L’Encyclopédie (vol. 1) - ACC
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[modifier] ACCAPAREMENT,
s. m. c’est un achat de marchandises défendues par les ordonnances.
On le prend aussi pour une espece de monopole consistante à faire des levées considérables de marchandises, pour s’en approprier la vente à soi seul, à l’effet de les vendre à si haut prix qu’on voudra.
[modifier] ACCAPARER
par conséquent signifie acheter des marchandises défendues, ou faire des levées des marchandises permises, qui les rendent rares. (H)
On dit accaparer des blés, des laines, des cires, des suifs, &c. En bonne police cette manœuvre est défendue sous peine de confiscation des marchandises accaparées, d’amende pécuniaire, & même de punition corporelle en cas de récidive.
Quelques-uns confondent le terme d’accaparer avec celui d’enharrer : mais ils sont différens, & n’ont rien de commun que les mêmes défenses & les mêmes peines. Voyez Enharrer. (G)
[modifier] ACCARIATION,
s. f. terme de Palais, usité dans quelques Provinces de France, sur-tout dans les méridionales les plus voisines d’Espagne. Il est synonyme à confrontation. Voyez Confrontation.
On dit aussi dans le même sens accarement ou acarement. Accarer les témoins, c’est les confronter. (H)
[modifier] ACCARON,
s. m. ville de la Palestine, celui des cinq gouvernemens des Philistins où l’arche fut gardée après avoir été prise. Beelzébuth étoit le dieu d’Accaron. (*)
[modifier] ACCASTELLAGE.
c’est le château sur l’avant & sur l’arriere d’un vaisseau. Pour s’en former une idée exacte, on n’aura qu’à consulter la Planche premiere de la Marine, & les explications qui y seront jointes.
Le Roi par une Ordonnance de l’année 1675, défend aux officiers de ses vaisseaux de faire aucun changement aux accastellages & aux soutes par des séparations nouvelles, à peine de cassation.
On fait un accastellage à l’avant & à l’arriere des vaisseaux, en les élevant & bordant au-dessus de la lisse de vibord, & cet exhaussement commence aux herpes de l’embelle. On met pour cet effet deux, trois ou quatre herpes derriere le mât, à proportion de la hauteur qu’on veut donner à l’accastellage : on le borde ensuite de planches qu’on nomme qlin, ou esquain, ou quein, auxquelles on donne l’épaisseur convenable.
Ces bordages qu’on appelle l’esquain, doivent être tenus plus larges à l’arriere, où ils joignent les montans du revers, qu’en-dedans ou vers le milieu du vaisseau, afin que l’accastellage aille toûjours en s’élevant ; car s’il paroissoit baisser, ou être de niveau, il formeroit un coup d’œil desagréable. Lorsque ces bordages sont cousus & élevés autant qu’il faut, on laisse une ouverture au-dessus, telle qu’on juge à propos, & l’on coud ensuite les dernieres planches de l’esquain. A chaque herpe, on éleve l’accastellage d’un pié, ou à-peu-près, selon la grandeur du vaisseau : mais à l’arriere, on met les herpes entre les dernieres planches de l’esquain, pour que la dunette soit plus saine : on laisse aussi fort souvent du jour ou un vuide entre les plus hautes planches & celles qui sont au-dessous.
[modifier] ACCASTELLÉ,
adj. Un vaisseau accastellé est celui qui a un château sur son avant & sur son arriere. Voyez Accastellage & Chateau. (Z)
[modifier] ACCÉDER
à un contrat ou à un traité, c'est joindre son consentement à un contrat ou traité déja conclu & arrêté entre deux autres personnes ou un plus grand nombre.
En ce sens on dit : les Etats Généraux ont accédé au traité d’Hanovre ; la Czarine a accédé au traité de Vienne. Voyez Traite. (H)
[modifier] ACCELERATEUR,
s. m. pris adj. ou le bulbo-caverneux, terme d’Anatomie, est un muscle de la verge qui sert à accélérer l’écoulement de l’urine & de la semence.
Il est nommé plus particulierement accélérateur de l’urine, en latin accelerator urinæ. Quelques-uns en font deux muscles, qu’ils nomment muscles accélérateurs.
Il vient par une origine tendineuse de la partie supérieure & antérieure de l’urethre : mais devenant bientôt charnu, il passe sous l’os pubis, & embrasse la bulbe de l’urethre. Les deux côtés de ce muscle se joignent par une ligne mitoyenne qui répond au ruphée que l’on voit sur la peau qui le couvre ; & ainsi unis, ils continuent leur chemin l’espace d’environ deux travers de doigt : après quoi ce muscle se divise en deux productions charnues, qui ont leurs insertions au corps caverneux de la verge, & deviennent des tendons minces. (L)
[modifier] ACCELERATION,
s. f. c’est l’accroissement de vîtesse dans le mouvement d’un corps. V. Vitesse & Mouvement.
Accélération est opposée à retardation ; terme par lequel on entend la diminution de vîtesse. Voyez Retardation.
Le terme d’accélération s’employe particulierement en Physique, lorsqu’il est question de la chûte des corps pesans qui tendent au centre de la terre par la force de leur gravité. Voyez Gravité & Centre.
Que les corps en tombant soient accélérés, c’est une vérité démontrée par quantité de preuves, du moins à posteriori : ainsi nous éprouvons que plus un corps tombe de haut, plus il fait une forte impression, plus il heurte violemment la surface plane, ou autre obstacle qui l’arrête dans sa chûte.
Il y a eu bien des systèmes imaginés par les Philosophes pour expliquer cette accélération. Quelques-uns l’ont attribuée à la pression de l’air : plus, disent-ils, un corps descend, plus le poids de l’atmosphere qui pese dessus est considérable, & la pression d’un fluide est en raison de la hauteur perpendiculaire de ses colonnes : ajoûtez, disent-ils, que toute la masse du fluide pressant par une infinité de lignes droites qui se rencontrent toutes en un point, savoir au centre de la terre, ce point où aboutissent toutes ces lignes soûtient, pour ainsi dire, la pression de toute la masse ; conséquemment plus un corps en approche de près, plus il doit sentir l’effet de la pression qui agit suivant des lignes prêtes à se réunir. Voyez Air & Atmosphere.
Mais ce qui renverse toute cette explication, c’est que plus la pression de l’air augmente, plus augmente aussi la résistance ou la force avec laquelle ce même fluide tend à repousser en en-haut le corps tombant. Voyez Fluide.
On essaye pourtant encore de répondre que l’air à mesure qu’il est plus proche de la terre, est plus grossier & plus rempli de vapeurs & de particules hétérogenes qui ne sont point un véritable air élastique ; & l’on ajoûte que le corps, à mesure qu’il descend, trouvant toûjours moins de résistance de la part de l’élasticité de l’air, & cependant étant toûjours déprimé par la même force de gravité qui continue d’agir sur lui, il ne peut pas manquer d’être accéléré. Mais on sent assez tout le vague & le peu de précision de cette réponse : d’ailleurs, les corps tombent plus vîte dans le vuide que dans l’air. Voyez Machine Pneumatique. Voyez aussi Élasticité.
Hobbes, Philosop. Probl. c. i. p. 3. attribue l’accélération à une nouvelle impression de la cause qui produit la chûte des corps, laquelle selon son principe est aussi l’air : en même tems, dit-il, qu’une partie de l’atmosphere monte, l’autre descend : car en conséquence du mouvement de la terre, lequel est composé de deux mouvemens, l’un circulaire, l’autre progressif, il faut aussi que l’air monte & circule tout à la fois. De-là il s’ensuit que le corps qui tombe dans ce milieu, recevant à chaque instant de sa chûte une nouvelle pression, il faut bien que son mouvement soit accéléré.
Mais pour renverser toutes les raisons qu’on tire de l’air par rapport à l’accélération, il suffit de dire qu’elle se fait aussi dans le vuide, comme nous venons de l’observer.
Voici l’explication que les Péripatéticiens donnent du même phénomene. Le mouvement des corps pesans en en-bas, disent-ils, vient d’un principe intrinseque qui les fait tendre au centre, comme à leur place propre & à leur élément, où étant arrivés ils seroient dans un repos parfait ; c’est pourquoi, ajoûtent-ils, plus les corps en approchent, plus leur mouvement s’accroît : sentiment qui ne mérite pas de réfutation.
Les Gassendistes donnent une autre raison de l’accélération : ils prétendent qu’il sort de la terre des especes de corpuscules attractifs, dirigés suivant une infinité de filets directs qui montent & descendent ; que ces filets partant comme des rayons d’un centre commun, deviennent de plus en plus divergens à mesure qu’ils s’en éloignent ; en sorte que plus un corps est proche du centre, plus il supporte de ces filets attractifs, plus par conséquent son mouvement est accéléré. Voyez Corpuscules & Aimant.
Les Cartésiens expliquent l’accélération par des impulsions réitérées de la matiere subtile éthérée, qui agit continuellement sur les corps tombans, & les pousse en en-bas. V. Cartésianisme, Ether, Matiere subtile, Pesanteur, &c.
La cause de l’accélération ne paroîtra pas quelque chose de si mystérieux, si on veut faire abstraction pour un moment de la cause qui produit la pesanteur, & supposer seulement avec Galilée que cette cause ou force agit continuellement sur les corps pesans ; on verra facilement que le principe de la gravitation qui détermine le corps à descendre, doit accélérer ces corps dans leur chûte par une conséquence nécessaire. Voyez Gravitation.
Car le corps étant une fois supposé déterminé à descendre, c’est sans doute sa gravité qui est la premiere cause de son commencement de descente : or quand une fois sa descente est commencée, cet état est devenu en quelque sorte naturel au corps ; de sorte que laissé à lui-même il continueroit toûjours de descendre, quand même la premiere cause cesseroit ; comme nous voyons dans une pierre jettée avec la main, qui ne laisse pas de continuer de se mouvoir après que la cause qui lui a imprimé le mouvement a cessé d’agir. Voyez Loi de la nature & Projectile.
Mais outre cette détermination à descendre imprimée par la premiere cause, laquelle suffiroit pour continuer à l’infini le même degré de mouvement une fois commencé, il s’y joint perpétuellement de nouveaux efforts de la même cause, savoir de la gravité, qui continue d’agir sur le corps déjà en mouvement, de même que s’il étoit en repos.
Ainsi y ayant deux causes de mouvement qui agissent l’une & l’autre en même direction, c’est-à-dire, vers le centre de la terre, il faut nécessairement que le mouvement qu’elles produisent ensemble, soit plus considérable que celui que produiroit l’une des deux. Et tandis que la vîtesse est ainsi augmentée, la même cause subsistant toûjours pour l’augmenter encore davantage, il faut nécessairement que la descente soit continuellement accélérée.
Supposons donc que la gravité, de quelque principe qu’elle procede, agisse uniformément sur tous les corps à égale distance du centre de la terre ; divisant le tems que le corps pesant met à tomber sur la terre, en parties égales infiniment petites, cette gravité poussera le corps vers le centre de la terre, dans le premier instant infiniment court de la descente : si après cela on suppose que l’action de la gravité cesse, le corps continueroit toûjours de s’approcher uniformément du centre de la terre avec une vîtesse infiniment petite, égale à celle qui résulte de la premiere impression.
Mais ensuite si l’on suppose que l’action de la gravité continue, dans le second instant le corps recevra une nouvelle impulsion vers la terre, égale à celle qu’il a reçûe dans le premier, par conséquent sa vîtesse sera double de ce qu’elle étoit dans le premier instant ; dans le troisieme instant elle sera triple ; dans le quatrieme, quadruple ; & ainsi de suite : car l’impression faite dans un instant précédent, n’est point du tout altérée par celle qui se fait dans l’instant suivant ; mais elles sont, pour ainsi dire, entassées & accumulées l’une sur l’autre.
C’est pourquoi comme les instans de tems sont supposés infiniment petits, & tous égaux les uns aux autres, la vîtesse acquise par le corps tombant sera dans chaque instant comme les tems depuis le commencement de la descente, & par conséquent la vitesse sera proportionnelle au tems dans lequel elle est acquise.
De plus l’espace parcouru par le corps en mouvement pendant un tems donné, & avec une vîtesse donnée, peut être considéré comme un rectangle composé du tems & de la vîtesse. Je suppose donc A (Pl. de Méchan. fig. 64.) le corps pesant qui descend, AB le tems de la descente ; je partage cette ligne en un certain nombre de parties égales, qui marqueront les intervalles ou portions du tems donné, savoir, AC, CE, EG, &c. je suppose que le corps descend durant le tems exprimé par la premiere des divisions AC, avec une certaine vîtesse uniforme provenant du degré de gravité qu’on lui suppose ; cette vîtesse sera représentée par AD, & l’espace parcouru, par le rectangle CAD.
Or l’action de la gravité ayant produit dans le premier moment la vîtesse A D, dans le corps précédemment en repos ; dans le second moment elle produira la vîtesse CF, double de la précédente ; dans le troisieme moment à la vîtesse CF sera ajoûté un degré de plus, au moyen duquel sera produite la vîtesse EH, triple de la premiere, & ainsi du reste ; de sorte que dans tout le tems AB, le corps aura acquis la vîtesse BK : après cela prenant les divisions de la ligne qu’on voudra, par exemple, les divisions AC, CE, &c. pour les tems, les espaces parcourus pendant ces tems seront comme les aires ou rectangles CD, EF, &c. en sorte que l’espace décrit par le corps en mouvement, pendant tout le tems A B, sera égal à tous les rectangles, c’est-à-dire, à la figure dentelée ABK.
Voilà ce qui arriveroit si les accroissemens de vîtesse se faisoient, pour ainsi dire, tout-à-coup, au bout de certaines portions finies de tems ; par exemple, en C, en E, &c. en sorte que le degré de mouvement continuât d’être le même jusqu’au tems suivant où se feroit une nouvelle accélération.
Si l’on suppose les divisions ou intervalles de tems plus courts, par exemple, de moitié ; alors les dentelures de la figure seront à proportion plus serrées, & la figure approchera plus du triangle.
S’ils sont infiniment petits, c’est-à-dire, que les accroissemens de vîtesse soient supposés être faits continuellement & à chaque particule de tems indivisible, comme il arrive en effet ; les rectangles ainsi successivement produits formeront un véritable triangle, par exemple, ABE, Fig. 65, tout le tems AB consistant en petites portions de tems A1, A2, &c. & l’aire du triangle ABE en la somme de toutes les petites surfaces ou petits trapezes qui répondent aux divisions du tems ; l’aire ou le triangle total exprime l’espace parcouru dans tout le tems AB.
Or les triangles ABE, Aif, étant semblables, leurs aires sont l’une à l’autre comme les quarrés de leurs côtés homologues AB, A1, &c. & par conséquent les espaces parcourus sont l’un à l’autre, comme les quarrés des tems.
De-là nous pouvons aussi déduire cette grande loi de l’accélération : « qu’un corps descendant avec un mouvement uniformément accéléré, décrit dans tout le tems de sa descente un espace qui est précisément la moitié de celui qu’il auroit décrit uniformément dans le même tems avec la vîtesse qu’il auroit acquise à la fin de sa chûte ». Car, comme nous l’avons déjà fait voir, tout l’espace que le corps tombant a parcouru dans le tems AB, sera représenté par le triangle ABE ; & l’espace que ce corps parcouroit uniformément en même tems avec la vîtesse BE, sera représenté par le rectangle ABEF : or on sait que le triangle est égal précisément à la moitié du rectangle. Ainsi l’espace parcouru sera la moitié de celui que le corps auroit parcouru uniformément dans le même tems avec la vîtesse acquise à la fin de sa chûte.
Nous pouvons donc conclure, 1o. que l’espace qui seroit uniformément parcouru dans la moitié du tems AB, avec la derniere vîtesse acquise BE, est égal à celui qui a été réellement parcouru par le corps tombant pendant tout le tems AB.
2o. Si le corps tombant décrit quelqu’espace ou quelque longueur donnée dans un tems donné, dans le double du tems il la décrira quatre fois ; dans le triple, neuf fois, &c. En un mot, si les tems sont dans la proportion arithmétique, 1, 2, 3, 4, &c. les espaces parcourus seront dans la proportion 1, 4, 9, 16, &c. c’est-à-dire, que si un corps décrit, par exemple, 15 piés dans la premiere seconde de sa chûte, dans les deux premieres secondes prises ensemble, il décrira quatre fois 15 piés ; neuf fois 15 dans les trois premieres secondes prises ensemble, & ainsi de suite.
3o. Les espaces décrits par le corps tombant dans une suite d’instans ou intervalles de tems égaux, seront comme les nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9, &c. c’est-à-dire, que le corps qui a parcouru 15 piés dans la premiere seconde, parcourra dans la seconde trois fois 15 piés, dans la troisieme, cinq fois 15 piés, &c. Et puisque les vîtesses acquises en tombant sont comme les tems, les espaces seront aussi comme les quarrés des vîtesses ; & les tems & les vîtesses en raison soûdoublées des espaces.
Le mouvement d’un corps montant ou poussé en en-haut, est diminué ou retardé par le même principe de gravité agissant en direction contraire, de la même maniere qu’un corps tombant est accéléré. Voyez Retardation.
Un corps lancé en-haut s’éleve jusqu’à ce qu’il ait perdu tout son mouvement ; ce qui se fait dans le même espace de tems que le corps tombant auroit mis à acquérir une vîtesse égale à celle avec laquelle le corps lancé a été poussé en en-haut.
Et par conséquent les hauteurs auxquelles s’élevent des corps lancés en en-haut avec différentes vîtesses, sont entr’elles comme les quarrés de ces vîtesses.
[modifier] Accélération des corps sur des plans inclinés.
La même loi générale qui vient d’être établie pour la chûte des corps qui tombent perpendiculairement, a aussi lieu dans ce cas-ci. L’effet du plan est seulement de rendre le mouvement plus lent. L’inclinaison étant par-tout égale, l’accélération, quoiqu’à la vérité moindre que dans les chûtes verticales, sera égale aussi dans tous les instans depuis le commencement jusqu’à la fin de la chûte. Pour les lois particulieres à ce cas, Voyez Plan incliné.
Galilée découvrit le premier ces lois par des expériences, & imagina ensuite l’explication que nous venons de donner de l’accélération.
Sur l’accélération du mouvement des pendules, Voyez Pendule.
Sur l’accélération du mouvement des projectiles, Voyez Projectile.
Sur l’accélération du mouvement des corps comprimés lorsqu’ils se rétablissent dans leur premier état & reprennent leur volume ordinaire, Voyez Compression, Dilatation, Cordes, Tension, &c.
Le mouvement de l’air comprimé est accéléré, lorsque par la force de son élasticité il reprend son volume & sa dimension naturelle : c’est une vérité qu’il est facile de démontrer de bien des manieres. Voyez Air, Elasticité.
[modifier] ACCÉLÉRATION
est aussi un terme qu’on appliquoit dans l’Astronomie ancienne aux étoiles fixes. Accélération en ce sens étoit la différence entre la révolution du premier mobile, & la révolution solaire ; différence qu’on évaluoit à 3 minutes 56 secondes. Voyez Etoile, Premier Mobile, &c. (O)
[modifier] ACCÉLÉRATRICE (Force).
on appelle ainsi la force ou cause qui accélere le mouvement d’un corps. Lorsqu’on examine les effets produits par de telles causes, & qu’on ne connoît point les causes en elles-mêmes, les effets doivent toûjours être donnés indépendamment de la connoissance de la cause, puisqu’ils ne peuvent en être déduits : c’est ainsi que sans connoître la cause de la pesanteur, nous apprenons par l’expérience que les espaces décrits par un corps qui tombe sont entr’eux comme les quarrés des tems. En général dans les mouvemens variés dont les causes sont inconnues, il est évident que l’effet produit par la cause, soit dans un tems fini, soit dans un instant, doit toûjours être donné par l’équation entre les tems & les espaces : cet effet une fois connu, & le principe de la force d’inertie supposé, on n’a plus besoin que de la Géométrie seule & du calcul pour découvrir les propriétés de ces sortes de mouvemens. Il est donc inutile d’avoir recours à ce principe dont tout le monde fait usage aujourd’hui, que la force accélératrice ou retardatrice est proportionnelle à l’élément de la vîtesse ; principe appuyé sur cet unique axiome vague & obscur, que l’effet est proportionnel à sa cause. Nous n’examinerons point si ce principe est de vérité nécessaire ; nous avouerons seulement que les preuves qu’on en a données jusqu’ici ne nous paroissent pas fort convaincantes : nous ne l’adopterons pas non plus, avec quelques Géometres, comme de vérité purement contingente ; ce qui ruineroit la certitude de la Méchanique, & la réduiroit à n’être plus qu’une science expérimentale. Nous nous contenterons d’observer que, vrai ou douteux, clair ou obscur, il est inutile à la Méchanique, & que par conséquent il doit en être banni. (O)
[modifier] ACCÉLÉRÉ (Mouvement)
en Physique, est un mouvement qui reçoit continuellement de nouveaux accroissemens de vîtesse. Voyez Mouvement.
Le mot accéléré vient du Latin ad & celer, prompt, vîte.
Si les accroissemens de vîtesse sont égaux dans des tems égaux, le mouvement est dit être accéléré uniformément. Voyez Acceleration.
Le mouvement des corps tombans est un mouvement accéléré ; & en supposant que le milieu par lequel ils tombent, c’est-à-dire l’air, soit sans résistance, le même mouvement peut aussi être considéré comme accéléré uniformément. Voyez Descente, &c.
Pour ce qui concerne les lois du mouvement accéléré, Voyez Mouvement, Acceleration. (O)
[modifier] Accéléré dans son mouvement.
En Astronomie, on dit qu’une Planete est accélérée dans son mouvement, lorsque son mouvement diurne réel excede son moyen mouvement diurne. On dit qu’elle est retardée dans son mouvement, lorsqu’il arrive que son mouvement réel est moindre que son mouvement moyen. Quand la Terre est le plus éloignée du soleil, elle est alors le moins accélérée dans son mouvement qu’il est possible, & c’est le contraire lorsqu’elle est le plus proche du Soleil. Les Astronomes s’apperçoivent de ces inégalités dans leurs observations, & on en tient compte dans les tables du mouvement apparent du soleil. Voyez Équation. (O)
[modifier] ACCENSES,
adject. pris subst. du Latin accensi forenses. C’étoient des Officiers attachés aux Magistrats Romains, & dont la fonction étoit de convoquer le peuple aux assemblées, ainsi que le porte leur nom, accensi ab acciendo. Ils étoient encore chargés d’assister le Préteur lorsqu’il tenoit le Siége, & de l’avertir tout haut de trois heures en trois heures quelle heure il étoit dans les Armées Romaines.
Les accenses, selon Festus, étoient aussi des surnuméraires qui servoient à remplacer les soldats tués dans une bataille ou mis hors de combat par leurs blessures. Cet Auteur ne leur donne aucun rang dans la Milice : mais Asconius Pedianus leur en assigne un semblable à celui de nos caporaux & de nos trompettes. Tite-Live en fait quelque mention, mais comme de troupes irrégulieres, & dont on faisoit peu d’estime. (G)
[modifier] ACCENT,
s. m. ce mot vient d’accentum, supin du verbe accinere qui vient de ab & canere : les Grecs l’appellent ωροσωδία, modulatio quæ syllabis adhibetur, venant de πρὸς, préposition Greque qui entre dans la composition des mots, & qui a divers usages, & ωδὴ, cantus, chant. On l’appelle aussi τόνος, ton.
Il faut ici distinguer la chose, & le signe de la chose.
La chose, c’est la voix ; la parole, c’est le mot, en tant que prononcé avec toutes les modifications établies par l’usage de la langue que l’on parle.
Chaque nation, chaque peuple, chaque province, chaque ville même, differe d’une autre dans le langage, non-seulement parce qu’on se sert de mots différens, mais encore par la maniere d’articuler & de prononcer les mots.
Cette maniere différente, dans l’articulation des mots, est appellée accent. En ce sens les mots écrits n’ont point d’accens ; car l’accent, ou l’articulation modifiée, ne peut affecter que l’oreille ; or l’écriture n’est apperçue que par les yeux.
C’est encore en ce sens que les Poëtes disent : prêtez l’oreille à mes tristes accens. Et que M. Pelisson disoit aux réfugiés : vous tâcherez de vous former aux accens d’une langue étrangere.
Cette espece de modulation dans les discours, particuliere à chaque pays, est ce que M. l’abbé d’Olivet, dans son excellent Traité de la Prosodie, appelle accent national.
Pour bien parler une langue vivante, il faudroit avoir le même accent, la même inflexion de voix, qu’ont les honnêtes gens de la capitale ; ainsi quand on dit, que pour bien parler François il ne faut point avoir d’accent, on veut dire qu’il ne faut avoir ni l’accent Italien, ni l’accent Gascon, ni l’accent Picard, ni aucun autre accent qui n’est pas celui des honnêtes gens de la capitale.
Accent, ou modulation de la voix dans le discours, est le genre dont chaque accent national est une espece particuliere ; c’est ainsi qu’on dit, l’accent Gascon, l’accent Flamand, &c. L’accent Gascon éleve la voix où, selon le bon usage, on la baisse : il abrege des syllabes que le bon usage allonge ; par exemple, un Gascon dit par consquent, au lieu de dire par conséquent ; il prononce séchement toutes les voyelles nazales an, en, in, on, un, &c.
Selon le méchanisme des organes de la parole, il y a plusieurs sortes de modifications particulieres à observer dans l’accent en général, & toutes ces modifications se trouvent aussi dans chaque accent national, quoiqu’elles soient appliquées différemment ; car si l’on veut bien y prendre garde, on trouve partout uniformité & variété. Partout les hommes ont un visage, & pas un ne ressemble parfaitement à un autre ; partout les hommes parlent & chaque pays a sa maniere particuliere de parler & de modifier la voix. Voyons donc quelles sont ces différentes modifications de voix qui sont comprises sous le mot général accent.
Premierement, il faut observer que les syllabes en toute langue ne sont pas prononcées du même ton. Il y a diverses inflexions de voix dont les unes élevent le ton, les autres le baissent, & d’autres enfin l’élevent d’abord, & le rabaissent ensuite sur la même syllabe. Le ton élevé est ce qu’on appelle accent aigu ; le ton bas ou baissé est ce qu’on nomme accent grave ; enfin, le ton élevé & baissé successivement & presque en même tems sur la même syllabe, est l’accent circonflexe.
« La nature de la voix est admirable, dit Cicéron ; toute sorte de chant est agréablement varié par le ton circonflexe, par l’aigu & par le grave : or le discours ordinaire, poursuit-il, est aussi une espece de chant ». Mira est natura vocis, cujus quidem, è tribus omninò sonis inflexo, acuto, gravi tanta sit, & tam suavis varietas perfecta in cantibus. Est autem in dicendo etiam quidam cantus. Cic. Orator. n. xvii. & xviii. Cette différente modification du ton, tantôt aigu, tantôt grave, & tantôt circonflexe, est encore sensible dans le cri des animaux, & dans les instrumens de musique.
2. Outre cette variété dans le ton, qui est ou grave, ou aigu, ou circonflexe, il y a encore à observer le tems que l’on met à prononcer chaque syllabe. Les unes sont prononcées en moins de tems que les autres, & l’on dit de celles-ci qu’elles sont longues, & de celles-là qu’elles sont breves. Les breves sont prononcées dans le moins de tems qu’il est possible ; aussi dit-on qu’elles n’ont qu’un tems, c’est-à-dire, une mesure, un battement ; au lieu que les longues en ont deux ; & voilà pourquoi les Anciens doubloient souvent dans l’écriture les voyelles longues, ce que nos Peres ont imité en écrivant aage, &c.
3. On observe encore l’aspiration qui se fait devant les voyelles en certains mots, & qui ne se pratique pas en d’autres, quoiqu’avec la même voyelle & dans une syllabe pareille : c’est ainsi que nous prononçons le héros avec aspiration, & que nous disons l’héroïne, l’héroïsme & les vertus héroïques, sans aspiration.
4. A ces trois différences que nous venons d’observer dans la prononciation, il faut encore ajoûter la variété du ton pathétique, comme dans l’interrogation, l’admiration, l’ironie, la colere & les autres passions : c’est ce que M. l’abbé d’Olivet appelle l’accent oratoire.
5. Enfin, il y a à observer les intervalles que l’on met dans la prononciation depuis la fin d’une période jusqu’au commencement de la période qui suit, & entre une proposition & une autre proposition ; entre un incise, une parenthese, une proposition incidente, & les mots de la proposition principale dans lesquels cet incise, cette parenthese ou cette proposition incidente sont enfermés.
Toutes ces modifications de la voix, qui sont très-sensibles dans l’élocution, sont, ou peuvent être marquées dans l’écriture par des signes particuliers que les anciens Grammairiens ont aussi appellés accens ; ainsi ils ont donné le même nom à la chose, & au signe de la chose.
Quoique l’on dise communément que ces signes, ou accens, sont une invention qui n’est pas trop ancienne, & quoiqu’on montre des manuscrits de mille ans, dans lesquels on ne voit aucun de ces signes, & où les mots sont écrits de suite sans être séparés les uns des autres, j’ai bien de la peine à croire que lorsqu’une langue a eu acquis un certain degré de perfection, lorsqu’elle a eu des Orateurs & des Poëtes, & que les Muses ont joüi de la tranquillité qui leur est nécessaire pour faire usage de leurs talens ; j’ai, dis-je, bien de la peine à me persuader qu’alors les copistes habiles n’ayent pas fait tout ce qu’il falloit pour peindre la parole avec toute l’exactitude dont ils étoient capables ; qu’ils n’ayent pas séparé les mots par de petits intervalles, comme nous les séparons aujourd’hui, & qu’ils ne se soient pas servis de quelques signes pour indiquer la bonne prononciation.
Voici un passage de Cicéron qui me paroît prouver bien clairement qu’il y avoit de son tems des notes ou signes dont les copistes faisoient usage. Hanc diligentiam subsequitur modus etiam & forma verborum. Versus enim veteres illi, in hâc solutâ oratione propemodum, hoc est, numeros quosdam nobis esse adhibendos putaverunt. Interspirationis enim, non defatigationis nostræ, neque Librariorum notis, sed verborum & sententiarum modò, interpunctas clausulas in orationibus esse voluerunt : idque, princeps Isocrates instituisse fertur. Cic. Orat. liv. III. n. xliv. « Les Anciens, dit-il, ont voulu qu’il y eût dans la prose même des intervalles, des séparations, du nombre & de la mesure comme dans les vers ; & par ces intervalles, cette mesure, ce nombre, ils ne veulent pas parler ici de ce qui est déjà établi pour la facilité de la respiration & pour soulager la poitrine de l’Orateur, ni des notes ou signes des copistes : mais ils veulent parler de cette maniere de prononcer qui donne de l’ame & du sentiment aux mots & aux phrases, par une sorte de modulation pathétique ». Il me semble que l’on peut conclure de ce passage, que les signes, les notes, les accens étoient connus & pratiqués dès avant Cicéron, au moins par les copistes habiles.
Isidore, qui vivoit il y a environ douze cens ans, après avoir parlé des accens, parle encore de certaines notes qui étoient en usage, dit-il, chez les auteurs célebres, & que les Anciens avoient inventées, poursuit-il, pour la distinction de l’écriture, & pour montrer la raison, c’est-à-dire, le mode, la maniere de chaque mot & de chaque phrase. Prætereà quædam sententiarum notæ apud celeberrimos auctores fuerunt, quasque antiqui ad distinctionem scripturarum carminibus & historiis apposuerunt, ad demonstrandam unamquanque verbi sententiarumque, ac versuum rationem. Isid. Orig. liv. I. c. xx.
Quoi qu’il en soit, il est certain que la maniere d’écrire a été sujette à bien des variations, comme tous les autres Arts. L’Architecture est-elle aujourd’hui en Orient dans le même état où elle étoit quand on bâtit Babylone ou les pyramides d’Egypte ? Ainsi tout ce que l’on peut conclure de ces manuscrits, où l’on ne voit ni distance entre les mots, ni accens, ni points, ni virgules, c’est qu’ils ont été écrits, ou dans des tems d’ignorance, ou par des copistes peu instruits.
Les Grecs paroissent être les premiers qui ont introduit l’usage des accens dans l’écriture. L’Auteur de la Méthode Greque de P. R. (pag. 546.) observe que la bonne prononciation de la langue Greque étant naturelle aux Grecs, il leur étoit inutile de la marquer par des accens dans leurs écrits ; qu’ainsi il y a bien de l’apparence qu’ils ne commencerent à en faire usage que lorsque les Romains, curieux de s’instruire de la langue Greque, envoyerent leurs enfans étudier à Athènes. On songea alors à fixer la prononciation, & à la faciliter aux étrangers ; ce qui arriva, poursuit cet Auteur, un peu avant le tems de Cicéron.
Au reste, ces accens des Grecs n’ont eu pour objet que les inflexions de la voix, en tant qu’elle peut être ou élevée ou rabaissée.
L’accent aigu que l’on écrivoit de droit à gauche ´, marquoit qu’il falloit élever la voix en prononçant la voyelle sur laquelle il étoit écrit.
L’accent grave, ainsi écrit `, marquoit au contraire qu’il falloit rabaisser la voix.
L’accent circonflexe est composé de l’aigu & du grave ^ ; dans la suite les copistes l’arrondirent de cette maniere ~, ce qui n’est en usage que dans le Grec. Cet accent étoit destiné à faire entendre qu’après avoir d’abord élevé la voix, il falloit la rabaisser sur la même syllabe.
Les Latins ont fait le même usage de ces trois accens. Cette élévation & cette dépression de la voix étoient plus sensibles chez les Anciens, qu’elles ne le sont parmi nous ; parce que leur prononciation étoit plus soûtenue & plus chantante. Nous avons pourtant aussi élevement & abaissement de la voix dans notre maniere de parler, & cela indépendamment des autres mots de la phrase ; ensorte que les syllabes de nos mots sont élevées & baissées selon l’accent prosodique ou tonique, indépendamment de l’accent pathétique, c’est-à-dire, du ton que la passion & le sentiment font donner à toute la phrase : car il est de la nature de chaque voix, dit l’Auteur de la Méthode Greque de P. R. (pag. 551.) d’avoir quelque élevement qui soûtienne la prononciation ; & cet élevement est ensuite modéré & diminué, & ne porte pas sur les syllabes suivantes.
Cet accent prosodique, qui ne consiste que dans l’élevement ou l’abaissement de la voix en certaines syllabes, doit être bien distingué du ton pathétique ou ton de sentiment.
Qu’un Gascon, soit en interrogeant, soit dans quelqu’autre situation d’esprit ou de cœur, prononce le mot d’examen, il élevera la voix sur la premiere syllabe, la soûtiendra sur la seconde, & la laissera tomber sur la derniere, à-peu-près comme nous laissons tomber nos e muets ; au lieu que les personnes qui parlent bien François, prononcent ce mot, en toute occasion, à-peu-près comme le dactyle des Latins, en élevant la premiere, passant vîte sur la seconde, & soûtenant la derniere. Un Gascon, en prononçant cadis, éleve la premiere syllabe ca, & laisse tomber dis, comme si dis étoit un e muet : au contraire, à Paris, on éleve la derniere dis.
Au reste, nous ne sommes pas dans l’usage de marquer dans l’écriture, par des signes ou accens, cet élevement & cet abaissement de la voix : notre prononciation, encore un coup, est moins soûtenue & moins chantante que la prononciation des anciens ; par conséquent la modification ou ton de voix dont il s’agit nous est moins sensible ; l’habitude augmente encore la difficulté de démêler ces différences délicates. Les Anciens prononçoient, au moins leurs vers, de façon qu’ils pouvoient mesurer par des battemens la durée des syllabes. Adsuetam moram pollicis sonore vel plausu pedis, discriminare, qui docent artem, solent. (Terentianus Maurus de Metris sub med.) ce que nous ne pouvons faire qu’en chantant, Enfin, en toutes sortes d’accens oratoires, soit en interrogeant, en admirant, en nous fâchant, &c. les syllabes qui précedent nos e muets ne sont-elles pas soûtenues & élevées comme elles le sont dans le discours ordinaire ?
Cette différence entre la prononciation des Anciens & la nôtre, me paroît être la véritable raison pour laquelle, quoique nous ayons une quantité comme ils en avoient une, cependant la différence de nos longues & de nos breves n’étant pas également sensible en tous nos mots, nos vers ne sont formés que par l’harmonie qui résulte du nombre des syllabes ; au lieu que les vers grecs & les vers latins tirent leur harmonie du nombre des piés assortis par certaines combinaisons de longues & de breves.
« Le dactyle, l’ïambe, & les autres piés entrent dans le discours ordinaire, dit Ciceron, & l’auditeur les reconnoît facilement, eos facilè agnoscit auditor. » (Cic. orator. n. lvi.) « Si dans nos Théatres, ajoûte-t-il, un acteur prononce une syllabe breve ou longue autrement qu’elle ne doit être prononcée, selon l’usage, ou d’un ton grave ou aigu, tout le peuple se récrie. Cependant, poursuit-il, le peuple n’a point étudié la regle de notre Prosodie ; seulement il sent qu’il est blessé par la prononciation de l’Acteur : mais il ne pourroit pas démêler en quoi ni comment ; il n’a sur ce point d’autre regle que le discernement de l’oreille ; & avec ce seul secours que la nature & l’habitude lui donnent, il connoît les longues & les breves, & distingue le grave de l’aigu ». Theatra tota exclamant, si fuit una syllaba brevior aut longior. Nec verò multitudo pedes novit, nec ullos numeros tenet : nec illud quod offendit, aut cur, aut in quo offendat Intelligit ; & tamen omnium longitudinum & brevitatum in sonis, sicut acutarum graviumque vocum, judicium ipsa natura in auribus nostris collocavit. (Cic. orat. n. li. fin.)
Notre Parterre démêle avec la même finesse, ce qui est contraire à l’usage de la bonne prononciation ; & quoique la multitude ne sache pas que nous avons un e ouvert, un e fermé & un e muet, l’acteur qui prononceroit l’un au lieu de l’autre seroit sifflé.
Le célebre Lully a eu presque toûjours une extrême attention à ajuster son chant à la bonne prononciation ; par exemple, il ne fait point de tenue sur les syllabes breves, ainsi dans l’opera d’Atis,
-
- Vous vous éveillez si matin,
l’a de matin est chanté bref tel qu’il est dans le discours ordinaire ; & un Acteur qui le feroit long comme il l’est dans mâtin, gros chien, seroit également sifflé parmi nous, comme il l’auroit été chez les anciens en pareil cas.
Dans la Grammaire greque, on ne donne le nom d’accent qu’à ces trois signes, l’aigu ´, le grave `, & le circonflexe ~, qui servoient à marquer le ton, c’est-à-dire l’élevement & l’abaissement de la voix ; les autres signes, qui ont d’autres usages, ont d’autres noms, comme l’esprit rude, l’esprit doux, &c.
C’est une question s’il faut marquer aujourd’hui ces accens & ces esprits sur les mots grecs : le P. Sanadon, dans sa préface sur Horace, dit qu’il écrit le grec sans accens.
En effet, il est certain qu’on ne prononce les mots des langues mortes que selon les inflexions de la langue vivante ; nous ne faisons sentir la quantité du grec & du latin que sur la pénultieme syllabe, encore faut-il que le mot ait plus de deux syllabes : mais à l’égard du ton ou accent, nous avons perdu sur ce point l’ancienne prononciation ; cependant, pour ne pas tout perdre, & parce qu’il arrive souvent que deux mots ne different entr’eux que par l’accent, je crois avec l’Auteur de la Méthode greque de P. R. que nous devons conserver les accens en écrivant le grec : mais j’ajoûte que nous ne devons les regarder que comme les signes d’une prononciation qui n’est plus : & je suis persuadé que les Savans qui veulent aujourd’hui regler leur prononciation sur ces accens, seroient siflés par les Grecs mêmes, s’il étoit possible qu’ils en fussent entendus.
A l’égard des Latins, on croit communément que les accens ne furent mis en usage dans l’écriture que pour fixer la prononciation, & la faciliter aux étrangers.
Aujourd’hui, dans la Grammaire latine, on ne donne le nom d’accent qu’aux trois signes dont nous avons parlé, le grave, l’aigu, & le circonflexe, & ce dernier n’est jamais marqué qu’ainsi ^, & non ~ comme en grec.
Les anciens Grammairiens latins n’avoient pas restraint le nom d’accent à ces trois signes. Priscien qui vivoit dans le sixieme siecle, & Isidore qui vivoit peu de tems après, disent également que les Latins ont dix accens. Ces dix accens, selon ces Auteurs, sont ;
- L’accent aigu ´.
- Le grave `.
- Le circonflexe ~.
- La longue barre, pour marquer une voyelle longue — ; longa linea, dit Priscien ; longa virgula, dit Isidore.
- La marque de la brieveté d’une syllabe, brevis virgula ˘.
- L’hyphen qui servoit à unir deux mots, comme ante-tulit ; ils le marquoient ainsi, selon Priscien ں, & ainsi, selon Isidore Ω. Nous nous servons du tiret ou trait d’union pour cet usage, porte-manteau, arc-en-ciel ; ce mot hyphen est purement grec, ὐωὸ, sub, & ἔυ, unum.
- La diastole au contraire étoit une marque de séparation ; on la marquoit ainsi ɔ sous le mot, supposita versui. (Isid. de fig. accentuum).
- L’apostrophe dont nous nous servons encore ; les Anciens la mettoient aussi au haut du mot pour marquer la suppression d’une lettre, l’ame pour la ame.
- La δασεῖα ; c’étoit le signe de l’aspiration d’une voyelle. RAC. δασὺς , hirsutus, hérissé, rude. On le marquoit ainsi sur la lettre ῾ ; c’est l’esprit rude des Grecs, dont les copistes ont fait l’h, pour avoir la facilité d’écrire de suite sans avoir la peine de lever la plume pour marquer l’esprit sur la lettre aspirée.
- Enfin, le ψιλὴ, qui marquoit que la voyelle ne devoit point être aspirée ; c’est l’esprit doux des Grecs, qui étoit écrit en sens contraire de l’esprit rude.
Ils avoient encore, comme nous, l’astérique & plusieurs autres notes dont Isidore fait mention, (Orig. liv. i.) & qu’il dit être très-anciennes.
Pour ce qui est des Hébreux, vers le cinquieme siecle, les Docteurs de la fameuse Ecole de Tibériade travaillerent à la critique des Livres de l’Ecriture-sainte, c’est-à-dire, à distinguer les Livres apocryphes d’avec les canoniques : ensuite ils les diviserent par sections & par versets ; ils en fixerent la lecture & la prononciation par des points, & par d’autres signes que les Hébraïsans appellent accens ; desorte qu’ils donnent ce nom, non-seulement aux signes qui marquent l’élévation & l’abaissement de la voix, mais encore aux signes de la ponctuation.
Aliorum exemplo excitati vetustiores Massoretœ huic malo obviam ierunt, vocesque à vocibus distinxerunt interjecto vacuo aliquo spatiolo ; versus verò ac periodas notulis quibusdam, seu ut vocant accentibus, quos eam ob causam accentus pausantes & distinguentes dixerunt. Masclef, Gram. Hebraïc. 1731. tom. i. pag. 34.
Ces Docteurs furent appellés Massoretes, du mot masore, qui veut dire tradition ; parce que ces Docteurs s’attacherent dans leur opération à conserver, autant qu’il leur fut possible, la tradition de leurs Peres dans la maniere de lire & de prononcer.
A notre égard, nous donnons le nom d’accent premierement aux inflexions de voix, & à la maniere de prononcer des pays particuliers ; ainsi, comme nous l’avons déjà remarqué, nous disons l’accent Gascon, &c. Cet homme a l’accent étranger, c’est-à-dire, qu’il a des inflexions de voix & une maniere de parler, qui n’est pas celle des personnes nées dans la capitale. En ce sens, accent comprend l’élévation de la voix, la quantité & la prononciation particuliere de chaque mot & de chaque syllabe.
En second lieu, nous avons conservé le nom d’accent à chacun des trois signes du ton qui est ou aigu, ou grave, ou circonflexe : mais ces trois signes ont perdu parmi nous leur ancienne destination ; ils ne sont plus, à cet égard, que des accens imprimés : voici l’usage que nous en faisons en Grec, en Latin, & en François.
A l’égard du Grec, nous le prononçons à notre maniere, & nous plaçons les accens selon les regles que les Grammairiens nous en donnent, sans que ces accens nous servent de guide pour élever, ou pour abaisser le ton.
Pour ce qui est du Latin, nous ne faisons sentir aujourd’hui la quantité des mots que par rapport à la pénultieme syllabe ; encore faut-il que le mot ait plus de deux syllabes ; car les mots qui n’ont que deux syllabes sont prononcés également, soit que la premiere soit longue ou qu’elle soit breve : par exemple, en vers, l’a est bref dans pater, & long dans mater ; cependant nous prononçons l’un & l’autre comme s’ils avoient la même quantité.
Or, dans les Livres qui servent à des lectures publiques, on se sert de l’accent aigu, que l’on place différemment, selon que la pénultieme est breve ou longue : par exemple, dans matutinus, nous ne faisons sentir la quantité que sur la pénultieme ti ; & parce que cette pénultieme est longue, nous y mettons l’accent aigu, matutínus.
Au contraire cette pénultieme ti est breve dans serótinus ; alors nous mettons l’accent aigu sur l’antépénultieme ro, soit que dans les vers cette pénultieme soit breve ou qu’elle soit longue. Cet accent aigu sert alors à nous marquer qu’il faut s’arrêter comme sur un point d’appui sur cette antépénultieme accentuée, afin d’avoir plus de facilité pour passer légerement sur la pénultieme, & la prononcer breve.
Au reste, cette pratique ne s’observe que dans les Livres d’Eglise destinés à des lectures publiques. Il seroit à souhaiter qu’elle fût également pratiquée à l’égard des Livres Classiques, pour accoûtumer les jeunes gens à prononcer régulierement le Latin.
Nos Imprimeurs ont conservé l’usage de mettre un accent circonflexe sur l’â de l’ablatif de la premiere déclinaison. Les Anciens relevoient la voix sur l’a du nominatif, & le marquoient par un accent aigu, musá ; au lieu qu’à l’ablatif ils l’élevoient d’abord, & la rabaissoient ensuite comme s’il y avoit eu musáà ; & voilà l’accent circonflexe que nous avons conservé dans l’écriture, quoique nous en ayons perdu la prononciation.
On se sert encore de l’accent circonflexe en Latin quand il y a syncope, comme virûm pour virorum ; sestertiûm pour sestertiorum.
On employe l’accent grave sur la derniere syllabe des adverbes, malè, benè, diù, &c. Quelques-uns même veulent qu’on s’en serve sur tous les mots indéclinables, mais cette pratique n’est pas exactement suivie.
Nous avons conservé la pratique des Anciens à l’égard de l’accent aigu qu’ils marquoient sur la syllabe qui est suivie d’un enclitique, arma virúmque cano. Dans virúmque on éleve la voix sur l’u de virum, & on la laisse tomber en prononçant que, qui est un enclitique. Ne, ve, sont aussi deux autres enclitiques ; desorte qu’on éleve le ton sur la syllabe qui précede l’un de ces trois mots, à-peu-près comme nous élevons en François la syllabe qui précede un e muet : ainsi quoique dans mener l’e de la premiere syllabe me soit muet, cet e devient ouvert, & doit être soûtenu dans je mene, parce qu’alors il est suivi d’un e muet qui finit le mot ; cet e final devient plus aisément muet quand la syllabe qui le précede est soûtenue. C’est le méchanisme de la parole qui produit toutes ces variétés, qui paroissent des bisarreries ou des caprices de l’usage à ceux qui ignorent les véritables causes des choses.
Au reste, ce mot enclitique est purement Grec, & vient d’ἐγκλίνω, inclino, parce que ces mots sont comme inclinés & appuyés sur la derniere syllabe du mot qui les précede.
Observez que lorsque ces syllabes, que, ne, ve, font partie essentielle du mot, desorte que si vous les retranchiez, le mot n’auroit plus la valeur qui lui est propre ; alors ces syllabes n’ayant point la signification qu’elles ont quand elles sont enclitiques, on met l’accent, comme il convient, selon que la pénultieme du mot est longue ou breve ; ainsi dans ubíque on met l’accent sur la pénultieme, parce que l’i est long ; au lieu qu’on le met sur l’antépénultieme dans dénique, úndique, útique.
On ne marque pas non plus l’accent sur la pénultieme avant le ne interrogatif, lorsqu’on éleve la voix sur ce ne, ego-ne ? sicci-ne ? parce qu’alors ce ne est aigu.
Il seroit à souhaiter que l’on accoûtumât les jeunes gens à marquer les accens dans leurs compositions. Il faudroit aussi que lorsque le mot écrit peut avoir deux acceptions différentes, chacune de ces acceptions fût distinguée par l’accent ; ainsi quand occido vient de cado, l’i est bref & l’accent doit être sur l’antépénultieme ; au lieu qu’on doit le marquer sur la pénultieme quand il signifie tuer ; car alors l’i est long, occído, & cet occído vient de cædo.
Cette distinction devroit être marquée même dans les mots qui n’ont que deux syllabes : ainsi il faudroit écrire légit, il lit, avec l’accent aigu ; & lêgit, il a lû, avec le circonflexe : vénit, il vient ; & vênit, il est venu.
A l’égard des autres observations que les Grammairiens ont faites sur la pratique des accens, par exemple, quand la Méthode de P. R. dit qu’au mot muliéris, il faut mettre l’accent sur l’e, quoique bref, qu’il faut écrire flôs avec un circonflexe, spés avec un aigu, &c. cette pratique n’étant fondée que sur la prononciation des Anciens, il me semble que nonseulement elle nous seroit inutile, mais qu’elle pourroit même induire les jeunes gens en erreur en leur faisant prononcer muliéris long pendant qu’il est bref, ainsi des autres que l’on pourra voir dans la Méthode de P. R. pag. 733. 735, &c.
Finissons cet article par exposer l’usage que nous faisons aujourd’hui, en François, des accens que nous avons reçûs des Anciens.
Par un effet de ce concours de circonstances, qui forment insensiblement une langue nouvelle, nos Peres nous ont transmis trois sons différens, qu’ils écrivoient par la même lettre e. Ces trois sons, qui n’ont qu’un même signe, ou caractere, sont,
- 1o. L’e ouvert, comme dans fèr, Jupitèr, la mèr, l’enfèr, &c.
- 2o. L’e fermé, comme dans bonté, charité, &c.
- 3o. Enfin l’e muet, comme dans les monosyllabes me, ne, de, te, se, le, & dans la derniere de donne, ame, vie, &c.
Ces trois sons différens se trouvent dans ce seul mot, fermeté ; l’e est ouvert dans la premiere syllabe fèr, il est muet dans la seconde me, & il est fermé dans la troisieme té. Ces trois sortes d’e se trouvent encore en d’autres mots, comme nètteté, évêque, sévère, repêché, &c.
Les Grecs avoient un caractere particulier pour l’e bref qu’ils appelloient épsilon, ἐψιλὸν, c’est-à-dire e petit ; & ils avoient une autre figure pour l’e long, qu’ils appelloient Eta, ῆτα; ils avoient aussi un o bref, omicron, ὀμικρὸν, & un o long, omega, ὠμέγα.
Il y a bien de l’apparence que l’autorité publique, ou quelque corps respectable, & le concert des copistes, avoient concouru à ces établissemens.
Nous n’avons pas été si heureux : ces finesses & cette exactitude grammaticale ont passé pour des minuties indignes de l’attention des personnes élevées. Elles ont pourtant occupé les plus grands des Romains, parce qu’elles sont le fondement de l’art oratoire, qui conduisoit aux grandes places de la république. Cicéron, qui d’Orateur devint Consul, compare ces minuties aux racines des arbres. « Elles ne nous offrent, dit-il, rien d’agréable : mais c’est de-là, ajoûte-t-il, que viennent ces hautes branches & ce verd feuillage, qui font l’ornement de nos campagnes ; & pourquoi mépriser les racines, puisque sans le suc qu’elles préparent & qu’elles distribuent, vous ne sauriez avoir ni les branches, ni le feuillage » ? De syllabis propemodum denumerandis & dimetiendis loquemur ; quæ etiamsi sunt, sicut mihi videntur, necessaria, tamen fiunt magnificentiùs, quam docentùr. Est enim hoc omninò verum, sed propriè in hoc dicitur. Nam omnium magnarum artium, sicut arborum, latitudo, nos delectat ; radices stirpesque non item : sed, esse illa sine his, non potest. Cic. Orat. n. xliii.
Il y a bien de l’apparence que ce n’est qu’insensiblement que l’e a eu les trois sons différens dont nous venons de parler. D’abord nos Peres conserverent le caractere qu’ils trouverent établi, & dont la valeur ne s’éloignoit jamais que fort peu de la premiere institution.
Mais lorsque chacun des trois sons de l’e est devenu un son particulier de la langue, on auroit dû donner à chacun un signe propre dans l’écriture.
Pour suppléer à ce défaut, on s’est avisé, depuis environ cent ans, de se servir des accens, & l’on a cru que ce secours étoit suffisant pour distinguer dans l’écriture ces trois sortes d’e, qui sont si bien distingués dans la prononciation.
Cette pratique ne s’est introduite qu’insensiblement, & n’a pas été d’abord suivie avec bien de l’exactitude : mais aujourd’hui que l’usage du Bureau typographique & la nouvelle dénomination des lettres ont instruit les maîtres & les éleves, nous voyons que les Imprimeurs & les Ecrivains sont bien plus exacts sur ce point, qu’on ne l’étoit il y a même peu d’années ; & comme le point que les Grecs ne mettoient pas sur leur iota, qui est notre i, est devenu essentiel à l’i, il semble que l’accent devienne, à plus juste titre, une partie essentielle à l’e fermé, & à l’e ouvert, puisqu’il les caractérise.
- 1o. On se sert de l’accent aigu pour marquer le son de l’e fermé, bonté, charité, aimé.
- 2o. On employe l’accent grave sur l’e ouvert, procès, accès, succès.
Lorsqu’un e muet est précédé d’un autre e, celui-ci est plus ou moins ouvert ; s’il est simplement ouvert, on le marque d’un accent grave, il mène, il pèse ; s’il est très-ouvert, on le marque d’un accent circonflexe ; & s’il ne l’est presque point & qu’il soit seulement ouvert bref, on se contente de l’accent aigu, mon pére, une régle : quelques-uns pourtant y mettent le grave.
Il seroit à souhaiter que l’on introduisît un accent perpendiculaire qui tomberoit sur l’e mitoyen, & qui ne seroit ni grave ni aigu.
Quand l’e est fort ouvert, on se sert de l’accent circonflexe, tête, tempête, même, &c.
Ces mots, qui sont aujourd’hui ainsi accentués, furent d’abord écrits avec une s, beste ; on prononçoit alors cette s comme on le fait encore dans nos provinces méridionales, beste, teste, &c. dans la suite on retrancha l’s dans la prononciation, & on la laissa dans l’écriture, parce que les yeux y étoient accoûtumés, & au lieu de cette s, on fit la syllabe longue ; & dans la suite on a marqué cette longueur par l’accent circonflexe. Cet accent ne marque donc que la longueur de la voyelle, & nullement la suppression de l’s.
On met aussi cet accent sur le vôtre, le nôtre, apôtre, bientôt, maître, afin qu’il donnât, &c. où la voyelle est longue : votre & notre, suivis d’un substantif, n’ont point d’accent.
On met l’accent grave sur l’a, préposition ; rendez à César ce qui appartient à César. On ne met point d’accent sur a, verbe ; il a, habet.
On met ce même accent sur là, adverbe ; il est là. On n’en met point sur la, article ; la raison. On écrit holà avec l’accent grave. On met encore l’accent grave sur où, adverbe ; où est-il ? cet où vient de l’ubi des Latins, que l’on prononçoit oubi, & l’on ne met point d’accent sur ou, conjonction alternative ; vous ou moi, Pierre ou Paul : cet ou vient de aut.
J’ajoûterai, en finissant, que l’usage n’a point encore établi de mettre un accent sur l’e ouvert quand cet e est suivi d’une consonne avec laquelle il ne fait qu’une syllabe ; ainsi on écrit sans accent, la mer, le fer, les hommes, des hommes. On ne met pas non plus d’accent sur l’e qui précede l’r de l’infinitif des verbes, aimer, donner.
Mais comme les Maîtres qui montrent à lire, selon la nouvelle dénomination des lettres, en faisant épeler, font prononcer l’e ou ouvert ou fermé, selon la valeur qu’il a dans la syllabe, avant que de faire épeler la consonne qui suit cet é, ces Maîtres, aussi-bien que les Etrangers, voudroient que, comme on met toûjours le point sur l’i, on donnât toûjours à l’e, dans l’écriture, l’accent propre à en marquer la prononciation ; ce qui seroit, disent-ils, & plus uniforme & plus utile. (F)
[modifier] Accent, quant à la formation,
c’est disent les Ecrivains, une vraie virgule pour l’aigu, un plain oblique incliné de gauche à droite pour le grave, & un angle aigu, dont la pointe est en haut, pour le circonflexe. Cet angle se forme d’un mouvement mixte des doigts & du poignet. Pour l’accent aigu & l’accent grave, ils se forment d’un seul mouvement des doigts.
[modifier] ACCEPTABLE,
adj. se dit, au Palais, des offres, des propositions, des voies d’accommodement qui sont raisonnables, & concilient autant qu’il est possible les droits & prétentions respectives des parties litigeantes. (H)
[modifier] ACCEPTATION,
s. f. dans un sens général, l’action de recevoir & d’agréer quelque chose qu’on nous offre, consentement sans lequel l’offre qu’on nous fait ne sauroit être effectuée.
Ce mot vient du latin acceptatio, qui signifie la même chose.
L'Acceptation d’une donation est nécessaire pour sa validité : c’est une solennité qui y est essentielle. Or l’acceptation, disent les Jurisconsultes, est le concours de la volonté ou l’agrément du donataire qui donne la perfection à l’acte, & sans lequel le donateur peut révoquer sa donation quand il lui plaira. Voyez Donation, &c.
En matiere bénéficiale, les Canonistes tiennent que l’acceptation doit être signifiée dans le tems même de la résignation, & non ex intervallo.
En matiere ecclésiastique, elle se prend pour une adhésion aux constitutions des Papes ou autres actes, par lesquelles ils ont été reçus & déclarés obligatoires. Voyez Constitution, Bulle, &c.
Il y a deux sortes d’acceptation, l’une solemnelle, & l’autre tacite.
L’acceptation solemnelle est un acte formel, par lequel l’acceptant condamne expressément quelque erreur ou quelque scandale que le Pape a condamné.
Quand une constitution a été acceptée par tous ceux qu’elle regarde plus particulierement, elle est supposée acceptée par tous les Prélats du monde chrétien qui en ont eu connoissance : & c’est cet acquiescement qu’on appelle acceptation tacite.
En ce sens la France, la Pologne, & autres états, ont accepté tacitement la constitution contre la doctrine de Molinos & des Quiétistes. De même l’Allemagne, la Pologne, & autres états catholiques, ont accepté tacitement la constitution contre Jansénius, Voyez Moliniste, Janseniste, &c.
Acceptation, en style de Commerce, se dit des lettres de change & billets à ordre. Or accepter une lettre de change, c’est reconnoître qu’on est débiteur de la somme y portée, & s’engager à la payer à son échéance ; ce qui se fait en apposant simplement par l’accepteur sa signature au bas. Voyez Lettre de change.
L’acceptation se fait ordinairement par celui sur qui la lettre est tirée lorsqu’elle lui est présentée par celui en faveur de qui elle est faite, ou à l’ordre de qui elle est passée. Tant que l’accepteur est maître de sa signature, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il ait remis la lettre acceptée au porteur, il peut rayer son acceptation, mais il ne le peut plus quand il l’a une fois délivrée. Voyez Accepteur.
Les lettres payables à vûe n’ont pas besoin d’acceptation, parce qu’elles doivent être payées dès qu’on les présente, ou à défaut de payement protestées. Dans les lettres tirées pour un certain nombre de jours après la vûe, l’acceptation doit être datée, parce que c’est du jour d’icelle que le tems court. La maniere d’accepter dans ce cas, est de mettre au bas, J’accepte pour tel jour, & de signer.
Les lettres de change payables à jour nommé, ou à usance, ou à double usance, n’ont pas besoin d’être datées ; l’usance servant assez pour faire connoître la date du billet. Voyez Usance. Pour accepter celles-ci, il n’est question que d’écrire au bas, Accepté, & de signer.
Si le porteur d’une lettre de change n’en fait point faire l’acceptation à tems, il n’a plus de garantie sur le tireur. Voyez Porteur. S’il se contente d’une acceptation à payer dans vingt jours après vûe, tandis que la lettre n’en portoit que huit, les douze jours de surplus sont à ses risques, ensorte que si pendant ces douze jours l’accepteur venoit à faillir, il n’auroit pas de recours contre le tireur. Et si le porteur se contente d’une moindre somme que celle qui est portée par la lettre, le restant est pareillement à ses risques. Voyez Protêt, Endossement. (H)
(*)Il y a des acceptations sous condition en certain cas, comme sont celles de payer à soi-même, celles qui se font sous protêt simple, & celles sous protêt pour mettre à compte.
[modifier] ACCEPTER une lettre de change,
c'est la souscrire, s'engager au payement de la somme qui y est portée dans le tems marqué ; ce qui s'appelle accepter pour éviter à protêt. Voyez Lettre de change & Protêt.
Il faut prendre garde à ne point accepter des lettres que l’on n’ait provision en main, ou qu’on ne soit certain qu’elle sera remise dans le tems ; car quand une fois on a accepté une lettre, on en devient le principal débiteur : il la faut absolument acquiter à son échéance, autrement on seroit poursuivi à la requête de celui qui en est le porteur, après le protêt qu’il en auroit fait faire faute de payement.
Il est d’usage de laisser les lettres de change chez ceux sur qui elles sont tirées pour les accepter : mais les Auteurs qui ont écrit du Commerce, remarquent que cet usage est dangereux, & que sur-tout quand une lettre de change est signée au dos pour acquit, & qu’elle n’est pas encore acceptée, comme il peut arriver quelquefois, alors il ne faut jamais la laisser, pour quelque raison que ce soit, chez celui qui doit l’accepter, parce que s’il étoit de mauvaise foi il pourroit en mésuser. Si cependant celui chez qui une lettre de change a été laissée pour accepter, la vouloit retenir sous quelque prétexte que ce fût, la difficulté qu’il feroit de la rendre vaudroit acceptation, & il seroit obligé d’en payer le contenu.
Nous observerons pour ceux qui veulent se mêler du commerce des lettres de change, que celles qui sont tirées des places où le vieux style est en usage, comme à Londres, sur d’autres places où l’on suit le nouveau style, comme à Paris, la date differe ordinairement de dix jours ; c’est-à-dire, que si la lettre est datée à Londres le 11 Mars, ce sera le 21 Mars à Paris ; & ainsi des autres dates. Cette observation n’est pas également sûre pour tous les lieux où l’ancien style est en usage. En Suede, par exemple, la différence est toûjours de dix jours ; ce qui a changé en Angleterre depuis 1700, où elle a commencé d’être d’onze jours, à cause que cette année n’a pas été bissextile. V. Nouveau style & Vieux style. (G)
[modifier] ACCEPTEUR,
s. m. terme de Commerce, est celui qui accepte une lettre de change. Voyez Acceptation.
L’accepteur, qui ordinairement est celui sur qui la lettre de change est tirée, devient débiteur personnel par son acceptation, & est obligé à payer quand même le tireur viendroit à faillir avant l’échéance. Voyez Change. (G)
(*) Parmi les Négocians on se sert quelquefois du terme d’acceptator, qui signifie la même chose. Voyez Acceptation.
[modifier] ACCEPTILATION,
s. f. terme de Jurisprudence Romaine ; remise qu’on fait de sa créance à son débiteur par un acte exprès ou quittance, par laquelle on le décharge de sa dette sans en recevoir le payement. (H)
[modifier] ACCEPTION,
S. f. terme de Grammaire ; c’est le sens que l’on donne à un mot. Par exemple, ce mot esprit, dans sa premiere acception, signifie vent, souffle : mais en Métaphysique il est pris dans une autre acception. On ne doit pas dans la suite du même raisonnement le prendre dans une acception différente.
Acceptio vocis est interpretatio vocis ex mente ejus qui excipit. Sicul. p. 18. L’acception d’un mot que prononce quelqu’un qui vous parle, consiste à entendre ce mot dans le sens de celui qui l’employe : si vous l’entendez autrement, c’est une acception différente. La plûpart des disputes ne viennent que de ce qu’on ne prend pas le même mot dans la même acception. On dit qu’un mot a plusieurs acceptions, quand il peut être pris en plusieurs sens différens : par exemple, coin se prend pour un angle solide, le coin de la chambre, de la cheminée ; coin signifie une piece de bois ou de fer qui sert à fendre d’autres corps ; coin, en terme de monnoie, est un instrument de fer qui sert à marquer les monnoies, les médailles & les jettons ; coin ou coing est le fruit du coignassier. Outre le sens propre qui est la premiere acception d’un mot, on donne encore souvent au même mot un sens figuré : par exemple, on dit d’un bon livre qu’il est marqué au bon coin : coin est pris alors dans une acception figurée ; on dit plus ordinairement dans un sens figuré. (F)
[modifier] Acception, en Medecine,
se dit de tout ce qui est reçû dans le corps, soit par la peau, soit par le canal alimentaire. (N)
[modifier] ACCÈS ;
ce mot vient du latin accessus, qui signifie approcher, l’action par laquelle un corps s’approche de l’autre : mais il n’est pas usité en François dans ce sens littéral. Il signifie dans l’usage ordinaire, abord, entrée, facilité d’aborder quelqu’un, d’en approcher. V. Entrée, Admission. Ainsi l’on dit : cet homme a accès auprès du Prince ; cette côte est de difficile accès, à cause des rochers qui la bordent. (F)
[modifier] (*) Accès, avoir accès, aborder, approcher.
On a accès où l’on entre ; on aborde les personnes à qui l’on veut parler ; on approche celles avec qui l’on est souvent. Les Princes donnent accès, se laissent aborder, permettent qu’on les approche ; l’accès en est facile ou difficile ; l’abord rude ou gracieux ; l’approche utile ou dangereuse. Qui a des connoissances peut avoir accès ; qui a de la hardiesse aborde ; qui joint à la hardiesse un esprit souple & flateur, peut approcher les Grands. Voyez les Synonymes de M. l’Abbé Girard.
[modifier] Accès, en Medecine,
se dit du retour périodique de certaines maladies qui laissent de tems en tems des intervalles de relâche au malade. Voyez Periodique.
Ainsi l’on dit un accès de goutte, mais plus spécialement un accès de fievre, d’épilepsie, de folie : on dit aussi un accès prophétique.
On confond bien souvent accès avec paroxysme ; cependant ce sont deux choses différentes ; l’accès n’étant proprement que le commencement ou la premiere attaque de la maladie ; au lieu que le paroxysme en est le plus fort & le plus haut degré. Voyez Paroxysme. (N)
[modifier] Accès, terme usité à la Cour de Rome,
lorsqu’à l’élection des Papes les voix se trouvant partagées, quelques Cardinaux se désistent de leur premier suffrage, & donnent leur voix à un Sujet qui en a déjà d’autres, pour en augmenter le nombre. Ce mot vient du latin accessus, dérivé d’accedo, accéder, se joindre.
[modifier] Accès, en Droit canonique,
signifioit la faculté qu’on accordoit à quelqu’un pour posséder un Bénéfice après la mort du Titulaire, ou parce que celui à qui on accordoit cette faculté n’avoit pas encore l’âge compétent, auquel cas on donnoit en attendant le Bénéfice à un autre ; & lorsqu’il avoit atteint l’âge requis, il entroit dans son Bénéfice sans nouvelle provision.
Le Concile de Trente, Session XXV. chap. vii. a abrogé les accès : il réserve seulement au Pape la faculté de nommer des Coadjuteurs aux Archevêques & Evêques, pourvû qu’il y ait nécessité pressante, & que ce soit en connoissance de cause.
La différence que les Canonistes mettent entre l’accès & le regrès, c’est que le regrès habet causam de præterito, parce qu’il faut pour l’exercer avoir eu droit au Bénéfice ; au lieu que l’accès habet causam de futuro. Voyez Regrès. (H)
[modifier] ACCESSIBLE,
adj. ce dont on peut aborder, qui peut être approché.
On dit : cette place ou cette forteresse est accessible du côté de la mer, c’est-à-dire, qu’on peut y entrer par ce côté-là.
Une hauteur ou distance accessible, en Géométrie, est celle qu’on peut mesurer méchaniquement en y appliquant la mesure ; ou bien c’est une hauteur du pié de laquelle on peut approcher, & d’où l’on peut mesurer quelque distance sur le terrein. Voyez Distance, &c.
Avec le quart de cercle on peut prendre les hauteurs, tant accessibles qu’inaccessibles. Voyez Hauteur, Quart de cercle, &c.
Un des objets de l’arpentage est de mesurer nonseulement les distances accessibles, mais aussi les inaccessibles. Voyez Arpentage. (E)
[modifier] ACCESSION,
s. f. terme de Pratique, est l’action d’aller dans un lieu. Ainsi l’on dit en ce sens : le Juge a ordonné une accession en tel endroit, pour y dresser un procès-verbal de l’état des choses.
[modifier] Accession, en Droit,
est l’union, l’adjection d’une chose à une autre, au moyen de laquelle celle qui a été ajoûtée, commence dès-lors à appartenir au propriétaire de la premiere. Voyez Accessoire & Accroissement.
Accession est encore synonyme à accès, terme usité à la Cour de Rome. Voyez ci-dessus Accès. (H)
[modifier] (*) ACCESSIT, terme Latin usité dans les colléges,
se dit dans les distributions des prix, des écoliers qui ont le mieux réussi après ceux qui ont obtenu les prix, & qui par conséquent en ont le plus approché. Il y a presque toûjours plusieurs accessit. Les Académies qui distribuent des prix donnent souvent aussi des accessit.
[modifier] ACCESSOIRE, terme de Droit civil,
est une chose ajoûtée ou survenue à une autre plus essentielle, ou d’un plus grand prix. Voyez Accession.
En ce sens, accessoire est opposé à principal.
Ainsi l’on dit en Droit que la pourpre en laquelle on a teint un drap, n’étant que l’accessoire du drap, appartient à celui qui est le maître du drap. (H)
[modifier] Accessoires,
adj. pris subst. accessoires de Willis ou par accessorium, en Anatomie, sont une paire de nerfs qui viennent de la moelle épiniere, entre la partie antérieure & postérieure de la quatrieme paire des nerfs cervicaux ; ensuite ils montent vers le crane, & y étant entrés, ils en sortent avec la paire vague ou huitieme paire, enveloppés avec elle dans une membrane commune ; après quoi ils abandonnent la huitieme paire, & vont se distribuer aux muscles du cou & de l’omoplate.
Ces nerfs-ci en montant vers le crane, reçoivent des branches de chacune des cinq premieres paires cervicales près de leur origine de la moëlle de l’épine, & fournissent des rameaux aux muscles du larynx, du pharynx, &c. s’unissant avec une branche du nerf intercostal, ils forment le plexus ganglio-forme. Voyez Plexus. (N)
Accessoires, s. m. pl. en Peinture, sont des choses qu’on fait entrer dans la composition d’un tableau, comme vases, armures, animaux, qui sans y être absolument nécessaires, servent beaucoup à l’embellir, lorsque le Peintre sait les y placer sans choquer les convenances. (R)
[modifier] (*) ACCHO,
ville de Phénicie qui fut donnée à la tribu d’Azer. Il y en a qui prétendent que c’est la même ville que Acé ou Ptolémaïs ; d’autres, que c’est Accon.
[modifier] ACCIL,
s. m. Chimie : il y en a qui se sont servis de ce mot pour signifier le Plomb. Voyez Plomb, Saturne, Alabari, Aabam (M)
[modifier] ACCIDENT,
s. m. terme de Grammaire ; il est surtout en usage dans les anciens Grammairiens ; ils ont d’abord regardé le mot comme ayant la propriété de signifier. Telle est, pour ainsi dire, la substance du mot, c’est ce qu’ils appellent nominis positio : ensuite ils ont fait des observations particulieres sur cette position ou substance Métaphysique, & ce sont ces observations qui ont donné lieu à ce qu’ils ont appellé accidens des dictions, dictionum accidentia.
Ainsi par accident les Grammairiens entendent une propriété, qui, à la vérité, est attachée au mot, mais qui n’entre point dans la définition essentielle du mot ; car de ce qu’un mot sera primitif, ou qu’il sera dérivé, simple ou composé, il n’en sera pas moins un terme ayant une signification. Voici quels sont ces accidens.
1. Toute diction ou mot peut avoir un sens propre ou un sens figuré. Un mot est au propre, quand il signifie ce pourquoi il a été premierement établi : le mot Lion a été d’abord destiné à signifier cet animal qu’on appelle Lion : je viens de la foire, j’y ai vû un beau Lion ; Lion est pris là dans le sens propre : mais si en parlant d’un homme emporté, je dis que c’est un lion, lion est alors dans un sens figuré. Quand par comparaison ou analogie un mot se prend en quelque sens autre que celui de sa premiere destination, cet accident peut être appellé l’acception du mot.
2. En second lieu, on peut observer si un mot est primitif, ou s’il est dérivé.
Un mot est primitif, lorsqu’il n’est tiré d’aucun autre mot de la Langue dans laquelle il est en usage. Ainsi en François, Ciel, Roi, bon, sont des mots primitifs.
Un mot est dérivé lorsqu’il est tiré de quelqu’autre mot comme de sa source : ainsi céleste, royal, royaume, royauté, royalement, bonté, bonnement, sont autant de dérivés. Cet accident est appellé par les Grammairiens l’espece du mot ; ils disent qu’un mot est de l’espece primitive ou de l’espece dérivée.
3. On peut observer si un mot est simple ou s’il est composé : juste, justice, sont des mots simples ; injuste, injustice, sont composés. En Latin res est un mot simple, publica est encore simple ; mais respublica est un mot composé.
Cet accident d’être simple ou d’être composé a été appellé par les anciens Grammairiens la figure. Ils disent qu’un mot est de la figure simple ou qu’il est de la figure composée ; en sorte que figure vient ici de fingere, & se prend pour la forme ou constitution d’un mot qui peut être ou simple ou composé. C’est ainsi que les Anciens ont appellé vasa fictilia, ces vases qui se font en ajoûtant matiere à matiere, & figulus l’ouvrier qui les fait, à fingendo.
4. Un autre accident des mots regarde la prononciation ; sur quoi il faut distinguer l’accent, qui est une élévation ou un abaissement de la voix toûjours invariable dans le même mot ; & le ton & l’emphase qui sont des inflexions de voix qui varient selon les diverses passions & les différentes circonstances, un ton fier, un ton soûmis, un ton insolent, un ton piteux. Voyez Accent.
Voilà quatre Accidens qui se trouvent en toutes sortes des mots. Mais de plus chaque sorte particuliere de mots a ses accidens qui lui sont propres ; ainsi le nom substantif a encore pour accidens le genre. Voyez Genre ; le cas, la déclinaison, le nombre, qui est ou singulier ou pluriel, sans parler du duel des Grecs.
Le nom adjectif a un accident de plus, qui est la comparaison ; doctus, doctior, doctissimus ; savant, plus savant, très-savant.
Les pronoms ont les mêmes accidens que les noms.
A l’égard des verbes, ils ont aussi par accident l’acception, qui est ou propre ou figurée : ce vieillard marche d’un pas ferme, marcher est là au propre : celui qui me suit ne marche point dans les ténebres, dit Jesus-Christ ; suit & marche sont pris dans un sens figuré, c’est-à-dire, que celui qui pratique les maximes de l’Evangile a une bonne conduite, & n’a pas besoin de se cacher ; il ne fuit point la lumiere, il vit sans crainte & sans remords.
2. L’espece est aussi un accident des verbes ; ils sont ou primitifs, comme parler, boire, sauter, trembler ; ou dérivés, comme parlementer, buvoter, sautiller, trembloter. Cette es
