L’Esprit de la Révolution et de la Constitution de France

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L’Esprit de la Révolution
et de la Constitution de France
1791


« Si je pouvais faire en sorte que tout le monde eût de nouvelles raisons d’aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois, qu’on pût mieux sentir son bonheur... je me croirais le plus heureux des mortels. »

Montesquieu


Table des matières[modifier]

  • Avant-propos
  • Première partie
    • Chapitre I. Des pressentiments de la Révolution
    • Chapitre II. Des intrigues de cour
    • Chapitre III. Du peuple et des factions de Paris
    • Chapitre IV. Du Genevois
    • Chapitre V. De deux hommes célèbres
    • Chapitre VI. De l’Assemblée nationale
  • Deuxième partie
    • Chapitre I. De la nature de la Constitution française
    • Chapitre II. Des principes de la Constitution française
    • Chapitre III. Du rapport de la nature et des principes de la Constitution
    • Chapitre IV. De la nature de la démocratie française
    • Chapitre V. Des principes de la démocratie française
    • Chapitre VI. De la nature de l’aristocratie
    • Chapitre VII. Du principe de l’aristocratie française
    • Chapitre VIII. De la nature de la monarchie
    • Chapitre IX. Des principes de la monarchie
    • Chapitre X. Des rapports de tous ces principes
    • Chapitre XI. Conséquences générales
    • Chapitre XII. De l’opinion publique
  • Troisième partie : De l’État civil de la France, de ses lois, et de leur rapport avec la Constitution
    • Chapitre I. Préambule
    • Chapitre II. Comment l’Assemblée nationale de France a fait des lois somptuaires
    • Chapitre III. Des mœurs civiles
    • Chapitre IV. Du régime féodal
    • Chapitre V. De la noblesse
    • Chapitre VI. De l’éducation
    • Chapitre VII. De la jeunesse et de l’amour
    • Chapitre VIII. Du divorce
    • Chapitre IX. Des mariages clandestins
    • Chapitre X. De l’infidélité des époux
    • Chapitre XI. Des bâtards
    • Chapitre XII. Des femmes
    • Chapitre XIII. Des spectacles
    • Chapitre XIV. Du duel
    • Chapitre XV. Des manières
    • Chapitre XVI. De l’armée de ligne
    • Chapitre XVII. Des gardes nationales
    • Chapitre XVIII. De la religion des Français et de la théocratie
    • Chapitre XIX. De la religion du sacerdoce
    • Chapitre XX. Des nouveautés du culte chez les Français
    • Chapitre XXI. Des moines
    • Chapitre XXII. Du serment
    • Chapitre XXIII. De la Fédération
  • Quatrième partie : De l’État politique
    • Chapitre I. De l’indépendance et de la liberté
    • Chapitre II. Du peuple et du prince en France
    • Chapitre III. De la loi salique
    • Chapitre IV. Du corps législatif, dans ses rapports avec l’État politique
    • Chapitre V. Des tribunaux, des juges, de l’appel et de la récusation
    • Chapitre VI. Attributions diverses
    • Chapitre VII. Du ministère public
    • Chapitre VIII. De la société et des lois
    • Chapitre IX. De la force répressive civile
    • Chapitre X. De la nature des crimes
    • Chapitre XI. Des supplices et de l’infamie
    • Chapitre XII. De la procédure criminelle
    • Chapitre XIII. Des détentions
    • Chapitre XIV. De la liberté de la presse
    • Chapitre XV. Du monarque et du ministère
    • Chapitre XVI. Des administrations
    • Chapitre XVII. Des impôts ; qu’ils doivent être relatifs aux principes de la Constitution
    • Chapitre XVIII. Réflexion sur la contribution patriotique et sur deux hommes célèbres
    • Chapitre XIX. Des tributs et de l’agriculture
    • Chapitre XX. Des rentes viagères
    • Chapitre XXI. De l’aliénation des domaines publics
    • Chapitre XXII. Des assignats
    • Chapitre XXIII. Des principes des tributs et des impôts
    • Chapitre XXIV. De la capitale
    • Chapitre XXV. Des lois du commerce
    • Chapitre XXVI. Considérations générales
  • Cinquième partie : Droit des gens
    • Chapitre I. De l’amour de la patrie
    • Chapitre II. De la paix et de la guerre
    • Chapitre III. Des ambassadeurs
    • Chapitre IV. Du pacte de famille, des alliances
    • Chapitre V. De l’armée de terre
    • Chapitre VI. De l’armée navale, des colonies et du commerce
    • Chapitre VII. Des traites
    • Chapitre VIII. Des forêts
    • Chapitre IX. Des monuments publics
    • Chapitre X. Conclusions

Avant-propos[modifier]

L’Europe marche à grands pas vers sa révolution, et tous les efforts du despotisme ne l’arrêteront point.

Le destin, qui est l’esprit de la folie et de la sagesse, se fait place au travers des hommes et conduit tout à sa fin. La Révolution de France n’est point le coup d’un moment, elle a ses causes, sa suite et son terme : c’est ce que j’ai essayé de développer.

Je n’ai rien à dire de ce faible essai, je prie qu’on le juge comme si l’on n’était ni français ni européen ; mais qui que vous soyez, puissiez-vous en le lisant aimer le cœur de son auteur ; je ne demande rien davantage, et je n’ai point d’autre orgueil que celui de ma liberté.

Un Anglais m’en donna l’idée ; ce fut M. de Cugnières, de la Société philanthropique de Londres, dans une lettre savante qu’il écrivit à M. Thuillier, secrétaire de la municipalité de Blérancourt, quand elle brûla la déclaration du clergé.

Tant d’hommes ont parlé de cette révolution, et la plupart n’en ont rien dit. Je ne sache point que quelqu’un, jusqu’ici, se soit mis en peine de chercher dans le fond de son cœur ce qu’il avait de vertu pour connaître ce qu’il méritait de liberté. Je ne prétends faire le procès à personne ; tout homme fait bien de penser ce qu’il pense, mais quiconque parle ou écrit doit compte de sa vertu à la cité.

Il y eut sans cesse en France, pendant cette révolution, deux partis obstinés, celui du peuple, qui, voulant combler de puissance ses législateurs, aimait les fers qu’il se donnait lui-même ; celui du prince, qui, se voulant élever au-dessus de tous, s’embarrassait moins de sa propre gloire que de sa fortune. Au milieu de ces intérêts, je me suis cherché moi-même ; membre du souverain, j’ai voulu savoir si j’étais libre, et si la législation méritait mon obéissance ; dans ce dessein, j’ai cherché le principe et l’harmonie de nos lois, et je ne dirai point, comme Montesquieu, que j’ai trouvé sans cesse de nouvelles raisons d’obéir, mais que j’en ai trouvé pour croire que je n’obéirais qu’à ma vertu.

Qui que vous soyez, ô législateurs, si j’eusse décou­vert qu’on pensait à m’assujettir, j’aurais fui une patrie malheureuse, et je vous eusse accablés de malédic­tions.

N’attendez de moi ni flatterie, ni satire ; j’ai dit ce que j’ai pensé de bonne foi. Je suis très jeune, j’ai pu pécher contre la politique des tyrans, blâmer des lois fameuses et des coutumes reçues ; mais parce que j’étais jeune, il m’a semblé que j’en étais plus près de la nature.

Comme je n’ai point eu le dessein de faire une his­toire, je ne suis point entré dans certains détails sur les peuples voisins. Je n’ai parlé du droit public de l’Europe que quand ce droit public intéressait celui de la France. Je remarquerai ici toutefois que les peuples n’ont envisagé la révolution des Français que dans ses rapports avec leur change et leur commerce, et qu’ils n’ont point calculé les nouvelles forces qu’elle pourrait prendre de sa vertu.