[modifier] ABRA,
s. m. ce terme est générique, pour signifier une fille d'honneur, une demoiselle suivante, la servante d'une femme de condition. L'Ecriture donne ce nom aux filles de la suite de Rebecca, à celles de la fille de Pharaon, roi d'Egypte ; à celles de la reine Esther, & enfin à la servante de Judith. On dit qu’abra signifie proprement une coëffeuse, une fille d'atours. Gen. xxiv.16. Ex.ii.5. Esther iv.15. Judith viii.32. Eutych. Alex. Arab. Lat. p. 304. (G)
[modifier] ABRA,
s. m. monnoie d'argent de Pologne, qui vaut trois sols six deniers de France.
Cette monnoie a cours en quelques Provinces d'Allemagne, à Constantinople où elle est reçûe pour le quart d'un asselain ; à Astracan, à Smyrne, au Caire, elle est évaluée sur le pié du Daller d'Hollande. Voyez Daller. (G)
[modifier] ABRACADABRA,
parole magique qui étant répétée dans une certaine forme, & un certain nombre de fois, est supposée avoir la vertu d'un charme pour guérir les fievres, & pour prévenir d'autres maladies. Voyez Charme & Amulete.
D'autres écrivent ce mot abrasadabra ; car on le trouve ainsi figuré en caracteres grecs αβραcαδαβρα où le C est l'ancien Σ qui vaut S. Voici la maniere dont doit être écrit ce mot mystérieux pour produire la prétendue vertu qu'on lui attribue.
A B R A C A D A B R A
A B R A C A D A B R
A B R A C A D A B
A B R A C A D A
A B R A C A D
A B R A C A
A B R A C
A B R A
A B R
A B
A
Serenus Simonicus, ancien Medecin, Sectateur de l'hérétique Basilide qui vivoit dans le deuxieme siecle, a composé un Livre des Préceptes de la Medecine en vers hexametres, sous le titre De Medicinâ parvo pretio parabili, où il marque ainsi la disposition & l'usage de ces caracteres :
-
- Inscribes chartæ quod dicitur abracadabra
- Sæpius & subter repetes, sed detrahe summam,
- Et magis atque magis desint elementa figuris,
- Singula quæ semper rapies & cætera figes,
- Donec in angustum redigatur littera conum ;
- His lino nexis colum redimire memento :
- Talia languentis conducent vincula collo,
- Lethalesque abigent (miranda potentia) morbos.
Wendelin, Scaliger, Saumaise, & le P. Kircher se sont donné beaucoup de peine pour découvrir le sens de ce mot. Delrio en parle, mais en passant, comme d'une formule connue en magie, & qu'au reste il n'entreprend point d'expliquer, Ce que l'on peut dire de plus vraisemblable, c'est que Serenus qui suivoit les superstitions magiques de Basilide, forma le mot d’abracadabra sur celui d’abrasac ou abrasax, & s'en servit comme d'un préservatif ou d'un remede infaillible contre les fievres. Voyez Abrasax.
Quant aux vertus attribuées à cet amulete, le siecle où nous vivons est trop éclairé pour qu'il soit nécessaire d'avertir que tout cela est une chimere. (G)
[modifier] ABRACALAN,
terme cabalistique, auquel les Juifs attribuent les mêmes propriétés qu'à l’abracadabra. Ces deux mots sont, outre des amuletes, des noms que les Syriens donnoient à une de leurs idoles.
[modifier] ABRAHAMIEN ou ABRAHAMITE,
s. m. (Théol.) Voyez Paulianiste. (G)
[modifier] ABRAHAMITES,
s. m. Moines Catholiques qui souffrirent le martyre pour le culte des Images sous Théophile, au neuvieme siecle.
[modifier] ABRAMBOÉ, ABRAMBAN,
Ville & Pays sur la côte d'Or d'Afrique & la riviere de Volte. Long. 18. lat. 7.
[modifier] ABRASION,
s. f. signifie, en Medecine, l'irritation que produisent sur la membrane interne de l'estomac & des intestins les médicamens violens, comme les purgatifs auxquels on a donné le nom de drastiques. Voyez Drastique.
La violence avec laquelle ces remedes agissent sur le velouté de l'estomac & du canal intestinal, produit des effets si fâcheux, que la vie des malades est en danger, lorsque l'on n'y remédie pas promptement par des remedes adoucissans & capables d'émousser ou embarrasser les pointes de ces especes de médicamens. (N)
[modifier] ABRAXA ou ABRASAX,
terme mystique de l'ancienne Philosophie & de la Théologie de quelques hérétiques, en particulier des Basilidiens. Quelques Modernes ont cru sur la foi de Tertullien & de Saint Jérôme, que Basilide appelloit le Dieu Suprème ou le Dieu Tout-puissant du nom d’abraxas, marquant, ajoûtent-ils, par ce mot les trois cens soixante & cinq Processions divines qu'il inventoit ; car selon la valeur numérale des lettres de ce nom, A vaut 1. β 2. ρ 100. α 1. σ 200. α 1. ξ 60. ce qui fait en tout 365. Mais outre que Saint Jérôme dit ailleurs qu’abraxas étoit peut-être le nom de Mithra ou du Soleil, qui étoit le Dieu des Perses, & qui dans sa révolution annuelle fournit le nombre de 365 jours, le sentiment de ces peres est détruit par celui de Saint Irénée, qui assûre, 1o. que les Basilidiens ne donnoient point de nom au Dieu Suprème. Le Pere de toutes choses, disoient-ils, est ineffable & sans nom : ils ne l'appelloient donc pas abraxas ; 2o. que ce nom faisant le nombre de 365, les Basilidiens appelloient de la sorte le premier de leurs ccclxv. cieux, ou le Prince & le premier des ccclxv. Anges qui y résidoient. Tertull. de Prœscript. hœret. cap. 46. Saint Jérome in amor. Tom. VI. pag. 100. Beausobr. Hist. du Manich. Tom. II. pag. 52.
Ce mot énigmatique a fort exercé les Savans : mais comme les Anciens n'en ont donné aucune explication satisfaisante, nous en rapporterons différentes imaginées par les Modernes ; le Lecteur jugera de leur solidité.
Godfrid Wendelin, homme fort versé dans l'Antiquité ecclésiastique, a proposé son opinion sur cette matiere dans une Lettre écrite à Jean Chifflet au mois de Septembre 1615. Il y prétend qu’abrasax est composé des lettres initiales de plusieurs mots ; que chaque lettre exprime un mot ; les quatre premieres, quatre mots Hébreux ; les trois dernieres, trois mots Grecs, de la maniere suivante :
-
-
A signifie ab, le pere. B Ben, le fils. R Rouach, l'esprit. A Acadosch, le Saint. S Soteria, le salut. A Apo, par. X Xulou, le bois.
-
Voilà abrasax bien Orthodoxe & bien honoré, puisqu'on y trouve distinctement exprimées les trois Personnes divines, & le salut acquis par la croix du Rédempteur. Il est aisé de réfuter cette idée de Wendelin par deux raisons : la premiere, qu'il n'est pas naturel de former un même mot de quatre mots Hébreux & de trois mots Grecs. Cette objection n'est pas à la vérité suffisante ; il y a d'autres exemples de ces mots bâtards : d'ailleurs les Basilidiens auroient pû désigner par-là l'union des deux Peuples des Hébreux & des Grecs dans la même Eglise & dans la même Foi. La seconde raison paroît plus forte : on dit que ces Hérétiques croyant que Simon le Cyrénéen fut crucifié à la place de Jesus-Christ ; & sur cette rêverie, refusant de croire en celui qui a été crucifié, ils ne pouvoient dire que le salut a été acquis par la croix. Le raffinement & la subtilité qui regnent dans cette opinion de Wendelin, contribuent à la détruire.
Le P. Hardouin a profité de la conjecture précédente. Il veut que les trois premieres lettres du mot abrasax désignent le Pere, le Fils, & le Saint-Esprit ; mais il croit que ces quatre dernieres A. S. A. X. signifient ἄντροπθς σόζων ἀγιῶ ξυλῶ, mots Grecs qui veulent dire sauvant les hommes par le saint bois. En suivant la même méthode, on a donné un sens fort pieux au mot abracadabra, dont on a fait un remede contre la fievre. On y a trouvé, le Pere, le Fils, le saint-Esprit, sauvant les hommes par le saint arbre. Le Pere, le Fils, le saint-Esprit, le Seigneur est unique. Voyez Abracadabra.
M. Basnage dans son Histoire des Juifs, tome III. part. 2. pag. 700. a proposé une autre hypothèse ; « Abraxas, dit-il, tire son origine des Égyptiens, puisque l'on voit un grand nombre d'amuletes sur lesquels est un Harpocrate assis sur son lotus, & le foüet à la main avec le mot d’abrasax ». Jusque-là cette conjecture de M. Basnage est non-seulement vraisemblable ; elle est vraie & évidemment prouvée par le mot abracadabra, qui est formé sur celui d’abrasax, & qui répeté plusieurs fois, & écrit sur du parchemin en forme de Pyramide renversée, passoit pour un remede contre la fievre. La preuve que cette superstition venoit des Payens, c'est que le Poëte Serenus qui fut Précepteur du jeune Gordien, & qui est le plus ancien Auteur qui nous ait parlé de ce prétendu remede, ne peut avoir fait profession du Christianisme : mais ce qui confirme encore plus solidement le sentiment de M. Basnage, c'est le mot αβραcασ en grec qu'on lit fort distinctement sur l'un des deux Talismans qui ont été trouvés dans le xvii. siecle, & dont le Cardinal Baronius nous a donné la figure dans le II. tome de ses Annales, sous l'année de Jesus-Christ 120. l'autre est dans le cabinet de Sainte Génevieve ; en voici l'inscription : αβραcαξ . αδωναι . δαιμονων . δεξιαι . αυναμειc . φυλαξατε . ουλβιαν . παυλειναν . απο . αντοc . κακοï . δαιμονοc ; c'est-à-dire Abraxas Adonar, ou Seigneur des démons, bonnes Puissances, préservez Ulpie Pauline de tout méchant démon ; formule qui ressent fort le Paganisme. Mais ce qu'ajoûte M. Basnage n'est pas aussi juste : « Abraxas, continue-t-il, est un mot barbare qui ne signifie rien, & dans lequel il ne faut chercher que des nombres. Les Basilidiens s'en servoient pour exprimer le Dieu Souverain qui a créé trois cens soixante-cinq Cieux, & partagé le cours du Soleil en trois cens soixante-cinq jours ». On a vû ci-dessus qu’abraxas n'est point le nom que les Basilidiens donnoient au Dieu Suprème ; & nous allons montrer que ce terme n'est pas un mot barbare, & qui ne signifie rien.
Les recherches de M. de Beausobre nous en fourniront la preuve. « Je crois, dit ce savant, qu’abraxas ou abrasax est composé de deux mots Grecs. Le premier est ἀβρὸς qui a diverses significations ; mais entr'autres, celle de beau, de magnifique. C'est une épithete ou un attribut du Dieu appellé Jao, comme on le voit dans cet Oracle d'Apollon de Claros rapporté par Macrobe. Saturnal, lib. I. 17.
Ηἔλιον δὲ ἴερειν, μεταπῶρα δλ'ἄβρου Ἰαό.
C'est-à-dire, Pluton préside sur l'hyver, Jupiter sur le printems, le Soleil sur l'été, & le beau Jao sur l'automne. On traduit ordinairement mollis Iao, ce qui ne veut pas dire une Divinité molle & foible, mais une Divinité qui fournit aux hommes toutes les délice, de la vie, & qui préside sur l'automne, saison des vins & des fruits... Ἀβρὸς signifie aussi beau, majestueux, superbe, de là vient l'ἀβραβαιινεῖν d'Euripide, pour dire une démarche superbe, majestueuse.... Dans les vers que je viens d'alléguer Iao est Bacchus : mais Bacchus est le Soleil, comme Macrobe l'a fait voir.... Quoi qu'il en soit, ἀβρὸς est une épithete du Soleil. Le second mot Grec dont abrasax est composé, est ou celui de Sao, σαω, qui est souvent employé dans Homere, & qui veu dire sauver ou guérir, ou celui de Sa, σα, qui signifie salut, santé. Ainsi abrasax voudroit dire à la lettre le beau, le magnifique Sauveur, celui qui guérit les maux, & qui en préserve ». Hist. du Manichéis. tome II. pag. 55.
M. de Beausobre détaille ensuite fort au long les preuves qui établissent qu’abrasax ou ce magnifique Sauveur n'est autre que le Soleil. C'est pourquoi nous renvoyons les Lecteurs à l'ouvrage de cet Auteur. Cet article est en grande partie tiré des Mémoires de M. Formey, Historiographe de l'Académie royale de Prusse. (G)
[modifier] ABREGÉ,
s. m. épitome, sommaire, précis, raccourci. Un abregé est un discours dans lequel on réduit en moins de paroles, la substance de ce qui est dit ailleurs plus au long & plus en détail.
« Les Critiques, dit M. Baillet, & généralement tous les Studieux qui sont ordinairement les plus grands ennemis des abregés, prétendent que la coûtume de les faire ne s'est introduite que long-tems après ces siecles heureux où fleurissoient les Belles-Lettres & les Sciences parmi les Grecs & les Romains. C'est à leur avis un des premiers fruits de l'ignorance & de la fainéantise, où la barbarie a fait tomber les siecles qui ont suivi la décadence de l'Empire. Les Gens de Lettres & les Savans de ces siecles, disent-ils, ne cherchoient plus qu'à abreger leurs peines & leurs études, sur-tout dans la lecture des Historiens, des Philosophes, & des Jurisconsultes, soit que ce fût le loisir, soit que ce fût le courage qui leur manquât ».
Les abregés peuvent, selon le même Auteur, se réduire à six especes différentes : 1o. les épitomes où l'on a réduit les Auteurs en gardant régulierement leurs propres termes & les expressions de leurs originaux, mais en tâchant de renfermer tout leur sens en peu de mots ; 2o. les abregés proprement dits, que les Abréviateurs ont faits à leur mode, & dans le style qui leur étoit particulier ; 3o. les centons ou rhapsodies, qui sont des compilations de divers morceaux ; 4o. les lieux communs ou classes sous lesquelles on a rangé les matieres relatives à un même titre ; 5o. les Recueils faits par certains Lecteurs pour leur utilité particuliere, & accompagnés de remarques ; 6o les extraits qui ne contiennent que des lambeaux transcrits tout entiers dans les Auteurs originaux, la plûpart du tems sans suite & sans liaison les uns avec les autres.
« Toutes ces manieres d'abreger les Auteurs, continue-t-il, pouvoient avoir quelque utilité pour ceux qui avoient pris la peine de les faire, & peut-être n'étoient-elles point entierement inutiles à ceux qui avoient lû les originaux. Mais ce petit avantage n'a rien de comparable à la perte que la plûpart de ces abregés ont causée à leurs Auteurs, & n'a point dédommagé la République des Lettres ».
En effet, en quel genre ces abregés n'ont-ils pas fait disparoître une infinité d'originaux ? Des Auteurs ont crû que quelques-uns des Livres saints de l'ancien Testament n'étoient que des abregés des Livres de Gad, d'Iddo, de Nathan, des Mémoires de Salomon, de la Chronique des Rois de Juda, &c. Les Jurisconsultes se plaignent qu'on a perdu par cet artifice plus de deux mille volumes des premiers Ecrivains dans leur genre, tels que Papinien, les trois Scevoles, Labéon, Ulpien, Modestin, & plusieurs autres dont les noms sont connus. On a laissé périr de même un grand nombre des ouvrages des Peres Grecs depuis Origene ou S. Irenée, même jusqu'au schisme, tems auquel on a vû toutes ces chaînes d'Auteurs anonymes sur divers Livres de l'Ecriture. Les extraits que Constantin Porphyrogenete fit faire des excellens Historiens Grecs & Latins sur l'histoire, la Politique, la Morale, quoique d'ailleurs très-loüables, ont occasionné la perte de l’Histoire Universelle de Nicolas de Damas, d'une bonne partie des Livres de Polybe, de Diodore de Sicile, de Denys d'Halicarnasse, &c. On ne doute plus que Justin ne nous ait fait perdre le Trogue Pompée entier par l'abregé qu'il en a fait, & ainsi dans presque tous les autres genres de littérature.
Il faut pourtant dire en faveur des abregés, qu'ils sont commodes pour certaines personnes qui n'ont ni le loisir de consulter les originaux, ni les facilités de se les procurer, ni le talent de les approfondir, ou d'y démêler ce qu'un compilateur habile & exact leur présente tout digéré. D'ailleurs, comme l'a remarqué Saumaise, les plus excellens ouvrages des Grecs & des Romains auroient infailliblement & entierement péri dans les siecles de barbarie, sans l'industrie de ces Faiseurs d'abregés qui nous ont au moins sauvé quelques planches du naufrage : ils n'empêchent point qu'on ne consulte les originaux quand ils existent. Baillet, Jugem. des Sçavans, tom. I. pag. 240. & suiv. (G)
Ils sont utiles : 1o. à ceux qui ont déjà vû les choses au long.
2o. Quand ils sont faits de façon qu'ils donnent la connoissance entiere de la chose dont ils parlent, & qu'ils sont ce qu'est un portrait en mignature par rapport à un portrait en grand. On peut donner une idée générale d'une grande Histoire, ou de quelqu'autre matiere ; mais on ne doit point entamer un détail qu'on ne peut pas éclaircir, & dont on ne donne qu'une idée confuse qui n'apprend rien, & qui ne réveille aucune idée déjà acquise. Je vais éclaircir ma pensée par ces exemples : Si je dis que Rome fut d'abord gouvernée par des rois, dont l'autorité duroit autant que leur vie, ensuite par deux Consuls annuels ; que cet usage fut interrompu pendant quelques années ; que l'on élut des Décemvirs qui avoient la suprème autorité, mais qu'on reprit bien-tôt l'ancien usage d'élire des Consuls : qu'enfin Jules-César, & après lui, Auguste, s'emparerent de la souveraine autorité ; qu'eux & leurs successeurs furent nommés Empereurs : il me semble que cette idée générale s'entend en ce qu'elle est en elle-même : mais nous avons des abregés qui ne nous donnent qu'une idée confuse qui ne laisse rien de précis. Un célebre Abréviateur s'est contenté de dire que Joseph fut vendu par ses freres, calomnié par la femme de Putiphar, & devint le surintendant de l'Egypte. En parlant des Décemvirs, il dit qu'ils furent chassés à cause de la lubricité d'Appius ; ce qui ne laisse dans l'esprit rien qui le fixe & qui l'éclaire. On n'entend ce que l'Abréviateur a voulu dire, que lorsque l'on sait en détail l'Histoire de Joseph & celle d'Appius. Je ne fais cette remarque que parce qu'on met ordinairement entre les mains des jeunes gens des abregés dont ils ne tirent aucun fruit, & qui ne servent qu'à leur inspirer du dégoût. Leur curiosité n'est excitée que d'une maniere qui ne leur fait pas venir le desir de la satisfaire. Les jeunes gens n'ayant point encore assez d'idées acquises, ont besoin de détail ; & tout ce qui suppose des idées acquises, ne sert qu'à les étonner, à les décourager, & à les rebuter.
En abregé, façon de parler adverbiale, summatim. Les jeunes gens devroient recueillir en abregé ce qu'ils observent dans les Livres, & ce que leurs Maîtres leur apprennent de plus utile & de plus intéressant. (F)
[modifier] Abregé ou Abréviation,
lorsqu'on veut écrire avec diligence, ou pour diminuer le volume, ou en certains mots faciles à deviner, on n'écrit pas tout au long. Ainsi au lieu d'écrire Monsieur & Madame, on écrit Mr ou Me par abréviation ou par abregé. Ainsi les abréviations sont des lettres, notes, caracteres, qui indiquent les autres lettres qu'il faut suppléer. D.O.M. c'est-à-dire, Deo optimo, maximo. A.R.S.H. Anno reparatæ salutis humanæ. Au commencement des Épîtres latines, on trouve souvent S.P.D. c'est-à-dire, salutem plurimam dicit. Aux inscriptions, D.V.C. c'est-à-dire, dicat, vovet, consecrat. Sertorius Ursatus a fait une collection des explications De Notis Romanorum. (F)
[modifier] ABREGÉ,
s. m. partie de l'orgue. c'est un assemblage de plusieurs rouleaux par le moyen desquels on répand & l'on transmet l'action des touches du clavier dans une plus grande étendue. Voyez la Figure 20. Planches d'Orgue.
Si les sommiers n'avoient pas plus d'étendue que le clavier, il suffiroit alors de mettre des targettes qui seroient attachées par leur extrémité inférieure aux demoiselles du clavier, & par leur extrémité supérieure aux anneaux des boursettes. Il est sensible qu'en baisant une touche du clavier, on tireroit sa targette qui feroit suivre la boursette, l'esse & la soupape correspondante. Mais comme les soupapes ne peuvent pas être aussi près les unes des autres que les touches du clavier dont 13, nombre de touches d'une octave y compris les feintes, ne font qu'un demi-pié, puisqu'il y a tel tuyau dans l'Orgue, qui porte le double ; il a donc fallu nécessairement les écarter les unes des autres : mais en les éloignant les unes des autres, elles ne se trouvent plus vis-à-vis des touches correspondantes du clavier, d'où cependant il faut leur transmettre l'action. Il faut remarquer que l'action des touches du clavier se transmet par le moyen des targettes posées verticalement, & ainsi que cette action est dans une ligne verticale. Pour remplir cette indication, on fait des rouleaux BC, Fig. 21. qui sont de bois & à huit pans, d'un pouce on environ de diametre : aux deux extrémités de ces rouleaux que l'on fait d'une longueur convenable, ainsi qu'il va être expliqué, on met deux pointes de fil de fer d'une ligne ou d'une demi-ligne de diametre pour servir de pivots. Ces points entrent dans les trous des billots AA. Voyez Billots. Soit maintenant la ligne ED, la targette qui monte d'une touche de clavier au rouleau, & la ligne GF, celle qui descend de la soupape au même rouleau. La distance FD entre les perpendiculaires qui passent par une soupape, & la touche qui doit la faire mouvoir, s'appellera l’expansion du clavier. Les rouleaux doivent être de trois ou quatre pouces plus longs que cette étendue. Ces trois ou quatre pouces doivent être repartis également aux deux côtés de l'espace IK qui est l'espace égal & correspondant du rouleau. A l'espace FD, aux points I & K, on perce des trous qui doivent traverser les mêmes faces. Ces trous servent à mettre des pattes IF, KD, de gros fil de fer. Ces pattes sont appointées par l'extrémité qui entre dans le rouleau, & rivées après l'avoir traversé ; l'autre extrémité de la patte est applatie dans le sens vertical, & percée d'un trou qui sert à recevoir le léton des targettes. Les pattes ont trois ou quatre pouces de longueur hors du rouleau, & sont dans le même plan horisontal. On conçoit maintenant que si l'on tire la targette ED attachée à une touche, en appuyant le doigt sur cette touche, l'extrémité D de la patte DK doit baisser. Mais comme la patte est fixée dans le rouleau au point K, elle ne sauroit baisser par son extrémité D, sans faire tourner le rouleau sur lui-même d'une égale quantité. Le rouleau en tournant fait suivre la patte IF, dont l'extrémité F décrit un arc de cercle égal à celui que décrit l'extrémité D de l'autre patte, & tire la targette FG, à laquelle le mouvement de la targette E à ainsi été transmis. Cette targette FG est attachée à la boursette par le moyen du léton H. Voyez Boursette, Sommier.
Un abregé est un composé d'autant de rouleaux semblables à celui que l'on vient de décrire, qu'il y a de touches au clavier ou de soupapes dans les sommiers. Tous les rouleaux qui composent un abregé sont rangés sur une table ou planche EFGH, Fig. 20. dans laquelle les queues des billots entrent & sont collées. Une de leurs pattes répond directement audessus d'une touche du clavier LM, à laquelle elle communique par le moyen de la targette ab. L'autre patte communique par le moyen d'une targette cd à une soupape des sommiers SS, T T qui s'ouvre, lorsque l'on tire la targette du clavier en appuyant le doigt sur la touche à laquelle elle est attachée, ce qui fait tourner le rouleau & tirer la targette du sommier. On appelle targette du clavier, celle qui va du clavier à l'abregé ; & targette du sommier, celle qui va de l'abregé au sommier. Les unes & les autres doivent se trouver dans un même plan vertical dans lequel se doivent aussi trouver les demoiselles du clavier & les boursettes des sommiers. Par cette ingénieuse construction, l'étendue des sommiers qui est quelquefois de 15 ou 20 piés, se trouve rapprochée ou réduite à l'étendue du clavier qui n'est que de deux piés pour quatre octaves. C'est ce qui lui a fait donner le nom d’abregé, comme étant les sommiers réduits ou abregés.
Dans les grandes Orgues qui ont deux sommiers placés à côté l'un de l'autre en cette sorte A C B, les tuyaux des basses & des dessus sont repartis sur tous les deux ; ensorte que les plus grands soient vers les extrémités extérieures A-B, & les plus petits vers C ; les tuyaux sur chaque sommier se suivent par tons, en cette sorte :
La disposition des rouleaux pour faire cette repartition est représentée dans la Figure.
[modifier] ABREGER un Fief,
terme de Jurisprudence féodale, synonyme à démembrer, mais qui se dit singulierement lorsque le Seigneur permet à des Gens de main-morte de posséder des héritages qui en relevent. (H)
[modifier] ABRÉVIATEUR,
adj. pris substantivement. C'est l'auteur d'un abregé. Justin, abréviateur de Trogue Pompée, nous a fait perdre l'Ouvrage de ce dernier. On reproche aux abréviateurs des Transactions Philosophiques, d'avoir fait un choix plûtôt qu'un abregé, parce qu'ils ont passé plusieurs mémoires, par la seule raison que ces mémoires n'étoient pas de leur goût. (F)
[modifier] ABRÉVIATEUR,
s. m. terme de Chancellerie Romaine. C'est le nom d'un Officier dont la fonction est de rédiger la minute des bulles & des signatures. On l'appelle Abréviateur, parce que ces minutes sont farcies d'abréviations.
Il y en a de deux classes : les uns qu'on appelle de parco majori (du grand banc), à qui le Régent de la chancellerie distribue les suppliques, & qui font dresser la minute des Bulles par des Substituts qu'ils ont sous eux ; & ceux qu'on appelle de parco minori (du second banc), dont la fonction est de dresser les dispenses de mariage. (G)
[modifier] ABRÉVIATION,
s. f. contraction d'un mot ou d'un passage qui se fait en retranchant quelques lettres, ou en substituant à leur place des marques ou des caracteres. Voyez Symbole & Apocope.
Ce mot est dérivé du Latin brevis, qui vient du Grec βραχὺς, bref.
Les Jurisconsultes, les Medecins, &c. se servent fréquemment d’abréviation, tant pour écrire avec plus de diligence, que pour donner à leurs écrits un air mystérieux.
Les Rabbins sont ceux qui employent le plus d'abréviations. On ne sauroit lire leurs écrits qu'on n'ait une explication des abréviations Hébraïques. Les Écrivains Juifs & les copistes ne se contentent pas de faire des abréviations comme les Grecs & les Latins, en retranchant quelques lettres ou syllabes dans un mot ; souvent ils n'en mettent que la premiere lettre. Ainsi ר signifie Rabbi, & א signifie אדדבי ,אכ, ou אםד, &c. selon l'endroit où il se trouve.
Ils prennent souvent les premieres lettres de plusieurs mots de suite, & en y ajoûtant des voyelles, ils font un mot barbare qui représente tous les mots dont il est l'abregé. Ainsi Rabbi Schelemoh Jarchi, en jargon d'abréviations Hébraïques, s'appelle Rasi : & Rabbi Moses ben Maïemon Rambam. De même, םכיא est mis pour םחך כםחד יכבּה אך, donum in abdito evertit iram. Mercerus, David de Pomis, Schindler, Buxtorf, & d'autres, ont donné des explications de ces sortes d’abréviations. La plus ample collection des abréviations Romaines, est celle de Sertorius Ursatus, qui est la fin des Marbres d'Oxford. Sertorii Ursati, equitis, de notis Romanorum, commentarius. Dans l'antiquité on appelloit les abréviations, notes. On les nomme encore de même dans les anciennes inscriptions latines. (G)
[modifier] Abréviations.
Ce sont des lettres initiales ou des caracteres dont se servent les Marchands, Négocians, Banquiers, & Teneurs de Livres, pour abréger certains termes de négoce & rendre les écritures plus courtes. Voici les principales, avec leur explication.
Les Négocians & Banquiers Hollandois ont aussi leurs abréviations particulieres. Comme toutes les marchandises qui se vendent en Hollande, & particulierement à Amsterdam, s'y vendent par livres de gros, par rixdale, par florins d'or, par florins, par sous de gros, par sous communs, & par deniers de gros, pour abreger toutes ces monnoies de compte, on se sert des caracteres suivans.
(G)
[modifier] ABREUVER
un vaisseau, c'est y jetter de l'eau, après qu'il est achevé de construire, & l'en remplir entre le francbord & le serrage pour éprouver s'il est bien étanché, & s'il n'y a pas de voie d'eau. (Z)
[modifier] Abreuver,
est aussi le même qu’arroser ; on le dit particulierement des prés où l'on fait d'abord venir l'eau d'une riviere, d'une source, ou d'un ruisseau, dans une grande rigole ou canal situé à la partie supérieure des terres, & divisé ensuite par les ramifications de petits canaux dans toute l'étendue d'un pré. Cette maniere d'abreuver les prairies, établie en Provence & en Languedoc, les rend extrèmement fertiles, lorsqu'elle est faite à propos. La trop grande quantité d'eau, si elle y séjournoit, rendroit les prés marécageux. (K)
[modifier] Abreuver un cheval,
c'est-à-dire, le faire boire ; ce qu'il faut avoir soin de faire deux fois par jour. (V)
[modifier] Abreuver.
Les Vernisseurs disent de la premiere couche de vernis qu'ils mettent sur le bois, qu'elle l’abreuve.
[modifier] ABREUVOIR ou GOUTTIERE,
défaut des arbres qui vient d'une altération des fibres ligneuses qui s'est produite intérieurement, & n'a occasionné aucune cicatrice qui ait changé la forme extérieure de l'arbre. L’abreuvoir a la même cause que la gélivure. Voyez l'article Gélivure.
[modifier] Abreuvoir,
s. m. on appelle ainsi un lieu choisi & formé en pente douce au bord de l'eau, pour y mener boire ou baigner les chevaux. Les abreuvoirs sont ordinairement pavés & bordés en barriere. On dit : Menez ce cheval à l’abreuvoir ou à l'eau. (V)
[modifier] Abreuvoir,
lieu où les oiseaux vont boire : on dit prendre les oiseaux à l’abreuvoir. Pour réussir à cette chasse, il faut choisir un endroit fréquenté par les petits oiseaux, & où il y ait quelque ruisseau le long duquel on cherche l'endroit le plus commode pour y faire un petit abreuvoir de la longueur d'un filet, & large environ d'un pié ou d'un pié & demi : on couvre l'eau des deux côtés de l'abreuvoir, de joncs, de chaume ou d'herbes, afin que les oiseaux soient obligés de boire à l'endroit que l'on a destiné pour l'abreuvoir : on attend qu'ils soient descendus pour boire ; & quand on en voit une quantité, on les enveloppe du filet, en tirant une ficelle qui répond à ce filet, & que tient le chasseur qui est caché ; ou bien l'on couvre l'abreuvoir de petits brins de bois enduits de glu, & les oiseaux venant se poser sur ces baguettes pour boire plus commodément, se trouvent pris.
L'heure la plus convenable pour tendre à l'abreuvoir, est depuis dix heures du matin jusqu'à onze, & depuis deux heures jusqu'à trois après midi, & enfin une heure & demie avant le coucher du soleil : alors les oiseaux y viennent en foule, parce que l'heure les presse de se retirer
Remarquez que plus la chaleur est grande, meilleure est cette chasse.
[modifier] Abreuvoirs, (terme de Maçonnerie ou d'Architect),
sont de petites tranchées faites avec le marteau de Tailleur de Pierres, ou avec la hachette de Maçon, dans les joints & lits des pierres, afin que le mortier ou coulis qu'on met dans ces joints s'accroche avec les pierres & les lie. Vignole de Diviler, p. 353. (P)
[modifier] ABREX,
mot qui se trouve dans une inscription Latine découverte à Langres en 1673, & qui a fait penser à M. Mahudel que Bellorix, dont il est parlé dans cette inscription, étoit un homme d'autorité chez les Langrois, & même qu'il avoit été un de leurs Rois ; car il prétend que le mot abrex marque qu'il avoit abdiqué la royauté, soit qu'elle fût annuelle & élective chez ces peuples comme parmi quelques autres des Gaules, soit qu'elle fût perpétuelle dans la personne de celui qu'on avoit élû ; car si ce n'eût pas été de son propre mouvement qu'il eût renoncé à cette dignité, mais qu'il l'eût quittée après l'expiration du terme, on auroit dit exrex, & non pas abrex. Nous ne donnons ceci d'après les Mémoires de l'Académie des Belles-Lettres, que comme une conjecture ingénieuse qui n'est pas dénuée de vraisemblance. (G)
ABRI, s. m. c'est ainsi qu'on appelle un endroit où l'on peut mouiller à couvert du vent. Ce port est à l'abri des vents de ouest & de nord-ouest. L'anse où nous mouillâmes est sans aucun abri. Le vent renforçant, nous fûmes nous mettre à l’abri de l'isle. Mouiller à l’abri d'une terre.
Abri se dit aussi du côté du pont où l'on est moins exposé au vent. (Z)
[modifier] ABRICOTIER,
s. m. arbre à fleur en rose, dont le pistil devient un fruit à noyau. La fleur est composée de plusieurs feuilles disposées en rose : le pistil sort du calice, & devient un fruit charnu presque rond, applati sur les côtés, & sillonné dans sa longueur ; ce fruit renferme un noyau osseux & applati, dans lequel il y a une semence. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez Plante. (I)
[modifier] Abricots.
On en fait des compotes & des confitures seches & liquides : son amande sert à faire de la pâte & du ratafiat. Il se multiplie par son noyau, & se greffe sur prunier & sur amandier. On distingue l'abricotier en précoce ou abricotin, en abricot en espalier, à plein vent. Les abricots violets sont les plus beaux & les meilleurs.
La place la plus convenable aux abricotiers est le plein vent : mais toutes les expositions en espaliers leur sont bonnes, & ils aiment mieux une terre légere & sabloneuse, qu'une terre plus grasse. (K)
- Compote d'abricots verds. Prenez des abricots verds ; remplissez un chauderon d'eau à demi ; jettez-y des cendres de bois neuf ou gravelées ; faites faire à cette lessive sept ou huit bouillons ; mettez-y vos abricots ; remuez-les avec l'écumoire. Quand vous vous appercevrez qu'ils quitteront le noyau, mettez-les dans de l'eau froide, maniez-les, nettoyez & passez dans d'autre eau claire. Faites bouillir de l'eau dans une poële ; jettez-y vos abricots que vous tirerez de l'eau claire. Quand ils seront cuits, vous ferez fondre dans une poele une quantité de sucre clarifié, proportionnée à celle des abricots : cependant vous laisserez égoutter vos abricots entre des serviettes ; vous les tirerez de-là pour les jetter dans le sucre ; vous les y laisserez bouillir doucement ; bientôt ils verdiront : alors poussez le bouillon ; remuez, écumez, laissez refroidir, & serrez.
- Compote d'abricots mûrs. Ouvrez vos abricots par la moitié, faites-les cuire en sirop ; cassez les noyaux ; pelez les amandes ; mettez une demi-livre de sucre pour une douzaine d'abricots dans une poële. Faites fondre ; arrangez vos moitiés d'abricots dans ce sucre fondu ; continuez de faire bouillir ; jettez ensuite sur les abricots vos amandes ; ôtez votre compote de dessus le feu ; remuez-la, afin d'assembler l'écume ; enlevez l'écume avec un papier. Remettez sur le feu : s'il se reforme de l'écume, enlevez-la, laissez refroidir, & serrez. On peut peler ses abricots. S'ils sont durs, on les passera à l'eau avant que de les mettre au sucre.
- Abricots confits. Prenez des abricots verds ; piquez-les par-tout avec une épingle ; jettez-les dans l'eau ; faites-les bouillir dans une seconde eau, après les avoir lavés dans la premiere ; ôtez-les de dessus le feu quand ils monteront, & les laissez refroidir. Mettez-les ensuite sur un petit feu ; tenez-les couverts, si vous voulez qu'ils verdissent, & ne les faites pas bouillir. Quand ils seront verds, mettez-les rafraîchir dans l'eau. Quand ils seront rafraîchis, vous mettrez sur cette eau deux parties de sucre contre une d'eau, ensorte que la quantité du mêlange surnage les abricots. Laissez-les reposer environ vingt-quatre heures dans cet état ; jettez-les ensuite dans un poëlon ; faites-les chauffer légerement sur le feu sans ébullition ; remuez-les souvent. Le jour suivant vous les ferez égoutter en les tirant du sirop. Vous ferez cuire le sirop seul sur le feu, jusqu'à ce qu'il vous paroisse avoir de la consistance ; vous y arrangerez vos abricots égouttés ; vous les ferez chauffer jusqu'au frémissement du sirop, puis les retirerez de dessus le feu, & les laisserez reposer jusqu'au lendemain. Le lendemain augmentant le sirop de sucre, vous les remettrez sur le feu & les ferez bouillir, puis vous les laisserez encore reposer un jour. Le quatrieme jour vous retirerez vos abricots, & vous ferez cuire le sirop seul jusqu'à ce qu'il soit lisse, c'est-à-dire, que le fil qu'il forme en le laissant distiller par inclination, se casse net. Laissez encore reposer un jour vos abricots dans ce sirop. Le cinquieme, remettez votre sirop seul sur le feu ; donnez-lui une plus forte cuisson, & plus de consistance ; jettez-y pour la derniere fois vos abricots ; faites-les frémir ; retirez-les ; achevez de faire cuire le sirop seul, & glissez-y vos abricots : couvrez-les, & faites leur jetter avec le sirop quelques bouillons encore ; écumez de tems en tems, & dressez.
- Abricots en marmelade. Prenez des abricots mûrs ; ouvrez-les ; cassez les noyaux ; jettez les amandes dans l'eau bouillante pour les dérober, ou ôter la peau. Prenez trois quarterons de sucre pour une livre de fruit ; mettez sur quatre livres un quart de sucre, un demi-septier d'eau ; faites cuire ce mêlange d'eau & de sucre ; écumez à mesure qu'il cuit. Quand il sera cuit à la demi-plume, ce dont vous vous appercevrez, si en soufflant sur votre écumoire il s'en éleve des pellicules blanchâtres & minces, jettez-y vos abricots & vos amandes ; faites cuire, remuez ; continuez de faire cuire & de remuer jusqu'à ce que votre abricot soit presqu'entierement fondu, & que votre sirop soit clair, transparent & consistant : ôtez alors votre marmelade de dessus le feu, elle est faite ; enfermez-la dans des pots que vous boucherez bien.
- Pâte d'abricots. Ayez des abricots bien mûrs ; pelez-les, ôtez le noyau, desséchez-les à petit feu ; ils se mettront en pâte. Jettez cette pâte dans du sucre que vous aurez tout prêt cuit à la plume ; mêlez bien ; faites frémir le mêlange sur le feu, puis jettez dans des moules, ou entre des ardoises, & faites bien sécher dans l'étuve à bon feu.
- Abricots à mi-sucre ; ce sont des abricots confits dans une quantité modérée de sucre cuit à la plume, & glissés dans du sirop cuit à perlé. Voyez A la plume & A perlé.
- Abricots à oreille ; ce sont des abricots confits que les Confiseurs appellent ainsi, parce qu'ils ont entordu & contourné une des moitiés, sans cependant la détacher tout-à-fait de l'autre, ou qu'ils ont enjoint ensemble deux moitiés séparées ; ensorte qu'elles se débordent mutuellement par les deux bouts, l'une d'un côté, & l'autre de l'autre.
[modifier] ABRITER,
v. a. c'est porter à l'ombre une plante mise dans un pot, dans une caisse, pour lui ôter le trop de soleil. On peut encore abriter une planche entiere, en la couvrant d'une toile ou d'un paillasson, ce qui s'appelle proprement couvrir. Voyez Couvrir. (K)
[modifier] ABRIVER,
mot ancien, encore en usage parmi les gens de riviere ; c'est aborder & se joindre au rivage. (Z)
[modifier] ABROBANIA ou ABRUCHBANIA,
s. ville du comté du même nom, dans la Transylvanie.
[modifier] ABROHANI,
(Comm.) voyez Malle-molle.
[modifier] ABROGATION,
s. f. action par laquelle on révoque ou annulle une loi. Il n'appartient qu'à celui qui a le pouvoir d'en faire, d'en abroger. Voyez Abolition, Révocation.
Abrogation differe de dérogation, en ce que la loi dérogeante ne donne atteinte qu'indirectement à la loi antérieure, & dans les points seulement où l'une & l'autre seroient incompatibles ; au lieu que l'abrogation est une loi faite expressément pour en abolir une précédente. Voyez Dérogation. (H)
[modifier] ABROLHOS, ou aperi oculos,
s. m. pl. écueils terribles proche l'île Sainte-Barbe, à 20 lieues de la côte du Brésil.
[modifier] ABROTANOIDES,
s. m. espece de corail ressemblant à l'aurone femelle, d'où il tire son nom. On le trouve, selon Clusius qui en a donné le nom, sur les rochers au fond de la mer.
[modifier] ABROTONE femelle,
s. f. plante plus connue sous le nom de santoline. Voyez Santoline.
[modifier] Abrotone mâle,
s. m. plante plus connue sous le nom d’aurone. Voyez Aurone. (I)
[modifier] ABRUS,
espece de feve rouge qui croît en Egypte & aux Indes. Hist. plant. Ray.
On apporte l’abrus des deux Indes ; on se sert de sa semence. Il y en a de deux sortes ; l'une grosse comme un gros pois, cendrée, noirâtre ; l'autre un peu plus grosse que l'ivraie ordinaire : toutes les deux d'un rouge foncé. On les recommande pour les inflammations des yeux, dans les rhumes, &c. Voyez Dale. (I)
[modifier] ABRUZZE,
s. f. province du royaume de Naples, en Italie. Long. 30. 40. 32. 45. lat. 41. 45. 42. 52.
en hollandois.
