L’Encyclopédie (vol. 1) - ABG - ABN

La bibliothèque libre.

Sommaire

[modifier] ABGARES.

Les Abgares d'Edesse, en Mésopotamie, étoient de petits rois qu'on voit souvent sur des Médailles avec des thiares d'une forme assez semblable à certaines des Rois Parthes. Voyez les Antiquités du Pere Montfaucon, tome III. partie I. p. 80.

[modifier] ABHAL ;

c'est, à ce qu'on lit dans James, un fruit de couleur rousse, très-connu dans l'Orient, de la grosseur à peu près de celui du cyprès, & qu'on recueille sur un arbre de la même espece. On le regarde comme un puissant emménagogue.

[modifier] ABIAD,

ville d'Afrique, sur la côte d'Abex.

[modifier] ABIANNEUR

Voyez Abienheur.

[modifier] ABIB,

s. m. nom que les Hébreux donnoient au premier mois de leur année sainte. Dans la suite il fut appellé Nisan. Voyez Nisan. Il répond à notre mois de Mars. Abib, en Hébreu, signifie des épis verds. S. Jerôme le traduit par des fruits nouveaux, mense novarum frugum. Exod. XIII. v.4  . Voyez sous le mot Nisan, les principales fêtes & cérémonies que les Juifs pratiquoient ou pratiquent encore pendant ce mois. Dictionn. de la Bible, tome I. page 14. (G)

[modifier] ABIENHEUR,

s. m. terme de la Coutume de Bretagne ; c'est le Sequestre ou le Commissaire d'un fonds saisi.

[modifier] ABIENS.

C'étoient entre les Scythes, d'autres disent entre les Thraces, des peuples qui faisoient profession d'un genre de vie austere, dont Tertullien fait mention, Lib. de præscript. cap. xlij. que Strabon loue d'une pureté de mœurs extraordinaire, & qu'Alexandre ab Alexandro & Scaliger ont jugé à propos d'appeller du nom de Philosophes, enviant, pour ainsi dire, aux Scythes une distinction qui leur fait plus d'honneur qu'à la Philosophie, d'être les seuls peuples de la Terre qui n'ayent presque eu ni Poëtes, ni Philosophes, ni Orateurs, & qui n'en ayent été ni moins honorés, ni moins courageux, ni moins sages. Les Grecs avoient une haute estime pour les Abiens, & ils la méritoient bien par je ne sais quelle élévation de caractere & je ne sais quel degré de justice & d'équité dont ils se piquoient, singulierement entre leurs compatriotes, pour qui leur personne étoit sacrée. Que ne devoient point être aux yeux des autres hommes ceux pour qui les sages & braves Scythes avoient tant de vénération ! Ce sont ces Abiens, je crois, qui se conserverent libres sous Cyrus & qui se soûmirent à Alexandre. C'est un grand honneur pour Alexandre, ou peut-être un reproche à leur faire.

[modifier] ABIGEAT,

s. m. terme de Droit civil, étoit le crime d'un homme qui détournoit des bestiaux pour les voler.

[modifier] ABIMALIC,

s. m. langue des Africains Beriberes, ou naturels du pays.

[modifier] ABISM ou ABYSME,

s. m. pris généralement, signifie quelque chose de très-profond, & qui, pour ainsi dire, n'a point de fond.

Ce mot est grec originairement ἀβυσὸς ; il est composé de la particule privative α & βυσὸς, fond ; c'est-à-dire sans fond. Suidas & d'autres lui donnent différentes origines : ils disent qu'il vient de α & de βύω, couvrir, cacher, ou de α & de δύω : mais les plus judicieux Critiques rejettent cette étymologie comme ne valant guere mieux que celle d'un vieux Glossateur, qui fait venir abyssus de ad ipsus, à cause que l'eau vient s'y rendre en abondance.

Abîme, pris dans un sens plus particulier, signifie un amas d'eau fort profond. Voyez Eau.

Les Septante se servent particulierement de ce mot en ce sens, pour désigner l'eau que Dieu créa au commencement avec la terre ; c'est dans ce sens que l'Ecriture dit que les ténebres étoient sur la surface de l'abysme.

On se sert aussi du mot abysme, pour marquer le réservoir immense creusé dans la terre, où Dieu ramassa toutes les eaux le troisieme jour : réservoir que l'on désigne dans notre langue par le mot mer, & quelquefois dans les Livres saints par le grand abysme.

Abisme, se dit, dans l'Ecriture, de l'enfer & des lieux les plus profonds de la mer, & du cahos qui étoit couvert de ténebres au commencement du monde, & sur lequel l'esprit de Dieu étoit porté. Genese I.2. Les anciens Hébreux, de même que la plûpart des Orientaux, encore à présent, croyent que l’abysme, la mer, les cieux, environnoient toute la terre ; que la terre étoit comme plongée & flottante sur l’abysme, à-peu-près, disent-ils, comme un melon d'eau nage sur l'eau & dans l'eau, qui le couvre dans toute sa moitié. Ils croyent de plus, que la terre étoit fondée sur les eaux, ou du moins qu'elle avoit son fondement dans l’abysme. C'est sous ces eaux & au fond de cet abysme, que l'Ecriture nous représente les Géans qui gémissent & qui souffrent la peine de leurs crimes : c'est-là où sont relegués les Rephaïms, ces anciens Géans, qui de leur vivant faisoient trembler les peuples ; enfin c'est dans ces sombres cachots que les Prophetes nous font voir les rois de Tyr, de Babylone, & d'Egypte, qui y sont couchés & ensevelis, mais toute fois vivant & expiant leur orgueil & leur cruauté. Psal. XXXIII.2. XXXV.6. Proverb. XI.18. IX.18. XXI.16. Ps. LXXXVII.2. LXX.20. Is. XIV.9. Ezech. XXVIII.10. XXXI.18. XXXII.19.

Ces abysimes sont la demeure des démons & des impies. Je vis, dit S. Jean dans l'Apocalypse, une étoile qui tomba du ciel, & à qui l'on donna la clé du puits de l’abysme : elle ouvrit le puits de l’abysme, & il en sortit une fumée comme d'une grande fournaise, qui obscurcit le soleil & l'air, & de cette fumée sortirent des sauterelles, qui se répandirent sur toute la terre : elles avoient pour Roi à leur tête l'ange de l’abysme, qui est nommé Exterminateur. Et ailleurs, on nous représente la bête qui sort de l’abysme, & qui fait la guerre aux deux témoins de la Divinité. Enfin l'Ange du Seigneur descend du ciel, ayant en sa main la clé de l’abysme, & tenant une grande chaîne. Il saisit le dragon, l'ancien serpent, qui est le diable & satan, le lie, le jette dans l’abysme pour y demeurer pendant mille ans, ferme sur lui le puits de l’abysme & le scelle, afin qu'il n'en puisse sortir de mille ans, &c. Apoc. IX.1.2. XI.7. XX.1.3.

Les fontaines & les rivieres, au sentiment des Hébreux, ont toutes leur source dans l’abysme ou dans la mer : elles en sortent par des canaux invisibles, & s'y rendent par les lits qu'elles se sont formés sur la terre. Au tems du déluge, les abysmes d'embas, ou les eaux de la mer rompirent leur digue, les fontaines forcerent leurs sources, & se repandirent sur la terre dans le même tems que les cataractes du ciel s'ouvrirent, & inonderent tout le monde. Eccl. I.7. Genes. VIII.v.II.

L’abysme qui couvroit la terre au commencement du monde, & qui étoit agité par l'Esprit de Dieu, ou par un vent impétueux ; cet abysme est ainsi nommé par anticipation, parce qu'il composa dans la suite la mer, & que les eaux de l’abysme en sortirent et se formerent de son écoulement : ou si l'on veut, la terre sortit du milieu de cet abysme, comme une isle qui sort du milieu de la mer, & qui paroît tout d'un coup à nos yeux, après avoir été long-tems cachée sous les eaux. Genes. I. 2. Dictionn. de la Bibl. de Calmet, tom. I. lettre A. au mot Abysme, pag. 15.

M. Woodward nous a donné des conjectures sur la forme du grand abysme dans son Histoire naturelle de la terre : il soûtient qu'il y a un grand amas d'eaux renfermées dans les entrailles de la terre, qui forment un vaste globe dans ses parties intérieures ou centrales, & que la surface de cette eau est couverte de couches terrestres : c'est, selon lui, ce que Moyse appelle le grand gouffre, & ce que la plûpart des auteurs entendent par le grand abysme.

L'existence de cet amas d'eaux dans l'intérieur de la terre, est confirmée, selon lui, par un grand nombre d'observations. Voyez Terre, Déluge.

Le même auteur prétend que l'eau de ce vaste abysme communique avec celle de l'Océan, par le moyen de quelques ouvertures qui sont au fond de l'Océan : il dit que cet abysme & l'océan ont un centre commun, autour duquel les eaux des deux réservoirs sont placées ; de maniere cependant que la surface de l’abysme n'est point de niveau avec celle de l'océan, ni à une aussi grande distance du centre, étant en partie resserrée & comprimée par les couches solides de la terre qui sont dessus. Mais par tout où ces couches sont crevassées, ou si poreuses que l'eau peut les pénétrer, l'eau de l’abysme y monte, elle remplit toutes les fentes & les crevasses où elle peut s'introduire, & elle imbibe tous les interstices & tous les pores de la terre, des pierres, & des autres matieres qui sont autour du globe, jusqu'à ce que cette eau soit montée au niveau de l'océan. Sur quoi tout cela est-il fondé ?

Si ce qu'on rapporte dans les Mémoires de l'Académie de 1741, de la fontaine sans fond de Sablé en Anjou, est entierement vrai, on peut mettre cette fontaine au rang des abysmes ; parce qu'en effet ceux qui l'ont sondée n'y ont point trouvé de fond ; & que selon la tradition du Pays, plusieurs bestiaux qui y sont tombés, n'ont jamais été retrouvés. C'est une espece de gouffre de 20 à 25 piés d'ouverture, situé au milieu & dans la partie la plus basse d'une lande de 8 à 9 lieues de circuit, dont les bords élevés en entonnoir, descendent par une pente insensible jusqu'à ce gouffre, qui en est comme la citerne. La terre tremble ordinairement tout-autour, sous les piés des hommes & des animaux qui marchent dans ce bassin. Il y a de tems en tems des débordemens, qui n'arrivent pas toûjours après les grandes pluies, & pendant lesquels il sort de la fontaine une quantité prodigieuse de poisson, & surtout beaucoup de brochets truités, d'une espece fort singuliere, & qu'on ne connoît point dans le reste du Pays. Il n'est pas facile cependant d'y pêcher, parce que cette terre tremblante & qui s'affaisse au bord du gouffre, & quelquefois assez loin aux environs, en rend l'approche fort dangereuse ; il faut attendre pour cela des années seches, & où les pluies n'ayent pas ramolli d'avance le terrein inondé. En général, il y a lieu de croire que tout ce terrein est comme la voûte d'un lac, qui est audessous. L'Académie qui porte par préférence son attention sur les curiosités naturelles du royaume, mais qui veut en même tems que ce soient de vraies curiosités, a jugé que celle-ci méritoit une plus ample instruction. Elle avoit chargé M. de Bremond de s'informer plus particulierement de certains faits, & de quelques circonstances qui pouvoient plus sûrement faire juger de la singularité de cette fontaine : mais une longue maladie, & la mort de M. de Bremond arrivée dans l'intervalle de cette recherche, ayant arrêté les vastes & utiles projets de cet Académicien, l'Académie n'a pas voulu priver le public de ce qu'elle savoit déjà sur la fontaine de Sablé. (O & G) Voyez Gouffre.

[modifier] Abisme,

s. m. terme de Blason, c'est le centre ou le milieu de l'écu, ensorte que la piece qu'on y met ne touche & ne charge aucune autre piece. Ainsi on dit d'un petit écu qui est mis au milieu d'un grand, qu'il est en abysme ; & tout autant de fois qu'on commence par toute autre figure que par celle du milieu, on dit que celle qui est au milieu est en abysme, comme si on vouloit dire que les autres grandes pieces étant élevées en relief, celle-là paroît petite, & comme cachée & abysmée. Il porte trois besans d'or avec une fleur de lis en abysme : ainsi ce terme ne signifie pas simplement le milieu de l'écu, car il est relatif, & suppose d'autres pieces, au milieu desquelles une plus petite est abysmée.

[modifier] Abisme.

C'est une espece de cuvier ou vaisseau de bois à l'usage des Chandeliers, dont l'ouverture a b c d est parallélogrammatique ; les ais quarrés oblongs qui forment les grands côtés de ce cuvier sont inclinés l'un vers l'autre, font un angle aigu, & s'assemblent par cet angle dans deux patens sur une banquette à quatre piés g h i e, autour de laquelle il y a un rebord pour recevoir le suif qui coule de la chandelle quand elle sort de ce vaisseau. On voit par ce qui vient d'être dit, que les deux petits côtés de ce cuvier a b f, d c e, sont nécessairement taillés en triangles. C'est dans ce vaisseau rempli de suif en fusion, que l'on plonge à différentes reprises les meches qui occupent le centre de la chandelle. Ces meches sont enfilées sur des baguettes. Voyez la maniere de faire la chandelle à la broche ou baguette, à l'article Chandelle, & la figure de l’abysme, planche du Chandelier, fig. 7.

[modifier] ABINGDON, ou ABINGTON, ou ABINDON,

ville d'Angleterre, en Barkshire, & sur la Tamise. Long. 16.20. lat. 51.40.

[modifier] AB-INTESTAT.

Voyez Intestat. (H)

[modifier] ABISSINIE

s. f. grand Pays & Royaume d'Afrique. Long. 48-65. lat. 6-20.

[modifier] ABIT,

s. m. Quelques-uns se servent de ce mot pour exprimer la céruse. Voyez Aboit, Ceruse, Blanc de Plomb. (M)

[modifier] ABJURATION,

s. f. en général, acte par lequel on dénie ou l'on renonce une chose d'une maniere solemnelle, & même avec serment. V. Serment.

Ce mot vient du Latin abjuratio, composé de ab, de ou contre, & de jurare, jurer.

Chez les Romains le mot d’abjuration signifioit dénégation avec faux serment, d'une dette, d'un gage, d'un dépôt, ou autre chose semblable, auparavant confiée. En ce sens l’abjuration est la même chose que le parjure ; elle differe de l’éjuration qui suppose le serment juste. Voyez Parjure, &c.

L’abjuration se prend plus particulierement pour la solemnelle renonciation ou retractation d'une doctrine ou d'une opinion regardée comme fausse & pernicieuse.

Dans les Lois d'Angleterre, abjurer une personne, c'est renoncer à l'autorité ou au domaine d'une telle personne. Par le serment d’abjuration, on s'oblige de ne reconnoître aucune autorité royale dans la personne appellée le Prétendant, & de ne lui rendre jamais l'obéissance que doit rendre un sujet à son Prince. Voyez Serment, Fidelite, &c.

Le mot d’abjuration est aussi usité dans les anciennes Coûtumes d'Angleterre, pour le serment fait par une personne coupable de félonie, qui se retirant dans un lieu d'asyle, s'obligeoit par serment d'abandonner le Royaume pour toûjours ; ce qui le mettoit à l'abri de tout autre châtiment. Nous trouvons aussi des exemples d’abjuration pour un tems, pour trois ans, pour un an & un jour, & semblables.

Les criminels étoient reçus à faire cette abjuration en certains cas, au lieu d'être condamnés à mort. Depuis le tems d'Edouard le Confesseur, jusqu'à la réformation, les Anglois avoient tant de dévotion pour les Églises, que si un homme coupable de félonie se réfugioit dans une Eglise ou dans un Cimetiere, c'étoit un asyle dont il ne pouvoit être tiré pour lui faire son procès ; mais en confessant son crime à la Justice ou au Coroner, & en abjurant le Royaume, il étoit mis en liberté. V. Asyle & Coroner.

Après l’abjuration on lui donnoit une croix, qu'il devoit porter à la main le long des grands chemins, jusqu'à ce qu'il fût hors des Domaines du Roi : on l'appelloit la banniere de Mere-Eglise. Mais l’abjuration déchut beaucoup dans la suite, & se réduisit à retenir pour toûjours le prisonnier dans le Sanctuaire, où il lui étoit permis de finir le reste de ses jours, après avoir abjuré sa liberté & sa libre habitation. Par le Statut 21 de Jacques 1er, tout usage d'asyle, & conséquemment d’abjuration, fut aboli. Voyez Sanctuaire. (G)

[modifier] ABLAB,

s. arbrisseau de la hauteur d'un sep de vigne. On dit qu'il croît en Egypte, qu'il garde sa verdure Hyver & Été, qu'il dure un siecle, que ses feuilles & ses fleurs ressemblent à celles de la féve de Turquie, que ses féves servent d'aliment en Egypte, & de remede contre la toux & la rétention d'urine, &c. Mais il faut attendre, pour ajoûter foi à cette plante & à ses propriétés, que les Naturalistes en ayent parlé clairement.

[modifier] ABLAI,

s. contrée de la grande Tartarie. Long. 91-101. lat. 51-54.

[modifier] ABLAIS,

s. m. terme de Coûtumes ; il se dit des blés sciés encore gissants sur le champ. (H)

[modifier] ABLAQUE,

s. nom que les François ont donné à la soie de perle, ou ardassine. Cette soie vient par la voie de Smyrne ; elle est fort belle : mais comme elle ne souffre pas l'eau chaude, il y a peu d'ouvrages dans lesquels elle puisse entrer.

[modifier] ABLATIF,

s. m. terme de Grammaire ; c'est le sixieme cas des noms Latins. Ce cas est ainsi appellé du Latin ablatus, ôté, parce qu'on donne la terminaison de ce cas aux noms Latins qui sont le complément des prépositions à, absque, de, ex, sine, qui marquent extraction ou transport d'une chose à une autre : ablatus à me, ôté de moi ; ce qui ne veut pas dire qu'on ne doive mettre un nom à l’ablatif que lorsqu'il y a extraction ou transport ; car on met aussi à l’ablatif un nom qui détermine d'autres prépositions, comme clam, pro, præ, &c. mais il faut observer que ces sortes de dénominations se tirent de l'usage le plus fréquent, ou même de quelqu'un des usages. C'est ainsi que Priscien, frappé de l'un des usages de ce cas, l'appelle cas comparatif ; parce qu'en effet on met à l’ablatif l'un des correlatifs de la comparaison : Paulus est doctior Petro ; Paul est plus savant que Pierre. Varron l'appelle cas latin, parce qu'il est propre à la Langue Latine. Les Grecs n'ont point de terminaison particuliere pour marquer l’ablatif : c'est le génitif qui en fait la fonction ; & c'est pour cela que l'on trouve souvent en Latin le génitif à la maniere des Grecs, au lieu de l’ablatif Latin.

Il n'y a point d'ablatif en François, ni dans les autres Langues vulgaires, parce que dans ces Langues les noms n'ont point de cas. Les rapports ou vûes de l'esprit que les Latins marquoient par les différentes inflexions ou terminaisons d'un même mot, nous les marquons, ou par la place du mot, ou par le secours des prépositions. Ainsi, quand nos Grammairiens disent qu'un nom est à l’ablatif, ils ne le disent que par analogie à la Langue latine ; je veux dire, par l'habitude qu'ils ont prise dans leur jeunesse à mettre du françois en latin, & à chercher en quel cas Latin ils mettront un tel mot François : par exemple, si l'on vouloit rendre en latin ces deux phrases, la grandeur de Paris, & je viens de Paris, de Paris seroit exprimé par le génitif dans la premiere phrase, au lieu qu'il seroit mis à l’ablatif dans la seconde. Mais comme en François l'effet que les terminaisons Latines produisent dans l'esprit y est excité d'une autre maniere que par les terminaisons, il ne faut pas donner à la maniere Françoise les noms de la maniere Latine. Je dirai donc qu'en Latin amplitudo, ou vastitas Lutetiæ, est au génitif ; Lutetia, Lutetiæ, c'est le même mot avec une inflexion différente : Lutetiæ est dans un cas oblique qu'on appelle génitif, dont l'usage est de déterminer le nom auquel il se rapporte, d'en restraindre l'extension, d'en faire une application particuliere. Lumen solis, le génitif solis détermine lumen. Je ne parle, ni de la lumiere en général, ni de la lumiere de la lune, ni de celle des étoiles, &c. je parle de la lumiere du soleil. Dans la phrase françoise la grandeur de Paris, Paris ne change point de terminaison ; mais Paris est lié à grandeur par la préposition de, & ces deux mots ensemble déterminent grandeur ; c'est-à-dire, qu'ils font connoître de quelle grandeur particuliere on veut parler : c'est de la grandeur de Paris.

Dans la seconde phrase, je viens de Paris, de lie Paris à je viens, & sert à désigner le lieu d'où je viens.

L’Ablatif a été introduit après le datif pour plus grande netteté.

Sanctius, Vossius, la Méthode de Port-Royal, & les Grammairiens les plus habiles, soûtiennent que l’ablatif est le cas de quelqu'une des prépositions qui se construisent avec l’ablatif ; en sorte qu'il n'y a jamais d’ablatif qui ne suppose quelqu'une de ces prépositions exprimée ou sousentendue.

[modifier] Ablatif absolu.

Par ablatif absolu les Grammairiens entendent un incise qui se trouve en Latin dans une période, pour y marquer quelque circonstance ou de tems ou de maniere, &c. & qui est énoncé simplement par l’ablatif : par exemple, imperante Cæsare Augusto, Christus natus est : Jesus-Christ est venu au monde sous le regne d'Auguste. Cæsar deleto hostium exercitu, &c. César après avoir défait l'armée de ses ennemis, &c. imperante Caesare Augusto, deleto exercitu, sont des ablatifs qu'on appelle communément absolus, parce qu'ils ne paroissent pas être le régime d'aucun autre mot de la proposition. Mais on ne doit se servir du terme d’absolu, que pour marquer ce qui est indépendant, & sans relation à un autre : or dans tous les exemples que l'on donne de l’ablatif absolu, il est évident que cet ablatif a une relation de raison avec les autres mots de la phrase, & que sans cette relation il y seroit hors d'œuvre, & pourroit être supprimé.

D'ailleurs, il ne peut y avoir que la premiere dénomination du nom qui puisse être prise absolument & directement ; les autres cas reçoivent une nouvelle modification ; & c'est pour cela qu'ils sont appellés cas obliques. Or il faut qu'il y ait une raison de cette nouvelle modification ou changement de terminaison ; car tout ce qui change, change par autrui ; c'est un axiome incontestable en bonne Métaphysique : un nom ne change la terminaison de sa premiere dénomination, que parce que l'esprit y ajoûte un nouveau rapport, une nouvelle vûe. Quelle est cette vûe ou rapport qu'un tel ablatif désigne ? est-ce le tems, ou la maniere, ou le prix, ou l'instrument, ou la cause, &c. Vous trouverez toûjours que ce rapport sera quelqu'une de ces vûes de l'esprit qui sont d'abord énoncées indéfiniment par une préposition, & qui sont ensuite déterminées par le nom qui se rapporte à la préposition : ce nom en fait l'application ; il en est le complément.

Ainsi l’ablatif, comme tous les autres cas, nous donne par la nomenclature l'idée de la chose que le mot signifie ; tempore, tems ; fuste, bâton ; manu, main ; patre, pere, &c. mais de plus nous connoissons par la terminaison de l’ablatif, que ce n'est pas là la premiere dénomination de ces mots ; qu'ainsi ils ne sont pas le sujet de la proposition, puisqu'ils sont dans un cas oblique : or la vûe de l'esprit qui a fait mettre le mot dans ce cas oblique, est ou exprimée par une préposition, ou indiquée si clairement par le sens des autres mots de la phrase, que l'esprit apperçoit aisément la préposition qu'on doit suppléer, quand on veut rendre raison de la construction. Ainsi observez :

  1. Qu'il n'y a point d’ablatif qui ne suppose une préposition exprimée ou sousentendue.
  2. Que dans la construction élégante on supprime souvent la préposition, lorsque les autres mots de la phrase font entendre aisément quelle est la préposition qui est sousentendue ; comme imperante Cæsare Augusto, Christus natus est : on voit aisément le rapport de tems, & l'on sousentend sub.
  3. Que lorsqu'il s'agit de donner raison de la construction, comme dans les versions interlinéaires, qui ne sont faites que dans cette vûe, on doit exprimer la préposition qui est sousentendue dans le texte élégant de l'Auteur dont on fait la construction.
  4. Que les meilleurs Auteurs Latins, tant Poëtes qu'Orateurs, ont souvent exprimé les prépositions que les Maîtres vulgaires ne veulent pas qu'on exprime, même lorsqu'il ne s'agit que de rendre raison de la construction : en voici quelques exemples.

Sæpe ego correxi sub te censore libellos. Ov. de Ponto, IV. Ep.xij. v.25. J'ai souvent corrigé mes ouvrages sur votre critique. Marco sub judice palles. Perse, Sat.v. Quos decet esse hominum, tali sub principe mores. Mart. L.i. Florent sub Cæsare leges. Ov.II. Fast.v.141, Vacare à negotiis. Phæd. L.III. Prol.v.2. Purgare à foliis. Cato, de Re rusticâ, 66. De injuriâ queri. Cæsar. Super re queri. Horat. Uti de aliquo. Cic. Uti de victoriâ. Servius. Nolo me in tempore hoc videat senex. Ter.And.Act.IV.v.ult. Artes excitationesque virtutum in omni ætate cultæ, mirificos afferunt fructus. Cic. de Senect.n.9. Doctrina nulli tanta in illo tempore. Auson. Burd. Prof. v.χ.15. Omni de parte timendos. Ov. de Ponto, L.IV. Epist.xij. v.25. Frigida de tota fronte cadebat aqua. Prop. L.II.Eleg.xxij. Nec mihi solstitium quidquam de noctibus aufert. Ovid. Trist. L.V.El.x.7. Templum de marmore. Virg. & Ovid. Vivitur ex rapto. Ovid. Metam. i.v.144. Facere de industria. Ter. And. act.IV. De plebe Deus ; un Dieu du commun. Ovid. Metam. I.v.595.

La préposition à se trouve souvent exprimée dans les bons Auteurs dans le même sens que post, après : ainsi lorsqu'elle est supprimée devant les ablatifs que les Grammairiens vulgaires appellent absolus, il faut la suppléer, si l'on veut rendre raison de la construction.

Cujus à morte, hic tertius & tricesimus est annus. Cic. Il y a trente-trois ans qu'il est mort : à morte, depuis sa mort. Surgit, ab his, solio. Ovid.II. Met. où vous voyez que ab his veut dire, après ces choses, après quoi. Jam ab re divinâ, credo apparebunt domi. Plaut. Phænul. Ab re divinâ : après le service divin, après l'office, au sortir du Temple, ils viendront à la maison. C'est ainsi qu'on dit, ab urbe conditâ, depuis la fondation de Rome : à cænâ, après souper : secundus à Rege, le premier après le Roi. Ainsi quand on trouve urbe captâ triumphavit ; il faut dire, ab urbe captâ, après la ville prise. Lectis tuis litteris, venimus in senatum ; suppléez à litteris tuis lectis ; après avoir lû votre lettre.

On trouve dans Tite-Live, L.IV. ab re malè gesta, après ce mauvais succès ; & ab re benè gesta, L.XXIII. après cet heureux succès. Et dans Lucain, L.I. positis ab armis, après avoir mis les armes bas ; & dans Ovid.II. Trist. redeat superato miles ab hoste ; que le soldat revienne après avoir vaincu l'ennemi. Ainsi dans ces occasions on donne à la préposition à, qui se construit avec l’ablatif, le même sens que l'on donne à la préposition post, qui se construit avec l'accusatif. C'est ainsi que Lucain au L.II. a dit post me ducem ; & Horace, I.L.Od.iij. post ignem ætheriâ domo subductum ; où vous voyez qu'il auroit pû dire, ab igne aetheriâ domo subducto, ou simplement, igne aetheriâ domo subducto.

La préposition sub, marque aussi fort souvent le tems : elle marque ou le tems même dans lequel la chose s'est passée, ou par extension, un peu avant ou un peu après l'évenement. Dans Corn. Nepos, Att.xij. Quos sub ipsa proscriptione perillustre fuit ; c'est-à-dire, dans le tems même de la proscription. Le même Auteur à la même vie d'Atticus, c.105. dit, sub occasu solis, vers le coucher du soleil, un peu avant le coucher du soleil. C'est dans le même sens que Suétone a dit, Ner.5. majestatis quoque, sub excessu Tiberii, reus, où il est évident que sub excessu Tiberii, veut dire vers le tems, ou peu de tems avant la mort de Tibere. Au contraire, dans Florus, L.III.c.v. sub ipso hostis recessu, impatientes soli, in aquas suas resiluerunt : sub ipso hostis recessu veut dire, peu de tems après que l'ennemi se fût retiré ; à peine l'ennemi s'étoit-il retiré.

Servius, sur ces paroles du V.L. de l'Æneid. quo deinde sub ipso, observe que sub veut dire là, post, après.

Claudien pouvoit dire par l'ablatif absolu, gratus feretur, te teste, labor ; le travail sera agréable sous vos yeux : cependant il a exprimé la préposition gratus que feretur sub te teste labor. Claud.IV. Cons.Honor.

A l'égard de ces façons de parler, Deo duce, Deo juvante, Musis faventibus, &c. que l'on prend pour des ablatifs absolus, on peut sousentendre la préposition sub ou la préposition cum, dont on trouve plusieurs exemples : sequere hac, mea gnata, cum Diis volentibus. Plaut. Perse. Tite-Live, au L.I. Dec.iij. dit : agite cum Diis bene juvantibus. Ennius cité par Cicéron, dit : doque volentibus cum magnis Diis : & Caton au chapitre xiv. de Re rust. dit : circumagi cum Divis.

Je pourrois rapporter plusieurs autres exemples, pour faire voir que les meilleurs Auteurs ont exprimé les prépositions que nous disons, qui sont sousentendues dans le cas de l'ablatif absolu. S'agit-il de l'instrument ? c'est ordinairement cum, avec, qui est sousentendu : armis confligere ; Lucius a dit : Acribus inter se cum armis confligere cernit. S'agit-il de la cause, de l'agent ? Suppléez à, ab, trajectus ense, percé d'un coup d'épée. Ovid.V.Fast. a dit : Pectora trajectus Lynceo Castor ab ense : & au second Liv. des Tristes ; Neve peregrinis tantum defendar ab armis.

Je finirai cet article par un passage de Suétone, qui semble être fait exprès pour appuyer le sentiment que je viens d'exposer. Suétone dit qu'Auguste, pour donner plus de clarté à ses expressions, avoit coûtume d'exprimer les prépositions dont la suppression, dit-il, jette quelque sorte d'obscurité dans le discours, quoiqu'elle en augmente la grace & la vivacité. Suéton.C.Aug.n.86. Voici le passage tout-au-long. Genus eloquendi secutus est elegans & temperatum : vitatis sententiarum ineptiis, atque inconcinnitate, & reconditorum verborum, ut ipse dicit, fœtoribus : præcipuamque curam duxit, sensum animi quam apertissimè exprimere : quod quo faciliùs efficeret, aut necubi lectorem vel auditorem obturbaret ac moraretur, neque præpositiones verbis addere, neque conjunctiones sæpius iterare dubitavit, quæ detractæ afferunt aliquid obscuritatis, etsi gratiam augent.

Aussi a-t-on dit de cet Empereur que sa maniere de parler étoit facile & simple, & qu'il évitoit tout ce qui pouvoit ne pas se présenter aisément à l'esprit de ceux à qui il parloit. Augusti promta ac profluens quae decebat principem eloquentia fuit. Tacit.

In divi Augusti epistolis, elegantia orationis, neque morosa neque anxia : sed facilis, hercle & simplex. A. Gell.

Ainsi quand il s'agit de rendre raison de la construction Grammaticale, on ne doit pas faire difficulté d'exprimer les prépositions, puisqu'Auguste même les exprimoit souvent dans le discours ordinaire, & qu'on les trouve souvent exprimées dans les meilleurs Auteurs.

A l'égard du François, nous n'avons point d’ablatif absolu, puisque nous n'avons point de cas : mais nous avons des façons de parler absolues, c'est-à-dire, des phrases où les mots, sans avoir aucun rapport Grammatical avec les autres mots de la proposition dans laquelle ils se trouvent, y forment un sens détaché qui est un incise équivalent à une proposition incidente ou liée à une autre, & ces mots énoncent quelque circonstance ou de tems ou de maniere, &c. la valeur des termes & leur position nous font entendre ce sens détaché.

En Latin la vûe de l'esprit qui dans les phrases de la construction simple est énoncée par une préposition, est la cause de l'ablatif : re confectâ ; ces deux mots ne sont à l'ablatif qu'à cause de la vûe de l'esprit qui considere la chose dont il s'agit comme faite & passée : or cette vûe se marque en Latin par la préposition à : cette préposition est donc sousentendue, & peut être exprimée en Latin.

En François, quand nous disons cela fait, ce consideré, vû par la Cour, l'Opéra fini, &c. nous avons la même vûe du passé dans l'esprit : mais quoique souvent nous puissions exprimer cette vûe par la préposition après, &c. cependant la valeur des mots isolés du reste de la phrase est équivalente au sens de la préposition Latine.

On peut encore ajoûter que la Langue Françoise s'étant formée de la Latine, & les Latins retranchant la préposition dans le discours ordinaire, ces phrases nous sont venues sans prépositions, & nous n'avons saisi que la valeur des mots qui marquent ou le passé ou le présent, & qui ne sont point sujets à la variété des terminaisons, comme les noms Latins ; & voyant que ces mots n'ont aucun rapport grammatical ou de syntaxe avec les autres mots de la phrase, avec lesquels ils n'ont qu'un rapport de sens ou de raison, nous concevons aisément ce qu'on veut nous faire entendre. (F)

[modifier] ABLE,

s. m. ou ABLETTE, s. f. poisson de riviere de la longueur du doigt : il a les yeux grands pour sa grosseur, & de couleur rouge, le dos verd, & le ventre blanc ; sa tête est petite ; son corps est large & plat : on y voit deux lignes de chaque côté, dont l'une est au milieu du corps, depuis les ouies jusqu'à la queue, & l'autre un peu plus bas ; elle commence à la nageoire qui est au-dessous des ouies, & elle disparoît avant que d'arriver jusqu'à la queue. Ce poisson n'a point de fiel ; sa chair est fort mollasse : on le prend aisément à l'hameçon, parce qu'il est fort goulu. Rondelet. L'Ablette ressemble à un Éperlan : mais ses écailles sont plus argentées & plus brillantes.

On tire de l’Able la matiere avec laquelle on colore les fausses perles. Voyez Fausses Perles. C'est cette matiere préparée que l'on appelle essence d'Orient. Pour la faire, on écaille le poisson à l'ordinaire, on met les écailles dans un bassin plein d'eau claire, & on les frotte comme si on vouloit les broyer. Lorsque l'eau a pris une couleur argentée, on la transverse dans un verre, & ensuite on en verse de nouvelle sur les écailles, & on réitere la même opération tant que l'eau se colore : après dix ou douze heures, la matiere qui coloroit l'eau se dépose au fond du verre, l'eau devient claire ; alors on la verse par inclination jusqu'à ce qu'il ne reste plus dans le verre qu'une liqueur épaisse à peu près comme de l'huile, & d'une couleur approchante de celle des perles : c'est l’essence d'Orient. Les particules de matiere qui viennent des écailles sont sensibles dans cette liqueur au moyen du microscope, ou même de la loupe. On y voit des lames, dont la plûpart sont de figure rectangulaire, & ont quatre fois plus de longueur que de largeur : il y en a aussi dont les extrémités sont arrondies, & d'autres qui sont terminées en pointe ; mais toutes sont extrèmement minces ; toutes sont plates & brillantes. Cette matiere vient de la surface intérieure de l'écaille où elle est rangée régulierement & recouverte par des membranes ; de sorte que si on veut en enlever avec la pointe d'une épingle, on enleve en même tems tout ce qui vernit l'écaille, ou au moins la plus grande partie, parce qu'on arrache la membrane qui l'enveloppe. Cette matiere brillante ne se trouve pas seulement sur les écailles du poisson ; il est encore brillant après avoir été écaillé, parce qu'immédiatement au-dessous de la peau que touchent les écailles, il y a aussi une membrane qui recouvre des lames argentées. La membrane qui enveloppe l'estomac & les intestins en est toute brillante. Cette matiere est molle & souple dans les intestins, & elle a toute sa consistance & sa perfection sur les écailles. Ces observations, & plusieurs autres, ont fait conjecturer que la matiere argentée se forme dans les intestins, qu'elle passe dans des vaisseaux pour arriver à la peau & aux écailles, & que les écailles sont composées de ces lames qui sont arrangées comme autant de petites briques, soit les unes contre les autres, soit les unes au-dessus des autres, ainsi qu'on peut le reconnoître à l'inspection de l'écaille. Si les écailles de l'Able se forment de cette façon, celles des autres poissons pourroient avoir aussi la même formation. M. de Réaumur, Mém. de l'Acad. Roy. des Sc. année 1716. V. Ecaille, Poisson. (I)

[modifier] Ablette,

poisson de riviere. Voyez Able. (I)

[modifier] ABLERET, ou ABLERAT,

s. m. sorte de filet quarré que l'on attache au bout d'une perche, & avec lequel on pêche de petits poissons nommés vulgairement Ables.

[modifier] ABLOQUIÉ

s. m. terme de Coûtume, qui signifie la même chose que situé. C'est dans ce sens qu'il est pris dans la Coûtume d'Amiens, laquelle défend de démolir aucuns édifices abloquiés & solivés dans des héritages tenus en roture, sans le consentement du Seigneur. (H)

[modifier] ABLUTION

s. f. Dans l'antiquité c'étoit une cérémonie religieuse usitée chez les Romains, comme une sorte de purification pour laver le corps avant que d'aller au sacrifice. Voyez Sacrifice.

Quelquefois ils lavoient leurs mains & leurs piés, quelquefois la tête, souvent tout le corps : c'est pourquoi à l'entrée des Temples il y avoit des vases de marbre remplis d'eau.

Il est probable qu'ils avoient pris cette coûtume des Juifs ; car nous lisons dans l'Écriture, que Salomon plaça à l'entrée du Temple qu'il éleva au vrai Dieu, un grand vase que l'Écriture appelle la mer d'airain, où les Prêtres se lavoient avant que d'offrir le sacrifice, ayant auparavant sanctifié l'eau en y jettant les cendres de la victime immolée.

Le mot d’Ablution est particulierement usité dans l'Église Romaine pour un peu de vin & d'eau que les communians prenoient anciennement après l'hostie, pour aider à la consommer plus facilement.

Le même terme signifie aussi l'eau qui sert à laver les mains du Prêtre qui a consacré. (G).

[modifier] Ablution,

cérémonie qui consiste à se laver ou purifier le corps, ou quelque partie du corps, & fort usitée parmi les Mahométans, qui la regardent comme une condition essentiellement requise à la priere. Ils ont emprunté cette pratique des Juifs, & l'ont altérée comme beaucoup d'autres. Ils ont pour cet effet des fontaines dans les parvis de toutes les Mosquées.

Les Musulmans distinguent trois sortes d'Ablutions ; l'une, qu'ils appellent Goul, & qui est une espece d'immersion ; l'autre, qu'ils nomment Wodou, & qui concerne particulierement les piés & les mains ; & la troisieme, appellée terreuse ou sabloneuse, parce qu'au lieu d'eau on y emploie du sable ou de la terre.

A l'égard de la premiere, trois conditions sont requises. Il faut avoir intention de se rendre agréable à Dieu, nettoyer le corps de toutes ses ordures, s'il s'y en trouve, & faire passer l'eau sur tout le poil & sur la peau. La Sonna exige encore pour cette ablution qu'on récite d'abord la formule usitée, au nom du grand Dieu : louange à Dieu, Seigneur de la Foi Musulmane ; qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches se vuident dans le lavoir ; qu'il se fasse une expiation avant la priere ; qu'on se frotte la peau avec la main pour en ôter toutes les saletés ; enfin que toutes ces choses soient continuées sans interruption jusqu'à la fin de la cérémonie.

Six raisons rendent cette purification nécessaire. Les premieres communes aux deux sexes, sont les embrassemens illicites & criminels par le desir seul, quoiqu'il n'ait été suivi d'aucune autre impureté : les suites involontaires d'un commerce impur, & la mort. Les trois dernieres sont particulieres aux femmes, telles que les pertes périodiques du sexe, les pertes de sang dans l'accouchement, & l'accouchement même. Les vrais Croyans font cette ablution au moins trois fois la semaine ; & à ces six cas, les Sectateurs d'Aly en ont ajoûté quarante autres ; comme lorsqu'on a tué un lésard, touché un cadavre, &c.

Dans la seconde espece d'ablution, il y a six choses à observer : qu'elle se fasse avec intention de plaire à Dieu ; qu'on s'y lave tout le visage, les mains & les bras jusqu'au coude inclusivement ; qu'on s'y frotte certaines parties de la tête ; qu'on s'y nettoye les piés jusqu'aux talons inclusivement ; qu'on y observe exactement l'ordre prescrit.

La Sonna contient dix préceptes sur le Wodou. Il faut qu'il soit précédé de la formule au nom du grand Dieu, &c. qu'on se lave la paume de la main avant que les cruches soient vuidées ; qu'on se nettoye le visage ; qu'on attire l'eau par les narines ; qu'on se frotte toute la tête & les oreilles ; qu'on sépare ou qu'on écarte la barbe pour la mieux nettoyer quand elle est épaisse & longue, ainsi que les doigts des piés ; qu'on nettoye les oreilles l'une après l'autre ; qu'on se lave la main droite avant la gauche ; qu'on observe le même ordre à l'égard des piés ; qu'on répete ces actes de purification jusqu'à trois fois, & qu'on les continue sans interruption jusqu'à la fin.

Cinq choses rendent le Wodou nécessaire : 1o. l'issue de quelqu'excrément que ce soit (excepto semine) par les voies naturelles : 2o. lorsqu'on a dormi profondément, parce qu'il est à supposer que dans un profond sommeil on a contracté quelqu'impureté dont on ne se souvient pas : 3o. quand on a perdu la raison par quelqu'excès de vin, ou qu'on l'a eu véritablement aliénée par maladie ou quelqu'autre cause : 4o. lorsqu'on a touché une femme impure, sans qu'il y eût un voile ou quelqu'autre vêtement entre deux : 5o. lorsqu'on a porté la main sur les parties que la bienséance ne permet pas de nommer.

Quant à l’ablution terreuse ou sabloneuse, elle n'a lieu que quand on n'a point d'eau, ou qu'un malade ne peut souffrir l'eau sans tomber en danger de mort. Par le mot de sable, on entend toute sorte de terre, même les minéraux ; comme par l’eau, dans les deux autres ablutions, on entend celle de riviere, de mer, de fontaine, de neige, de grêle, &c. en un mot toute eau naturelle. Guer, Mœurs des Turcs ; tom.I. Liv.ii.

Au reste ces ablutions sont extrèmement fréquentes parmi les Mahométans : 1o. pour les raisons ci-dessus mentionnées ; & en second lieu, parce que la moindre chose, comme le cri d'un cochon, l'approche ou l'urine d'un chien, suffisent pour rendre l'ablution inutile, & mettre dans la nécessité de la réitérer : au moins est-ce ainsi qu'en usent les Musulmans scrupuleux. (G)

[modifier] Ablution, Lotion.

On appelle de ce nom plusieurs opérations qui se font chez les Apothicaires. La premiere est celle par laquelle on sépare d'un médicament, en le lavant avec de l'eau, les matieres qui lui sont étrangeres : la seconde, est celle par laquelle on enleve à un corps les sels surabondans, en répandant de l'eau dessus à différentes reprises ; elle se nomme encore édulcoration : la troisieme, est celle dont on se sert, quand pour augmenter les vertus & les propriétés d'un médicament, on verse dessus, ou du vin, ou quelque liqueur distillée qui lui communique sa vertu ou son odeur, par exemple lorsqu'on lave les vers de terre avec le vin, &c.

Le mot d’Ablution ne convient qu'à la premiere de ces opérations, & ne peut servir tout au plus qu'à exprimer l'action de laver des plantes dans l'eau avant que de les employer : la seconde, est proprement l’édulcoration : la troisieme peut se rapporter à l’infusion. Voyez Édulcoration, Infusion. (N)

[modifier] ABNAKIS,

s. m. Peuple de l'Amérique septentrionale, dans le Canada. Il occupe le 309. de long. & le 46. de lat.

Créer un livre