l’accusation contre lui intentée.
L’accusé meurt integri statûs, c’est-à-dire, sans flétrissure, lorsqu’il meurt avant le jugement de son procès, nonobstant que les informations fussent achevées & qu’elles fussent concluantes contre lui ; nonobstant même qu’il fût déjà condamné par les premiers Juges, pourvu que l’appel n’ait point encore été confirmé par des Juges souverains, si ce n’est que l’accusation ait pour objet un crime de lese-Majesté. Et par conséquent ses biens ne sont pas sujets en ce cas à confiscation : ce qui n’empêche pourtant pas que la partie civile ne puisse répéter ses dommages & intérêts contre les héritiers ; lesquels n’ont d’autre moyen de s’en faire décharger, que de purger la mémoire du défunt. Voyez Mémoire.
Un Ecclésiastique accusé ne peut point résigner, quand le crime emporte la privation de son bénéfice. (H)
[modifier] ACCUTS, terme de Chasse,
se dit des endroits les plus réculés des terriers des renards & des blereaux ; & aussi des lieux les plus enfoncés, où l’on oblige le gibier de se retirer.
[modifier] Accuts,
sont aussi les bouts des forêts & des grands pays de bois.














